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 Ragne vous parle de comics

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Ragne



Masculin Sagittaire Messages : 654
Date d'inscription : 02/04/2017

MessageSujet: Ragne vous parle de comics   Mer 9 Mai 2018 - 13:33

Batman Noël



Batman Noël
par
Lee Bermejo

Parlons comics un peu, comme beaucoup de gens, je suis un amoureux du chevalier noir. Batman qui s’érige comme un humain résolu à faire face au mal et à sauver le monde quelque en soit le prix, quelque en soit son coût personnel.

En 2012, Lee Bermejo (qui a dessiné l’extraordinaire Joker scénarisé par Azzarello) décide d’adapter en 112 pages (publié chez Urban Comics) le conte de noël de Dickens. Il confronte ainsi le génial détective à son ennemi de toujours le Joker et l’interroge sur les raisons de sa croisade contre le crime.


Pour ceux qui ne connaissent par le conte original, voici un résumé rapide :
Citation :
Le soir de Noël, un vieil homme égoïste et solitaire choisit de passer la soirée seul. Mais les esprits de Noël en ont décidé autrement. L'entraînant tour à tour dans son passé, son présent et son futur, les trois spectres lui montrent ce que sera son avenir s'il persiste à ignorer que le bonheur existe, même dans le quotidien le plus ordinaire.

Batman est donc confronté à sa nature d’humain si fragile, frappé d’un rhume, maltraité par le froid, il n’a jamais été aussi loin de son mythe d’immortel, tout en respirant la volonté dure, implacable de l’homme qui se dépasse par amour pour une ville qui le maudit. Batman n’a jamais autant été un masque pour Bruce Wayne qui fait de son mieux, damné parmi les vivant. Il est ici le monstre en proie au doute, qui doit savoir pourquoi continuer à se battre quand les coûts sont si grand et lui si fragile.

En ce qui concerne l’écriture, on regrettera quelque part le manque d’élégance dans l’adaptation qui a parfois la langue pateuse et l’enchainement entre les péripéties est parfois poussifs, nous rappelant que Bermejo est avant tout un dessinateur.

Mais après tout c’est ça qui rend cet œuvre si à part. Je n’ai jamais vu des dessins d’une tel qualité, la dichotomie entre Batman et Superman suinte tant le premier est réduit à son statut d’être humain faible maltraité par l’hiver et les années tandis que l’autre irradie d’une lueur tendre qui donne presque au parfait boy scout enfin quelque chose qui ressemble à une âme et qui m’a presque fait m’intéresser à son personnage.

Non, mais regardez-moi ce trait, ce dessin c’est du caviar :

Et c’est ça qui rend ce comics vraiment tendre dans mon cœur, puisque j’ai pour les dessins du gaillard une admiration sans borne, tout est particulièrement soigné, il s’approche de l’hyperréalisme par moment et je lui pardonne les libertés parfois maladroites de l’adaptation du conte tant j’ai été pris dans l’atmosphère si particulière de Gotham qui a l’âme dont nous parle si souvent le chevalier noir.

La question pour Batman c’est donc de savoir s’il peut demeurer dans sa quête, s’il peut continuer à perdre autant à chaque pas. On ressort de la lecture un peu hagard, fracassé par la puissance des dessins et par la posture de l’auteur qui fait de Bruce Wayne une figure de l’anti-héros, noir et sinistre, presque sans-âme, confronté à des démons qu’il a créés et maitre démiurge d’un enfer qui le tourmente ironiquement, cruellement.

C’est donc un récit noir, choyé par des dessins magnifiques, une de ces œuvres de pop culture si particulière que j’aimerais croiser plus souvent.

Pour une quinzaine d’euros, c’est l’un des comics que j’ai le plus apprécié lire, un de ceux qui se rapproche le plus d’une œuvre qu’on peut lire sans vraiment de culture comics, et c’est là l’une des deux forces du livre, avec les dessins orgasmiques qui ont l’élégance rare d’un artiste amoureux de son travail. Et ça n’a pas vraiment de prix si ce n’est un sourire indélébile et un coup de cœur majestueux.

Je vous laisse sur un dernier dessin, qui j’espère finira de vous convaincre comme il m’a convaincu il y a plus de cinq ans maintenant d’ajouter cette pièce à ma collection.




Dernière édition par Ragne le Ven 11 Mai 2018 - 15:46, édité 1 fois
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 9 Mai 2018 - 15:06

IL A L'AIR TROP BIEN

Je le veux :ffmental: :révolution:

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]
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Ragne



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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 9 Mai 2018 - 15:50

Merci de ton retour :)

Edit : j'ai rename le topic pour éviter de flood le sous forum de reviews dont tout le monde se fiche :D et je risque de double sinon triple poster des fois si personne ne réagit :p


Dernière édition par Ragne le Ven 11 Mai 2018 - 16:37, édité 1 fois
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Ragne



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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Ven 11 Mai 2018 - 16:31

The Phtanom Stranger



Phantom Stranger
par
DC News 52

J'ai découvert le Phantom Stranger dans un reboot de la justice league où il guide les justiciers à travers des mondes étranges. Si j’ai un souvenir très clair de ce premier rapport au personnage, il m’a été impossible de retrouver ce moment dans ma bibliothèque ou sur mon disque dur.

Lors de mon retour récent aux comics, après mon orgie d’Alan Moore, je me suis soudain rappelé de cette créature intrigante. Un passage par quelques bio en ligne m’a convaincu de me plonger un peu plus dans le personnage. Une visite dans les entrailles décousu d’internet m’apprit ainsi que le reboot général de DC en 2012 lui avait offert un arc personnel ainsi qu’une série avec Pandora et La Question dans Trinity of sin.

Cette image résume tout ce qui m’attire chez le personnage. Une aura spectrale, un masque fait d’ombre qui lui recouvre le visage, un air indéchiffrable et une impression de puissance inqualifiable… et pour cause puisqu’il semble n’avoir d’autre limite que celle délégué de Dieu lui-même (excusez du peu), même pour l’athée que je suis, j’ai été soufflé.
Après des recherches sur internet, je n’ai pas trouvé –hélas- de traduction française par Vertigo, Urban ou Paninni du petit monstre de 22 épisodes. Donc direction le net et les scans pour me plonger dans la lecture d’une des œuvres les plus audacieuse que j’avais lu depuis longtemps.

L’origine story du personnage est ainsi redimensionné et l’on devine très vite que les scénaristes l’ont fait l’héritier d’un personnage historique célèbre. S’il n’est jamais nommé expressément, j’avais deviné au second numéro et j’en avais l’assurance au onzième.

Spoiler:
 

On suit ainsi Stranger à travers diverses histoire, mais il semble ici poursuivi par la damnation de sa vie : être à l’origine des horreurs qui le tourmenteront toujours même s’il tente de faire le bien. Il est ainsi forcé à la trahison à plusieurs reprises, dupé par son arrogance et sa presque omniscience, faisant ainsi naitre l’emblématique spectre.

Spoiler:
 

Ou aidant différents personnages emblématiques ravagés de colères et de choix moraux difficile qu’il aide à faire (on notera notamment un sublime affrontement face à Superman dans l’épisode 18

Spoiler:
 

Ainsi que de nombreuses incursions de la justice league dark mené par Constantine (à ce sujet, je ne peux que conseiller la très bonne « Trench Coat Brigade » qui réunit Constantine, Stranger, docteur Occult et Mister E.).

C’est de fait un personnage étrange qui par son origine unique dans le monde des comics est propice à être un allié périphérique qui vient en aide à ceux dont le choix éthique est inhumain, et son histoire solo est donc fracturé de passage d’autres personnages dont il faudra lire les arcs (notamment plusieurs Justice Dark, un Batman et un Justice League de souvenir) pour vraiment comprendre les enjeux de son histoire.

La difficulté du scénario est évidente. Stranger est tout puissant, quasi-omniscient, capable de voyager dans des lieux inaccessibles aux mortels, capable de duper le diable, immortel… c’est l’incarnation de la dignité mais surtout l’écueil évident d’un personnage sans point faible qui ne peut être défait par la force brute.

De par sa nouvelle origine story, on voit ainsi Stranger être foncièrement humain et à l’instar de ce qui fait sa création, toute sa vie est émaillée de sa volonté de faire le bien et de faire face à des conséquences immense remettant en cause jusqu’au pouvoir de Dieu où l’intégrité de la création. C’est un personnage tragique, saisi par les scénaristes en tant que tel, Stranger est pétri de dignité parce qu’il a commis l’un des trois plus graves péchés originels (d’où le nom Trinity of sin, ils sont malins les scénaristes hein), et son histoire est celle de sa rédemption, on s’attache à lui étrangement alors qu’il provoque souvent sa mauvaise fortune par son orgueil, sa défiance ou son altruisme vicié. Pourtant ça reste un personnage absolument magnifique et bien trop rare dans les comics actuels, un véritable chef d’œuvre qui ravit les yeux et a le mérite de surprendre par l’audace de sa narration et des scénarios absolument bluffant. (Même si certains arcs du milieu sont un peu poussifs) les dessins sont eux somptueux et savent souvent magnifier les sentiments du personnage et son aura de puissance.

Spoiler:
 

L’histoire achevé nous laisse avec un amer goût de trop peu dans la bouche, j’en aurais dégusté bien deux cents pages en plus. Mais c’est ce qui fait la saveur d’une œuvre réussie au final, alors j’ai vraiment apprécié cette lecture et j’attends sa traduction avec impatience, c’est un ouvrage de choix pour garnir ma bibliothèque déjà pleine à craquer.

J’espère vous avoir donner envie de découvrir le personnage et l’œuvre.


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Ragne



Masculin Sagittaire Messages : 654
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 16 Mai 2018 - 11:34

Pax Romana



Pax Romana
par
Jonathan Hickman
Ne nous leurrons pas, lorsque je suis tombé sur Pax Romana en librairie, je me suis attardé sur le comics pour deux raisons, tout d’abords son prix étonnamment bas même pour Giebert Joseph qui m’offrait ainsi un long moment de lecture pour le prix d’un fascicule Panini, et le nom de Hickman que j’avais déjà croisé à plusieurs reprises dans des reviews de blogs dithyrambique qui présentait le monsieur comme le nouvel Alan Moore… rien que ça. Assez curieux et de toute façon amoureux des histoires étranges, semi courte et semi roman graphique, j’ai donc regardé le résumé. Je vous le laisse ici, je pense que je ne suis pas le seul qu’il va laisser perplexe :
Citation :
2045. Alors que l'Islam est devenu la religion dominante en Europe et que l'Ouest rejette le monothéisme, les laboratoires du CERN découvrent la possibilité du voyage dans le temps. Le Pape ordonne alors la création d'une armée privée qu'il envoie en 312 après J.-C., au temps du règne du premier empereur chrétien, Constantin. Arrivés à destination, les paradoxes temporels, idéologiques et personnels des mercenaires du Vatican entrent alors en collision, menaçant leur mission : changer le passé pour sauver le futur

L’uchronie est osée, audacieuse, en feuilletant rapidement le bouquin en librairie (urban indies, 144p, 2014), je me rends compte qu’il faut de solide connaissance historique pour suivre l’histoire tant les allusions, les détails et l’histoire jouent avec la réalité de ce qui a été pour en faire ce qui doit être. Et je confesse que malgré une licence d’histoire et un master en relations internationales, j’ai parfois dû racler le fond de mes neurones pour assimiler et assembler certaines allusions et détails de l’histoire.

L’histoire commence donc avec Le pape génétique (qui se présente lui-même comme étant à la fois « l’agrégat illuminé d’un millier de Saints-Hommes. l’Évêque de Rome, le Panchen Lama, le Pratyekabouddha, le Dernier Calife, le Prêtre Éternel d’Amon-Ra, le Rabbin Noir et le Shaman Blanc... le Vicaire du Christ. ») qui demande à voir un enfant roi qui a du mal à dormir pour lui raconter l’histoire de son monde. Une histoire orale en l’an 1421qui se raconte entre les trois rois du monde unifié le roi d’Afrique, le pape génétique, et l’enfant roi. Dès le début on est donc surpris et on suit ainsi le récit coloré du changement du monde inité par le Vatican avec la complicité du CERN qui a envoyé une armée (une grosse et pas des moins sympathique avec le complet hélicoptères, char d’assaut, ogives nucléaires…) pour aider Constantin à dominer le monde, assassiner Mahomet à la naissance, annihiler Attila d’une bombe nucléaire et phagocyter toutes les autres religions sous l’égide de l’Eglise. L’armée est ainsi constituée de mercenaires, de visionnaires, d’hommes d’églises, tous sont internationaux et augmenté génétiquement pour vivre suffisamment longtemps.

On suit ainsi les tribulations de cette armée entre manipulation historique, trahisons de toute part, création d’un idéal politique (le discours politique est brillant, j’en veux pour exemple cette citation vraiment lumineuse de satyre, de cynisme et de pragmatisme)
Citation :
Dans le futur d’où nous venons, la véritable continuation de a République s’appelait Démocratie. Deux autres mouvements politiques ont tenté de défier son avènement : le Fascisme et le Communisme. Nous avons décidé d’utiliser les points fort de ces deux mouvements pour provoquer des changements sociopolitiques radicaux puis d’utiliser leur point faible pour y substituer progressivement de meilleurs systèmes. Toutes les trois ou cinq générations, nous changerons le gouvernement de Rome jusqu’à ce que la République ultime soit accessible. Révolution, puis Stabilisation, puis Consolidation.
[…]
Après l’Etat Fasciste, ce sera le tour d’une forme de Communisme, de pseudo-socialisme […] c’est une forme de gouvernement où toutes les institutions sont la propriété et l’outil de l’Etat. Une forme d’utopie ridicule, contraire à la nature humaine, mais qui a pour avantage, en raison de son économie centralisée, de rendre possible et rapide une révolution industrielle interne.

La narration est donc acerbe, amusé de ce que le monde aurait pu être s’il avait eu la connaissance idoine de son futur et qu’il choisissait ainsi d’optimiser son évolution, c’est donc une fresque historique, où la religion sert plus de prétexte que de cause, elle est réduite à sa définition marxiste, c’est-à-dire un liant sociétale qui rassemble une communauté autour d’un but commun, autrement dit, un simple ciment pour permettre au monde de fermenter et d’offrir ses plus grandes réussites.

En ce qui concerne la forme en elle-même, elle est surprenante, particulièrement ambitieuse du haut de ces 144 pages, le livre nous offre pourtant un récit complet qui joue avec les codes du genre. On trouve ainsi par exemple de long passage qui retranscrive simplement les discussions, comme un enregistrement papier sobre et sans fioriture de ce qui fut dit. Permettant ainsi de gagner des pages et d’offrir une pensée assez touffu, inhabituelle (sans être pour autant révolutionnaire) pour le genre des comics.

(je prends les images sur google images parce que mon scanner est rétif aujourd’hui, donc c’est des exemples en anglais là, navré pour les anglophobes)

Le dessin est quant à lui proprement magnifique, encore une fois les codes du genre sont bousculés, il y a une profusion de blanc sur les planches permettant au récit d’avoir des aérations réelles dans sa mythologie profuse et fascinante.


Le travail sur les couleurs, le trait, offre aussi une œuvre à part entière, à l’identité caractéristique et particulièrement agréable pour l’œil, je laisse quelques planches illustrer mon propos



Avant de conclure, je vais distiller quelques citations, le verbe étant particulièrement important dans ce récit, il me parait honnête de le mettre un peu à l’honneur afin de vous aider à vous faire un avis final.

Citation :
Ce n'est qu'au XXe siècle que sont apparus les moyens techniques d'annihiler toute une catégorie de personnes. Nous avons amené avec nous un tel pouvoir. Je n'hésiterai pas à en user contre les animaux qui s'opposeront à la marche du progrès humain. Qu'ils viennent, les Huns ! Qu'ils viennent, ceux qui voudraient faire de nos gens des esclaves, raser nos villes ou brûler nos bibliothèques. Et qu'ils apprennent, une bonne fois pour toutes, cette leçon : cette fois, le progrès social ne sera pas arrêté. Il n'y aura pas de Moyen Âge, pas de longue nuit avant la Renaissance et les Lumières. La vieille Histoire, nous allons la défier.
Citation :
- Ton plan... votre plan... es-tu assuré de son succès? Penses-tu que votre échec est impossible?
- Non. Pas impossible.
- Quoi?!?
- Constantion, il y a trop de variables. Plus nous refaisons le monde plus le modèle qui nous guidait, l'ancienne histoire, devient inutile. Bientôt...très bientôt, nous naviguerons à vue. A ce moment, tout ne dépendra plus que de la qualité des hommes que j'ai choisis.
- Et tu...Koff... doutes de ceux-ci?
- ... qui peut connaître le coeur des hommes?
Citation :
Alors, il va vraiment falloir que je le dise? Die Weltgeschichte ist das Weltgericht. L'Histoire du monde est le tribunal du monde.
Citation :
- J'ai fait une promesse.
- Nous avions fait un serment.

Citation :
Je suis l’agrégat illuminé d’un millier de Saints-Hommes. Je suis l’Évêque de Rome, le Panchen Lama, le Pratyekabouddha, le Dernier Calife, le Prêtre Éternel d’Amon-Ra, le Rabbin Noir et le Shaman Blanc... je suis le Vicaire du Christ. Je suis le Pape Génétique.

Citation :
Ce que l’on aime bien diffère souvent de ce dont on a besoin.

Alors qu’en penser ? J’ai au début cru qu’il s’agirait d’un étrange mariage entre Soumission de Houellbecq en Uchronie avec le propos d’un Watchmen et en fait… non. C’est une histoire qui a assez peu de pareil, le propos politique est particulièrement travaillé, la réflexion sur la violence également, on trouvera des références historiques à foison et le récit ne manque pas de piquant croquant assez bien le cœur des hommes qui se sont investi dans une mission et qui perdent parfois leurs repères où troquent une vision contre une autre. Les férus d’histoire et de philosophie seront ainsi ravi, on peut ainsi dénicher tant des allusions à Socrate et à Hobbes que des détails historiques obscur connu de peu. Ce comics est clairement l’aboutissement d’un travail de titan.

Et c’est probablement tant sa principale qualité que son défaut le plus immanent, le récit est dense et peut-être trop pour certains lecteurs. Sans bagage culturelle un peu massif le livre peut perdre son lecteur dans ses considérations sur les acteurs de l’époque où sur l’utilité d’une telle utilisation politique à un tel moment. Le second défaut sera la violence, inhérente au genre en soit, mais parfois moins graphique que viscérale et qui peut se révéler profondément dérangeante suivant les moments.


Mais pour ceux qui ont aimé Watchmen, c’est en soit un must-read, une leçon de cynique historique qui prend aux tripes et qui offre une réflexion surprenante sur le monde et les sacrifices à faire pour le sauver d’un danger fantôme.

J’espère vous avoir donner envie de le lire.
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Phoenix
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 16 Mai 2018 - 11:43

... je vais finir par dévaliser la bibli (ou mon compte en banque en librairie à force AHDE)

J'avoue que le troisième me tente bien (tu présentes bien :rire:) et j'avoue que le propos et l'intention me plait et le dessin aussi :D

Bref je me tâte encore à le mettre sur ma liste (pas sur qu'il soit dans ma bibli d'ailleurs ^^) mais tu a indéniablement piqué ma curiosité :rire:

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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 16 Mai 2018 - 13:12

Si tu veux, je peux t'envoyer un lien de téléchargement et un logiciel pour lire les scans :p

Merci de ton retour :)
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Phoenix
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 16 Mai 2018 - 15:10

Je vais deja voir si je peux l'emprunter sinon bah je verrai... merci ^^

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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Sam 19 Mai 2018 - 19:54

Watchmen

Watchmen
par
Alan Moore
Sur demande de Wakatt (un mec d'un autre forum, désolé, je suis un homme volage), je vais ici parler du chef d’œuvre d’Alan Moore et de David Gibbons à savoir Watchmen. Ce comics est ultra connu, que ce soit grâce à l’œuvre original de 86 (publié en édition intégrale en France par Delcourt en 98) où à son adaptation cinématographique de Snyder en 2009 (adaptation que je n’avais pas vraiment apprécié à la base, mais à l’heure d’écrire cette rétrospective, j’ai revu le film par acquis de conscience et j’ai ainsi pris conscience qu’il existait une version longue de l’œuvre, qui reprends beaucoup des sous-intrigue avec notamment de longs moments animés pour la mise en abîme des comics dans l’histoire dominé par le genre des pirates. Et cette version longue sauve carrément l’œuvre –comme celle de Batman versus superman d’ailleurs)


Bon, sur cette présentation sommaire, déroulons un peu le sujet. Watchmen c’est quoi ? Je dirais que c’est l’un des plus grands comics jamais conçu, l’un de ceux qui font histoire, qui marquent par le propos et par la maturité qui a instillé un tournant dans le genre, pour lui offrir des lettres de noblesses plus noire, plus sombre, plus dense et beaucoup plus référencé, c’est une œuvre d’auteur, une œuvre majeure dans le siècle dernier qui reprends les angoisses de l’époque et les cristallise dans l’encre et le papier pour créer une satire étrange tant de notre mythologie que de notre époque. Bon, avant d’aller plus loin, je laisse le résumé de Wikipédia me faire l’économie de la narration.

Citation :
L'histoire des Watchmen se déroule en 1985, dans une uchronie où des super-héros ayant cessé leur activité de justiciers semblent disparaître un à un, alors que la Troisième Guerre mondiale menace d'éclater à tout moment avec le bloc de l'Est. L'apparition en 1959 du Dr Manhattan, un surhomme doté de pouvoirs en faisant presque l'égal d'un dieu, a modifié l'histoire que nous connaissons : les États-Unis ont gagné la guerre du Viêt Nam, le scandale du Watergate a été étouffé, le pétrole n'est plus une des principales sources d'énergie, et Richard Nixon est toujours président en 1985. L'album est entrecoupé de plusieurs pages de documents écrits issus de l'univers des Watchmen. Articles de journaux, longs passages du journal intime de l'un des personnages, ces documents ne servent pas directement l'intrigue du récit mais permettent de donner une profondeur au monde décrit.

Le projet de base est audacieux et l’histoire démarre sur la mort d’un ancien justicier et plonge le lecteur dans une drôle d’incompréhension. Dans ce monde, les super-héros ont existés, mais ils n’avaient pas de pouvoir, simplement la volonté d’agir, Moore interroge donc le fondement même du genre, pourquoi le héros se dresse-t-il ? Quel est son autorité, quel est sa légitimité, et c’est là le leitmotiv de l’œuvre « Who watch the watchmen » qui n’est pas s’en rappeler la maxime de Juvénal "Quis custodiet ipsos custodes ?" (Qui garde les gardiens eux-mêmes ?). Puisque comme je vous l’ai dit, l’œuvre est perclus de référence, que ce soit la fin du comics où Moore réitère son allégeance à Lovecraft et sa créature imaginaire et tentaculaire Chtullu (ce que vous ne pouvez pas savoir si vous n’avez vu que le film), que ce soit le personnage de Veidt directement inspiré de ce célèbre poème néostoïque de Schelley

Spoiler:
 

Bon, je vais pas faire la liste de toutes les références, il y en a trop que ce soit des allusions à la psychologie (all hail Rorschach), à la science politique (coucou Clauzewitz, ça va ?), au théâtre antique (Juvénal, un peu de Sophocle aussi)… etc.

L’histoire c’est donc un thriller hybride, une chimère de récit d’enquête, de super héros cousu de drame et d’histoire d’amour. Dans ce livre, Moore grime tant l’humain que le siècle et il croque les deux avec une intelligence et une sincérité aussi touchante que juste. Puisque c’est ça qui frappe à la lecture une fois le cynisme passé, la narration est particulièrement authentique, elle semble immortaliser un monde impossible, mais probable ce qui est un coup de maitre rare.

Dans cette uchronie où l’arrivée du Docteur Manhattan à amener la guerre froide à larver et à conduire à des victoires américaines au Vietnam notamment, tout en acculant l’URSS dans une appréhension de chaque instant de voir un dieu vivant marcher dans le camp d’en face et d’être une potentielle menace bien trop organique pour être quantifiable sinon calculer dans des plans militaire ou politique, ce qui précipite les tensions nucléaires dans ce monde qui semble se préparer à l’apocalypse. On notera ironiquement que le récit est divisé en douze chapitre, semblable à un cadran de montre où chaque heure nous rapproche un peu plus proche de l’holocauste final. Et cette crainte de la destruction de l’homme par l’homme (tiens Plaute, tu es là ? je t’en prie prends un siège et installe toi avec les autres références) au final est sous-jacente au récit pour apparaitre tant comme le dénouement final que comme son épine dorsal, que ce soit dans la mise en abîme du gamin (Bernie rpz), qui lit un comics de pirate (les super héros n’étant plus au goût du jour dans cette univers, trop réel pour être fantasmé et donc plus vendeurs) reprenant cette thématique d’apocalypse et de destruction de son monde pour en devenir au fur et à mesure des épreuve un bourreau parmi les autres, on peut retrouver ce thème aussi dans la déconstruction progressive du monde qui semble s’oblitérer sous ses incohérences et sa violence au fur et à mesure des pages. Et ce qui reste à la fin de la lecture c’est cet arrière-goût amer de cynisme, d’un compromis nécessaire, d’une raison d’état supérieur à la nation elle-même, bref, l’idée du plus grand bien (Machiavel, ça faisait longtemps, comme d’habitude, je t’offre un whisky frappé ? Tu es venu avec Kant et son impératif catégorique, il est le bienvenu, après tout le gaillard a tout de même inventé le porte-jarretelle, tu m’étonne que je l’apprécie… quoi il a aussi révolutionné la philosophie ? détails de l’histoire ça.), le doux sur un délire néo-antique d’un nouveau Alexandre devant un nouveau nœud gordien.

Pour autant, ne prenez pas peur suite à mon accumulation de référence, le scénariste étant un bougre sacrément doué, on ne se perd pas dans sa culture, elle est là comme un bourdonnement, mais l’absence de culture idoine n’empêche pas la compréhension ni même l’amour de l’œuvre. Et ça c’est un talent fou.

Pour le reste, les dessins m’ont au début un peu douché, on est loin du trait d’un Bermejo, mais au final, le trait rude donne un charme à l’histoire et renforce son authenticité, les cases sont foisonnantes et malgré des dialogues parfois très envahissant (pour ne pas dire omniprésent), on trouve souvent l’espace nécessaire pour apprécier le pinceau du dessinateur. Bon, là-dessus, je suis moins calé, donc je vais juste laisser quelques planches en exemple. Je dirais juste que ça m’a un peu rappelé la patte de Ditko




De même, la voix de l’auteur étant particulièrement importante, j’égrène quelques citations avant de conclure.

Citation :
Vous avez tout faux. Je ne suis pas bouclé avec vous, c'est vous qui êtes bouclés avec moi.

Citation :
Voilà une notion que j'aimerais voir enterrée : l'homme ordinaire. Ridicule. Il n'y a personne d'ordinaire.
Citation :
Tout ça pour éviter l'horreur ultime.
Ladite horreur étant qu'à la fin, il n'y a que le néant peuplé de ténèbres.
Le vide.
On est seuls.
Sans rien d'autre.

Citation :
Je préfère l'immobilité qui règne ici. Je suis fatigué de la Terre, de ces gens, fatigué d'être pris dans la confusion de leur existence. Ils prétendent s'acharner à bâtir un paradis, et voici que leur paradis est peuplé d'horreurs. Peut-être que le monde n'est-il pas fait, peut-être que rien n'est fait, une horloge sans artisan. Il est trop tard, il a toujours été, et il sera toujours trop tard.

Citation :
- C'est ça qui m'inquiète : la troisième guerre mondiale va nous tomber dessus dans la semaine. Je veux dire, qu'est-ce que nous fichons ? Les enjeux sont si élevés, l'humanité est au bord du gouffre...
- Certains d'entre nous ont toujours vécu au bord, Daniel. Y survivre est possible si l'on observe les règles... se retenir par les ongles... et ne jamais regarder en bas.

Citation :
Nous regardons continuellement le monde et il finit par devenir morne dans nos perceptions. Pourtant, vu d’une autre perspective, comme s’il était neuf il peut encore couper le souffle.

Citation :
Alexandre de Macédoine, mon idole. Tout jeune, à la tête de son armée, il avait emporté les côtes de Turquie et de Phénicie, soumis l’Égypte avant de se tourner vers la Perse. Il mourut à 33 ans, maître de presque tout le monde civilisé. Cela sans cruauté. Il fit d'Alexandrie le plus grand centre culturel du monde antique. Certes, il en coûta bien des vies... Inutilement, parfois, mais qui peut en juger ? Il fut tout près de réaliser son rêve d'unité mondiale.
Je décidai que mes succès seraient à la hauteur des siens. D'abord, je distribuai mon héritage, pour démontrer que je pouvais arriver à tout en partant de rien. Puis, je partis pour la Turquie du Nord, sur les pas de mon héros. Je voulais que mon œuvre égale la sienne. Je voulais éclairer ce monde de ténèbres. Heh. Il fallait que j'aie de quoi lui parler, si je le croisais au palais des légendes.

Bref, Watchmen est une œuvre majeure dans la culture comics, inégalé et peut-être inégalable tant elle s’inscrit avec justesse dans l’esprit du siècle, reprenant cette crainte de l’apocalypse qui est aujourd’hui omniprésente dans la culture (que ce soit Houellbecq ou Stromae sinon Orelsan, tous ont ce même rapport au monde : celui-ci connait l’apocalypse et au milieu de cette destruction, la seule échappatoire est la jouissance absolue), et ses nombreuses suites par d’autre scénariste comme Before Watchmen ou plus récemment Doomsday Clock, n’ont jamais su égaler l’intelligence de cette œuvre qui révèle quelque chose sur le siècle plus qu’autre chose. Alors, s’il fallait ne conseiller qu’un comics, malgré mon amour pour d’autres œuvres, je ne conseillerais que celui-là parce que c’est un livre majeure du siècle dernier, une révolution de la littérature en elle-même.


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Ragne



Masculin Sagittaire Messages : 654
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Lun 21 Mai 2018 - 17:02

Serpents & Echelles

Serpents & Echelles
par
Alan Moore

J’aime Alan Moore. Ceux qui lisent mes rétrospectives doivent s’en douter depuis le temps, il s’agit d’un de mes auteurs préférés, littérature et comics confondus. J’ai toujours trouvé dans sa voix quelque chose d’immense et de rare, comme si on avait emprisonné le chant du siècle dans l’encre, comme si on avait observé nos angoisses et nos fantasmes et qu’on les avait conjugués au pluriel. Alors je n’ai pas tout lu de l’auteur, il me reste la fille de Nemo, et Filles perdues à lire (si je trouve le courage de me plonger un jour dans cette œuvre pédopornographique beaucoup trop cher pour mes pauvres finances en ce moment), mais j’en ai lu suffisamment de lui pour savoir que j’aime particulièrement sa poésie. Elle est brute, noire et évoque en moi un écho de ce que je suis, de ce que je ressens. La coiffe de naissance fut ainsi le plus gros revers du droit que me mis une œuvre depuis longtemps, c’est dans cette continuité que j’ai acquis Serpents et échelles, probablement l’œuvre la plus anonyme de Moore, sa troisième collaboration avec Campbell après From Hell et le bouquin dont je vous ai parlé avant. Anonyme probablement parce qu’il est particulièrement menu du haut de ces 56 pages éditées seulement en 2014 en France sous les éditions çà et là (traduction de Jennequin, je le cite parce que clairement ce n’était pas aisé à localiser ce texte dans la langue de Molière). Voilà ce que le site de l’éditeur donne en résumé.


Citation :
« Nous écrivons de belles paroles et pensons que nous jouons le jeu suprême, mais durant tout ce temps, ce n’est qu’une partie de Serpents et Échelles. » Alan Moore
Serpents et Échelles est la troisième collaboration de Campbell et Moore après From Hell et La Coiffe de Naissance et une œuvre qui reste inédite à ce jour en langue française. Publié en 2001 au format comic-book par Eddie Campbell, Serpents et Échelles est adapté d’un spectacle donné à Londres en 1999, c’est également l’un des textes les plus poétiques d’Alan Moore. A travers les portraits de personnalités marquantes de l’histoire de l’Angleterre, il revisite la création de l’univers, de l’homme, et s’interroge sur les sources de l’art et de l’imaginaire des hommes et des artistes. Il poursuit également sa réflexion sur l’influence des lieux sur la psyché des personnes qui les habitent, et sur la nature des liens entre le monde réel et le monde magique.
Ce très beau texte est, une fois encore, magnifiquement mis en image par Eddie Campbell qui connaît mieux que personne l’univers d’Alan Moore et conçoit des représentations graphiques en parfaite adéquation avec les images mentales du mage anglais.




C’est une œuvre étrange, vraiment étrange, moins coup de poing que la coiffe de naissance qui fut écrit dans une période de deuil et donc à la charge émotionnelle forte, le récit en fait est un long poème qui s’interroge sur le sens de l’existence, qui sommes-nous si ce n’est la somme de l’histoire et de notre sang ? Nous ne sommes que l’histoire narré par notre ADN et par nos intérêts. C’est en soit assez compliqué d’en dire plus… et c’est probablement pour ça que l’œuvre est anonyme, pour tout vous dire, je l’ai fait rentrer dans la base de donnée de trois de mes librairies habituelles avant que quelqu’un ne puisse me la commander avant un délai de deux mois. Même chose avec les critiques du net, j’aime les lire avant de faire une rétrospective, pour coaguler un peu d’autres retours, ajouter quelques anecdotes que j’ignorais à mon produit final, mais internet est aride et un peu réticent sur cette publication, trop étrange… je vous met sous spoiler les deux seules citations de critiques que j’ai trouvé pour vous donner une idée du silence hostile généralisé sur l’œuvre.

Spoiler:
 

Bon, c’est pas des retours très engageants, ils sont brefs, le premier est hostile, le second plus alerte prévient de la violence de la lecture… parce que ce comics nécessite une sacrée culture pour entrer dedans… entre les allusions à Méliès qui n’est que cité visuellement –comme la vénus de Milo et quelques clins d’œil à Poe-, les références historiques foisonnantes qu’il ne développe pas pour en tirer des leçons universelles et le dessin magnifique mais particulier, on peut se demander pourquoi lire ce livre en fait ?

A cette question que je me pose tout seul comme un grand, mais à laquelle vous devez vouloir une réponse si vous vous êtes échouée sur cette page internet pour lire un inconnu donner son avis sur des trucs de nerds un peu bizarre, je dirais simplement ceci : ce livre est un manifeste. Aussi simplement que ça, Moore et Campbell sont connus pour leurs positions atypique dans le genre qui est le leur et qu’ils dominent. Entre les brouilles multiples du scénariste avec les grandes maisons d’édition, son refus de seulement toucher le cachet de ces œuvres adaptées au cinéma, sa volonté de donner au porno ces lettres de noblesse dans Filles perdues, Moore est un marginal, c’est ce qui caractérise son génie et fait de certaine de ces œuvres comme Watchmen ou V Pour Vendetta des incontournable du genre pour le grand public, parce qu’il se moque des codes et se paye le luxe d’écrire des histoires brillantes tout en se foutant de la gueule du genre et de ces gimmicks. Et si Serpents et Echelle est vu comme un comics par son utilisation des codes du genre dans son format physique, il ne répond pas au reste des critères, puisque même pour de la bande dessinée d’auteur, le pari est plus que risqué. Et c’est ce risque qui rend cette œuvre sublime. Parce que Moore ose ici offrir sa pensée, on saisit ici le squelette de son esprit, on comprends ce qui anime ses intentions, ce qui forge ses réflexions, il nous livre dans cet œuvre ses fondamentaux.

On trouve ainsi en vrac son rapport si particulier au tellurique, comme dans son dernier livre Jerusalem –promis, je vous en parle un jour-, sa ville est au centre de l’histoire, Northampton est habité parce qu’il nous raconte. La culture est envisagée sous toutes ces coutures, que ce soit celle imposé par nos traditions, notre héritage de civilisation, tant celle qui change le monde comme autant de legs de beauté d’âme mortels envers d’autres âmes longtemps après elles. C’est ça que Moore appelle la magie, c’est le fait de distiller quelque part du beau, en étant l’artisan d’une création qui ici réchauffera un cœur fatigué.

Je parle beaucoup et je ne vous ai presque laissé aucune image, je me rattrape avec des extraits tout de suite :








Comme vous le remarquez dans ces planches, le dessin est particulier, il s’efface pour laisser le texte envahir l’image, il se contente d’illustrer avec poésie, de continuer la réflexion autrement, le dessin ne raconte pas d’histoire, il prolonge l’imaginaire développé par la narration de Moore, et c’est ce qui en fait une œuvre particulièrement atypique, particulièrement brillante aussi quelque part.

Comme souvent quand je vous parle de Moore, je vais laisser un peu de place à sa voix en égrenant quelques citations qui à mon avis représentent bien son œuvre.


Citation :
Le sceau noir est la dépression. Nous titubons, roué de coups, dans le ring de l'humanité. L'amour et la mort se relaient. Ils auront raison de nous tous.


Citation :
L'univers commença, selon l'archevêque du 17e siècle Ussher, à neuf heures du matin le 23 octobre de l'an quatre avant notre ère, encore des preuves apparues plus tard laissent supposer que les choses commencèrent en réalité quinze à vingt milliards d'années auparavant.


Citation :
Dès le départ, l'existence a posé problème.


Citation :
Etendue sur les planches tâchées de bière durant les longues gardes craquantes de la nuit, la relique, morte depuis trois ans, garde une indifférence stoïque et puritaine.


Citation :
Dans ces récits des origines où le serpent a un rôle parlant, une femme est généralement impliquée. Prenez l’Eden. Dans l’orthodoxie de l’ordre et de l’Aube Dorée, il est dit Qu’Eve et Adam était au début des êtres immortels et hermaphrodites, quoique peut-être avec un potentiel limité.
Avec la chute pour avoir fait l’amour et aussi une salade de fruits de l’Arbre du Bien et du Mal, ils sont exilés dans le monde mortel du sexe et de la mort où ils ont des fils, un meurtrier et une victime. Ce n’est compréhensible que si Eve et Adam était des amibes, y compris dans le détail qui montre Eve sortit de la côte de son mari.
Immortel et hermaphrodites, ils ne pouvaient pas connaitre le bien et le Mal, ne pouvaient rien connaitre sauf la simple division cellulaire. Aucun potentiel […]
S’il doit y avoir un progrès, il doit y avoir du sexe.


Alors que retenir de cette œuvre et de cette longue (trop longue ?) rétrospective ? C’est probablement l’un des plus beaux livres de Moore, parce qu’il offre une réflexion poussée sur le monde qu’il teinte de poésie. Mais ce n’est pas un de ces plus grands, vous ne trouverez pas le frisson de ces aventures ici, simplement la contemplation calme et un peu triste du temps. C’est à lire si vous avez le cœur d’un poète ou la passion de l’auteur. C’est à lire pour trouver quelque part un moment de calme et de réconfort dans le tumulte de l’existence.
J’espère que ce long message vous aura donné envie de le lire.
N’hésitez pas à demander des retours de certains œuvres en mp.
Ragne

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Chaul

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Masculin Lion Messages : 107
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Lun 21 Mai 2018 - 18:07

Je ne sais absolument rien de ce comics (même si je compte bien le lire) mais je suppose que sa forme s'inspire de ce jeu de société éponyme très connu :

Spoiler:
 

J'ai appris grâce à quelques recherches que ce jeu est apparu en Inde où il était joué par des dévots parce que chaque case contenait une morale ou une leçon religieuse :

Spoiler:
 

Beaucoup de versions ont existé, et les versions américaines se sont employées à simplifier les morales puis à les faire disparaître totalement, ce qui nous laisse avec un jeu populaire et moins intéressant.

Je trouve cette page-ci que tu as montrée :

Spoiler:
 

particulièrement brillante dans sa forme, ce sont finalement deux serpents qui s'enlacent pour former une échelle à la forme de double hélice d'ADN contenant le Soleil, la Lune et la "boue", l'état humain originel et émergeant du "noir plancton", les origines du monde et de la vie. C'est presque dommage que le texte explique un peu cette imagerie très new age, parce qu'elle communique énormément de choses à elle seule.
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Ragne



Masculin Sagittaire Messages : 654
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Lun 21 Mai 2018 - 21:50

Oui, l'auteur file la métaphore du jeu tout au long de la narration, mais j'ai oublié de le préciser tellement c'était évident, désolé, je suis un peu con ^^

Merci des précisions concernant le jeu, je me coucherais moins bète.
Tu me diras ce que tu as penser de l'oeuvre. (Tu veux que je t'envoie un fichier de scan?)
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Chaul

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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Lun 21 Mai 2018 - 21:59

Oui, je veux bien, parce que je trouve pas de version en ligne !
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Ragne



Masculin Sagittaire Messages : 654
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Lun 21 Mai 2018 - 22:26

Regarde tes mps
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Ragne



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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Sam 26 Mai 2018 - 12:26

La Ligue des Gentlemans Extraordinaire

La Ligue des Gentlemans Extraordinaires
par
Alan Moore

Bon, je voulais faire beaucoup de critique cette semaine, prendre le temps d’analyser et de présenter Nightly News de Hickman, c’est un oiseau… ? (que je viens juste de recevoir lui, donc je suis excusé ?), East of West ou encore le Néonomicon en plus donc de la critique de cette œuvre… Mais j’ai manqué de temps et donc aujourd’hui, on va (comment ça encore ?) parler d’Alan Moore et de sa Ligue des gentlemans extraordinaires.

Avant de me lancer dans l’exercice, je vais devoir faire une précision un peu lourde. La parution française de ces œuvres est chaotique. Et j’ai acquis courant 2014 alors que je créchais encore à Besançon une édition « Intégrale » de Panini… qui en fait ne reprends que les deux premiers épisodes de la saga qui se continue sur pas mal de tomes mine de rien. Entre The black dossier qui fait office de tome 3, Century en volume 4 ainsi que la trilogie de la fille de Nemo qui poursuis les aventures de son père (et deux autre volumes de l’équipe original je crois, si j’ai bien suivi). Mais je n’ai pas lu au-delà des deux premiers épisodes, notamment parce que mon libraire qui commence à me connaitre vu que j’ai craqué l’équivalent de deux PEL chez lui m’en a fait une exégèse terrible où le niveau intellectuel et scénaristique est au plus bas. Ce qui m’a dissuadé d’acheter la suite et même de lire les scans, donc je me contenterais de parler ici des deux premiers épisodes.




Cette longue introduction étant faite (vous êtes toujours là ? Si oui répondez « Je suis une grenouille chafouine » en commentaire). De quoi ça parle ce comics ? L’idée de Moore à la base est simple quelque part, mais brillante dans sa conception. En se moquant des équipes aux capacités extraordinaire, Moore en conçoit une en puisant dans l’imaginaire collectif pour réunir les personnages iconiques du XIX et de sa littérature, empruntant ici Dupin à Edgar Alan Poe (Double assassinat dans la rue Morgue, La lettre volée), Allan Quatermain de Haggard (les mines du roi Salomon), Mina de Stoker (Dracula), et en vrac parce que je suis fatigué de checker les noms d’auteurs et de bouquins pour vérifier si je me goure pas : Nemo de Vernes, Docteur Jekyll de Stevenson, Phileas Phog de Vernes, Gray de Wylde, Cyrano, l’homme invisible de Wells, Moriarty de Conan Doyle… Ainsi, Moore coagule dans cette œuvre l’héritage imaginaire du Grand Siècle pour réinvestir ces héros dans des approches plus contemporaine quoique narré sous l’Angleterre victorienne.

Avant d’aller plus loin, il convient de noter que cette œuvre fut adaptée au cinéma en 2003 et c’est l’une des pires bouses de l’histoire, la photographie est immonde, l’histoire est ennuyeuse, les personnages caricaturaux, le dénouement ridicule, le jeu d’acteur absent… j’en veux pour preuve la réaction de Moore au film :


Citation :
Dans le film adapté de La Ligue des Gentlemen extraordinaires — dont je n'ai rien à faire et que je n'irai pas voir —, les producteurs américains ont cherché à introduire des personnages américains pour contrebalancer tous ces personnages européens. Le seul qu'ils aient pu trouver était Tom Sawyer. Ce qui en dit long, je pense, sur la pauvreté de l'imaginaire américain.


Ayant vomi à mon habitude sur le cinéma trop mauvais, reprenons.
De quoi parle du coup ces deux tomes ? J’ai trouvé ce résumé concis mais efficace sur le net que je vous partage :


Citation :
1898. Dans un Londres victorien et futuriste à la fois, une équipe atypique est formée pour contrer les ennemis qui menacent la couronne et le pays. Campion Bond réunit Mina Murray, une mystérieuse lady, l'aventurier Allan Quatermain, le génial Capitaine Némo, le mystérieux Hawley Griffin et le terrifiant Docteur Jekyll et Mister Hyde.
Ensemble, ils vont faire face à une bataille aérienne au-dessus de Londres puis à un débarquement extra-terrestre


Je ne vais pas vraiment gloser sur l’histoire, elle n’est pas vraiment surprenante dans sa narration, bien plus dans sa construction. Cet œuvre est un hommage, aussi simplement que ça. Pour les amoureux de littérature, on retrouve les héros de notre jeunesse (pour ceux qui comme moi, ont dévoré Vernes, Wells, Doyle, Wilde… à la protoadolescence) mobilisé dans une aventure à la justice league / avengers contre des méchants eux-mêmes issu de cet imaginaire. Et on est donc bouffé de nostalgie à la lecture. C’est même la principale qualité de l’œuvre, offrir une seconde vie à nos lectures antérieures pour offrir au nautilus une course de plus, à Jekill une chance de s’apaiser… Parce qu’au-delà de ça… la narration est terrible, on présente les personnages dans l’expression même de leur humanité noire, inhérente probablement à leur statut de Héros. L’hommes invisible est un violeur arriviste sans pitié, Mina est une damnée incapable de s’autoriser une vie, Quatermain un homme sur la fin qui regrette d’avoir tout perdu et si mal vécu, Jekyll est un Hulk sournois à la puissance infinie mais au conflit intérieur si immense.

Moore exploite à son habitude ici le territoire de l’enfance vicié par la folie des adultes. C’est l’histoire d’un enfant qui rêve de sauver le monde face aux atrocités de ces lectures et qui devenu adulte n’arrive pas à contrôler ses pulsions nouvelles, qu’il n’a pas appris tant à connaitre qu’à apprivoiser. La satire est donc évidente mais élégante à n’en pas douter. On se perd avec plaisir dans la débauche des personnages qui face à l’apocalypse réagissent avec un flegme tout anglais pour sauver la situation quitte à en perdre leur dignité et leur honneur. Il n’y a pas de sacrifice trop grand et il n’y a pas confrontation juste (on pensera à la dernière danse entre Jekyll et Griffin), le monde est cynique, l’histoire aussi. Et c’est probablement ce qu’on retiendra de l’œuvre après l’avoir lu, à la nostalgie s’ajoute le malaise et l’impression d’avoir vu de trop près l’humain qui dans sa grandeur est incapable de s’empêcher de perpétrer des horreurs. Comme souvent, Moore reprend le chant du siècle, l’homme est une abomination, un loup pour lui-même qui agis sans pitié ni justice dans l’action, narrant après une illusion de noblesse pour que les exploits soient magnifiés, glorifiés, occultant ici et là les horreurs nécessaires pour leur accomplissement.

Le dessin quant à lui est de O’neil est appuie cette narration par un style très particulier, à l’esthétique quasi surréaliste, voire naïf par moment. Pourtant, le trait est tellement fin, chaque case est un univers à part entière magnifique de détails et de passion rendant chaque moment intense dans son essence.
Je laisse quelques planches parler d’elles-mêmes












Bref, que retenir de ce livre. J’ai été, vous l’avez sans doute remarqué, moins dithyrambique qu’à l’accoutumé. Et pour cause, ce comics est loin d’être mon préféré de Moore. Si l’idée de base m’a séduit très vite et m’a plongé dans des souvenirs de mes heures perdues à écumer les bibliothèques, je me suis vite laisse submergé par la narration avec une certaine impression de noyade. L’ambiance est étouffante et l’habitude de Moore de découper ces planches avec un moule à gaufre (figurativement, désolé haddock) pour donner son classique 3 case de longueur sur 4 de hauteur… ça ajoute au défaut une linéarité que le scénariste n’arrive pas forcément à sauver. Bien sûr, comme souvent, le verbe de Moore est merveilleux et on retiendra quelques fulgurances :

Citation :
Au-delà du détroit s'étend Anostus la verdoyante, arrosée par deux fleuves nommés Plaisir et Douleur. Les arbres longeant leur cours produisent des fruits de deux sortes. Celui qui mange de l'un n'aura plus rien à désirer. Son âge s'inversera, il redeviendra un enfant heureux. Le fruit de l'autre apportera une vie d'afflictions et de larmes.

Citation :
Ironie suprême, une autre île était accessible à la nage : Herland, peuplée de femmes superbes qui engendrent leurs filles par parthénogenèse, et qui n'a pas vu d'homme depuis le IVe siècle de notre ère. Si l'infortuné Crusoé avait eu notre almanach, son isolement eût été plaisamment rompu.

Citation :
Nous atteignons enfin le château haut perché dans les Carpates où Il vivait jadis, et satisfaisait aux besoins dont dépendait Sa survie. Je ne parviens pas à tracer Son nom, bien que les faits remontent à plus de quinze ans. Vraiment, je suis ridiculement émotive.

Mais la poésie, l’humour et les référence n’ont pour une fois pas suffit à m’emporter dans son monde, me donnant plus l’impression d’avoir affaire à un Frankenstein d’idée, suturé de partout avec des greffes de milliers d’histoires, sans pour autant me captiver dans le récit.
Peut-être qu’un jour j’aurais le courage de me plonger dans la suite pour découvrir la fin des aventures de ces héros si atypique et si iconique en même temps.

Malgré mes réticences, je recommande tout de même la lecture de cette œuvre, elle est singulière, c’est un ovni vraiment étrange dans le monde des comics, un trésor à découvrir et à jauger soi-même, suivant nos propres attentes et nos appréhensions.

On se retrouve très vite pour un autre retour


Ragne

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