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 Ragne vous parle de comics

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Ragne

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Masculin Sagittaire Messages : 486
Date d'inscription : 02/04/2017

MessageSujet: Ragne vous parle de comics   Mer 9 Mai - 13:33

Batman Noël



Batman Noël
par
Lee Bermejo

Parlons comics un peu, comme beaucoup de gens, je suis un amoureux du chevalier noir. Batman qui s’érige comme un humain résolu à faire face au mal et à sauver le monde quelque en soit le prix, quelque en soit son coût personnel.

En 2012, Lee Bermejo (qui a dessiné l’extraordinaire Joker scénarisé par Azzarello) décide d’adapter en 112 pages (publié chez Urban Comics) le conte de noël de Dickens. Il confronte ainsi le génial détective à son ennemi de toujours le Joker et l’interroge sur les raisons de sa croisade contre le crime.


Pour ceux qui ne connaissent par le conte original, voici un résumé rapide :
Citation :
Le soir de Noël, un vieil homme égoïste et solitaire choisit de passer la soirée seul. Mais les esprits de Noël en ont décidé autrement. L'entraînant tour à tour dans son passé, son présent et son futur, les trois spectres lui montrent ce que sera son avenir s'il persiste à ignorer que le bonheur existe, même dans le quotidien le plus ordinaire.

Batman est donc confronté à sa nature d’humain si fragile, frappé d’un rhume, maltraité par le froid, il n’a jamais été aussi loin de son mythe d’immortel, tout en respirant la volonté dure, implacable de l’homme qui se dépasse par amour pour une ville qui le maudit. Batman n’a jamais autant été un masque pour Bruce Wayne qui fait de son mieux, damné parmi les vivant. Il est ici le monstre en proie au doute, qui doit savoir pourquoi continuer à se battre quand les coûts sont si grand et lui si fragile.

En ce qui concerne l’écriture, on regrettera quelque part le manque d’élégance dans l’adaptation qui a parfois la langue pateuse et l’enchainement entre les péripéties est parfois poussifs, nous rappelant que Bermejo est avant tout un dessinateur.

Mais après tout c’est ça qui rend cet œuvre si à part. Je n’ai jamais vu des dessins d’une tel qualité, la dichotomie entre Batman et Superman suinte tant le premier est réduit à son statut d’être humain faible maltraité par l’hiver et les années tandis que l’autre irradie d’une lueur tendre qui donne presque au parfait boy scout enfin quelque chose qui ressemble à une âme et qui m’a presque fait m’intéresser à son personnage.

Non, mais regardez-moi ce trait, ce dessin c’est du caviar :

Et c’est ça qui rend ce comics vraiment tendre dans mon cœur, puisque j’ai pour les dessins du gaillard une admiration sans borne, tout est particulièrement soigné, il s’approche de l’hyperréalisme par moment et je lui pardonne les libertés parfois maladroites de l’adaptation du conte tant j’ai été pris dans l’atmosphère si particulière de Gotham qui a l’âme dont nous parle si souvent le chevalier noir.

La question pour Batman c’est donc de savoir s’il peut demeurer dans sa quête, s’il peut continuer à perdre autant à chaque pas. On ressort de la lecture un peu hagard, fracassé par la puissance des dessins et par la posture de l’auteur qui fait de Bruce Wayne une figure de l’anti-héros, noir et sinistre, presque sans-âme, confronté à des démons qu’il a créés et maitre démiurge d’un enfer qui le tourmente ironiquement, cruellement.

C’est donc un récit noir, choyé par des dessins magnifiques, une de ces œuvres de pop culture si particulière que j’aimerais croiser plus souvent.

Pour une quinzaine d’euros, c’est l’un des comics que j’ai le plus apprécié lire, un de ceux qui se rapproche le plus d’une œuvre qu’on peut lire sans vraiment de culture comics, et c’est là l’une des deux forces du livre, avec les dessins orgasmiques qui ont l’élégance rare d’un artiste amoureux de son travail. Et ça n’a pas vraiment de prix si ce n’est un sourire indélébile et un coup de cœur majestueux.

Je vous laisse sur un dernier dessin, qui j’espère finira de vous convaincre comme il m’a convaincu il y a plus de cinq ans maintenant d’ajouter cette pièce à ma collection.




Dernière édition par Ragne le Ven 11 Mai - 15:46, édité 1 fois
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La Lapine Cornue
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 9 Mai - 15:06

IL A L'AIR TROP BIEN

Je le veux :ffmental: :révolution:

------------------------------------------------------------------------------------------------
Je sais ce que je suis. Et je sais ce que je ne suis pas.
:corn3:
Je suis un chaos de rêves et de couleurs,
je suis un Cerf divin chimérique,
je suis une lapine en chocolat aux larmes caramel.
Et toi, qui es-tu ?

Fais un pas vers moi, j'en ferai un vers toi. Et peut-être un jour serons-nous face à face...

***
Cap' d'aller lire ?

→ Venez fouiller dans mes écrits... Y'en a pour tous les goûts ! :corn2:

.[/center]
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Ragne

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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 9 Mai - 15:50

Merci de ton retour :)

Edit : j'ai rename le topic pour éviter de flood le sous forum de reviews dont tout le monde se fiche :D et je risque de double sinon triple poster des fois si personne ne réagit :p


Dernière édition par Ragne le Ven 11 Mai - 16:37, édité 1 fois
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Ragne

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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Ven 11 Mai - 16:31

The Phtanom Stranger



Phantom Stranger
par
DC News 52

J'ai découvert le Phantom Stranger dans un reboot de la justice league où il guide les justiciers à travers des mondes étranges. Si j’ai un souvenir très clair de ce premier rapport au personnage, il m’a été impossible de retrouver ce moment dans ma bibliothèque ou sur mon disque dur.

Lors de mon retour récent aux comics, après mon orgie d’Alan Moore, je me suis soudain rappelé de cette créature intrigante. Un passage par quelques bio en ligne m’a convaincu de me plonger un peu plus dans le personnage. Une visite dans les entrailles décousu d’internet m’apprit ainsi que le reboot général de DC en 2012 lui avait offert un arc personnel ainsi qu’une série avec Pandora et La Question dans Trinity of sin.

Cette image résume tout ce qui m’attire chez le personnage. Une aura spectrale, un masque fait d’ombre qui lui recouvre le visage, un air indéchiffrable et une impression de puissance inqualifiable… et pour cause puisqu’il semble n’avoir d’autre limite que celle délégué de Dieu lui-même (excusez du peu), même pour l’athée que je suis, j’ai été soufflé.
Après des recherches sur internet, je n’ai pas trouvé –hélas- de traduction française par Vertigo, Urban ou Paninni du petit monstre de 22 épisodes. Donc direction le net et les scans pour me plonger dans la lecture d’une des œuvres les plus audacieuse que j’avais lu depuis longtemps.

L’origine story du personnage est ainsi redimensionné et l’on devine très vite que les scénaristes l’ont fait l’héritier d’un personnage historique célèbre. S’il n’est jamais nommé expressément, j’avais deviné au second numéro et j’en avais l’assurance au onzième.

Spoiler:
 

On suit ainsi Stranger à travers diverses histoire, mais il semble ici poursuivi par la damnation de sa vie : être à l’origine des horreurs qui le tourmenteront toujours même s’il tente de faire le bien. Il est ainsi forcé à la trahison à plusieurs reprises, dupé par son arrogance et sa presque omniscience, faisant ainsi naitre l’emblématique spectre.

Spoiler:
 

Ou aidant différents personnages emblématiques ravagés de colères et de choix moraux difficile qu’il aide à faire (on notera notamment un sublime affrontement face à Superman dans l’épisode 18

Spoiler:
 

Ainsi que de nombreuses incursions de la justice league dark mené par Constantine (à ce sujet, je ne peux que conseiller la très bonne « Trench Coat Brigade » qui réunit Constantine, Stranger, docteur Occult et Mister E.).

C’est de fait un personnage étrange qui par son origine unique dans le monde des comics est propice à être un allié périphérique qui vient en aide à ceux dont le choix éthique est inhumain, et son histoire solo est donc fracturé de passage d’autres personnages dont il faudra lire les arcs (notamment plusieurs Justice Dark, un Batman et un Justice League de souvenir) pour vraiment comprendre les enjeux de son histoire.

La difficulté du scénario est évidente. Stranger est tout puissant, quasi-omniscient, capable de voyager dans des lieux inaccessibles aux mortels, capable de duper le diable, immortel… c’est l’incarnation de la dignité mais surtout l’écueil évident d’un personnage sans point faible qui ne peut être défait par la force brute.

De par sa nouvelle origine story, on voit ainsi Stranger être foncièrement humain et à l’instar de ce qui fait sa création, toute sa vie est émaillée de sa volonté de faire le bien et de faire face à des conséquences immense remettant en cause jusqu’au pouvoir de Dieu où l’intégrité de la création. C’est un personnage tragique, saisi par les scénaristes en tant que tel, Stranger est pétri de dignité parce qu’il a commis l’un des trois plus graves péchés originels (d’où le nom Trinity of sin, ils sont malins les scénaristes hein), et son histoire est celle de sa rédemption, on s’attache à lui étrangement alors qu’il provoque souvent sa mauvaise fortune par son orgueil, sa défiance ou son altruisme vicié. Pourtant ça reste un personnage absolument magnifique et bien trop rare dans les comics actuels, un véritable chef d’œuvre qui ravit les yeux et a le mérite de surprendre par l’audace de sa narration et des scénarios absolument bluffant. (Même si certains arcs du milieu sont un peu poussifs) les dessins sont eux somptueux et savent souvent magnifier les sentiments du personnage et son aura de puissance.

Spoiler:
 

L’histoire achevé nous laisse avec un amer goût de trop peu dans la bouche, j’en aurais dégusté bien deux cents pages en plus. Mais c’est ce qui fait la saveur d’une œuvre réussie au final, alors j’ai vraiment apprécié cette lecture et j’attends sa traduction avec impatience, c’est un ouvrage de choix pour garnir ma bibliothèque déjà pleine à craquer.

J’espère vous avoir donner envie de découvrir le personnage et l’œuvre.


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Ragne

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Masculin Sagittaire Messages : 486
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 16 Mai - 11:34

Pax Romana



Pax Romana
par
Jonathan Hickman
Ne nous leurrons pas, lorsque je suis tombé sur Pax Romana en librairie, je me suis attardé sur le comics pour deux raisons, tout d’abords son prix étonnamment bas même pour Giebert Joseph qui m’offrait ainsi un long moment de lecture pour le prix d’un fascicule Panini, et le nom de Hickman que j’avais déjà croisé à plusieurs reprises dans des reviews de blogs dithyrambique qui présentait le monsieur comme le nouvel Alan Moore… rien que ça. Assez curieux et de toute façon amoureux des histoires étranges, semi courte et semi roman graphique, j’ai donc regardé le résumé. Je vous le laisse ici, je pense que je ne suis pas le seul qu’il va laisser perplexe :
Citation :
2045. Alors que l'Islam est devenu la religion dominante en Europe et que l'Ouest rejette le monothéisme, les laboratoires du CERN découvrent la possibilité du voyage dans le temps. Le Pape ordonne alors la création d'une armée privée qu'il envoie en 312 après J.-C., au temps du règne du premier empereur chrétien, Constantin. Arrivés à destination, les paradoxes temporels, idéologiques et personnels des mercenaires du Vatican entrent alors en collision, menaçant leur mission : changer le passé pour sauver le futur

L’uchronie est osée, audacieuse, en feuilletant rapidement le bouquin en librairie (urban indies, 144p, 2014), je me rends compte qu’il faut de solide connaissance historique pour suivre l’histoire tant les allusions, les détails et l’histoire jouent avec la réalité de ce qui a été pour en faire ce qui doit être. Et je confesse que malgré une licence d’histoire et un master en relations internationales, j’ai parfois dû racler le fond de mes neurones pour assimiler et assembler certaines allusions et détails de l’histoire.

L’histoire commence donc avec Le pape génétique (qui se présente lui-même comme étant à la fois « l’agrégat illuminé d’un millier de Saints-Hommes. l’Évêque de Rome, le Panchen Lama, le Pratyekabouddha, le Dernier Calife, le Prêtre Éternel d’Amon-Ra, le Rabbin Noir et le Shaman Blanc... le Vicaire du Christ. ») qui demande à voir un enfant roi qui a du mal à dormir pour lui raconter l’histoire de son monde. Une histoire orale en l’an 1421qui se raconte entre les trois rois du monde unifié le roi d’Afrique, le pape génétique, et l’enfant roi. Dès le début on est donc surpris et on suit ainsi le récit coloré du changement du monde inité par le Vatican avec la complicité du CERN qui a envoyé une armée (une grosse et pas des moins sympathique avec le complet hélicoptères, char d’assaut, ogives nucléaires…) pour aider Constantin à dominer le monde, assassiner Mahomet à la naissance, annihiler Attila d’une bombe nucléaire et phagocyter toutes les autres religions sous l’égide de l’Eglise. L’armée est ainsi constituée de mercenaires, de visionnaires, d’hommes d’églises, tous sont internationaux et augmenté génétiquement pour vivre suffisamment longtemps.

On suit ainsi les tribulations de cette armée entre manipulation historique, trahisons de toute part, création d’un idéal politique (le discours politique est brillant, j’en veux pour exemple cette citation vraiment lumineuse de satyre, de cynisme et de pragmatisme)
Citation :
Dans le futur d’où nous venons, la véritable continuation de a République s’appelait Démocratie. Deux autres mouvements politiques ont tenté de défier son avènement : le Fascisme et le Communisme. Nous avons décidé d’utiliser les points fort de ces deux mouvements pour provoquer des changements sociopolitiques radicaux puis d’utiliser leur point faible pour y substituer progressivement de meilleurs systèmes. Toutes les trois ou cinq générations, nous changerons le gouvernement de Rome jusqu’à ce que la République ultime soit accessible. Révolution, puis Stabilisation, puis Consolidation.
[…]
Après l’Etat Fasciste, ce sera le tour d’une forme de Communisme, de pseudo-socialisme […] c’est une forme de gouvernement où toutes les institutions sont la propriété et l’outil de l’Etat. Une forme d’utopie ridicule, contraire à la nature humaine, mais qui a pour avantage, en raison de son économie centralisée, de rendre possible et rapide une révolution industrielle interne.

La narration est donc acerbe, amusé de ce que le monde aurait pu être s’il avait eu la connaissance idoine de son futur et qu’il choisissait ainsi d’optimiser son évolution, c’est donc une fresque historique, où la religion sert plus de prétexte que de cause, elle est réduite à sa définition marxiste, c’est-à-dire un liant sociétale qui rassemble une communauté autour d’un but commun, autrement dit, un simple ciment pour permettre au monde de fermenter et d’offrir ses plus grandes réussites.

En ce qui concerne la forme en elle-même, elle est surprenante, particulièrement ambitieuse du haut de ces 144 pages, le livre nous offre pourtant un récit complet qui joue avec les codes du genre. On trouve ainsi par exemple de long passage qui retranscrive simplement les discussions, comme un enregistrement papier sobre et sans fioriture de ce qui fut dit. Permettant ainsi de gagner des pages et d’offrir une pensée assez touffu, inhabituelle (sans être pour autant révolutionnaire) pour le genre des comics.

(je prends les images sur google images parce que mon scanner est rétif aujourd’hui, donc c’est des exemples en anglais là, navré pour les anglophobes)

Le dessin est quant à lui proprement magnifique, encore une fois les codes du genre sont bousculés, il y a une profusion de blanc sur les planches permettant au récit d’avoir des aérations réelles dans sa mythologie profuse et fascinante.


Le travail sur les couleurs, le trait, offre aussi une œuvre à part entière, à l’identité caractéristique et particulièrement agréable pour l’œil, je laisse quelques planches illustrer mon propos



Avant de conclure, je vais distiller quelques citations, le verbe étant particulièrement important dans ce récit, il me parait honnête de le mettre un peu à l’honneur afin de vous aider à vous faire un avis final.

Citation :
Ce n'est qu'au XXe siècle que sont apparus les moyens techniques d'annihiler toute une catégorie de personnes. Nous avons amené avec nous un tel pouvoir. Je n'hésiterai pas à en user contre les animaux qui s'opposeront à la marche du progrès humain. Qu'ils viennent, les Huns ! Qu'ils viennent, ceux qui voudraient faire de nos gens des esclaves, raser nos villes ou brûler nos bibliothèques. Et qu'ils apprennent, une bonne fois pour toutes, cette leçon : cette fois, le progrès social ne sera pas arrêté. Il n'y aura pas de Moyen Âge, pas de longue nuit avant la Renaissance et les Lumières. La vieille Histoire, nous allons la défier.
Citation :
- Ton plan... votre plan... es-tu assuré de son succès? Penses-tu que votre échec est impossible?
- Non. Pas impossible.
- Quoi?!?
- Constantion, il y a trop de variables. Plus nous refaisons le monde plus le modèle qui nous guidait, l'ancienne histoire, devient inutile. Bientôt...très bientôt, nous naviguerons à vue. A ce moment, tout ne dépendra plus que de la qualité des hommes que j'ai choisis.
- Et tu...Koff... doutes de ceux-ci?
- ... qui peut connaître le coeur des hommes?
Citation :
Alors, il va vraiment falloir que je le dise? Die Weltgeschichte ist das Weltgericht. L'Histoire du monde est le tribunal du monde.
Citation :
- J'ai fait une promesse.
- Nous avions fait un serment.

Citation :
Je suis l’agrégat illuminé d’un millier de Saints-Hommes. Je suis l’Évêque de Rome, le Panchen Lama, le Pratyekabouddha, le Dernier Calife, le Prêtre Éternel d’Amon-Ra, le Rabbin Noir et le Shaman Blanc... je suis le Vicaire du Christ. Je suis le Pape Génétique.

Citation :
Ce que l’on aime bien diffère souvent de ce dont on a besoin.

Alors qu’en penser ? J’ai au début cru qu’il s’agirait d’un étrange mariage entre Soumission de Houellbecq en Uchronie avec le propos d’un Watchmen et en fait… non. C’est une histoire qui a assez peu de pareil, le propos politique est particulièrement travaillé, la réflexion sur la violence également, on trouvera des références historiques à foison et le récit ne manque pas de piquant croquant assez bien le cœur des hommes qui se sont investi dans une mission et qui perdent parfois leurs repères où troquent une vision contre une autre. Les férus d’histoire et de philosophie seront ainsi ravi, on peut ainsi dénicher tant des allusions à Socrate et à Hobbes que des détails historiques obscur connu de peu. Ce comics est clairement l’aboutissement d’un travail de titan.

Et c’est probablement tant sa principale qualité que son défaut le plus immanent, le récit est dense et peut-être trop pour certains lecteurs. Sans bagage culturelle un peu massif le livre peut perdre son lecteur dans ses considérations sur les acteurs de l’époque où sur l’utilité d’une telle utilisation politique à un tel moment. Le second défaut sera la violence, inhérente au genre en soit, mais parfois moins graphique que viscérale et qui peut se révéler profondément dérangeante suivant les moments.


Mais pour ceux qui ont aimé Watchmen, c’est en soit un must-read, une leçon de cynique historique qui prend aux tripes et qui offre une réflexion surprenante sur le monde et les sacrifices à faire pour le sauver d’un danger fantôme.

J’espère vous avoir donner envie de le lire.
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Phoenix
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 16 Mai - 11:43

... je vais finir par dévaliser la bibli (ou mon compte en banque en librairie à force AHDE)

J'avoue que le troisième me tente bien (tu présentes bien :rire:) et j'avoue que le propos et l'intention me plait et le dessin aussi :D

Bref je me tâte encore à le mettre sur ma liste (pas sur qu'il soit dans ma bibli d'ailleurs ^^) mais tu a indéniablement piqué ma curiosité :rire:

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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 16 Mai - 13:12

Si tu veux, je peux t'envoyer un lien de téléchargement et un logiciel pour lire les scans :p

Merci de ton retour :)
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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Mer 16 Mai - 15:10

Je vais deja voir si je peux l'emprunter sinon bah je verrai... merci ^^

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MessageSujet: Re: Ragne vous parle de comics   Hier à 19:54

Watchmen

Watchmen
par
Alan Moore
Sur demande de Wakatt (un mec d'un autre forum, désolé, je suis un homme volage), je vais ici parler du chef d’œuvre d’Alan Moore et de David Gibbons à savoir Watchmen. Ce comics est ultra connu, que ce soit grâce à l’œuvre original de 86 (publié en édition intégrale en France par Delcourt en 98) où à son adaptation cinématographique de Snyder en 2009 (adaptation que je n’avais pas vraiment apprécié à la base, mais à l’heure d’écrire cette rétrospective, j’ai revu le film par acquis de conscience et j’ai ainsi pris conscience qu’il existait une version longue de l’œuvre, qui reprends beaucoup des sous-intrigue avec notamment de longs moments animés pour la mise en abîme des comics dans l’histoire dominé par le genre des pirates. Et cette version longue sauve carrément l’œuvre –comme celle de Batman versus superman d’ailleurs)


Bon, sur cette présentation sommaire, déroulons un peu le sujet. Watchmen c’est quoi ? Je dirais que c’est l’un des plus grands comics jamais conçu, l’un de ceux qui font histoire, qui marquent par le propos et par la maturité qui a instillé un tournant dans le genre, pour lui offrir des lettres de noblesses plus noire, plus sombre, plus dense et beaucoup plus référencé, c’est une œuvre d’auteur, une œuvre majeure dans le siècle dernier qui reprends les angoisses de l’époque et les cristallise dans l’encre et le papier pour créer une satire étrange tant de notre mythologie que de notre époque. Bon, avant d’aller plus loin, je laisse le résumé de Wikipédia me faire l’économie de la narration.

Citation :
L'histoire des Watchmen se déroule en 1985, dans une uchronie où des super-héros ayant cessé leur activité de justiciers semblent disparaître un à un, alors que la Troisième Guerre mondiale menace d'éclater à tout moment avec le bloc de l'Est. L'apparition en 1959 du Dr Manhattan, un surhomme doté de pouvoirs en faisant presque l'égal d'un dieu, a modifié l'histoire que nous connaissons : les États-Unis ont gagné la guerre du Viêt Nam, le scandale du Watergate a été étouffé, le pétrole n'est plus une des principales sources d'énergie, et Richard Nixon est toujours président en 1985. L'album est entrecoupé de plusieurs pages de documents écrits issus de l'univers des Watchmen. Articles de journaux, longs passages du journal intime de l'un des personnages, ces documents ne servent pas directement l'intrigue du récit mais permettent de donner une profondeur au monde décrit.

Le projet de base est audacieux et l’histoire démarre sur la mort d’un ancien justicier et plonge le lecteur dans une drôle d’incompréhension. Dans ce monde, les super-héros ont existés, mais ils n’avaient pas de pouvoir, simplement la volonté d’agir, Moore interroge donc le fondement même du genre, pourquoi le héros se dresse-t-il ? Quel est son autorité, quel est sa légitimité, et c’est là le leitmotiv de l’œuvre « Who watch the watchmen » qui n’est pas s’en rappeler la maxime de Juvénal "Quis custodiet ipsos custodes ?" (Qui garde les gardiens eux-mêmes ?). Puisque comme je vous l’ai dit, l’œuvre est perclus de référence, que ce soit la fin du comics où Moore réitère son allégeance à Lovecraft et sa créature imaginaire et tentaculaire Chtullu (ce que vous ne pouvez pas savoir si vous n’avez vu que le film), que ce soit le personnage de Veidt directement inspiré de ce célèbre poème néostoïque de Schelley

Spoiler:
 

Bon, je vais pas faire la liste de toutes les références, il y en a trop que ce soit des allusions à la psychologie (all hail Rorschach), à la science politique (coucou Clauzewitz, ça va ?), au théâtre antique (Juvénal, un peu de Sophocle aussi)… etc.

L’histoire c’est donc un thriller hybride, une chimère de récit d’enquête, de super héros cousu de drame et d’histoire d’amour. Dans ce livre, Moore grime tant l’humain que le siècle et il croque les deux avec une intelligence et une sincérité aussi touchante que juste. Puisque c’est ça qui frappe à la lecture une fois le cynisme passé, la narration est particulièrement authentique, elle semble immortaliser un monde impossible, mais probable ce qui est un coup de maitre rare.

Dans cette uchronie où l’arrivée du Docteur Manhattan à amener la guerre froide à larver et à conduire à des victoires américaines au Vietnam notamment, tout en acculant l’URSS dans une appréhension de chaque instant de voir un dieu vivant marcher dans le camp d’en face et d’être une potentielle menace bien trop organique pour être quantifiable sinon calculer dans des plans militaire ou politique, ce qui précipite les tensions nucléaires dans ce monde qui semble se préparer à l’apocalypse. On notera ironiquement que le récit est divisé en douze chapitre, semblable à un cadran de montre où chaque heure nous rapproche un peu plus proche de l’holocauste final. Et cette crainte de la destruction de l’homme par l’homme (tiens Plaute, tu es là ? je t’en prie prends un siège et installe toi avec les autres références) au final est sous-jacente au récit pour apparaitre tant comme le dénouement final que comme son épine dorsal, que ce soit dans la mise en abîme du gamin (Bernie rpz), qui lit un comics de pirate (les super héros n’étant plus au goût du jour dans cette univers, trop réel pour être fantasmé et donc plus vendeurs) reprenant cette thématique d’apocalypse et de destruction de son monde pour en devenir au fur et à mesure des épreuve un bourreau parmi les autres, on peut retrouver ce thème aussi dans la déconstruction progressive du monde qui semble s’oblitérer sous ses incohérences et sa violence au fur et à mesure des pages. Et ce qui reste à la fin de la lecture c’est cet arrière-goût amer de cynisme, d’un compromis nécessaire, d’une raison d’état supérieur à la nation elle-même, bref, l’idée du plus grand bien (Machiavel, ça faisait longtemps, comme d’habitude, je t’offre un whisky frappé ? Tu es venu avec Kant et son impératif catégorique, il est le bienvenu, après tout le gaillard a tout de même inventé le porte-jarretelle, tu m’étonne que je l’apprécie… quoi il a aussi révolutionné la philosophie ? détails de l’histoire ça.), le doux sur un délire néo-antique d’un nouveau Alexandre devant un nouveau nœud gordien.

Pour autant, ne prenez pas peur suite à mon accumulation de référence, le scénariste étant un bougre sacrément doué, on ne se perd pas dans sa culture, elle est là comme un bourdonnement, mais l’absence de culture idoine n’empêche pas la compréhension ni même l’amour de l’œuvre. Et ça c’est un talent fou.

Pour le reste, les dessins m’ont au début un peu douché, on est loin du trait d’un Bermejo, mais au final, le trait rude donne un charme à l’histoire et renforce son authenticité, les cases sont foisonnantes et malgré des dialogues parfois très envahissant (pour ne pas dire omniprésent), on trouve souvent l’espace nécessaire pour apprécier le pinceau du dessinateur. Bon, là-dessus, je suis moins calé, donc je vais juste laisser quelques planches en exemple. Je dirais juste que ça m’a un peu rappelé la patte de Ditko




De même, la voix de l’auteur étant particulièrement importante, j’égrène quelques citations avant de conclure.

Citation :
Vous avez tout faux. Je ne suis pas bouclé avec vous, c'est vous qui êtes bouclés avec moi.

Citation :
Voilà une notion que j'aimerais voir enterrée : l'homme ordinaire. Ridicule. Il n'y a personne d'ordinaire.
Citation :
Tout ça pour éviter l'horreur ultime.
Ladite horreur étant qu'à la fin, il n'y a que le néant peuplé de ténèbres.
Le vide.
On est seuls.
Sans rien d'autre.

Citation :
Je préfère l'immobilité qui règne ici. Je suis fatigué de la Terre, de ces gens, fatigué d'être pris dans la confusion de leur existence. Ils prétendent s'acharner à bâtir un paradis, et voici que leur paradis est peuplé d'horreurs. Peut-être que le monde n'est-il pas fait, peut-être que rien n'est fait, une horloge sans artisan. Il est trop tard, il a toujours été, et il sera toujours trop tard.

Citation :
- C'est ça qui m'inquiète : la troisième guerre mondiale va nous tomber dessus dans la semaine. Je veux dire, qu'est-ce que nous fichons ? Les enjeux sont si élevés, l'humanité est au bord du gouffre...
- Certains d'entre nous ont toujours vécu au bord, Daniel. Y survivre est possible si l'on observe les règles... se retenir par les ongles... et ne jamais regarder en bas.

Citation :
Nous regardons continuellement le monde et il finit par devenir morne dans nos perceptions. Pourtant, vu d’une autre perspective, comme s’il était neuf il peut encore couper le souffle.

Citation :
Alexandre de Macédoine, mon idole. Tout jeune, à la tête de son armée, il avait emporté les côtes de Turquie et de Phénicie, soumis l’Égypte avant de se tourner vers la Perse. Il mourut à 33 ans, maître de presque tout le monde civilisé. Cela sans cruauté. Il fit d'Alexandrie le plus grand centre culturel du monde antique. Certes, il en coûta bien des vies... Inutilement, parfois, mais qui peut en juger ? Il fut tout près de réaliser son rêve d'unité mondiale.
Je décidai que mes succès seraient à la hauteur des siens. D'abord, je distribuai mon héritage, pour démontrer que je pouvais arriver à tout en partant de rien. Puis, je partis pour la Turquie du Nord, sur les pas de mon héros. Je voulais que mon œuvre égale la sienne. Je voulais éclairer ce monde de ténèbres. Heh. Il fallait que j'aie de quoi lui parler, si je le croisais au palais des légendes.

Bref, Watchmen est une œuvre majeure dans la culture comics, inégalé et peut-être inégalable tant elle s’inscrit avec justesse dans l’esprit du siècle, reprenant cette crainte de l’apocalypse qui est aujourd’hui omniprésente dans la culture (que ce soit Houellbecq ou Stromae sinon Orelsan, tous ont ce même rapport au monde : celui-ci connait l’apocalypse et au milieu de cette destruction, la seule échappatoire est la jouissance absolue), et ses nombreuses suites par d’autre scénariste comme Before Watchmen ou plus récemment Doomsday Clock, n’ont jamais su égaler l’intelligence de cette œuvre qui révèle quelque chose sur le siècle plus qu’autre chose. Alors, s’il fallait ne conseiller qu’un comics, malgré mon amour pour d’autres œuvres, je ne conseillerais que celui-là parce que c’est un livre majeure du siècle dernier, une révolution de la littérature en elle-même.


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Ragne vous parle de comics
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