Encre Nocturne
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 [-16] L'Expérience (1/2)

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ZÉR0

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Masculin Bélier Messages : 40
Date d'inscription : 21/09/2018

MessageSujet: [-16] L'Expérience (1/2)   Sam 22 Sep - 4:36:44



L’expérience
Première Partie

Sommaire (cliquez pour afficher) :
 


C’était en 1997, j’étais en terminale, à quelques mois de mon dix-huitième anniversaire, au beau milieu des vacances d’hiver. Il gèle à pierre fendre. On est samedi et ce soir, Seb, Greg, Jude et moi sommes invités chez Arnaud, le fils du directeur de l'école primaire. [Retour au Sommaire]

Jude, c’est mon frangin, mon frère cadet. Je vous imagine d’avance prononcer son diminutif « Jude », comme c’est écrit, à la française, comme l’apôtre du même nom. Comme s’il ressemblait de près ou de loin à un apôtre… Non, c’est « Djoude » que tout le monde l’appelle, en référence à la célèbre chanson de l’autre tocard hippie à binocles. Ça peut vous sembler moins glorieux dit comme ça, mais dans l’univers qui était le nôtre, « Jude », ça envoie sec. Calme, peu loquace, peu contrariant mais plutôt beau gosse et doté d'un charisme naturel, c’était un bon guitariste qui attirait, sans vraiment le chercher, la sympathie des autres, Seb le premier. [Retour au Sommaire]

Seb était son acolyte. Sur son scooter peinturluré à la bombe il trimballait Jude partout. Il ne passait pas inaperçu sur cet engin, avec ses cheveux châtains mi-longs, sa petite barbiche et son treillis Billabong orange qu’on aurait cru tout droit sorti des vestiaires de la DDE. Doté d’un sens de l’esthétique douteux et même d’un mauvais goût certain, Seb était un inconditionnel du rap US qui s'était fraîchement converti au grunge pour attirer l’attention de mon frère qui en était lui aussi. Vous savez, les grunge, ces jeunes typiques des années quatre-vingt-dix qui déambulaient, Converse aux pieds, avec des jeans troués ou déchirés, affublés d’un gros pull en laine sur lequel tombaient leurs cheveux crades. Ils étaient tous fans de Nirvana, faisaient tous de la guitare, parce que « Kurt Cobain il est trop cool », surtout depuis qu’il s’est collé une chevrotine dans la cafetière. C’était loin d’être un méchant, le Seb. Dans l’ombre de tout le monde, il savait ouvrir son bec assez fort pour faire oublier qu’il n’était pas bon à grand chose, et pour cela il n’était pas à un bobard près. Seb a tout vu, Seb a tout fait, mais dès qu’on grattait un peu, il déviait le sujet par une étonnante pirouette dont lui seul avait le secret. Toutefois, il était facile de passer outre cette insupportable tendance tant sa présence était agréable : toujours partant pour se déboîter la tête, il ne manquait pas de générosité ni d’humour. On se marrait bien avec lui. [Retour au Sommaire]

Je passerai vite sur Greg, non pas parce qu’il n’y a rien à en dire, mais précisément parce qu’il y en aurait trop. Ce petit bonhomme à l’esprit vif était un concentré d’impulsivité et d’entrain qui ne vivait que pour se défoncer. Pas étonnant de le voir toujours s’incruster. Il agaçait tout le monde, mais tout le monde l’aimait bien. Je ne faisais pas exception.

Ce soir c’est Manu qui nous amène chez Arnaud. Il est un peu plus vieux que nous, assez pour conduire le Nevada de sa mère. Mon frère l’admirait et lui piquait bon nombre d’expressions et de mimiques. Je dois lui reconnaître une sacrée présence et un indéniable sens de la répartie. Il ne m’était pas désagréable mais… Comment dire... Lui et moi n’avions pas d’atomes crochus. Je n’en avais pas plus avec Seb d’ailleurs. J’étais un peu plus proche de Greg, mais je n’irai pas jusqu’à dire que je recherchais sa compagnie. Sauf si je me faisais chier. Quant à mon frère, il y a toujours eu entre nous une distance que je ne comprenais pas vraiment à l’époque. [Retour au Sommaire]

Ce que je faisais avec eux ?
J’aimerais bien vous y voir, sans permis, sans un rond, dans un bled paumé, à plus de 20 km de vos seuls vrais amis, avec un père assez despotique et colérique pour vous donner envie de faire le mur à la moindre occasion. Dans cette configuration, si vous voulez une vie sociale, vous prenez tout ce qui ne vous rejette pas et en l’occurrence, mon frère avait, dans notre village, un cercle d’inclusion qui m’acceptait. Du moins qui ne me rejetait pas. C’est déjà ça.

De noir vêtu et les cheveux dans la gueule, regardant mes pieds, chaussé de rangers de seconde main récupérés pour quelques francs à la bourse aux vêtements, paré d’un trois-quart en cuir usé jusqu’à la corde recouvrant un pull miteux, distendu et troué aux manches pour y passer les pouces, moi, je suis le puceau mal dans sa peau qui s'entête à se dire gothique, ou plutôt goth, depuis 93, soit huit ans après la timide apogée de cette mouvance underground anglaise d’origine prolo, et cinq ans avant son renouveau commercial germano-ricain… Autant dire un crétin qui s'entête à se faire remarquer. Mon malaise ? Tout le monde s'en amusait et personne n'en saisissait la portée. Jude le premier. [Retour au Sommaire]

Arnaud était sympa, je l’aimais bien. Il traînait toujours avec Benjamin, son ami d'enfance, un véritable génie artistique tout aussi agréable. Tous deux connaissaient mon frère depuis le cours préparatoire tenu par le père d’Arnaud et par lequel Jude et moi sommes tous deux passés quelques années avant qu’il ne prenne la direction de l’école.

Arnaud et Benjamin, tout comme Manu et l’ensemble de leur bande étaient des mod's, un mouvement « petit‑bourgeois », anglais lui aussi, résolument ancré dans les sixties. Prenant la pose sur leur Vespa de collection, ceux qui s’en réclamaient mettaient un point d'honneur à bien s'insérer dans la société pour mieux se foutre la tronche à l'envers à grands coups d'amphet's et autres saloperies du même tonneau. Mais rassurez-vous, nos mod’s à nous, que je sache, ne s’envoyaient que des douilles. Propre sur lui et bien coiffé, le mot d'ordre du mod's était « La classe ». Arborant fièrement son polo Fred Perry sous son pull en V soigneusement repassé, son pantalon taillé droit, bien court, laissait apparaître la tige de ses doc's montantes lorsqu'il pliait les jambes. Fier comme un paon, il affrontait sereinement l'hiver sous son élégante parka à mille-cinq-cent balles. Aucun doute possible, n'était pas mod's qui voulait.

Je ne saurais dire si tous les mod's étaient comme ça, mais ceux que je connaissais vous faisaient bien sentir que vous étiez hors du cercle. De ce que je me souviens, tous les mod's de mon village étaient fils ou filles de notables, vous mirant, quand ils daignaient le faire, de la tête au pieds avec dédain, comme persuadés qu'ils avaient plus de valeur que toi, plus d'avenir que toi. Le pire c'est que c'était vrai, et ils le savaient ; Le plus frustrant, c'est qu'ils vendaient du rêve ces connards : ils étaient généralement drôles, cultivés, tous de très bon musiciens. Et eux ne passaient pas leurs journées entre mecs. Normal tu me diras. Mais Arnaud et Benjamin étaient différents : ils se sont toujours montrés sympa, faisaient preuve de bien plus de simplicité que les autres. Alors quand ils nous ont invités, je n'ai pas eu de réticence. J'étais même plutôt content. Ça s'annonçait bien. [Retour au Sommaire]

Le programme était déjà clair : ce soir, on se déchire la tête. On s'est cotisés : un pack de 24, une bouteille de vodka, un 10 de teush, ce soir on n'allait pas passer pour des cons. En général ces soirées se déroulaient en comité restreint, une dizaine, douze tout au plus, assis en cercle autour de la table basse sur laquelle étaient posés les bouteilles, les verres, les canettes et le Saint Matos. Ouais je sais, dit comme ça on pense à une célébration autour d’un autel. Le prêtre, c'est celui qui paye le plus douilles aux autres, autant dire que ça ne m'arrivait jamais à moi, l'amateur de joints sans le sou qui parle de choses dont personne n'a rien à foutre et écoute des groupes dont l'instrumentation minimaliste et froide comme la mort, basée sur le classique triumvirat guitare-basse-batterie, était surplombée par la voix sépulcrale d'un chanteur souvent dépressif qui suscitait généralement plus d'interrogations et de perplexité que d'intérêt. [Retour au Sommaire]

Ce soir-là, celui à qui on dit Amen, c'est Éric… Raaah, Éric ! Cette sous-merde prétentieuse ! Jamais pu l'encadrer ! Rien que son air supérieur et le sourire narquois vissé en quasi-permanence sur son visage me donnait l'irrépressible envie de lui coller de grandes claques dans la gueule. Si j'avais su qu'il serait là ce soir je n'aurais pas décommandé avec Thierry, mon pote de galère, un autre inadapté, comme moi, qui sait ce que c'est, qui s'évade dans une musique qui le comprend. D'habitude on passe nos samedis soirs ensemble, peinards, à discuter jusqu’à pas d’heure, à nous livrer l'un à l'autre en écoutant de bons morceaux, mais pas cette fois-ci puisque j'étais invité. Et comme il "déteste ces putains de mod's", il a refusé de m'accompagner.

Éric était particulièrement respecté des autres mod's… Difficile de lui dire quoi que ce soit sans froisser nos hôtes. Pas le choix, faire mine de l'apprécier est la seule option possible, même sachant que de son côté, il ne se retenait jamais d'être imbuvable. Éric… La figure archétypale de ceux sur qui j'aurais une revanche à prendre. Il ne m'aimait pas, je ne l'aimais pas. Il le savait, je le savais. Il savait aussi pourquoi je la fermais et pourtant, ce soir-là, il était plus agréable que d'habitude. Étrange, me direz-vous, mais ce n'était pas le moment de se poser des questions : il était dans son élément, et peut-être avait-il compris que ce mépris vis-à-vis de moi était de trop, peut‑être allait-il enfin chercher à me connaître au-delà des apparences, moi, ce pauvre, ni grand ni petit, boutonneux, maigrichon, bègue, manouche et maintenant gothique, comme si les autres qualificatifs n'étaient pas des raisons suffisantes pour me mettre sur la touche. [Retour au Sommaire]

Nous approchions de minuit, et occasion m'a été donnée de faire étalage de mes connaissances sur la culture goth. Pour une fois tout le monde m'écoutait et Éric semblait intéressé. Moi je me sentais exister, mais malgré ma frénésie, j'évitais soigneusement de commencer mes phrases par des "P" pour éviter de buter dessus. C'était pas le moment de se prendre les pieds dans le tapis. C'était pas le moment de passer pour un con. Au bout de vingt minutes de monologue sans accroc, voilà qu'il me propose une douille. C'est pas mon truc les douilles, même si je ne crache pas sur une petite une fois de temps en temps. Mais bon, ce soir il est sympa, semble s'intéresser à ce que je dis… Peut‑être que la prochaine fois qu'on se croisera, on se serrera la main et il me regardera avec respect…

– Allez, d'accord ! Mais une petite alors.

Il me la prépare, pendant ce temps j'insère mon CD "The Peel Sessions" de Joy Division dans le lecteur. Sans hésitation aucune, piste trois : "She's lost Control". J'étais si excité d'enfin pouvoir partager ma passion avec toute l'assemblée ! [Retour au Sommaire]

– Tiens, voilà ta douille ! me lança Éric en me tendant le bong.

Je m'assois confortablement, jette un œil autour de moi. Tous me regardaient. Je positionne mon briquet au-dessus de la douille… Dernière expiration… Puis je l'allume nerveusement. Sans perdre de temps je commence à inspirer, d'abord lentement, lentement… Les yeux rivés sur le contenu de la douille, celui-ci rougeoyait d'autant plus intensément que j'inspirais de plus en plus fort, tel un témoin lumineux. Encore, encore… Mes poumons s'emplissaient peu à peu de la précieuse fumée chaude pendant que ma gorge chauffait jusqu'à brûler… Bordel de merde, elle est interminable cette douille ! Je suis déjà à bout de souffle et voilà que j'en suis à peine à la moitié ! Alors que le miel se fit soufre, la foudroyante montée de THC fit alors naître une larme au bord de chacun de mes yeux que j'imagine rougis par l'effort d'une inspiration qui n'en finissait pas…

Levant le regard dans un élan de détresse, il rencontra celui d'Éric, habité par cette aura de suffisance et cet air amusé que je connaissais si bien… Sale crevure ! Il n'en fallut pas plus pour que, ma pugnacité ressuscitée, je donne une violente et ultime inspiration…

STOP ! Ça suffit !
Allez courage, te dégonfle pas !
Non… Je ne la finirai pas… C'en est trop…


Je lève alors brusquement la tête pour recracher, en une douloureuse quinte de toux, l'épaisse fumée blanche qui occupa en un instant tout le volume de la pièce. [Retour au Sommaire]

Le soulagement céda rapidement la place à une indescriptible sensation de vide qui m'envahit tout entier. Hébété, rassemblant mes dernières forces, je pose délicatement le bong sur la table de mes mains tremblantes, je bascule lentement en arrière pour m'allonger… Là, voilà…

Mes forces me quittent… J’ai froid… Les rires me semblent lointains… De plus en plus lointains… Un bourdonnement sourd se fait entendre… De sourd il se fait assourdissant… jusqu'à n'entendre plus que lui. Les couleurs s'affadissent peu à peu… Peu à peu… Je ne vois maintenant plus qu'en noir et blanc, et à peine en pris-je conscience que mon champ de vision se rétrécit à la manière d'un film en cinémascope… L'image rétrécit… Rétrécit… Rétrécit jusqu'à ne former plus qu'un point blanc sur un fond désespérément noir… Avant de disparaître complètement. Mon corps s'enfonce dans la moquette encore… et encore… et encore… Je ne sens plus la moquette… Je ne sens plus mon corps… Je ne sens plus rien… Ne vois plus rien… N’entends plus rien, si ce n’est ce mystérieux bourdonnement… Mystérieux, et pourtant si familier…

Je flotte…

Où suis-je ?



Corrections de Flopostrophe:
 


Dernière édition par ZÉR0 le Sam 22 Sep - 15:28:50, édité 2 fois
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Tôle

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MessageSujet: Re: [-16] L'Expérience (1/2)   Sam 22 Sep - 8:16:04

Alors, que dire ?!

ton récit m'a captivé. On sent une sorte de sincérité venant du narrateur qui dis vraiment ce qu'il pense à chaque fois et on sens sont mal-être également. J'ai hâte de lire la seconde partie pour savoir ce qu'il se passe exactement... Ils ont du mettre un truc horrible dans la douille pour qu'il tombe comme ça. Enfin, moi, ça ne m'est jamais arrivé

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Écrire et être lu, c'est se dévoiler au reste du monde.
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Flopostrophe
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MessageSujet: Re: [-16] L'Expérience (1/2)   Sam 22 Sep - 12:59:18

Salut Zéro, ouf c'est un peu long à lire, ça aurait été plus sympa que tu découpes en plusieurs autres petites parties peut-être, pour attirer plus de lecteurs Wink
J'adore cette authenticité qui se dégage de ton texte, j'aime beaucoup aussi la description des personnes. C'est franchement un texte bien sympathique, je viendrai lire la suite ! :vague:

Juste deux petites remarques par rapport à des virgules manquantes (oui je suis assez chiante avec les virgules ^^)
-"Arnaud et Benjamin, tout comme Manu et l’ensemble de leur bande étaient des mod's, un mouvement « petit bourgeois », anglais lui aussi, résolument ancré dans les sixties.", j'aurais ajouté une virgule entre "bande" et "étaient", ça donnerait beaucoup mieux oui
-"En général ces soirées se déroulaient en comité restreint, une dizaine, douze tout au plus", idem ici, après le "en général", une virgule ne serait pas de refus Wink

Voilà, je crois que j'ai dit tout ce que j'avais à dire, je reviendrai, ton style d'écriture est agréable.

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ZÉR0

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MessageSujet: Re: [-16] L'Expérience (1/2)   Sam 22 Sep - 15:23:18

[Message à la modération : ce post peut être supprimé car son contenu est intégré au suivant. Merci !]


Dernière édition par ZÉR0 le Mar 25 Sep - 11:30:38, édité 1 fois
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ZÉR0

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MessageSujet: Re: [-16] L'Expérience (1/2)   Lun 24 Sep - 22:47:01

Salut et merci pour vos commentaires et pour votre intérêt pour ce texte.

Je ne pense pas avoir grand mérite puisqu'il s'agit de moi, 20 ans plus tôt. Autant question authenticité, ça se pose là, autant question créativité, faudra repasser : ce texte est une tranche de vie, je n'ai strictement rien inventé (je n'ai même pas pris la peine de changer les noms, je ne fais qu'être évasif sur le lieu). J'ai globalement raconté le début de cette soirée en y incorporant certains éléments d'une autre pour donner un peu de consistance et détailler un peu le portrait, c'est tout.
Peut-être serait-ce pertinent de le préciser avant ou après le texte, ne croyez-vous pas ?

Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts depuis, je ne suis plus vraiment le même (heureusement, me direz-vous), Le recul des années me permet de porter un regard plus objectif sur notre monde de l'époque. J'ai cependant essayé de retranscrire le plus fidèlement possible l'amertume qui m'habitait et m'a collé à la peau pendant bien des années encore.


@Flopostrophe : Le couper ? Honnêtement je suis TRÈS réticent à cette idée et honnêtement, je ne vois pas où je pourrais le faire.  Tant pis pour le nombre de lecteurs :)

Loin de moi l'idée de contredire la pertinence de ta remarque sur les virgules. Le fait est qu'ici, mes choix sont motivés par une simple question de rythme.  Pour la première occurrence, je considérerai la question, il est même fort probable que je suive ton conseil. Pour la seconde ("En général"), je ne changerai pas :ça casserait le rythme que je veux imposer. Je n'autorise pas le lecteur à respirer ici, il le fera plus loin.

Dans le même esprit je prends de l'avance sur une autre remarque qui tombera forcément tôt ou tard : les conjonctions de coordination en début de phrase. Toutes les occurrences de ce type sont des choix délibérés, certes parfois discutables, mais toujours délibérés.

Dans un cas comme dans l'autre il m'importe d'injecter un côté "saccadé" à la narration, ce qui correspond plutôt bien à mon tempérament (surtout à celui de mes jeunes années !). Voyez chaque phrase comme un spasme.


@Tôle : Je ne saurai jamais s'il y avait un truc en plus dans cette douille. Personnellement je ne pense pas, pendant très longtemps j'ai mis ça sur le compte d'une hyper-sensibilité au THC ou je ne sais quel truc du genre. Le fait est qu'à l'époque, je n'en n'étais pas à mon coup d'essai et que depuis, jamais aucune autre substance ne m'a jamais fait ça. Tout ce que je sais, c'est que cette expérience (qui reste encore à décrire, c'est objet de la partie 2) a changé à jamais mon rapport à la fumette et qu'elle s'est déjà reproduite en d'autres circonstances.
Bref, on n'est pas sur le forum des psychonautes non plus alors je ne développerai pas davantage (si ce n'est dans la partie 2), je ne voudrais pas que la modération me tombe (légitimement) dessus.


En tout cas merci à vous.



EDIT : Flop m'a conseillé de couper mon texte mais je n'y tenais pas, alors j'ai trouvé une solution intermédiaire : un sommaire et des ancres ont été ajoutés pour permettre à ceux qui n'ont pas le courage ou le temps de le lire en entier de retrouver rapidement un passage du récit.

En gros : cliquez sur un lien et ça vous amènera directement sur la partie qui va bien :)

J'espère que cet ajout vous rendra la lecture de ce texte plus agréable.

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Dernière édition par ZÉR0 le Mar 25 Sep - 11:28:41, édité 1 fois
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YoMa
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MessageSujet: Re: [-16] L'Expérience (1/2)   Mar 25 Sep - 11:18:19

J'aime beaucoup ta plume, ton rythme et clairement, plus les descriptions avançaient plus j'avais Sisters of mercy qui me trottait dans la tête haha.

Petite remarque : "De ce que je me souviens, tous les mod's de mon village étaient fils ou filles de notables, vous mirant, quand ils daignaient le faire, de la tête au pieds avec dédain, comme persuadés qu'ils avaient plus de valeur que toi, plus d'avenir que toi." => je trouve le passage du "vous" au "toi" un peu étrange, je crois qu'il faudrait choisir l'un ou l'autre.

On sent que c'est inspiré du réel, ce sont des descriptions qui ne s'inventent pas... Bien envie de lire la suite !

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ZÉR0

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MessageSujet: Re: [-16] L'Expérience (1/2)   Mar 25 Sep - 11:25:15

Merci YoMa !
Ah ouais, les Sisters, j'y suis passé, et pas qu'un peu, tu te doutes bien :)
First & Last & Always a longtemps été mon album de chevet (et pas que !).

Pour le passage du vous au tu, j'ai tiqué, et longuement hésité.
Je ne sais pas trop quoi faire : passer au "vous" rend le passage moins impactant... Mais c'est vrai que ça choque.
Si je ne suis pas le seul à le voir alors il faut y remédier.
je vais y réfléchir.
En tout cas merci encore d'avoir pris le temps de me lire !

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Ragne

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MessageSujet: Re: [-16] L'Expérience (1/2)   Dim 7 Oct - 19:53:09

C'est un texte assez complexe à raconter. Un souvenir d'ado miteux qui espère sanctifier un moment entre testicules par le divertissement crasse et désemparé du temps. On en a tous connus des fêtes comme ça, noire d'un monde qu'on méprise plus ou moins, hagard d'apprendre un exister face aux autres. Qu'est-ce qu'on est con quand on a 17 ans.

Avant de revenir sur le fond, je vais m'attarder un peu sur la forme. Tout d'abords, tu as quelque problème de virgules.

Par exemple
Citation :
Sur son scooter peinturluré à la bombe il trimballait Jude partout

le "peinturluré à la bombe", c'est une incise, donc entre virgule. En vrai, on s'en fout, personne ne fait plus attention aux virgules, c'est le leg d'un autre temps... mais bon, moi, je m'y attache.

Le ton quand à lui, il a un drôle d'écho dans ma tête. C'est celui des chrono, des Usul, des karim debbache. Celui de l'esprit intelligent qui déferle sur les mots et qui les attaque, tordant leur sens et les surpassant, qui saute sur le rythme pour le séquestrer, il n'y a que la vitesse qui demeure. Parce que si on s'attarde, si on respire, on la sens tellement fort cette nostalgie, cette mélancolie, alors il faut lire et avancer, induire par des mots simple une architecture plus compliqué, une photographie semi-mondaine d'un monde qui a disparu. Ton style, c'est une déferlante, un attentat de grammaire, il ne cherche pas la beauté, en fait, il la méprise, il cherche la vie, viscérale et sinistre, il racle les bords de ce souvenir pour le profaner.

Et c'est là où c'est intéressant... On sent un attachement à ce moment, c'est personnel, travaillé. Et les mots le renient par leurs valse. Le fond veut partager un moment du siècle, une épiphanie grotesque du début de ce désenchantement adolescent revendiqué. Et le style le matraque, le tabasse avec violence, il demande si nous n'avons pas désenchanté encore plus le monde en désenchantant nous même notre vie.

Une politique du pire que le verbe exulte.

Qu'en penser, qu'en retenir... allez savoir. Je ne sais pas si j'ai aimé, mais ça m'a fait réfléchir.
Bravo
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Ouppo
Fou du roi
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MessageSujet: Re: [-16] L'Expérience (1/2)   Mer 17 Oct - 19:32:57

Salut, je me suis rappelé que j'avais lu ton texte mais que je n'avais jamais prit le temps de le commenter.

Franchement, je l'ai trouvé bien travaillé, l'histoire est bonne et le style aussi donc ça se laisse lire.

Du coup, j'ai bien aimé.
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MessageSujet: Re: [-16] L'Expérience (1/2)   

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[-16] L'Expérience (1/2)
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