Encre Nocturne
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 La confrérie des ombres

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Horion

Horion

Masculin Balance Messages : 11
Date d'inscription : 07/07/2019
Localisation : au fond des bois
Humeur : douce amère

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MessageSujet: La confrérie des ombres   La confrérie des ombres EmptyDim 28 Juil 2019 - 22:06

La confrérie des ombres


      S’il te prend l’idée de porter ton regard dans la rue, bruyante et agitée, tu verras cette marée de passants ternes et désemparés de leurs petits problèmes, aussi gris que l’air qu’ils respirent.  Mais si tes yeux ont autant de courage que de couleurs, tu verras, leurs ombres, reflets de leurs âmes qu’ils ont eux-mêmes oubliées.  

      Quel livre ne vaut pas la peine d’être lu, quelle flamme ne mérite pas de s’allumer, et de concurrencer le jour ? Quelle écorce est trop mince, quelle abeille est trop petite ? Le vent parcourt la terre, et nous offre ses arômes, glissons-nous avec ces spectres pour découvrir leurs histoires…

      Ce sont les aventuriers des tempêtes, des dresseurs d’ours, des acrobates et des cracheurs de feu.  Des esprits sans corps mais pleins d’espoir.  Et tout là-haut, porte tes yeux et ses couleurs jusqu’aux cieux, regarde, le crépuscule de ma pensée, et tu le verras, Lui, Soleil des vies, il se met à danser.

      C’est Lui qui donne leur ombre aux passants, lui qui réveille la ville et endort mes songes. Il fait taire nos regards et pétrifie nos corps, Lui qu’on peu voir mais pas regarder.  

      Nous fuyons dans la nuit, sans regret sur notre passé et notre naissance diurne, nous partons et parcourons la nuit, et recommençons chaque jour comme si c’était le premier.

      Sais-tu que d’aventure, un soir pluvieux, je me suis mis à recueillir ces bouts d’ombre, il m’a été pris de caprice d’en capturer cinq-six, grâce à des pièges confectionnés à ma façon…

      Et ensuite, les ai-je apprivoisées (ou est-ce l’inverse ?).  Ensemble, nous autres, devenus polymorphes, nous réinventâmes le doux, le secret, le tendre et la nuit, à notre façon, obscure et sublime.

      Plus personne ne nous voit, mais nous sommes là, amoureux de la Lune, nous rassasiant des échecs des vivants, philosophant sur le monde et édifiant des cathédrales de papier.

      L’autre vie, elliptique, se retrouve et s’organise, les rêveurs d’éternité et marchant d’identités n’ont-ils jamais voulu former une famille.  Et c’est leur rencontre comme deux astres errants dans l’univers qui a formé notre étoile, grâce à elle nous voyageons dans l’espace.

      Mais d’aussi loin où nous allons, toujours plus de mondes à explorer, plus profonde est la nuit, plus brillantes sont les étoiles. Et de nos aventures, nous en faisons des contes que nous nous aimons à nous raconter à la lueur de la Lune.

      Je me souviens d’une cabane enfuie au fond d’un bois, au bord du monde, le soleil d’hiver illuminait mal de sa pâle lueur, disputé par les branches des sveltes arbres, et la neige éparse peinait à réfléchir sa chaleur.  Et dès l’aurore la porte s’ouvrit, faune en fête surgît des ténèbres, et en la nature endormie, au seuil de la Lune, la danse macabre commença.

      Oh voyez la joie dans les yeux des ambres ombres de fin d’année, plus flamboyant que nos gris passants, tyrannisés par l’astre divin.  Et vînt l’hôtesse des lieux, habitant et hantant cet endroit en douce rêveuse, amie des dryades et chercheuse de fées.  Outre ses cheveux-broussailles et ses bras-brindilles, elle portait en trophée sa ramure.  Sa voix cristalline serpentait les sous-bois.  Mais le plus saisissant, son corps ni ombre ni chair, était d’une fibre si rare et si fragile, sensible à l’extrême aux températures ultimes.

      La nuit fraîche d’après solstice lui glaçait les membres et gelait son cœur, et Hélios, cruel insouciant, que du plus petit rayon embrase son âme et fait fondre son corps.

      Étrange malédiction : du chaud elle craignait, du froid, elle en avait peur.  Ne pouvait pas sortir s’exposer ni le jour, ni la nuit.  Elle n’apparaissait qu’à l’aube, et repassait au crépuscule.

      Alors, un jour de repos, entre le songe et le rêve, dans une clairière à demi éclairée, elle m’est descendue écliptique intrigante…  et me confia, le temps du coucher solaire:

      « Chanceux, sans consistance, de n’être qu’ombre »
      « avec légèreté, vous parcourez en nombre »
      « les jardins inconnus, les rivières oubliées »
      « et plein d’autres choses, sans rien sacrifier »

      « insouciants, vous réécrivez le mythe : »
      « cette douloureuse vie, Ô combien maudite »
      « que j’aspire à fuir et toujours m’enchaîne »
      « déplore mon tourment, attise ma haine »

      « reviens, fais-moi revivre et rire »
      « repars et fais-moi enfin mourir »
      « reste, une nuit, un moment »
     
      « reste ! j’ai un secret à t’offrir »
      « repars ! et garde aussi mon désir »
      « reviens ! une dernière fois, lentement… »

      « tiens-moi»
      « serre-moi»
      « raconte-moi»
      « souffle-moi »

      « Je ne passerai pas ma vie recluse, mais avant de me pétrifier au cœur du plein hiver, je veux brûler une dernière fois, viens contre moi, et toute ombre que tu es, tu verras la lumière dans les ténèbres, et la flamme dans la glace »

      Ses paroles sans réponse se perdirent dans la nuit naissante, et ma pauvre ombre fut transpercée de son éclat de lumière. Mais loin de m’en soucier, je la laissai faire.  Et d’un pâle feu de camp nous prolongeâmes l’atmosphère tiède sur l’orée.

      La singularité de cet instant, cette rencontre unique la fît durer une éternité. Mais échappant au temps, nous pûmes échapper au matin, et la belle, plutôt que de me voir partir, laissait le givre l’endormir pour toujours, au cœur de l’horreur, deux heures avant l’aurore, sans que ma volonté ne pu l’empêcher.  Et de cette statue sylvestre, son âme sensible demeurait, projetant une ombre grande et aussi belle que la forêt elle-même.

      Plein d’amertume, et plus mélancolique que jamais, le cœur en tombe. Je revins auprès de mes semblables : la confrérie des ombres. Chacun ayant mené son aventure, me raconte à leur tour leurs surprenantes histoires vécues en dépit du monde moderne.


      Il est tard, mais j’attends, fébrile d’impatience, le prochain récit...




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Ragne



Masculin Sagittaire Messages : 666
Date d'inscription : 02/04/2017

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MessageSujet: Re: La confrérie des ombres   La confrérie des ombres EmptyVen 2 Aoû 2019 - 22:36

Bonjour Horion

Je devais partir après un commentaire, mais j'ai vu ton texte seul, désespérant de trouver un peu de soleil. Un jour ton texte mourra, et comme je me vois un peu comme un météore fugace, je me suis dit que je pouvais lui offrir un peu de lumière. Je n'aimerais pas mourir sans voir une dernière fois des étoiles.

Alors, je t'ai lu. Drôle d'idée, j'ai une bibliothèque pleine de livre non plu, tant à écrire, si peu de temps, mais je me suis arrêté pour te lire. Le titre était attrayant, il ressemblait à une histoire raconté mille fois, usé par les mots et les voix, sentant la cendre. Le titre ne promettait pas de lire quelque chose de nouveau, simplement de lire quelque chose qu'on connaissait, rassurant comme un vieux pull pourtant laminé par le temps.

Avant, je t'aurais fais chier avec ça, mais j'ai un peu la flemme de répertorier ou d'annoter, je me fais vieux. Tu as des problèmes de style et de grammaire. C'est entre nous assez mineurs. Mais par exemple au début "de leurs petits problèmes" devrait être "par" parce que même si "de" se défend grammaticalement, stylistiquement, c'est une douleur anale et "par" est bien plus logique. Même choses tu mets des virgule avant des Et, c'est pas bien. Frappe toi sur les doigts pour illustrer mon courroux.

Bon, j'ai fait le maître d'école chiant.

Reprenons les choses sérieuses maintenant que cette bagatelle est passée.

J'ai aimé te lire.

Pas à chaque instant, il y a des soucis, mais d'autres les énuméreront, d'autres te pointeront les errances de ton orthographes, les faiblesses de ta grammaires, les étrangetés de ta syntaxe. Ca prend du temps de les sélectionner. Je ne l'ai pas. Et on ne modifie pas des faiblesses en un texte. En dyslexique que je pensais incurable, je m'étais un jour acheté un Becherelle, depuis ça va mieux. Un exercice chaque soir permet de travailler autant le style que les règle de la langue. Si tu veux progresser sur tout ça, il n'y a pas de meilleur moyen.

Mais c'est juste un peu de sable dans la recette. Ca n'altère pas le goût, ça fait juste grimacer à des instants, rien de bien grave (enfin si y'as un marchant/marchand quelque part qui m'a fait me remuer les méninges)

J'ai trouvé ce que je pensais trouvé dans ton oeuvre. C'est un texte qui a la voix des conteurs et qui sent la cendre.
C'est un texte qui se vit et se murmure, il imprègne nos sens d'une odeur de nuit et il semble s'être approprié une partie de la matière des rêves.

Je suis un peu envieux de cette voix je crois, elle est rassurante, quand on te lit, on ne trouve pas d'innovation, on a déjà lu ça, on a déjà lu cette histoire, on a déjà entendu cette manière de la raconter.
Mais ça ne nous ennuie pas.
C'est quelque chose de vraiment difficile à faire je crois, s'insérer dans cette dynamique impersonnelle qui nous ait légué par des millénaire de légende et s'inscrire à sa suite. C'est même un sacrée pouvoir.

Tu as cette capacité immense de raconter avec une voix personnelle sans terrasser le texte de ta personnalité.

On croirait lire un songe le temps d'une nuit d'été.

Juste un rêve, une histoire usée par les timbres qui l'ont colporté et murmuré.

C'est un beau pouvoir
Et un beau texte.

Supprime la fin, l'étrange brisage de quatrième mur trop maladroit et il sera parfait.

Merci pour ces mots.

Ragne

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Masculin Cancer Messages : 99
Date d'inscription : 23/03/2019

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MessageSujet: Re: La confrérie des ombres   La confrérie des ombres EmptyMer 28 Aoû 2019 - 12:16

Alors. J'ai pris une claque. Je suis actuellement en train de relire tout le cycle de Gwendalavir de Pierre Bottero et ton récit me fait penser à un chant Marchombre, des hommes et des femmes qui, épris de liberté, chevauchant les brumes. Je retrouve toute cette poésie Bottérienne dans ton écrit.
"Je me souviens d’une cabane enfuie au fond d’un bois, au bord du monde, le soleil d’hivers illuminait mal de sa pale lueur, disputé par les branches des sveltes arbres, et la neige éparse peinait à réfléchir sa chaleur. " Et je trouve cette phrase magnifique.
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MessageSujet: Re: La confrérie des ombres   La confrérie des ombres Empty

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