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 Anniversaire surprise [-18] [CC]

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AuteurMessage
Spangle

Spangle

Vierge Messages : 281
Date d'inscription : 30/03/2020
Localisation : Bzak

Anniversaire surprise [-18] [CC] Empty
MessageSujet: Anniversaire surprise [-18] [CC]   Anniversaire surprise [-18] [CC] EmptyDim 12 Avr 2020 - 18:35

Cette nouvelle est assez longue (environ 18 pages).
Elle contient des scènes de violence et de sexe explicite.
Elle ne convient pas aux personnes trop jeunes pour être confrontées à la sexualité des adultes.

Sa lecture peut réveiller des traumatismes chez les personnes ayant subi de la violence conjugale (choisissez un moment favorable pour la lire).

Un anniversaire surprise


J’ai un gros problème dans ma vie : mon mari. Il est temps de m’en débarrasser. Il vient de me réveiller par une série de gifles, me hurlant qu’à neuf heures du matin, j’aurais déjà dû être levée pour préparer son anniversaire. Que j’étais une égoïste, qu’on ne pouvait pas compter sur moi et que je ratais toujours tout. Les mêmes mots, encore et encore : nulle, idiote, pauvre conne… Ces mots qui pendant longtemps m’ont blessée. Dernièrement je ne les entends plus. Je constate qu’il fait du bruit, beaucoup de bruit, mais je ne me sens plus concernée par ses insultes. Les coups, bon, j’aimerais autant les éviter. Mais je me sens froide et solide face à ses déferlement de haine. Car c’est bien de la haine, pas de l’amour comme il le prétend.

Je me suis levée sans discuter, j’ai enfilé un pantalon et je suis descendue dans la cuisine. Il va l’avoir, son repas d’anniversaire. Il va pouvoir le savourer, ce connard. Je commence par me faire un café. De toute façon il ne viendra pas me surveiller, il doit se raser pour ne pas être en retard à la chasse. Pendant que le café chauffe, je sors des trucs pour avoir l’air affairée quand il passera par la cuisine : saladier, farine, œufs, moule à gâteau… Un bel anniversaire, que je lui prépare.

Adossée au plan de travail, mon mug de café à la main, je fais défiler toutes ces années d’esclavage ; oui, d’esclavage, il n’y a pas d’autre mot pour ce qu’il m’a fait subir. J’ai mis longtemps à me décider. Partir, ou le tuer ? Mais à présent je vois bien que partir serait trop risqué : il me veut tellement à sa disposition qu’il n’arrive même plus à supporter que je dorme. Comment pourrait-il se résigner à mon absence ? Je le sais capable de faire usage de son fusil de chasse pour ne pas me laisser la moindre chance d’exister loin de lui. La police ? Ha, comme si elle protégeait les femmes battues. Je m’arrête un instant sur ces mots : femme battue. Ils me font toujours un drôle d’effet.

Le tuer, donc. Mais pas n’importe comment. Je ne tiens pas à échanger ma misérable situation pour celle, tout aussi misérable, de taularde en longue peine. Il faut être rusée, rendre l’accident plausible. C’est pour ça aussi que je n’ai jamais parlé de ce qu’il me fait subir. Oh bien sûr, pendant longtemps c’était surtout à cause de la honte, mais maintenant c’est par calcul : tant qu’on forme un couple sans histoire aux yeux du monde, je ne risque pas d’être soupçonnée de meurtre. Qui irait s’en prendre à un mari modèle, un homme affable, serviable, charismatique ? Personne ne sait, personne ne se doute de la façon dont il me traite. Il est très adroit, il présente bien et sait donner le change. J’ai réfléchi pendant des mois, et finalement j’ai trouvé le moyen idéal de faire passer ça pour un accident, un banal manque de chance.

Il passe en coup de vent, simplement pour gagner la porte d’entrée. Au passage, il me lance tranquillement :
- Allez, ne fais pas la gueule. Tu sais bien que je m’énerve vite quand tu fais ta flemmarde. Mais c’est oublié ça, hein, d’accord ?
Sans attendre la réponse, il file. Au début, après ses accès de violence, il passait des jours à me combler de tendresse pour se faire pardonner. Pour que je reste, que je lui donne encore une fois sa « chance » de changer. Le baratin en question s’est amenuisé au fil des ans jusqu’à devenir cet embryon d’excuses dans lequel, ça c’est une chose qui n’a pas changé, c’est toujours moi qui porte le chapeau. Jamais rien n’est de sa faute, et surtout pas sa violence envers moi. Enfin, il est parti.

Je finis mon café et je vais me laver le visage. Pas de traces cette fois, je n’aurai pas besoin de me tartiner une épaisse couche de fond de teint pour cacher les bleus. Dans la cuisine, je sors pour de bon tout ce qu’il me faut et je commence à préparer la génoise. Un beau gâteau que je vais lui faire, bien appétissant, dégoulinant de coulis de framboise sur son glaçage au chocolat blanc, fourré à la mousse de framboise et à la chantilly. Il ne pourra peut-être pas y goûter, si l’intoxication se déclare assez rapidement.

J’enfourne la génoise puis je vais chercher dans sa cachette l’ingrédient secret qui rendra cet anniversaire inoubliable : des amanites panthères, cueillies, séchées et réduites en poudre par mes soins. Malgré la petite taille du sachet, il y a dedans de quoi se débarrasser d’un sanglier. Mon plan est de cuisiner des bouchées à la reine forestières, garnies de champignons comestibles que je suis allée cueillir quelques jours plus tôt. Pour ne pas risquer de neutraliser le poison, j’y ajouterai la poudre d’amanites seulement après la cuisson. Quand Fabrice se trouvera mal, je ferai traîner le plus possible le moment d’appeler un médecin. Cela ne surprendra personne car il est connu pour se croire invulnérable et plaisante souvent sur les « faibles » qui consultent pour un oui ou pour un non. Moi, par exemple.

Je le regarderai tranquillement crever et j’appellerai le médecin plusieurs heures après le repas, quand il sera trop tard pour un lavage d’estomac. Son décès s’expliquera sans mal par l’hypothèse qu’il ait ingéré des champignons vénéneux provenant de ma cueillette toute fraîche. D’éventuelles analyses ne feront que le confirmer. Quant à moi, j’aurai simplement la chance de ne pas les avoir eus dans mon assiette. Je n’aurai plus qu’à jouer les veuves inconsolables et le tour sera joué. Oui, c’est décidément le moyen le plus simple et le plus sûr d’échapper à ses griffes.

La génoise sort du four à une cuisson parfaite, moelleuse comme il faut. Je la laisse refroidir pendant que je tranche les champignons en fines lamelles et les fais revenir à la poêle, puis je la découpe soigneusement en deux disques, le dessous et le dessus du gâteau. Ensuite je m’attelle à la béchamel, et tout en la remuant des souvenirs font de nouveau irruption dans ma mémoire.

Son anniversaire, sans blague... Le mien le mois dernier, je l’ai passé à ramasser et nettoyer tout ce qu’il avait jeté par terre dans sa colère. Dans toutes les pièces ! À la salle de bain, le flacon d’huile d’amande douce s’était brisé sur la robe couturier qu’il m’avait offert pour nos cinq ans de mariage. Au pressing, ils m’ont dit que je pouvais faire une croix dessus. De toute façon notre mariage, maintenant il s’en fiche : ça fait deux ans qu’il a une maîtresse. Dans la chambre, c’est mon propre sang qui avait taché une parure de lit. J’ai passé une bonne heure à la frotter sous l’eau froide pour la ravoir tellement il y en avait. L’arcade, ça saigne beaucoup. Au salon, il avait éventré le tableau de ma mère : un portrait de moi qu’elle avait fait quand j’avais vingt ans.

*

Je suis interrompue dans ces ruminations par la sonnerie de mon téléphone.
- Bonjour Madame, c’est la police. J’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer : votre mari a eu un accident de voiture, il est à l’hôpital dans le coma.
- Je… mais… Quoi ?
Les pensées se bousculent dans ma tête. Joie de savoir qu’il vient de s’en prendre plein la poire. Désarroi devant ce contretemps à l’organisation de mon plan. Peur de ne pas paraître assez triste. Je me concentre sur cette dernière idée et produis un magnifique sanglot en demandant :
- Mais comment est-ce arrivé ?
- Il semblerait que votre mari ait perdu le contrôle de sa voiture, sur la nationale. Il a accroché le véhicule d’en face, fait un tête-à-queue, puis malheureusement le véhicule de derrière a heurté sa voiture de plein fouet au niveau du siège conducteur.
- Je… Très bien, fais-je avec le léger reniflement de quelqu’un qui a commencé à pleurer, je vais immédiatement à l’hôpital. Vous n’avez pas besoin de moi au commissariat pour l’instant ? Bon, parfait… Enfin je veux dire, ça m’arrange, comme ça je peux aller le voir tout de suite. Oui, ça ira, merci. Merci d’avoir appelé.

Aussitôt le téléphone raccroché, je me mets à réfléchir à toute vitesse. Tout d’abord, remettre la poudre dans sa cachette : une vieille boîte à thé étiquetée « vanille », planquée derrière les boîtes de conserves, dans le cellier. Ensuite, rendre mes yeux rouges et gonflés : une bonne noisette de démaquillant sur chaque paupière, et je frotte au gant de toilette. Cette saloperie de produit m’esquinte assez les yeux d’habitude pour me devoir un petit service aujourd’hui. En ce jour de liesse où il va peut-être mourir. Soudain, à ma grande surprise, j’éclate en sanglots pour de vrai. Je viens de réaliser tout ce que m’apporterait sa mort. Une vraie vie qui n’appartiendrait qu’à moi. Enfin libre ! Mais je me reprends tout de suite : ce n’est pas le moment. Pour l’instant je dois jouer le rôle de l’épouse éplorée qui accourt au chevet de son cher mari.

Chambre 204, m’a-t-on indiqué à l’accueil. Chambre 204, chambre 204… Ah, voilà. J’entre doucement, sans frapper. C’est une chambre individuelle. Le lit trône au milieu, une forme se dessine sous la couverture, et sur l’oreiller repose la tête de mon salopard, méconnaissable. Un énorme pansement lui couvre le côté gauche du visage, œil compris. Le reste n’est que bleus et plaies. La vitre a dû se briser au moment de la collision. Je reste quelques minutes à écouter les bips des appareils qui le harnachent, laissant mes pensées divaguer. L’accident, la liberté, les champignons, la voiture, les gifles de ce matin… tout tourne dans ma tête en un carrousel étourdissant. Puis je me reprends, recompose le personnage de l’éplorée et me mets en quête d’une infirmière.

En sortant de la chambre, ce n’est pas une blouse blanche que je rencontre, mais un costume bleu.
- Police judiciaire, inspecteur Achab. Vous devez être Madame Blandin n’est-ce pas ? Je suis désolé pour ce qui est arrivé à votre mari.
Il marque une pause respectueuse puis, devant mon silence, il reprend :
- Il y a dans cet accident une anomalie qui a attiré notre attention ; la trajectoire de la voiture était inattendue. Nous avons examiné le véhicule, et nous avons découvert que la barre de direction s’était rompue. Comme c’est une panne peu courante, nous nous sommes intéressés à cette cassure : la barre avait été sciée aux trois quarts. Madame, quelqu’un a cherché à tuer votre mari. Vous avez une idée de qui ça pourrait être ? Un indice, un mobile ? Était-il en conflit avec quelqu’un ?

Complètement prise au dépourvu, je bafouille, j’essaie de gagner du temps. Tout ce que je trouve à dire, c’est :
- Heu, eh bien non, je ne crois pas. Je… je réfléchis, peut-être que quelque chose va me revenir, mais là je ne vois pas. Qui pourrait bien faire une chose aussi affreuse ?
À court d’idées, je laisse ma voix se briser sur ces derniers mots.
- Très bien. Je vois que vous êtes bouleversée, je ne vous importunerai pas plus longtemps. Voici mon numéro, appelez-moi si vous repensez à quelque chose. Nous sommes amenés à nous revoir de toute façon, conclut-il en se dirigeant vers la chambre. Au revoir Madame. Bon courage.

Il a dit ça sur un ton si compatissant que je me félicite sous cape pour ma prestation d’actrice. D’ailleurs, je n’ai pas tant besoin que ça de jouer la comédie. Bouleversée, c’est vrai, je le suis. Bouleversée et inquiète. Qui, mais qui, a bien pu avoir la même idée que moi ? Un besoin de se débarrasser de lui assez vital pour passer à l’acte ? Je passe en revue nos connaissances, ses collègues, les voisins… non, je ne vois personne. Qui a pu me rendre un aussi grand service, prendre le risque à ma place ? À ma place ? Mais pauvre idiote, tu es sur la liste des suspects toi aussi ! Si jamais les flics découvrent qu’il te battait, on te le mettra sur le dos, ce sabotage. Cette fois je porte mon attention sur ce qui pourrait me trahir. Rien, je crois. Il n’y a aucune trace. En prévision de l’empoisonnement, j’ai supprimé de mon téléphone toutes les photos que j’avais faites de mes bleus, quand j’envisageais de fuir et de demander une mesure d’éloignement contre lui.

*

Floriane. Il faut que je prévienne Floriane. C’est la seule à qui je me suis confiée, à qui j’ai avoué ce qu’elle avait deviné. Elle m’a promis le secret mais avec ce qui arrive, si elle allait cracher le morceau ? Sur le parking de l’hôpital, je vérifie l’heure. Onze heures quarante un dimanche, parfait, elle sera levée et pas encore préoccupée par le repas de midi. Ma petite sœur mène encore une vie un peu bohème pour ses vingt-six ans.
- Salut ma Ginie ! Ça va ?
Sa voix est joyeuse et parfaitement détendue. Un rayon de soleil, cette fille. Rien qu’à l’entendre, je me sens mieux.
- Eh bien, moi oui. Un peu perdue en fait. Fabrice a eu un accident de voiture, il est dans le coma.
- Hein ? Oh mais c’est formidable, ça ! C’est l’occasion rêvée pour quitter ce connard ! Tu es prête à partir, on en a déjà parlé. Je t’aiderai, je serai à tes côtés. Les parents aussi, tu sais, dès qu’on leur aura expliqué ce qui…
La voilà qui monte sur ses grands chevaux. S’il y a une personne qui déteste mon mari plus que moi, c’est bien elle.
- Oui mais attends, ce n’est pas tout… Quelqu’un avait saboté la voiture. C’est une tentative de meurtre.
- Quoi ?
- Alors voilà, on ne sait pas qui c’est. La police… Enfin bref, je pense que le moment serait mal choisi pour tout déballer. Tu vois ce que je veux dire ?
- Ah oui je vois. Effectivement c’est une situation délicate. Tu en as parlé à d’autres gens ?
- Personne à part toi. Je compte sur toi pour ne rien dire, ok ?
- Je serai muette comme une tombe, c’est juré. Tu sais que je suis une féministe pro-choix : je te soutiendrai quoi que tu décides de faire.
- Je sais. Tu es une petite sœur géniale, répondis-je en souriant au bout du fil.
- C’est normal. D’ailleurs toi aussi tu as été là pour moi, pendant ma transition.
C’est vrai. Nos parents avaient été très durs avec elle à l’époque, lui disant qu’elle serait toujours leur fils, continuant à utiliser son prénom masculin. Moi, j’avais tout de suite compris qu’elle suivait une nécessité intérieure, j’avais respecté ça et l’avais soutenue, jusqu’à ce qu’enfin ils admettent que son bonheur devait passer avant des habitudes périmées.
- Et là tout de suite, reprend-elle, tu as besoin de quelque chose ? Tu veux que je vienne te tenir compagnie ?
- Pas pour le moment. J’ai besoin de réfléchir. Je ne vais pas attendre que les flics mènent leur enquête : s’ils ne trouvent rien, je serai probablement leur première suspecte. Je dois savoir qui a fait ça.
- Ah, oui, je comprends. Bon mais tu n’es pas détective, ça va être compliqué. Si je peux t’aider d’une façon ou d’une autre, tu sais que je le ferai sans hésiter.
- Merci. Merci beaucoup, Floriane. Je sais que je ne suis pas seule et c’est déjà énorme.

Un peu rassérénée par cette conversation, je reprends le fil de mes démarches. D’abord, retourner à l’hôpital. Une épouse modèle essaierait tout de suite de savoir s’il va s’en sortir, et dans quel état. Et puis de toute façon, ça m’intéresse au plus haut point. Merde, midi moins cinq, les toubibs seront sans doute en pause. J’espère que les infirmières pourront me renseigner.

Finalement le docteur n’était pas encore parti déjeuner. Elle s’apprêtait à le faire, mais elle prend le temps de me donner tous les détails. Fabrice a plusieurs fractures, mais surtout un important trauma crânien. Cela signifie qu’il y aura très probablement des séquelles, qu’elles soient moteur ou cognitives. Son coma peut aussi bien évoluer vers une guérison que vers un décès, ou encore rester stable sur une longue période, peut-être même des années. Il est encore trop tôt pour le dire. Ses chances de sortir du coma dans les dix prochains jours sont d’environ 40 %. Au-delà de dix jours, elles tomberont à moins de 10 %. Je n’ai plus qu’à espérer avoir un peu de veine…

Je m’apprête à prendre congé lorsque le docteur se rappelle de quelque chose.
-Ah et puis, attendez… Karine s’il te plaît, hèle-t-elle une infirmière, remets à Madame les effets personnels de Monsieur Blandin.
Je suis Karine dans un petit local encombré, où elle tire d’un casier un sac poubelle transparent contenant visiblement les vêtements que portait Fabrice lors de l’accident.
- Ils ne sont pas en très bon état mais c’est comme ça, on est censés vous les restituer tout de même.
En effet, en jetant un coup d’œil au sac je vois que sa chemise est tachée de sang. Beurk.
- Et voici, énumère-t-elle en me les tendant l’un après l’autre, ses cigarettes, son briquet, ses clés de voiture, un autre trousseau de clés et son téléphone. Venez avec moi dans le bureau pour signer l’inventaire.
Dans le bureau, elle prend également mes coordonnées et je suis officiellement promue « tiers de confiance » : c’est moi qui aurai le dernier mot si un jour il est question de le débrancher. Pour ça, on peut me faire confiance, me dis-je en ricanant. Elle me demande de revenir avec la carte vitale de Fabrice, qu’il n’avait pas sur lui au moment de l’accident.

Sur la route, j’ai une soudaine envie de pâtisserie. D’une figue, ma préférée, toute moelleuse dans sa gangue de pâte d’amande. Je ralentis en arrivant près de la boulangerie, puis décide de ne pas m’y arrêter. L’épouse éplorée que je suis censée être n’aurait pas le cœur à s’offrir un tel dessert. En revanche, rien ne m’interdit de terminer la préparation du gâteau, avec sa mousse de framboise et tout le tralala. C’est bien pratique de savoir pâtisser : il n’y aura aucune boulangère ni aucun voisin pour témoigner de mes agapes.

*


En arrivant à la maison, je me dépêche de balancer à la poubelle le sac de vêtements souillés. Ensuite je regarde autour de moi, jaugeant d’un œil neuf le territoire qui m’appartient désormais. Mon regard tombe alors sur un angle du vaisselier, l’endroit exact que ma tête a heurté la première fois qu’il m’a blessée physiquement. Toute la scène me revient, aussi vive et brutale que lorsque je l’ai vécue. Tandis que des larmes coulent sur mes joues, Fabrice tempête :
- Non mais regarde-toi, là, à faire ton cinéma !
Tout en parlant il se rapproche jusqu’à coller contre moi son buste gonflé par la colère. À la fin de sa phrase, il me repousse brusquement des deux mains. Je recule et perds l’équilibre, mes mains cherchent dans le vide quelque chose à quoi se raccrocher, puis je sens le choc de ma tête contre le meuble. La suite disparaît complètement dans les brumes de ma mémoire jusqu’au moment où, ayant gagné la salle de bain, je m’aperçois qu’un seul gant de toilette ne suffira pas à éponger tout le sang.

- Non mais regarde-toi, là, à faire ton cinéma !
La phrase incrustée dans mon esprit s’est lancée dans une ronde infernale.
- Non mais regarde-toi, là, à faire ton cinéma !
La voix de Fabrice me poursuit à travers le temps, me replongeant encore et encore dans cette scène sordide.
- Non mais regarde-toi, là, à faire ton cinéma !
Ça peut durer des heures. Et la souffrance avec.
- Non mais regarde-toi, là
- Stop ! Stop, tout de suite !
J’ai hurlé, seule dans la maison, et le silence qui suit me revient de droit. La phrase reste suspendue, prête à revenir. Vite, penser à autre chose.

La première idée qui me vient à l’esprit est de faire à manger. En y réfléchissant, c’est vrai que j’ai faim et grand besoin du réconfort d’un bon repas. J’entreprends donc immédiatement de me cuisiner quelque chose. Je choisis un menu complet, qui me prendra toute ma concentration : tomates persillées en entrée, haricots verts et pâtes au saumon, avec en dessert le fameux gâteau que je me suis promis. En outre cela sera l’occasion de penser à moi, de prendre soin de moi. J’en ai le droit. Je scande mentalement : « J’ai le droit de me sentir bien. » comme Floriane me l’a conseillé, et souvent répété elle-même. Cette phrase est devenue depuis quelques mois ma bouée de sauvetage face aux paroles rabaissantes de Fabrice.

Après avoir cuisiné et savouré ce repas, je me sens mieux. J’abandonne la vaisselle sur l’évier et commence mon enquête. La plupart des informations que je pourrai trouver sur les relations de Fabrice avec un éventuel suspect sont réunies au même endroit : dans son ordinateur. Par chance il a laissé sa session ouverte et je n’ai pas besoin du mot de passe. Tous ses identifiants courants sont préenregistrés dans le navigateur, si bien qu’en trois clics je peux consulter l’historique de ses conversations sur Facebook. Les plus récentes devraient en principe être les plus intéressantes. Je décide de les parcourir toutes sur le mois écoulé. Tâche fastidieuse !

Sa conversation avec Amal, son plus vieux pote, n’a vraiment rien de fascinant. Boulot, chasse, gifs humoristiques à base de bombasses photoshopées… Quelle paire de beaufs ! En tout cas leur relation est au beau fixe, et Fabrice ne mentionne aucun conflit avec d’autres personnes. Chou blanc. Tom, un ancien collègue, lui envoie presque quotidiennement des photos de ses gosses et de son chien. Leurs échanges sont creux, à se demander pourquoi ils s’écrivent autant. Ouf, deux conversations épluchées. Un coup d’œil à l’horloge de l’ordinateur m’apprend que je viens de perdre une heure et demie à scroller en vain. Je m’accorde une pause. Une longue pause. Je ne deviendrai jamais détective privée.

*
Alors que je regarde distraitement l’écran, une photo dans son fil attire mon attention. C’est Monique, tout sourire devant un plat de viande en sauce. « Merci @ Fabrice Blandin pour le gibier, ta petite maman se régale ». Le post date de moins d’une heure. Eh oui évidemment, personne n’a prévenu sa famille. La tâche m’incombe, j’aurais même dû le faire avant toute chose. Oh crotte, ça ne va pas être une partie de plaisir. Surtout avec Monique, que le moindre imprévu met dans tous ses états.

Et que dire au sujet du sabotage de la barre de direction ? Ne pas le mentionner du tout serait suspect. Mais si je leur parle de tentative de meurtre, je vais les avoir tous sur le dos du matin au soir, cherchant frénétiquement une réponse à leurs interrogations. J’opte pour un entre-deux, quelque chose de vague à propos d’une enquête pour établir les circonstances de l’accident. Si ils me demandent des précisions, je n’aurai qu’à dire que c’est sans doute une formalité, pour des histoires d’assurance.

J’entreprends donc de téléphoner à ma belle-mère et à mes deux beaux-frères. Comme je m’y attendais, Monique est effondrée. Je dois lui promettre d’aller la chercher en fin d’après-midi pour la conduire à l’hôpital, où elle s’étonne que je ne sois pas restée. Je m’en tire en lui expliquant que le tête-à-tête avec son fils inconscient a été trop dur pour mes nerfs, ce qui me vaut un nouveau déluge de larmes. Elle ne prête aucune attention à mes paroles lorsque je mentionne l’enquête, ouf. Finalement j’arrive à raccrocher et je peux appeler chez Arnaud. Je tombe sur sa femme ; cela me simplifie les choses car elle n’aime pas beaucoup Fabrice. Au moment d’appeler Lucas, je réalise que je n’ai pas son nouveau numéro. Qu’à cela ne tienne, je le trouverai dans le téléphone de Fabrice.

Je rallume le téléphone, qui me demande un code pin. J’essaie 0-0-0-0, ce n’est pas ça. 1-2-3-4 ? Ouf, la bestiole accepte ma deuxième proposition. On se demande bien à quoi servent les codes pin, à part embêter le monde : personne ne les change. « Deux appels manqués : Ève » m’informe l’écran en s’allumant. Sa collègue Ève ? Qui cherche à le joindre un dimanche ? Non, un… un samedi soir à 22h ! Ils exagèrent, à son boulot ! Je trouve le numéro de Lucas et je l’appelle. Il se montre plus inquiet que triste, me témoigne de la sollicitude, et promet de soutenir sa maman en nous rejoignant à l’hôpital. Brave garçon.

Monique m’attend devant sa maison. Elle monte en voiture, la lèvre inférieure tremblante,  chevrote un tout petit « salut » et se remet à pleurer. Je la laisse faire, démarre et mets la radio en sourdine, pour la distraire. En arrivant à l’hôpital, elle s’est reprise et franchit courageusement la double porte qui s’ouvre devant elle. Cependant au moment d’entrer dans la chambre, elle me saisit le bras et le serre contre elle.
- Tu crois qu’il va entendre ce qu’on dit ? Il paraît que dans le coma on est conscient de tout ce qui se passe autour, me chuchote-t-elle.
- Je ne sais pas, mais dans le doute tu peux lui parler.

J’entre et, voyant qu’elle hésite sur le seuil de la chambre, je lui fais signe de me suivre. Fabrice est toujours allongé là, incapable de me nuire autrement qu’en luttant pour survivre. Monique, dès qu’elle le voit, pousse un long gémissement et se précipite vers lui, caressant sa joue, son front, ses cheveux.
- Ohhh mon bébé, mon bébé ! murmure-t-elle sans fin, laissant les larmes ruisseler sur son visage et jusque sur le drap. Sa désolation est si totale que je ne sais plus trop où me mettre. Par bonheur son téléphone sonne : c’est Lucas, qui ne sait pas le numéro de la chambre.

Après son arrivée Monique se montre plus calme, pleurant sans bruit, se mouchant discrètement de temps à autre. C’est seulement une fois dans le couloir qu’elle ose évoquer le sujet des chances de survie de Fabrice. Je lui répète ce que m’a dit le docteur. Elle hoche la tête, le regard perdu dans le vide. J’échange un coup d’œil entendu avec Lucas. Elle est épuisée, hagarde ; il va devoir la prendre en charge pour la soirée. Elle ne sort de son mutisme que pour me demander, avant de monter dans la voiture de Lucas, si je peux lui envoyer quelques photos de Fabrice prises pendant nos dernières vacances, « pour penser à lui autrement que dans un lit d’hôpital ». Je les lui promets pour le soir même et prends congé avec soulagement.

*

Je n’ai pas les photos en question, elles sont dans l’ordinateur de Fabrice. En les cherchant dans l’arborescence stupide de la bécane, un nom de fichier attire mon attention : eve.mp4. Je lance la vidéo sans trop savoir pourquoi, et découvre la collègue de Fabrice en soutien-gorge et string assortis… dans notre chambre à coucher. On ne voit pas le visage de son partenaire, mais le lieu ne laisse aucun doute à son sujet. Les mains de Fabrice caressent les cheveux d’Ève, puis se font peu à peu insistantes. Assez. J’en ai assez vu. J’arrête la vidéo et j’envoie le fichier dans la corbeille, que je vide. Je m’aperçois que mes mains tremblent.

Il y a des choses qu’on ne peut pas oublier. La sensation de… Ah, arrête, arrête avec ces souvenirs de merde, ça fait deux ans que t’as la paix alors oublie ! Oublie ! Je pose mes mains sur mon visage crispé et trempé de larmes, puis sur ma gorge serrée, comme on prend un oiseau blessé. C’est ça, c’est tout à fait ça me dis-je. Je suis un oiseau blessé.

Le lendemain je me réveille délassée, moins stressée que la veille. Mais peu importe, je vais quand même m’accorder un petit congé sabbatique ; en tant qu’épouse éplorée il est hors de question d’aller au boulot comme un lundi ordinaire. J’appelle donc Samia pour la prévenir et lui demander de me laisser poser quelques jours de RTT. Elle me répond que ça tombe mal, mais qu’elle ne me fera pas venir travailler dans de telles circonstances.
- Prends le temps qu’il faudra pour te remettre, on se débrouillera. Ça s’entend que tu n’es pas en état de bosser.
Je la remercie d’une voix faible et raccroche, soulagée. Elle a raison, je ne suis pas dans mon état normal et il serait bon que je me repose.

Dans la foulée, je téléphone au travail de Fabrice pour les mettre au courant.
- Dresden Conseil bonjour, que puis-je faire pour vous ?
- Voilà, je suis l’épouse de Fabrice Blandin et…
- Ne quittez pas je vous le passe.
- Mais non, justement je…
Et flûte, trop tard. Je vais devoir attendre que le téléphone sonne en vain dans le bureau de Fabrice, puis d’être repêchée par le standard pour pouvoir m’expliquer. En plus cet imbécile m’a mis la musique.
Mais je n’ai pas à attendre. Je suis prise au dépourvu lorsqu’une voix féminine me débite soudain :
- Dresden Conseil Ève Kirchner à l’appareil bonjour, à qui ai-je l’honneur ?
- Hein ? Eh bien… j’avais appelé… Heu oui, bonjour, déjà. Voilà j’appelle au sujet de votre collègue, Fabrice Blandin.
Elle a dit Ève ? Quelle poisse de tomber justement sur elle ! Mais c’est logique : ils travaillent ensemble, chacun prend les appels de l’autre en son absence. Maintenant je vais devoir lui annoncer ça, à elle. Et puis après tout, pourquoi pas jouer cartes sur table ? Au point où nous en sommes.
Elle s’impatiente :
- Oui allô, je vous écoute ?
- Heu oui pardon ! C’est à dire que, comme vous êtes très liée avec Fabrice, c’est délicat de vous annoncer ça. Voilà, il a eu un accident…
- Attendez, attendez Madame. Je ne sais même pas qui vous êtes.
- Et moi je le sais, fulminé-je, agacée d’avoir encore été interrompue. Vous êtes la maîtresse de mon mari.
Je tempère aussitôt :
- Ce qui ne me dérange pas, vous savez. Il me… on ne… on s’entend mieux, en fait, depuis deux ans.
Je ne vais quand même pas lui dire que grâce à elle, je suis soulagée de ce que Fabrice appelait mon « devoir conjugal ».
- Ah parce que vous êtes au courant ? Eh bien… au fond tant mieux, si vous le prenez comme ça. Moi je n’ai rien contre vous, bien au contraire. Et qu’est-ce que vous vouliez me dire au sujet de Fabrice ?
- Il a eu un grave accident de voiture. J’appelais pour prévenir qu’il ne viendrait pas travailler. Il… il est dans le coma en fait. On ne sait pas s’il va s’en tirer.
Elle ne répond rien. Je me crois obligée d’ajouter :
- Désolée de vous l’apprendre comme ça, si brutalement…
- Oh ne vous en faites pas, il fallait bien que je l’apprenne de toute façon. C’est arrivé quand ?
- Hier matin. Il est à l’hôpital Minjoz, au service de réanimation.
- Je… je ne sais pas si j’irai le voir. En tout cas je transmettrai, pour l’entreprise. Et vous ? Vous vous en sortez ? Ça ne doit pas être facile.
- Eh bien, je fais le nécessaire. Les démarches, tout ça. On n’a pas le choix, il faut attendre de voir comment évoluera son état.
- Ah tiens, en parlant de démarches, vous en aurez peut-être besoin : il avait oublié son portefeuille chez moi vendredi.
- Ah, d’accord.
C’est donc bien là qu’il était vendredi soir. Arnaud doit sans doute le couvrir depuis un moment, et sa femme ne doit pas apprécier de devoir coopérer. Mais je poursuis sans rien laisser paraître de mes réflexions :
- Oui j’en ai besoin, je cherchais justement sa carte vitale. Est-ce que je pourrais passer le reprendre chez vous ce soir ?
- Bien sûr, oui. Je sors du travail vers 18h30, venez à 19h. J’habite au 12 rue Pasteur, vous voyez où c’est ?
- Oui. D’accord, alors à tout à l’heure.

Je raccroche assez satisfaite. Non seulement je sais enfin qui est la maîtresse de Fabrice, mais loin de nous crêper le chignon, nous venons semble-t-il de sceller une sorte de pacte de non-agression. Chose que Fabrice aurait sans doute voulu éviter car, à bien y réfléchir, nous avons probablement beaucoup en commun. J’empêche les images de la vidéo de ressurgir dans mon esprit et essaie de me concentrer sur la suite des opérations. Quel sale pervers quand même. Ah oui, je dois retourner à l’hôpital. Au chevet de mon cher époux.

*

Dans la chambre 204, rien n’a changé. Ah si, les bleus commencent à virer au jaune. Son état est totalement stationnaire, dixit l’interne que je viens de solliciter avec un zèle tout matrimonial. État stationnaire qui me convient très bien ; le temps joue en ma faveur. Je lui adresse mentalement une petite malédiction :
- Tu ne te réveilleras jamais, salopard. Tu vas crever ici, très bientôt, et je fêterai ça.
En contemplant son inertie, ses paupières bleutées et closes, sa bouche dépourvue du pli mauvais qui accompagne ses invectives, l’idée me vient que je pourrais peut-être pousser à la roue. Faire pencher la balance du côté de la mort, sans éveiller les soupçons puisqu’il risque de toute façon de claquer n’importe quand. Lui presser son oreiller contre le museau, oh, pas plus de deux minutes. Attendre que les appareils commencent à bipper en tous sens, et alors seulement, sortir de la chambre pour appeler à l’aide. C’est tentant, mais les soupçons sont déjà éveillés. S’il mourrait en ma présence, cela pourrait souffler à la police une partie de la vérité. Non, mieux vaut m’abstenir et faire le gros dos tant qu’ils sont sur la piste du saboteur. Mais qui cela peut-il bien être, bon sang ?

Je consacre mon après-midi aux diverses corvées qu’implique l’accident. Je me rends au garage où la voiture a été remorquée. Comme je m’y attendais, les réparations qui seraient nécessaires chiffrent largement au-delà de sa valeur. Je ne peux rien signer pour l’envoyer à la casse, Fabrice en étant l’unique propriétaire. Contrairement à la mienne, qui fait partie des biens du mariage. Je conclus donc simplement un arrangement avec le garagiste pour pouvoir la laisser sur place. Avant d’appeler l’assurance pour savoir quels papiers je devrai leur fournir, je me dis que le sabotage va sans doute changer beaucoup de choses dans la manière dont l’affaire sera traitée. Je ferais mieux de commencer par déposer une plainte en bonne et due forme.

Il me faut donc téléphoner à l’inspecteur, comment déjà ? Achab, me renseigne sa carte que j’avais glissée dans mon agenda. Celui-ci répond à mon appel avec une civilité exagérée. Il commence par prendre de mes nouvelles et bien sûr de celles de Fabrice, et m’informe que je pourrai passer par lui pour me simplifier les formalités du dépôt de plainte, puisqu’une enquête est déjà en cours. Nous prenons rendez-vous pour le surlendemain. En y repensant je me dis que son attitude s’explique : il doit avoir déjà eu à faire à beaucoup de familles de victimes, et son onctuosité est sans doute un moyen d’éviter les frictions avec des personnes à fleur de peau.
La suite dans le post ci-dessous...

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Voici la liste de mes textes, merci d'avance pour vos commentaires !


Dernière édition par Spangle le Sam 1 Aoû 2020 - 21:17, édité 6 fois
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Anniversaire surprise [-18] [CC] Empty
MessageSujet: Re: Anniversaire surprise [-18] [CC]   Anniversaire surprise [-18] [CC] EmptySam 18 Avr 2020 - 3:48

À 18h50, je me gare dans le parking souterrain de la mairie. La rue Pasteur est à deux minutes à pied. Pour ne pas être en avance, je ne sors pas tout de suite de la voiture. Je mets le CD de Thomas Fersen, zappe sur la piste 5, et j’écoute Monsieur avec une certaine jubilation.

Quand Ève m’ouvre, la première chose que je remarque n’est pas son attitude timidement amicale. Ni ses seins parfaits pigeonnant sous son top rouge vif. Ce qui me saute aux yeux, c’est son fond de teint. Trop généreux, et même franchement épais au niveau des pommettes. Je sais ce que ça veut dire : il la bat aussi. Et au vu de sa maîtrise du camouflage de bleus, ce n’est pas la première fois. Je suis restée interdite un peu trop longtemps et je sens qu’Ève devient nerveuse. Je me reprends et fais assaut d’amabilités pour la rassurer. Elle me propose une boisson chaude ; j’opte sans hésiter pour un café car j’ai repéré sa cafetière italienne, assurance qu’il sera bon. Elle m’installe au salon, s’affaire quelques instants dans la cuisine puis me rejoint pendant que le café se prépare.

Nous arrivons tant bien que mal à mener une conversation à base de platitudes, le sujet de Fabrice nous paraissant trop épineux à toutes les deux. Tout en causant je détaille discrètement le corps auquel Fabrice doit comparer le mien quand il se moque des plis de mon ventre. Petit boudin, bonhomme Michelin, si on a besoin de pneus neufs je saurai où les chercher... Il n’arrête ses remarques cruelles que pour se plaindre que je n’ai pas d’humour, souvent lorsque je pleure déjà. Certes, elle a le ventre plat et de longues jambes qu’elle sait mettre en valeur, mais je ne vais pas commencer à la détester pour autant. Agacée par ce dialogue intérieur et ne trouvant vraiment plus rien à dire, j’annonce que je vais prendre congé. Elle m’apporte le portefeuille de Fabrice, que je fourre dans mon sac à main. Quand je suis levée et en manteau, elle hésite à me faire la bise tandis que j’hésite à lui serrer la main. Finalement nous faisons les deux, avec un petit rire embarrassé.

*

Chez moi, je me sens seule. L’absence de Fabrice devrait me soulager mais je ne parviens pas à me convaincre qu’il ne va pas surgir soudain et s’en prendre à moi. Je voudrais un peu de compagnie, au moins celle d’un chat. Fabrice a toujours refusé catégoriquement que nous ayons des animaux, ce qui rend la maison bien austère pour moi qui suis habituée depuis l’enfance à leur chaleureuse compagnie. J’appelle Floriane mais son téléphone est éteint. Je ne laisse pas de message, elle rappellera de toute façon en voyant que j’ai tenté de la joindre.

La présence imaginaire de Fabrice m’envahit, m’empêchant de me détendre. Au moins quand il est là, je sais dans quelle pièce et je peux me fier au reste de la maison. L’angoisse monte sans que rien ne parvienne à m’en distraire. Je capitule et prends un Xanax. Après tout, c’est à ça que sert mon traitement. Les sarcasmes de Fabrice me reviennent : « folle », « zinzin », « une case en moins », « va voir ton gourou ». Mon psy ne prend pas position sur le mal que me fait Fabrice. Je sais que c’est pour éviter de me braquer et que je ne revienne plus le voir, mais cela me blesse qu’il semble accepter les horreurs que je lui raconte comme une sorte de phénomène météorologique, un aléa de la vie auquel personne ne peut rien. C’est tout de même assez clairement à cause de ça que je suis en dépression, merde !

Le Xanax ne fait pas encore effet. Je me mets au lit et je prends un bouquin, mais il me tombe des mains. C’est l’une des pires conséquences de la dépression : la lecture, ma grande passion, m’est devenue presque inaccessible. Au lieu de caracoler à Babylone en compagnie d’un détective privé minable mais sympathique, je me retrouve à ruminer les défaites que la vie m’a infligées. Tiens, me dis-je, c’est Bukowski que je devrais lire quand je suis de cette humeur. Malheureusement ses bouquins ont disparu de mes rayonnages, prêtés sans doute à des indélicats qui ne me les ont pas rendus. Il faudra que je me rachète au moins les Mémoires d’un pas grand-chose, mon préféré. Sur ces entrefaits, le sommeil me gagne d’un seul coup. Le Xanax, amant de mes nuits sans lune, vient de me rejoindre entre les draps.

Mon sommeil a été agité, entrecoupé de réveils en sursaut. Fabrice ensanglanté me poursuivait à travers la maison. La police m’arrêtait et produisait à mon procès un gâteau monstrueux. Monique m’entraînait avec elle dans les eaux glacées d’un fleuve. Au troisième cauchemar, je décide que ça suffit comme ça et je me lève, bien qu’il ne soit encore que six heures et quart. J’en profite pour parcourir quelques autres conversations Facebook de Fabrice, mais je ne tombe sur rien de suspect. Quand il est neuf heures, je me rends à l’hôpital avec les papiers de Fabrice. Mon salaud est toujours en état stationnaire. Je m’en félicite, un peu préoccupée tout de même à l’idée qu’il reste dans le coma pendant des années. Comment divorce-t-on dans ce genre de cas ? Il doit sans doute y avoir des procédures pour ça. Une infirmière me signale avec ménagement que les visites ne se font pas le matin. Je m’excuse et je promets d’en tenir compte.

Je viens à peine de me garer devant la maison quand mon téléphone sonne. C’est Floriane. Je décroche tout en sortant de la voiture.
- Je suis désolée Virginie, tu as essayé de m’appeler hier soir mais mon téléphone était déchargé, je ne m’en étais pas rendu compte.
- Ne t’en fais pas, j’ai eu un petit coup de mou mais c’est passé, maintenant ça va.
- Ah mince, vraiment désolée. Comment se passe ton enquête ? Tu as trouvé quelque chose ?
- Rien ! Nada, peau de nib. J’ai épluché une bonne partie de ses conversations Facebook, Monsieur s’entend à merveille avec tout le monde. Tu le connais, il est doué pour ça.
Tout en parlant, je m’empare de la cafetière italienne. Avec mon épaule, je coince mon portable contre ma joue pour pouvoir la dévisser à deux mains.
- Et dans son téléphone, rien non plus ?
- Ahhh mais c’est une excellente question, ça. Je n’y avais même pas pensé. Pourtant ça tombe bien, j’ai réussi à le rallumer. Je regarderai ça tout à l’heure, dis-je tout en remplissant le filtre de café.
L’image d’Ève cherchant à joindre Fabrice s’allume devant mes yeux. Je tomberai probablement sur des détails intimes de leur relation, mais tant pis.
- Tu arrives à te détendre un peu ?
- Oui et non. J’ai posé quelques jours de congé. Même si je ne m’inquiète pas pour Fabrice, je suis dans un drôle d’état. Et puis j’ai des démarches à faire. Demain je dois aller au commissariat, déposer une plainte contre X pour tentative de meurtre.
- Tu voudras que je t’accompagne ?
- Hum, oui, ça m’aiderait bien. Je me suis composé un personnage d’épouse éplorée auprès du flic chargé de l’enquête, ça fera très bon effet que je sois accompagnée. Merci !
- Pas trop tôt, si possible.
- Haha oui, ne t’en fais pas, je sais que tu aimes passer la matinée au lit. J’ai rendez-vous à treize heures trente, ça ira ?
- Oui, parfait. Tu passes me prendre ? À demain ma belle.
La cafetière tousse quand je raccroche. Je me sers une grande tasse de mon breuvage favori, j’attrape le téléphone de Fabrice et j’entreprends de fouiller dans ses conversations.

*

La plus récente est celle qu’il a avec Ève. Ils ne filent pas le parfait amour, ces deux-là. Le dernier message de sa dulcinée dit : « Je t’aurai, ordure ! ». En remontant la conversation, il est question d’un fichier que détient Fabrice. La vidéo… En effet, en remontant encore un peu, Fabrice dit : « Essaie de me quitter et tout le monde au boulot pourra voir la charmante tête que tu fais en pleine action. T’es une belle salope et j’ai les moyens de le prouver. » Elle essaye tout : menaces, appels à la raison, supplications, cajoleries et même propositions sexuelles, mais Fabrice campe sur ses positions. Jusqu’à ce fameux « Je t’aurai, ordure ! » qui met fin à la discussion, samedi vers 22h40. Voilà qui est on ne peut plus clair. J’ai un frisson.

Ma première pensée est que je vais être lavée de tout soupçon, puisqu’Ève est la coupable. Mais cela impliquerait de la dénoncer. En ai-je le droit, moi qui m’apprêtais justement à assassiner Fabrice ? Je revois son visage amical, son expression un peu lasse quand la conversation a roulé sur son travail avec Fabrice. Je l’imagine lavant ses larmes devant le miroir de sa salle de bain puis couvrant ses pommettes de fond de teint, non pas pour se montrer sous son meilleur jour, mais simplement pour éviter que les gens ne lisent sa disgrâce sur son visage. Les images de la vidéo se proposent aussi à moi mais je les repousse. Je ne comprends que trop bien ce qu’elle vit. Mais si elle n’est pas découverte, ne vais-je pas être accusée moi-même ? J’en suis là de mes réflexions lorsque mon téléphone sonne. C’est un numéro non enregistré de téléphone fixe.

- Madame Blandin, bonjour, comment allez-vous ?
Bien que je me sois attendue à ce que ce soit lui, la voix d’Achab me fait sursauter. Je me sens prise en faute, comme s’il venait de lire par-dessus mon épaule les sms incriminant Ève. Bien sûr que non, il ne peut rien savoir de tout ça.
- Oh, bonjour inspecteur. Eh bien ça va, à peu près. Fabrice est toujours dans le coma mais il y a encore de l’espoir. Je m’accroche à ça.
Il ne peut rien savoir, et il ne doit rien savoir. Je ne peux pas lui livrer Ève, l’envoyer en prison… Non, ce n’est clairement pas une chose que je suis prête à faire. Je la couvrirai. Il n’aura pas ces sms, et tant pis pour le risque que ça représente pour moi.
- Je vous appelle pour notre rendez-vous de demain. Il se trouve que nous devrons de toute façon venir chez vous, pour la perquisition. Si cela vous convient, j’apporterai mon ordinateur et je prendrai votre déposition sur place, cela vous évitera de venir au commissariat.
- Ah ? Heu oui, je… je n’avais pas pensé que vous viendriez perquisitionner, mais c’est logique en effet. Dans ce cas oui, cela m’arrangerait de déposer ma plainte en même temps. Comme vous dites, ça m’évitera de venir. Et où en êtes-vous dans votre enquête ? Est-ce que vous avez trouvé une… piste ?
- Ah Madame Blandin, m’explique-t-il d’une voix bonhomme, une enquête ça prend du temps. Ce n’est pas comme dans les films policiers, malheureusement. Mais rassurez-vous, je vous tiendrai au courant dès que j’aurai quelque chose de sérieux.

Je rappelle ma sœur pour l’informer de ce petit changement de plan et lui demander de me rejoindre à la maison. Après quelques hésitations, je décide de ne rien lui dire au sujet d’Ève. Elle trouverait probablement chevaleresque que je dissimule les preuves qui l’incriminent, mais on ne sait jamais, elle pourrait aussi estimer que c’est de la pure folie. D’ailleurs, n’en est-ce pas ? Je vais risquer la prison pour protéger une parfaite inconnue. Je m’empresse de supprimer les sms, de peur de changer d’avis. Je vérifie aussi leur conversation Facebook ; ils ne se sont rien dit depuis des mois. Je suis prête pour la perquisition. Ève a eu chaud, à un jour près l’inspecteur aurait trouvé tout ce qu’il fallait pour l’envoyer derrière les barreaux.

*

Le lendemain matin je tourne en rond dans la maison, ne sachant que faire, cherchant par intermittence un détail que j’aurais pu négliger. J’en suis à mon troisième café quand je reçois un coup de téléphone de l’hôpital. Fabrice vient de mourir. Je n’ai pas à feindre pour éclater en sanglots. Ce n’est pas un deuil mais… un événement. Un immense événement qui me submerge. Cependant j’ai gardé toute ma lucidité. Je jette un coup d’œil à ma montre à travers mes larmes : dix heures. J’ai largement le temps de me rendre à l’hôpital et de revenir pour la perquisition. Je demande s’il faut apporter des papiers. Non, m’indique-t-on, il me suffira de prendre contact avec une entreprise de pompes funèbres et les formalités seront faites par eux. Le docteur hésite un instant puis ajoute :
- Vous n’avez pas à vous précipiter ici, vous savez. Prenez le temps de vous préparer et venez plutôt en fin de journée, ou demain. Le corps de votre mari vous attendra à la morgue de l’hôpital, que ce soit maintenant ou un peu plus tard.
J’approuve et le remercie pour ce conseil, tandis que les larmes reviennent à la mention du « corps ».

Je ne perds pas une seconde pour appeler Monique. Puisque je suis en larmes, nous serons à l’unisson. Nous passons effectivement quelques minutes à pleurer en chœur, puis quand elle entame l’éloge de Fabrice, j’engage la conversation sur des détails pratiques. Quand veut-elle aller à la morgue ? Avec qui ? A-t-elle des souhaits particuliers pour la cérémonie ? Elle a un moment d’hésitation devant toutes ces questions. J’en profite pour lui demander de prévenir elle-même ses fils. Ils sauront la soutenir, et moi ça me débarrassera de la tâche.

Je sèche mes larmes, me refais du café, puis j’appelle Floriane. Je vais la tirer du lit, tant pis. Comme je l’espérais, elle trouve les mots pour me remettre d’aplomb. Lorsqu’elle me sent suffisamment rassérénée elle conclut, mutine :
- Tu pourras prier sainte Sigolène, maintenant.
Elle m’en avait parlé quelques mois plus tôt : c’est la patronne des veuves, et selon elle certaines femmes mariées la prient par anticipation, lui suggérant à mots couverts de les débarrasser de leur mari. L’image d’une dévote en train de comploter un meurtre avec une sainte a quelque chose d’irrésistible. C’est gagné : elle m’a fait sourire. Sacrée Flo.

L’enterrement aura sans doute lieu dimanche. Je téléphone donc à mon travail pour convenir de ne revenir qu’en milieu de semaine prochaine. Une partie de mes jours de congé sont statutairement accordés pour le décès d’un conjoint, et Samia me lâche le reste sans discuter. Ne pas passer pour une ogresse sans cœur fait aussi partie de son boulot, et pour une fois que je demande quelque chose, je joue là-dessus sans vergogne. En raccrochant je vois que Lucas m’a laissé un message. Il me prévient qu’il se charge d’accompagner Monique à la morgue, et se propose de préparer un petit texte qu’il lira pendant l’enterrement. Je le remercie par sms et lui donne carte blanche. Toujours plein d’à-propos, ce Lucas. Il est presque midi, j’ai faim. Je décide d’aller à la boucherie et de m’acheter tout spécialement pour ce repas une tranche de foie. Fabrice détestait le foie et on n’en mangeait jamais.

Floriane arrive une demi-heure en avance. Ce n’est pas dans ses habitudes, elle a dû faire un effort en pensant qu’il vaudrait mieux être là avant l’inspecteur. Nous prenons un café en causant de tout et de rien, cela me fait du bien. Achab se présente à treize heures vingt-cinq, accompagné de deux flics en uniforme. Il a appris le décès de Fabrice et me fait part de son étonnement que je ne l’aie pas appelé pour repousser notre rendez-vous. Je lui réplique un peu sèchement que je préfère me débarrasser de ce qui concerne la police pour pouvoir me consacrer à la préparation de la cérémonie. Il n’insiste pas.

Pendant que les deux pandores tournent dans la maison, accompagnés par Floriane pour respecter la procédure, je fais ma déposition, qui tient en peu de mots : Fabrice est parti à la chasse comme d’habitude, puis j’ai reçu le coup de fil de la police m’apprenant l’accident. Je ne me souviens d’aucun incident qui pourrait signaler un éventuel suspect, et je dépose une plainte contre X pour meurtre. Il me fait signer avec le doigt sur une sorte de petit terminal comme en ont les livreurs, et me dit qu’il m’enverra par courrier un exemplaire de ma déposition. Les deux flics reparaissent munis de l’ordinateur de Fabrice et de quelques papiers sans importance. L’inspecteur me demande le téléphone de Fabrice, comme je m’y attendais. Je lui remets l’objet, fraîchement débarrassé des preuves qu’il recherche. Il me souhaite bon courage et prend congé avec son butin.

Floriane m’accompagne aux pompes funèbres, où nous choisissons une cérémonie sobre mais décente. La dépense que ça représente m’inquiète : je n’ai pas de quoi payer plusieurs milliers d’euros, mais on me dit que je pourrai étaler le règlement sur une dizaine de mois. Maintenant que Fabrice ne sera plus là pour me confisquer mon salaire, ça sera à ma portée. Enfin, en me serrant un peu la ceinture. Cela me fait penser que je devrais prévenir la banque. Avec un peu de chance, je pourrai récupérer quelques sous sur le compte de Fabrice. J’ai son conseiller au téléphone, et quelle n’est pas ma surprise lorsqu’il m’apprend l’existence d’un compte-épargne garni d’environ trente mille euros ! Lui qui me rebattait sans cesse les oreilles avec notre budget soi-disant trop serré, il mettait huit cents euros de côté chaque mois : les deux tiers de ma paye. Sur un compte à son seul nom, évidemment. Au moins je sais à présent comment je vais faire pour payer ses funérailles.

*

À l’enterrement, il y a foule : Fabrice était un grand charmeur qui savait se faire apprécier des gens qu’il côtoyait. Le texte de Lucas est plutôt bien ; il a réussi à restituer les traits marquants de la personnalité de Fabrice, et le montre sous un jour positif sans en faire trop. Ève est venue discrètement, en tant que collègue du défunt. Elle a apporté la couronne offerte par le comité d’entreprise, ceinte d’un ruban qui dit sobrement « à notre collègue ». Elle me fait un petit signe de loin et s’éclipse avant le buffet. Monique parvient à se tenir correctement, soutenue au bras par Arnaud. Quand tout le monde est parti, je termine la bonbonne de café puis je range le buffet avec Floriane et Lucas. Je me sens plus légère et je dois même me retenir de fredonner.

Le lendemain Floriane me propose une sortie au restaurant, « pour te changer les idées ». J’accepte volontiers, pourvu que nous soyons discrètes. Nous réservons à l’indien que j’ai toujours apprécié et où je ne suis jamais allée avec Fabrice. Je passe une soirée très agréable ; au fil de la conversation, j’envisage même quelques projets. Floriane m’y encourage et à la fin du repas, je suis complètement décidée à m’inscrire à des cours de dessin et à passer mes prochaines vacances en Écosse. Ma nouvelle vie s’annonce prochaine.

Je ne suis pas mécontente de reprendre le travail le mercredi. Mes collègues m’adressent leurs condoléances puis la journée s’écoule comme à l’habitude, comme si rien de spécial ne s’était passé. En reprenant ma veste, je rallume mon téléphone et je vois que l’inspecteur Achab a cherché à me joindre. Il est dix-huit heures, je le rappelle en me disant qu’il est peut-être encore à son bureau. C’est le cas.
- Ah, Madame Blandin. J’ai du nouveau concernant l’enquête. Saviez-vous que votre mari avait une liaison ?
Mon sang se glace. Il a déniché Ève. J’espère qu’il n’a rien trouvé de compromettant à son égard, mais il m’annonce aussitôt qu’il l’a arrêtée. Quelle imprudence a-t-elle donc commise ?
- Quand j’ai appris l’existence de cette liaison, j’ai ordonné une perquisition au domicile de la personne en question, une collègue de votre mari. Nous avons trouvé dans ses mails la trace d’un achat bien particulier : une scie à métaux, qu’elle a acquise dans le courant de la semaine dernière. Or Madame Kirchner n’a pu produire cette scie ; elle s’en était débarrassée depuis. La considérant comme suspecte, nous avons relevé ses empreintes et les avons comparées avec celles trouvées sur le bas de caisse de la voiture : elles concordent parfaitement. Devant cette preuve écrasante, elle a rapidement avoué avoir saboté la voiture de son am… de votre mari. Son mobile était une vidéo à caractère sexuel avec laquelle il la faisait chanter.
Ainsi, Ève a été confondue par la police. Au moins je n’ai pas sur la conscience de l’avoir dénoncée. N’ayant plus rien à craindre, je tombe le masque :
- Fabrice était un salaud, il n’a eu que ce qu’il méritait.

*
Ève Kirchner
n° d’écrou 2476
Maison d'arrêt
72 bis rue d'Auxonne
B.P 1505 - 21 000 Dijon

Pirey, dimanche 24 novembre 2019

Bonjour, Ève.

J’espère que votre arrivée en prison n’a pas été trop dure et que vous êtes bien traitée. Avez-vous pu communiquer avec un avocat ? J’ignore quels sont vos moyens pour assurer votre défense, mais Fabrice avait épargné une grande partie du salaire qu’il me volait et j’ai donc à présent de quoi couvrir les honoraires d’un bon avocat, capable de vous défendre beaucoup mieux que le premier venu. Ne soyez pas gênée de ma proposition, vous faire bénéficier de cet argent me paraît la moindre des choses. On m’a recommandé Me Corbach à Dijon, je l’ai contactée et elle serait prête à prendre votre dossier en main. Qu’en pensez-vous ?

Ci-joint un premier mandat, dites-moi si le montant vous permet de cantiner le nécessaire pour un mois. Je joins également à ma lettre quelques feuilles, enveloppes et timbres pour que vous n’ayez pas à les cantiner, et une reproduction d’un Renoir, en espérant qu’elle vous plaira. Je me suis un peu renseignée sur le fonctionnement des prisons et j’ai appris que beaucoup de détenus se font apporter du linge frais par leurs proches. Si personne ne le fait pour vous, je suis prête à m’en charger.

En vous souhaitant beaucoup de courage pour les prochains temps, je vous adresse l’expression de ma sincère sympathie.
Virginie


Mme Virginie Blandin
6 chemin du moulin vieux
25480 Pirey

Bonjour Virginie.

Je ne vous remercierai jamais assez pour votre aide. J’ai pu rencontrer Me Corbach et elle me paraît très bien. Plutôt humaine sous ses dehors un peu pincés, et le plus important : très compétente. Son estimation de la peine que j’encours avec sa défense est d’environ cinq ans, alors que l’avocat que j’avais d’abord désigné m’en annonçait entre huit et dix ! J’étais accablée, je me sens déjà plus rassurée. Avec les remises de peine je pourrais sortir d’ici trois ans et demi, ma vie ne sera pas fichue en l’air. Je ne puis qu’accepter votre aide mais soyez sûre que je vous rembourserai tout, dès que j’aurai retrouvé une vie normale. J’y tiens absolument, c’est la limite que je mets à votre générosité.

Votre mandat et tout le reste, c’est parfait. Pour le linge, ma mère s’en occupe déjà, cependant cela me ferait très plaisir si vous pouviez me rendre une visite de temps à autre. Je sais qu’il est contraignant de demander un permis de visite, mais j’aimerais beaucoup pouvoir vous remercier de vive voix.

Ma détention se passe relativement bien. J’ai été mise en cellule avec une femme assez calme et accommodante, avec laquelle j’arrive à avoir des conversations agréables. La reproduction de Renoir décore un peu la cellule et j’aurai bientôt accès à la bibliothèque de la prison. On n’exagère pas quand on dit que la nourriture en prison est infecte, heureusement Paola (ma co-détenue) et moi disposons d’une plaque chauffante et nous cantinons de quoi améliorer l’ordinaire. Je n’ai plus qu’à préparer ma défense et à faire preuve de patience, par bonheur je n’en ai jamais manqué.

Avec toute ma gratitude,
Ève

PS : nous pourrions nous tutoyer si cela vous convient.


Ève Kirchner
n° d’écrou 2476
Maison d'arrêt
72 bis rue d'Auxonne
B.P 1505 - 21 000 Dijon

Pirey, mercredi 11 décembre 2019

Bonjour Ève.

J’espère que tu gardes le moral. Ma demande de permis de visite est déposée mais on m’a avertie qu’il serait long à obtenir. Je suis contente de savoir que ta co-détenue te convient et que vous pouvez cuisiner.

As-tu pu te rendre à la bibliothèque ? Je ne peux pas te faire parvenir de livres mais j’ai pensé à quelque chose : si il y a un livre dont tu as envie et qu’il n’est pas à la bibliothèque, je pourrais leur en faire don, ainsi tu n’aurais plus qu’à l’emprunter. Tu as aussi le droit d’être abonnée à un journal ou à un magazine, lequel aimerais-tu recevoir ?

Ci-joint un poster, je me suis basée sur mes souvenirs de la déco de ton appartement pour le choisir ; j’espère qu’il sera à ton goût.

Bien à toi,
Virginie


Mme Virginie Blandin
6 chemin du moulin vieux
25480 Pirey

Chère Virginie,

oui je te rassure, mon moral reste bon. Les journées sont longues mais j’arrive à garder assez de tonus pour lire et faire un peu d’exercice, cela m’occupe et m’aide à dormir.

Merci pour le poster de la famille de gorilles, je l’aime beaucoup. Voir toute cette végétation au mur me donne un peu l’impression d’avoir des plantes vertes, c’est agréable et apaisant. En parlant de plantes vertes, ma mère a récupéré toutes les miennes mais elle se plaint d’en avoir trop ; voudrais-tu en prendre quelques-unes chez toi ?

Ta proposition d’abonnement m’intéresse. Je serais heureuse de recevoir le Courrier International, j’aurai des nouvelles du monde entier, cela me donnera un peu l’impression de voyager. La bibliothèque est correcte, j’y ai trouvé ce que je voulais. C’est vraiment gentil de ta part d’avoir envisagé de la garnir pour moi mais ça ne sera pas nécessaire.

Et toi, comment vas-tu ? J’aimerais savoir un peu ce que tu vis, si l’affaire ne t’a pas causé trop d’ennuis et comment tu envisages ta vie à présent.

Bien à toi également,
Ève

PS : Ne m’envoie pas de colis pour Noël, nous n’avons le droit d’en recevoir qu’un seul et ma mère tient à me l’envoyer.

PPS : A-t-on parlé de moi dans les journaux ? Je me demande comment les faits y ont été présentés.



Ève Kirchner
n° d’écrou 2476
Maison d'arrêt
72 bis rue d'Auxonne
B.P 1505 - 21 000 Dijon

Pirey, samedi 28 décembre 2019

Chère Ève,

j’ai beaucoup hésité avant de t’envoyer ces coupures de journaux car les articles sont vraiment partiaux. Je dirais même qu’ils respirent la bêtise et la méchanceté. Heureusement l’affaire n’a pas fait tant de bruit que ça, les élections approchent et les journalistes ont vite trouvé ailleurs où fourrer leur sale museau. Ne prends pas cela trop à cœur, à ta sortie les gens auront déjà tout oublié.

J’ai pris contact avec ta mère et récupéré quelques-unes de tes plantes : le Caladium, la Chaîne-de-cœur et les deux Calatheas. J’ai l’habitude des plantes, je ne les ferai pas crever et tu pourras les retrouver à ta sortie.

De mon côté tout va bien. Comme tu t‘en doutes, la mort de Fabrice a été une libération pour moi. J’ai toutes mes soirées alors je vais à des conférences, au cinéma, et je prends des cours de dessin depuis peu. Ma sœur m’incite à postuler pour une promotion, elle dit que n’ayant pas d’enfants j’ai « autant de chances qu’un homme » de l’obtenir (elle est très féministe) mais j’hésite car le poste est assez différent du mien, je ne serais plus en contact avec le public alors que c’est une chose que j’apprécie.

Bien à toi,
Virginie

PS : J’ai décidé de reprendre mon nom de jeune fille dès à présent. Tu peux donc m’adresser tes lettres au nom de Virginie Lécuyer.


Virginie Lécuyer
6 chemin du moulin vieux
25480 Pirey

Chère Virginie,

je donne entièrement raison à ta sœur : les femmes ne demandent pas assez souvent de promotions car tout les en dissuade mais quand elles osent le faire, cela se révèle positif pour elles. Si un jour tu as des enfants ça risque effectivement de freiner ta carrière, alors profites de l’occasion présente pour monter en grade. Tu auras un meilleur salaire, plus d’autonomie et moins de tâches ingrates.

Paola a été transférée, j’ai une nouvelle co-détenue qui est un peu trop bavarde à mon goût mais tout de même assez sympathique. Elle lit parfois des articles du Courrier International et nous pouvons ensuite en discuter. J’ai cantiné une plaque chauffante, ce qui a presque épuisé mon crédit pour le mois, mais ne m’envoie pas d’autre mandat, je me débrouille.

Bien à toi,
Ève


Ève Kirchner
n° d’écrou 2476
Maison d'arrêt
72 bis rue d'Auxonne
B.P 1505 - 21 000 Dijon

Pirey, mercredi 8 janvier 2019

Chère Ève,

je viens de recevoir le permis de visite ! J’ai réservé un créneau vendredi à 14h15, je ne pouvais pas me libérer avant.

À très bientôt…
Virginie


En arrivant aux abords de la prison, je remarque à quel point le bâtiment est sinistre. Devant la grande porte, personne. Mais non loin de là, près d’une porte de plus petite dimension, d’autres gens attendent déjà. Je me place à proximité du petit groupe. Un couple âgé échange quelques paroles à voix basse ; un homme tente d’obtenir le calme de ses enfants. Tous les autres gardent un silence morose. Certains ont avec eux des sacs-cabas remplis de vêtements. Le permis de visite a été long à obtenir, et l’idée qu’on enquêtait sur moi, stressante. Comme il n’y a pas de prison pour femmes à Besançon, Ève est incarcérée à Dijon. J’ai donc dû poser un après-midi de congé et faire une heure et demie de route pour m’y rendre. Avec de tels obstacles, elle ne doit pas avoir beaucoup de visites.

Mentalement, je fais le point. Le procès n’aura lieu que dans un an environ. Son avocate m’a avertie de la difficulté du cas d’Ève : un homme qui tue sa compagne, c’est un amoureux un peu trop passionné. Une femme qui tue son mari ou son amant, c’est autre chose ; on considère cette fois la relation comme une circonstance aggravante. Le fait que je me sois proposée pour témoigner en sa faveur ne l’aidera, à son avis, pas autant que je l’espérais. Elle m’a dissuadée de mentionner que je m’apprêtais moi aussi à assassiner Fabrice. Nous passerions pour une cabale de femmes avides de sang et cela pourrait même empirer la situation d’Ève. Je me contenterai donc d’exposer rapidement le fait que Fabrice était un mari violent, et disparaîtrai dans l’assistance.

La porte s’ouvre et quelques personnes entrent. Le gardien fait signe aux autres de patienter encore un peu à l’extérieur. Quand c’est mon tour, je comprends pourquoi : la pièce où je viens d’arriver n’est pas très grande. Je présente mon permis de visite au guichet et y laisse ma carte d’identité. Puis, sur les instructions du gardien, je place mon sac à main dans un casier et passe sous le portique de détection. Ensuite nous sommes conduits en troupeau vers une autre salle, garnie de bancs où nous prenons place, et l’attente reprend. Le silence pesant est rompu seulement par les quelques enfants qui jouent dans une relative discrétion, régulièrement rappelés à l’ordre par leurs parents. Enfin on nous amène au parloir. C’est une grande pièce divisée en boxes ouverts, dans chacun desquels il n’y a que deux chaises et une petite table. Une fois que nous y sommes répartis, les prisonnières entrent à la file, gagnant au fur et à mesure les boxes où se trouvent leurs proches. Le bourdonnement des conversations envahit la pièce.

Ève a un peu maigri et ses cheveux sont mal entretenus. Elle reste discrète sur les misères de la captivité, mais en revanche elle me témoigne toute sa gratitude d’être venue la voir, de lui envoyer courriers et mandats, et surtout de prendre en charge ses frais d’avocat. Je lui réponds que son geste m’a libérée du joug de Fabrice et que cela n’a pas de prix. Puis je prends une grande inspiration et je lui avoue enfin ce dont je n’avais pas osé lui parler dans mes lettres, sachant qu’elles seraient lues par l’administration pénitentiaire : mon propre projet d’assassinat. Elle m’écoute, puis sourit.

Elle me dit des choses qui me font beaucoup de bien : que nous sommes des femmes courageuses, prêtes à regagner notre liberté et notre dignité par tous les moyens. Que le destin nous a alliées et qu’elle est contente, à défaut de pouvoir profiter de la vie, que je puisse le faire à sa place. Que je me dois à présent, pour elle mais surtout pour moi, de profiter du moindre rayon de soleil pour être heureuse. Sur son insistance, je le lui promets.

Le parloir se termine déjà. J’ai les larmes aux yeux en la voyant repartir vers sa cellule. Après une nouvelle attente et un passage aux casiers pour récupérer mes affaires, je me retrouve dehors, seule dans la rue presque déserte en cette heure de milieu d’après-midi. Le ciel est partiellement couvert, mais les nuages s’ouvrent et le soleil reparaît. Immobile sur le trottoir, je le laisse se promener sur mes bras nus, sur mes paupières, et je souris à mon tour. Oui, je vais profiter de cette vie que nous avons arrachée à Fabrice. Je vais être heureuse.

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MessageSujet: Re: Anniversaire surprise [-18] [CC]   Anniversaire surprise [-18] [CC] EmptyMer 29 Avr 2020 - 1:49

Y aura-t-il un·e courageuxe pour relire ces dix-huit pages et me faire un retour dessus ? Il y a sans doute plein de choses à améliorer.

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Bims
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MessageSujet: Re: Anniversaire surprise [-18] [CC]   Anniversaire surprise [-18] [CC] EmptyMer 29 Avr 2020 - 19:56

Salut!
J'ai tout lu😉 j'ai bien aimé, je vais le relire. Je n'ai encore jamais fait de retour sur un texte, j'espère que je pourrais t'aider.

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If you have a dream go chase it, ( si tu as un rêve, poursuis-le)
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And never take a single breath for granted  ( et ne considère pas une seule respiration comme garantie)
The story's yours, go write it   ( c'est ton histoire, vas-y, écris-la!)

Extrait "Granted" Josh Groban


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Spangle

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MessageSujet: Re: Anniversaire surprise [-18] [CC]   Anniversaire surprise [-18] [CC] EmptyMer 29 Avr 2020 - 21:37

Ah cool !

Eh bien tu peux me dire ton impression générale, quels aspects tu as aimé ou pas. ensuite rentrer dans le détail, par exemple si il y a des incohérences, des choses pas claires, des passages inutiles ou qui ne fonctionnent pas au niveau du style ou de l'histoire.

Inutile de me ménager : j'ai un ego gros comme ça alors ça ne me découragera pas de recevoir des critiques.

Et j'ai aussi une question : est-ce que je bascule tout au présent ? On en avait discuté pendant le Marché aux commentaires et les avis étaient partagés mais plutôt pour le présent.

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MarieRaphaello

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MessageSujet: Re: Anniversaire surprise [-18] [CC]   Anniversaire surprise [-18] [CC] EmptySam 2 Mai 2020 - 13:36

Ton histoire est bien ficelée et on sent qu’elle a été très travaillée. Les élèvements se succèdent de façon fluide et on reste bien accroché. Je n’ai pas été très surprise de la chute, quoi que je me sois demandée à un moment si ce n’était pas le personnage principal qui avait fait le coup, d’une façon ou d’une autre.

Il y a un point qui m’interroge : le plus grand objectif de ton personnage semble être de ne pas être soupçonné de meurtre, pourtant elle fait disparaître des preuves et couvre celle qui pourrait bien être coupable. C’est quand même la meilleure façon d’être soupçonnée. :D

Ce qui m’a interpellée, pour ne pas dire choquée, c’est la nonchalance de ton personnage principal. Il s’agit d’une femme battue, et elle en parle comme si ce n’était pas si grave. « Je constate qu’il fait du bruit, beaucoup de bruit, mais je ne me sens plus concernée par ses insultes. Les coups, bon, j’aimerais autant les éviter. [...] » . C’est peut-être voulu, mais non seulement je ne ressens pas de sympathie pour ton PP, mais en plus elle me semble de plus en plus antipathique (non parce qu’elle ne met pas de sentiments dans le fait que son mari soit à l’hôpital, c’est plutôt compréhensible, mais parce que tout est prétexte à calcul et presque cruel envers les autres personnages « Je ne perdis pas une seconde pour appeler Monique. J’étais en larmes, c’était le moment idéal. Elle en serait d’autant plus affectée, la pauvre, mais ainsi elle n’aurait pas le moindre doute sur mes sentiments envers son cher fils. […] J’en profitai pour lui demander de prévenir elle-même ses fils. Ils sauraient la soutenir, et moi ça me débarrasserait de la tâche. » ) et plus le texte continue plus les exemples se multiplient, au point que, pour moi, ce n’est plus qu’une femme calculatrice ; Ève est de loin un personnage plus sympathique et finalement je suis un peu déçue que ce soit elle la coupable. Je me suis même demandée si ton PP n’était pas une sociopathe qui considère les coups comme un désagrément évitable par la mort de son mari, et qui n’est pas sensible à la douleur des autres. Est-ce fait exprès ?

Pour le basculement au présent, je n'ai pas d'avis. Les deux me semblent bien.

En tous cas bon travail, tu as un ensemble tout à fait cohérent. Le fait que je n'aime pas la mentalité du PP ne regarde que moi !
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Bims
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MessageSujet: Re: Anniversaire surprise [-18] [CC]   Anniversaire surprise [-18] [CC] EmptySam 2 Mai 2020 - 18:51

salut!

me revoilà après plusieurs lectures de ton texte. Je vais me répéter mais j'aime bien ton histoire. Le titre m'avait intriguée, je m'attendais à quelque chose de joyeux, mais on est tout de suite dans le vif du sujet, si je puis dire. C'est bien mené, on suit bien les réflexions du personnage principal et ses efforts pour jouer les veuves éplorées.

Le passé ne me gêne pas, je n'écris quasiment qu'au passé aussi. ( Il faudrait que j'essaie le présent d'ailleurs)


Au début, quand il la réveille, peut-être le faire parler, voir crier sur elle, je pense que ça contrastera encore plus avec le fait que ça glisse sur elle:

[Que j’étais une égoïste, qu’on ne pouvait pas compter sur moi et que je ratais toujours tout].

" Tu n'es qu'une égoïste, cracha-t-il, on ne peut pas compter sur toi; de toutes façons tu rates toujours tout!"

[Puis, les mêmes mots, encore et encore……]


Dans la phrase suivante,  je mettrai des tirets ou changerai la virgule de place, les deux "ça" côte à côte m'ont gêné un peu.

[Le baratin en question s’est amenuisé au fil des ans, jusqu’à devenir cet embryon d’excuses dans lequel, ça -ça n’a pas changé- c'est toujours moi qui porte le chapeau]


J'ai bien aimé la fin de cette phrase, " ricanais-je en moi-même" elle s'autorise à jubiler un instant Wink

[Dans le bureau, elle prit également mes coordonnées et je fus officiellement promue « tiers de confiance » : c’est moi qui aurais le dernier mot si un jour il était question de le débrancher. Pour ça, on pouvait me faire confiance, ricanai-je en moi-même.]


J'ai vu qu'il y avait beaucoup de " si il " je mettrai plutôt " s'il "  Wink  on fait une élision dans ce cas-là.
Une ou deux fautes de frappe:  sommeil entrecoupé(e) pas de "e" et me belle-mère pour ma belle-mère.

Voilà, voilà j'espère que c'est cohérent  :)

Je vais en profiter pour rebondir sur le ressenti de MarieRaphaello,  je ne l'ai pas du tout pensé comme ça. J'ai plutôt imaginé une femme battue depuis longtemps, qui vient une nouvelle fois de se faire brutaliser injustement. Les insultes ne lui font plus d'effet car elle vient de prendre une décision: celle de tuer son bourreau pour être enfin libre. On "arrive" à la fin de leur relation, je pense qu'il faut imaginer tout ce qu'elle a subi avant d'en arriver là. Ils sont mariés depuis un moment, elle encaisse les coups depuis longtemps. Trop longtemps. Elle s'est forgé une carapace pour se protéger. On peut aussi penser qu'à force de brimades, ses sentiments sont anesthésiés. Elle est en mode survie.

Avec sa belle-mère, son empathie inexistante se comprend quand celle-ci arrive à l'hôpital,  elle idolâtre son fils. On peut facilement imaginer qu'elle n'aurait pas cru un mot des coups que subissait sa belle-fille, même en voyant les marques. Elle aurait excusé "son bébé" voir même  accusé sa bru de le provoquer
( oups, mon imagination s'emballe! Laughing)  

Il y a aussi de la lassitude, je pense. Elle en a assez de faire semblant d'avoir un mari parfait, et écouter sa belle-mère ressasser des souvenirs est au-dessus de ses forces, alors elle trouve des prétextes pour se décharger de certaines choses:
[…] J’en profitai pour lui demander de prévenir elle-même ses fils. Ils sauraient la soutenir, et moi ça me débarrasserait de la tâche. »

Son empathie va plutôt à Eve, qui a subi aussi la violence de Bertrand. Elle tente de la protéger avec les moyens dont elle dispose. Son côté calculateur ne m'a pas gênée, elle est devenue comme ça aussi à cause des coups, elle devait analyser chaque geste, chaque parole chez elle pour les éviter.



Ce n'est pas un exercice facile mais je m'y recollerai avec plaisir :)
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Spangle

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MessageSujet: Re: Anniversaire surprise [-18] [CC]   Anniversaire surprise [-18] [CC] EmptySam 2 Mai 2020 - 21:32

Merci beaucoup pour vos retours ! Je vais travailler le texte dans ce sens, en particulier je vais essayer de rendre Virginie plus humaine et attachante. Elle a tellement l'habitude d'encaisser et de continuer à vivre malgré tout que ça créé un gros décalage avec nos vies où si on se fait taper dessus, c'est un événement qu'on se donne plusieurs jours pour digérer. C'est une warrior quoi...

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MessageSujet: Re: Anniversaire surprise [-18] [CC]   Anniversaire surprise [-18] [CC] EmptyDim 7 Juin 2020 - 21:13

Salut à toi

Ton texte est le premier que je lis depuis mon inscription (hier), et j'en suis très satisfaite. Je l'ai lu d'un trait. L'histoire est assez prenante, et l'intrigue est là, j'ai apprécié ma lecture. Comme ce qu'a dit Marieraphaello, le personnage principal manque d'émotions. J'aurais adoré, et j'attendais surtout, une scène d’hypotypose percutante, qui bouleverse le lecteur, et stimule la haine contre Fabrice. Et surtout, au-delà de l'aspect antipathique du personnage principal, j'aurais aimé ressentir sa douleur et sa peine  profonde, de la même manière qu'on ressent sa joie et son bien-être à la fin. Un paradoxe émotionnel entre le début de la nouvelle et la fin plus appuyé.
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Spangle

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MessageSujet: Re: Anniversaire surprise [-18] [CC]   Anniversaire surprise [-18] [CC] EmptyLun 8 Juin 2020 - 13:26

Merci pour ce retour ! En plus j'ai appris un mot (hypotypose). Je vais essayer de travailler dans ce sens.

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