Encre Nocturne
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9 résultats trouvés pour Aventures

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Tag aventures sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: DoL - Commentaires
Lame37

Réponses: 8
Vues: 1290

Rechercher dans: Nouvelles   Tag aventures sur Encre Nocturne EmptySujet: DoL - Commentaires    Tag aventures sur Encre Nocturne EmptyDim 5 Nov 2017 - 22:47
Salut à toutes et tous Dungeon of Legend est déjà présent sur le forum, mais est aussi lisible dans les publications.
Venez ici pour me dire se que vous en penser de mon récit. N'hésitez pas à faire part de vos conseils et suggestions.
J'attend vos rendus. J'espère que mon texte vous plaira.

#Aventures - #Action - #Fantasy - #Surnaturel

Une histoire de parcours de donjon dont vous êtes les aventuriers.
Des jeunes gens qui tentent de survivre dans un monde inconnu.
Des amitiés se forgent et l'espoir renaît.

Chapitres 1 à 6
Chapitres 7 à 9

A bientôt.
Tag aventures sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: [ANCIEN]Notes de Patch que personne ne lit
Alton

Réponses: 339
Vues: 11039

Rechercher dans: Vie administrative   Tag aventures sur Encre Nocturne EmptySujet: [ANCIEN]Notes de Patch que personne ne lit    Tag aventures sur Encre Nocturne EmptySam 16 Sep 2017 - 9:08
Mes salutations les plus clinquantes !

A mon tours de spammer ici comme un sauvage !

Comme vous l'avez sans doute déjà remarqué, une nouvelle liste de genre (sans raton-laveur est apparu) chacun des items de cette listes est un lien vers les sujet appartenant à la liste (au moment ou j'écris seul quelques genres son occupés, mais le peuplement ne saurai tarder Vent) et puis ça donne une idée de a qui ça sert !

Hee ... T'est gentil Alton ... mais Cooment on apparaît dans la liste ? Hein Hein ... Comment je fais hein !!!! :révolution: :révolution:

C'est simple bon ami nocturniens, il suffit de taguer vos texte comme indiquéhttp://www.encre-nocturne.com/t4283-convention-du-forum#46961

La liste de tag pour éviter de se promener à chaque fois là bas

Genre(s) au choix (minimum 1) : #Aventures - #Action - #Fantasy - #Science-fiction-Anticipation - #Romance - #Réaliste - #Amitié-Famille - #Surnaturel - #Policier-Thriller - #Drame-Tragédie - #Epouvante-Horreur - #Humour - #Spirituel-Philosophie

Juste une petite précision : Les tag, en plus d'être assez rigolo pour taguer n'importe quoi #Voilà #Utilité, sont un peu capricieux, du coup si vous votre etiquette n'est pas exactement celle attendue, l'annuaire improvisé ne les reconnaîtra pas (ça compte pour les majuscules)

Ah oui, et si un admin pase dans le coin, il pourra modifier la charte pour virer les accents des tags qui ne sont pas reconnu ?

Comme d'habitude n'hésitez pas à râler si ça ne marche pas, (sinon là c'est un peu moche, je viendrai peaufiner dans la journée là je dois vraiment y aller ... :unjournormal: )

Bonne journée à vous !
Tag aventures sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Dungeon of Legend 9/9
Lame37

Réponses: 12
Vues: 1965

Rechercher dans: Bariolés   Tag aventures sur Encre Nocturne EmptySujet: Dungeon of Legend 9/9    Tag aventures sur Encre Nocturne EmptyMer 5 Juil 2017 - 10:10
#Aventures - #Action - #Fantasy - #Surnaturel

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9

Publications et commentaires :
Chapitres 1 à 6 ; Chapitres 7 à 9 ; Commentaires DoL





Dungeon of Legend

Chapitre 1 : Une après-midi banale

Les personnages principaux :
- David : vingt ans, dans la moyenne, un mètre soixante-cinq, brun et aux yeux bleus-jaunes, étudiant en sport, passionné d'histoires de légendes : magies, dragons, chevaleries.

- Jack : vingt-cinq ans, bien bâtis, une tête de plus que David, soit un mètre soixante-quinze, châtain clair aux yeux marron, informaticien un peu solitaire, geek passionné par les histoires de démons et de super-héros, meilleur ami de David.

- Ennejie : dix-neuf ans presque vingt, dans la moyenne de même taille que David, rousse aux yeux verts, étudiante en sciences, passionnée par le tir à l'arc, les mystères et les créatures de fantastique, petite amie de David et sœur de Jack.

Ils sont réunis en ce samedi 10 mars 2018, l'après-midi à une table à l'intérieur de l'Espace André Malraux d'Herblay lors du Salon de Jeux de Société qui a lieu ce mois-ci comme chaque année depuis trois ans.
Les trois amis s’ennuient après plusieurs parties de jeux qu'ils connaissent par cœur. Jack propose alors aux tourtereaux de faire un jeu nouveau pour se divertir et changer. David cherche avec son ami une idée, lorsqu' Ennejie leur dit de venir voir. Ils trouvent sur la table où était posés les jeux, une boîte de jeu rectangulaire de couleur marron avec un château dessiné sur le couvercle et l'inscription "Dungeon of Legend" marquée en lettre d'or. Un petit sigle avec un haut-parleur est dessiné sur la boîte pour signifier que ce jeu était vocal, présence d'une voix enregistrée pour guider les joueurs. Ils décident d'un commun accord d'emmener cette boite dans un des petits salons du bâtiment pour ne gêner personne avec la voix. Ils s'installent à une table de quatre personnes entourée de deux petits canapés bleu marine en cuir imité. David ouvre la boîte pour y découvrir un plateau de jeu avec une notice et un petit coffret. À peine le couvercle posé à côté de la boite, le plateau de jeu révèle une construction d'environ cinquante centimètres de hauteur représentant un château en coupe avec un sous-terrain en partie cachée, un rez-de-chaussée et trois étages dont le 3ème est à ciel ouvert. L’apparition soudaine du plateau surprit les trois amis, mais ils reprirent vite leur calme avec une curiosité nouvelle pour cet étrange jeu.

Ennejie prit la notice et lut – Dungeon of Legend est un jeu pour trois à sept joueurs qui commence dès que les pions sont posés à l'entrée du donjon. Il vous faut vous aventurer, le traverser et une fois en haut sur la stèle de lumière dire “Dunofend". Cela mettra fin au jeu et vous aurez gagné.
Dans ce jeu, sont disponibles plusieurs races et classes :
Sept races : Humain, Elfe, Nain, Humanoïde canin, Humanoïde félin, Humanoïde saurien et Semi-démon.

David poursuivit – Cinq classes : l'Épéiste, celui-ci peut avoir une à deux épées, une armure et/ou une magie de protection, avec en plus un bouclier s'il a envie.
Le Lancier, quant à lui peut avoir en plus de sa lance et de son armure, une épée, ainsi qu'un bouclier.
L'Archer possède un arc, une armure ou une tunique protectrice. Il peut aussi avoir en plus une épée.
Le Mage dispose en plus de ses nombreux pouvoirs, d'une magie de protection ou d'une tunique protectrice et peut avoir une épée s'il le souhaite.
Enfin, le Chasseur utilise un arc, une épée. Il a une armure ou une tunique protectrice et une créature aléatoire.

Jack continua – Ce jeu contient en plus d'un plateau de jeu en trois dimensions, un petit coffret avec à l'intérieur sept figurines en bronze qui correspondent chacune à une race, une fiche-table de hasard pour les dégâts occasionnés ou reçus. Les chiffres un à cinq correspondent aux impacts négatifs et les chiffres six à zéro aux impacts positifs pour la suite du jeu. Il y a pour terminer sept fiches de personnages à compléter et à remettre dans le tiroir-lecteur situé à l'avant du jeu. En plus, vous disposez d'un stylo électronique relié à la voix qui guidera les joueurs en fonction de leur choix et scores (table de hasard) réalisés. Toute partie commencée doit être finie.
Ça à l'air cool. On y joue ?

David partant et interrogateur – Pourquoi pas. T'en es Ennejie ?

Ennejie – D'accord les gars, je vais jouer. Mais, vous évitez de tricher, s'il vous plaît.

Dans le petit coffret, ils trouvèrent les huit fiches, le stylo et quatre figurines (Humain, Elfe, Humanoïde saurien et Semi-démon) au lieu de sept. Les trois autres figurines (Nain, Humanoïde canin et Humanoïde félin) manquaient.

David s'en étant aperçu – Mince, il manque des pions.

Ennejie répondit – Mais non ils sont déjà sur le plateau.

En effet, on peut voir la figurine du Nain et celle de l'Humanoïde félins au rez-de-chaussée et celle de l’Humanoïde canin au premier étage.

Jack essayant de prendre une des figurines présentes sur le plateau, s'étonna – On dirait qu'elles sont collées. On va devoir jouer avec celles restantes.

Ils choisissent donc chacun une figurine parmi celles restantes avant de compléter leur fiche de personnages.

David – Je vais être Humanoïde saurien mage avec magie de protection et une épée.

Ennejie –  Évidemment, tu prends le saurien ce n'est pas étonnant. Par contre si ça dure entre nous pas question d'avoir un NAC serpent, je tiens à mes deux souris blanches.

David – Et voilà, tu remets ça. Loin de moi l'idée de te décevoir, si tu es contre les NAC surtout les serpents, pas de problème. Concentrons-nous plutôt sur le choix des persos.

Ennejie – Ok, alors je vais prendre l'Elfe chasseresse avec un arc, une épée, une tunique protectrice et la créature.

Jack amusé – Le saurien pour David et l'Elfe pour ma sœur, l'appel de la nature se fait entendre. Pour mon perso, je serais Semi-démon, assez solitaire et peu apprécié, c'est tout moi. Et en classe, je serai épéiste avec une épée, une armure et un bouclier.

David enjoué – En voilà une équipe, ça va faire mal.

Ennejie se prêtant au jeu – Allez, c'est parti que l'aventure commence.

Ils mirent leurs fiches dans le tiroir du jeu prévu à cet effet et posèrent alors leurs figurines à l'entrée du donjon fixée au rez-de-chaussée. Quand soudain, une sorte de voile noir les recouvrit et ils se retrouvent ailleurs.


Chapitre 2 : Dans le jeu

Il fait doux et on est en fin d'après-midi.

David intrigué en observant les lieux – Où est-ce qu'on est ?

Ennejie inquiète en voyant ses amis – David, Jack, cé, c'est vous ?

Jack regarda son reflet dans un lac qui longeait le château – Qu'est-ce qui nous est arrivés ?

David hallucinant – On est dans le jeu ?!

Ennejie affolée – Ce n'est pas possible ! Qu'est-ce que l'on va devenir ?

Jack enthousiasmé – Waouh, c'est génial. On incarne nos persos. (David en Humanoïde saurien, Ennejie en Elfe et Jack en Semi-démon)

David se voulant réconfortant – Il faut trouver une solution, on ne peut pas rester comme ça indéfiniment.

Ennejie peu rassurée – Tu as raison, mais qu'est-ce que l'on peut faire ?

Jack confiant – Oh, on était partis pour faire une partie et on est en train de la vivre, alors on continue ?

David & Ennejie interloqués – Quoi ?

Jack enthousiaste – Aller, je suis sûr que ça va être cool. Et puis, qu'est-ce que vous vous voulez qu'on fasse d'autres ?

Et une voix lente et forte de vieil homme s'éleva : « Ici, Le Maître du Jeu. Vous êtes ici pour jouer votre vie. Vous devez traverser ce donjon en affrontant des ennemis et des dangers pour arriver en haut. Réussissez et tout redeviendra comme avant. Échouez ou refusez et vous resterez à jamais dans le jeu. Alors ? »

David résolut – Bon, je crois qu’on n’a pas le choix.

Ennejie un peu inquiète – Bon ok, mais vous faite de votre mieux les gars, je ne veux pas restée ainsi.

Jack rassurant – T'inquiète, sœurette on va réussir.

Le Maître du Jeu passif, continua – Voici vos rôles et équipements.
La rouquine, te voici donc Elfe chasseresse avec arc épée et tunique protectrice. Et en créature, voici Toundra, femelle Smilodon (tigre à dents de sabre) qui vous accompagnera dans votre quête.
Le brun, te voici donc Humanoïde-saurien mage avec épée et magie de protection. Et voici, le Bâton de Merlin, puisse t-il vous être utile à accomplir des miracles et révéler des secrets.
Quant à toi le châtain, te voici Semi-démon fantassin avec une épée, une armure et un bouclier. Et voici, le Bouclier des Anciens, qu'il illumine votre chemin vers votre destinée et la victoire.

Toundra sortit d'un fourré qui longeait le château. C'était une jeune Smilodon arrivant à mi-hauteur de Jack, de couleur châtaigne avec yeux verts-fauves, des crocs luisant dépassant de sa gueule et des griffes étincelantes. Elle traîne derrière elle dans un filet à l'aide d'un cordage, l'équipement des trois amis dont le bouclier et le bâton. Elle se dirige doucement et prudemment vers Ennejie.

Pendant ce temps, les portes s'ouvrent dans un grincement. Et Le Maître du Jeu dit «Maintenant  jeunes héros, entrez et choisissez bien votre route à chaque intersection, car votre réussite dépendra de vos choix. Pour commencer, à gauche, tout droit ou bien à droite ? Adieux, bonne route et n'oubliez pas Dunofend !».

Jack impatient – Bon, on y va ?

David moins enjoué – Calme toi, c'est tout sauf un jeu.

Ennejie un peu surprise par Toundra, mais gardant son calme et la déchargeant de son fardeau –  Venez vous équiper, les garçons.

Ils s'équipèrent et avancèrent vers la porte du donjon.

Jack s'arrêtât en chemin et dit d'un ton moqueur à Toundra qui est restée en arrière pour se remettre de son effort – Il vient, le minou ?

Toundra grogna dans sa direction et continua de s'étirer.

Ennejie agacée – Jack, soit gentil. Tu viens Toundra ?

Et Toundra la rejoignit en ignorant Jack qui était hébété.

David à l'adresse de jack – Prend en de la graine.

Jack soupira et les suivit.

Les amis entrèrent, suivit docilement par Toundra qui irait où qu'Ennejie aille.
Maintenant, à gauche, tout droit ou à droite ? A vous de choisir, lecteurs car c'est vous les héros de cette histoire.

Tag aventures sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Par délà les royaumes poussières
Alton

Réponses: 12
Vues: 1183

Rechercher dans: Bariolés   Tag aventures sur Encre Nocturne EmptySujet: Par délà les royaumes poussières    Tag aventures sur Encre Nocturne EmptyJeu 4 Mai 2017 - 22:37
Mes salutations les plus clinquantes !

Attention, Disclaimer, Peligro, Achtung ! Ce début d'histoire et ce qui viendra ensuite n'est pas seulement de moi. Elle est en effet une transcription, très romancée, en témoigne ce prologue d'une campagne de JDR commencée il y a quelques mois. (autant vous dire que je suis à la bourre pour tout retaper) C'est une partie qui m'ammuse beaucoup il n'y a donc pas de raisons qu'elle ne soit pas couchée sur papier. Et puis c'est un bon pretexte pour me remettre un peu à écrire ! Vent

Un très grand merci aux sieur Bakka (Badow), Maessan (Roywen) et Hartsock (lui vous le connaissez : Lang) d'avoir accepté que je narre leurs aventures et aussi pour leur investissement dans la campagne !

Sur ces presque bonnes paroles !

L'auberge respirait de cette joie si coutumière des soirées ou l'on oublie dans le bruit, la musique, le jeu et les rires, les tracas de la vie. Balayée dans le tintement des verres, l'idée des récoltes dévorées par les vers. Terrassée par les accords de harpe et les vieux chants de marins, le souvenir de la crue de l'hiver passé, emportant avec elle murs et bétail. Chacun respirait de cette insouciance de quelques heures et de ce fumet si festif, mélange d'effluves de cire se consumant, senteurs de viande marinée, odeurs de fromage de chèvre, parfums de bière brune et arômes d'hydromel.  Le couple de violonistes monté sur l'estrade au fond de l'établissent, jouait sur ses cordes avec une virtuosité seulement égalée par leur ferveur. Ils jouaient comme si leurs vies en dépendaient. Aussitôt un souffle gagna l'assemblée, entonnant cet air bien connu. Alors, ce qui rend la vie de baladin si unique se produisit, ce moment magique, où, cent voix mêlées en une donnent la parole à l'instrument aphone. Le dernier morceau prend fin sans que personne ne s'en rende vraiment compte. Les deux musiciens saluèrent la foule, sourire béat aux lèvres tandis qu'elle entonnait pour la seconde fois, a cappella, le refrain de la rengaine.  Demain,  les deux violonistes itinérants reprendront  la route, vers une nouvelle auberge, une nouvelle clientèle.

Galvanisée par la chanson en l'honneur d'un roi ancien, roi vénéré de tous, la foule s'engaillardisait de plus en plus. Menée par deux piliers, riant à sa gorge déployée et commandant, l'occasion était trop belle, du meilleur cru du tavernier, on applaudissait, braillait, chantait, se défiait et se complimentait. On se laissa  aller aux pitreries ridicules, aux mots charmants et aux plaisanteries badines.
Un homme monta sur la scène avec l'agilité d'un jeune chat. Puis, silencieux, il observa la scène d'un œil amusé et les doigts entrecroisés sur le torse, il attendit patiemment.
Quand un badaud le remarqua enfin, la rumeur se rependit comme un souffle entre les tables. Sans qu'il ne dise un mot, la foule se tut d'elle-même. Il était celui qu'on attendait tous, depuis des jours, des semaines même, il était là, enfin. Ayant bien pris soin de se fondre dans la foule, on le découvrait pour la première fois. L'homme avait un visage juvénile que même sa barbe soigneusement taillée peinait à affirmer. Il aurait pu passer pour quelqu'un de très banal avec son manteau brun jeté sur une chemise noire et ses bottes tachées de boue, mais son regard irradiait d'une malice qui marquait tous ceux qui croisaient son chemin.

Il lança un dernier regard à l'âtre gigantesque de l'autre côté, le même regard que l'on lance à un frère d 'armes avant la bataille et enfin commença.

"Bonjour à tous."

Sa voix était chaude et lente, à la première syllabe l'auditoire fut acquis.

Avec la complicité d'un gamin conquis durant la soirée, quelques chandelles s'éteignirent, plongeant la salle commune dans une semi-pénombre propice au voyage. Tout était prêt. L'héroïsme et la lâcheté, la vertu et la vilenie, les sombres mystères et le feu de la bataille n'avaient plus qu'à parler, le théâtre des émotions à se mettre en place, la légende à s'éveiller.

« Vous comme moi, connaissons les histoires des dieux et démons et de leur pitoyable mascarade de trahison et réconciliation. Nous chantons tous les louanges des princes guerriers entrés dans nos mémoires par le massacre d'autres voulant eux aussi finir dans une chanson. L'histoire, l'épopée que je m'en vais vous conter est tout autre. Oui mes amis, la légende de Badow, Roywen et Lang est tout autre. Car voyez vous, ces hommes comme vous et moi, se sont levés contre leur destin respectifs, levés contre une terre qui semblait indomptable, levés contre un mal devant lequel beaucoup se seraient défilés. Ils ont eu la force d'affronter un des maux les plus terribles de notre monde. Et que la magepeste m'emporte si le moindre de mes mots durant cette veillée est faux. Mes amis laissez vous porter par les aventures de ces hommes hors du commun. »

Laissant ce modeste prélude faire son effet, il s'installa en tailleur sur le bord de l'estrade et commença.


Ancienne version avant correction de Hartsock:
 


#Fantasy #Aventures
Tag aventures sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Convention du forum
Invité

Réponses: 0
Vues: 7286

Rechercher dans: Règles   Tag aventures sur Encre Nocturne EmptySujet: Convention du forum    Tag aventures sur Encre Nocturne EmptyMer 4 Mai 2016 - 20:59
Convention




Si vous avez la moindre question à propos de quoi que ce soit sur le forum, n'hésitez surtout pas à interroger par message privé Phoenix, Flopostrophe ou flocon (ce sont les grands chefs).


Encre Nocturne est un forum au sein duquel le respect et la bienveillance sont primordiaux.



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  • La création de doubles-comptes et comptes-doubles est strictement interdite et sanctionnée.

     
  • Évitez de donner des informations trop personnelles (adresse, nom et prénom etc.) à moins d'être sûr des intentions de la personne avec qui vous les partagez.

     
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  • Nous rappelons que ce forum est un lieu d'écriture ou de lecture. Si votre présence n'est pas mue par une de ces deux raisons, réfléchissez à pourquoi vous êtes là.


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  • C’est un fait observé et véridique, nous sommes plus encouragés à commenter un membre qui vient également ici pour laisser son avis sur les textes des autres. Si vous voulez des commentaires, commentez.

  • Les critiques bienveillantes sont l'essence de ce forum. Elles ont pour but d'améliorer le texte, de rendre compte d'avis extérieurs et de nouvelles perspectives. Tout texte a le droit d'être critiqué, c'est la condition même de sa publication ici. Toute critique peut être elle-même contestée, discutée et réfutée tant que la démarche se fait dans la même objectivité et la même courtoisie.


      Et bien sûr: Respectez la loi française !









Echelle de sanctions

Les sanctions applicables par les administrateurs et membres du staff sont, dans l'ordre d'importance croissante :


- Avertissement de l’administration : le membre reçoit un message de l’équipe d’administration pour lui rappeler ses actes, ce que stipule la convention à ce propos, ce qu’il risque s’il reproduit ces actes.

- Le kick : le membre est éjecté de la Chatbox. En cas de comportement inapproprié, insultant, intolérant, etc., sur la Chatbox (CB).

- Le ban de la Chatbox : le membre ne peut plus se connecter à la CB pour une durée variable. En cas de récidive de comportement négatif.

- Le ban temporaire du forum : le membre ne peut plus se connecter sur le forum pour une durée variable (une semaine, un mois ou une autre durée en fonction de la gravité de la situation). En cas de plagiat de texte, de comportement grave sur le forum, de mésentente avec d'autres membres, de menace envers un membre, de propos injurieux répétés à l’encontre d’un membre.

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AUX AUTEURS : pour poster vos écrits sur le forum





Evitez de poster trop de textes par semaine et/ou plusieurs textes d'affilée. Lire et commenter les textes prend du temps, et chacun doit avoir sa petite part de lectures. Poster trop de textes est contre-productif pour tout le monde, lecteurs et auteurs.


Chaque histoire (Nouvelle, Roman, etc) disposera au minimum d'un mot-clé (indiquant son ou ses genres) parmi la liste suivante :
{#}Aventures{/#} - {#}Action{/#} - {#}Fantasy{/#} - {#}Science-fiction-Anticipation{/#} - {#}Romance{/#} - {#}Réaliste{/#} - {#}Amitié-Famille{/#} - {#}Surnaturel{/#} - {#}Policier-Thriller{/#} - {#}Drame-Tragédie{/#} - {#}Epouvante-Horreur{/#} - {#}Humour{/#} - {#}Spirituel-Philosophie{/#}

Les mots-clés sont à mettre dans le message contenant le texte, avant ou après le titre afin qu'ils soient bien visibles.




→ En cas de texte contenant un minimum d'insultes, de violence ou de scènes sexuelles, veuillez vous reporter à → sur fond blanc.
Elles devront être lisibles et aérées.
Il est mieux que chaque chapitre ou partie soit posté dans une publication différenciée.
Les liens URL de ces chapitres/parties devront être copiés-collés dans le Sommaire ou dans le message de votre texte sur le forum. Ainsi les lecteurs n'auront qu'à cliquer dessus pour accéder à chaque chapitre !








Bref, c'était la partie barbante, maintenant lâchez-vous, amusez-vous tout en respectant ces règles !
Tag aventures sur Encre Nocturne 3883910101
Tag aventures sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Entre Ciel et Terre
La Lapine Cornue

Réponses: 20
Vues: 1646

Rechercher dans: Poésies   Tag aventures sur Encre Nocturne EmptySujet: Entre Ciel et Terre    Tag aventures sur Encre Nocturne EmptyMar 10 Nov 2015 - 23:03
#Aventures - #Fantasy

Hey tout le monde, ça faisait longtemps que j'avais pas écrit, je me refais la main avec un truc trop épique (ou pas), avec tout plein de couleurs, de lumières et de métaphores, sur fond de musique bien badass - comme d'hab ! :la:

Musique associée :







Entre ciel et terre





Le ciel s'ouvrit dans un déluge d'éclairs.
Les nuages s'écartèrent
Se heurtèrent
Parsemèrent
Le ciel de débris de lumière.
Chocs
Brisures du temps qui se déchire
L'œil de l'espace est grand ouvert.
Fonce un éclat dans le vide
Dansent et tournoient les étincelles

Apparition soudaine.

L'Ouest éclate et s'illumine
Coiffée de flammes
Vêtue de pluie
Chaussée d'or et de terre
Spectre de dentelles et d'orage.
Ses cornes déchirent l'azur
Les nuages s'effilochent, suivent la courbe de ses hanches.

Déboule une forme sombre.

Face à elle, loin devant, à l'Est tout là-bas
Ombre de lumière, parsemée de diamants
Coiffée d'éclairs
Vêtue de rage
Chaussée de neige et de saphirs
Spectre de velours et de nuit.

Les esprits s'observent.

Le vent bruisse et se froisse autour d'eux
Silence des étoiles
Energie crépitante…

Le spectre de l'Ouest bondit.
Le spectre de l'Est bondit.

Choc.

Le ciel s'ouvre en vomissant ses cris.
L'Ouest a trébuché.
L'Est virevolte. Frappe. Se sauve. Revient. Frappe à nouveau.
L'Ouest perd. L'Ouest prend appui sur la Terre. Celle-ci vacille, reste de justesse. Retenue par l'invisible fil du cosmos.
L'Est jubile. Sourit dans son manteau d'étoiles. Les éclairs zèbrent le ciel et fouettent l'aube naissante.
L'Ouest se relève. La Terre se redresse, scintillante du poids qu'elle a porté. Les regards divins se cherchent… Se trouvent. Echange plein de rage et de victoire. L'Ouest inspire, et le ciel entier se courbe comme un drap tendu.
Il fonce. Des cercles de lumière tournoient dans son sillage, comme autant d'armes abandonnées.

Choc.

Un cataclysme balafre le ciel, écorche les nuages, fait valser les étoiles qui n'ont nulle part où se raccrocher.
Les diamants jaillissent sous la force du coup. La coiffe de l'Est est détruite. L'esprit vacille, se courbe vers l'arrière. Et dans ce mouvement suspendu, la Terre entière retient son souffle.
L'Ouest se gonfle d'énergie, revendique la victoire. Ses cornes de lune s'élancent vers l'espace, transpercent l'atmosphère. Embrochent les étoiles. Sa traîne de pluie et d'or se déploie dans l'invisible.
L'Est se reprend. Relève doucement sa longue tête peinte d'aurore et de nuages.
Et fonce.
Le temps se distord sous son élan, éclate en milliers d'éclats de verre. Pluie de secondes sur la Terre, d'instants, de minutes scintillantes. Lumières aveuglantes.

Choc.

L'Ouest bascule doucement. S'effondre sur l'horizon, avec sa légèreté d'esprit. Ses couleurs se voilent, ruissellent. S'étendent en lavis dans le ciel pur. Teintes chatoyantes. Lui n'est plus qu'une ombre translucide.
Vide. Inutile.
Une larme énorme, perle nacrée, glisse le long de la joue immense. Trace une arabesque humide. Suspension de diamants dans l'air froid et dur.
L'Est incline son long museau. La larme se dissout à son contact. Ses chaudes lumières éclatent soudain dans le ciel, dansent comme autant de flammes. Feu de joie de l'esprit victorieux. Son emprise s'étend sur la Terre, chasse les ombres fugaces.
L'Ouest est encore suspendu, immobile entre ciel et montagnes.
Un regard ardent l'achève.
Il disparaît sans un bruit.

L'Est reste seul maître de l'empire de nuages.









.
Dans le même style, l'éternelle course entre le Jour et la Nuit : Depuis la Nuit des temps







corrections par Titi:
 
Tag aventures sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Conte du chat, de l'oiseau et de la Reine dragon [TP]
La Lapine Cornue

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag aventures sur Encre Nocturne EmptySujet: Conte du chat, de l'oiseau et de la Reine dragon [TP]    Tag aventures sur Encre Nocturne EmptySam 24 Jan 2015 - 15:07


* Ici le texte 1 : Celle en qui parle la lumière ; le texte 2 : Bêtes Noires et le texte 3 : Renaissances (ou le peuple de l'Aube)
(les textes et histoires sont indépendants, il ne s'agit pas de suites.)

***
Je sais ce qui vous turlupine.
Je sais ce qui vous tourmente.
"Mais pourquoi ne l'a-t-elle pas mis dans les Contes, si c'est un conte ?"
:niark:
Réponse : parce que je suis machiavéliiiiiique


Monologue extérieur de Cornouille sur cette question existentielle de la catégorie de son texte :
 






Inspiré d'un rêve.


Conte du chat, de l'oiseau et de la Reine dragon


La cupidité faisait disparaître les derniers hommes les uns après les autres ; mais bientôt une toute nouvelle tribu prendrait son essor.
Et la reine espérait que cette fois-ci, la sagesse ne quitterait plus les hommes…







       Il était un temps où seule une tribu, seul un unique peuple humain existait. Nul ne sait – et ils ne le savaient pas eux-mêmes – s'ils étaient les premiers ou les derniers. Ces êtres doux vaquaient tranquillement à leurs occupations, leurs petites chaumières nichées entre les montagnes qui piquaient le ciel, au creux de collines verdoyantes.
       Il y avait cependant une chose dont la noirceur terrifiait chacun des habitants, une chose qui chaque année leur enlevait des proches et laissait des chaumières à l'abandon.
       On l'appelait la peste bleue.
       Bleue comme la rivière translucide qui reflétait le ciel. Elle commençait par le lac de cristal et ses calmes nuages, non loin de la tribu ; et bien vite un impétueux torrent prenait la suite. Ses méandres vengeurs arpentaient toute l'immense vallée avant de disparaître, mais nul ne savait où allait l'eau.
       La peste bleue.
       Cela prenait les gens un beau jour. Une idée leur trottait dans la tête, jouait à cache-cache avec leurs pensées, disparaissait puis revenait, sans jamais les laisser en paix. Les malheureux connaissaient cet unique symptôme, ils tentaient de résister à l'attraction soudaine de l'eau de la rivière, mais ils ne pouvaient lutter bien longtemps. Jour après jour l'idée devenait plus présente, se faisait obsession, et les gens autour d'eux remarquaient le sourire faiblissant, les mots incohérents. Alors ils savaient.
       En pleine nuit – mais jamais seuls ! Toujours la peste bleue les prenait-elle par trois – se cachant de leur propre honte et de leur propre peur, les malades couraient au lac, suivaient sa berge jusqu'à la naissance de la rivière, et s'y jetaient. Alors l'eau les emportaient. Où ? se demandaient-ils tous, posant la question à chaque seconde de leur existence, à chaque demi-mot. Y-avait-il une autre terre, paradis à rejoindre ? Ou était-ce l'enfer qui les attendait là-bas ?
       Il vivait dans cette tribu un jeune homme, qui comme tous vivait dans l'attente de la peste bleue. Mais son nom signifiait "Courage" et son cœur était plein de défi. Oui, il attendait. Et le jour où la peste bleue le trouverait, il l'embrasserait et triompherait d'elle ! se disait-il chaque soir et chaque matin.
       Sa famille entière avait été appelée par la peste bleue au fil des ans. Il vivait seul avec ses deux amis, un chat et un oiseau du lac, le premier aussi noir que nuit, le second aussi bleu que l'eau détestée. Ils le suivaient partout, aux champs où l'oiseau voletait au dessus de sa tête tandis qu'il travaillait, à la pêche où le chat partageait son labeur et ses proies. Ainsi vivait-il heureux malgré tout, malgré la lourde et menaçante épée au dessus de sa tête…
       Et un beau jour, la peste bleue le prit. Il le sut dès que l'embryon d'idée apparut sous son crâne. Aller voir l'eau, la belle eau de cristal, et voir enfin où elle le mènerait. Alors qu'il était en plein labour, il planta sa fourche dans la terre, et s'en fut vers le lac. ‹‹ A quoi servirait de lutter ? se disait-il. S'il faut que je retrouve les miens, j'aurai besoin de toute ma force par la suite. ›› Ses deux amis le suivirent, le chat sur ses talons, l'oiseau sur son épaule. Les gens l'interpellaient sur son passage. Mais il ne se retourna pas, pas une seule fois.
       Arrivé tout au bord de l'eau bleue, il contempla un moment le ciel et les nuages qui y glissaient ; malgré lui, il fouillait les profondeurs du regard, cherchant le moindre détail qui aurait indiqué que des gens s'étaient noyés là. Mais il ne trouva rien, rien qu'un fond de galets à travers l'eau de cristal.
       ‹‹ Je ne veux pas que vous me suiviez, ordonna-t-il à l'oiseau et au chat. Restez là et vivez heureux, vous qui n'êtes pas concernés par la peste bleue.››
       Les deux se consultèrent, puis le regardèrent plonger dans l'eau tourmentée du torrent. Ils le suivirent des yeux tandis qu'il bataillait contre l'eau, avant de disparaître au loin. Alors l'oiseau piqueta du bec le crâne du chat, et celui-ci grommela en le chassant d'une patte paresseuse. Puis il se jeta à l'eau. L'oiseau se lança dans l'air, et surveilla sa progression en glissant au dessus de l'eau cruelle.
       Ballotés par les vents et les eaux, ils furent emportés bien loin, traversant des prairies parfumées, des vallées teintées de multicolore. Plusieurs fois l'oiseau voulut quitter le cours du torrent pour butiner quelques fleurs, mais toujours le chat le rappela à l'ordre.
       La rivière s'échoua finalement sur une berge magnifique, dont le vert émeraude caressait doucement le vent. Devant eux se dressait une chose telle qu'ils n'en avaient jamais vu. Un palais somptueux, dont les immenses arcades dorées miroitaient sous le soleil, dont les hautes tours transperçaient les nuages. Et devant le grand portail, sous la herse menaçante, se tenait une petite silhouette qu'ils reconnurent immédiatement…
       Hors d'haleine et à bout de forces, ils bondirent sur les lourdes marches, traversèrent l'escalier de marbre et finalement rejoignirent leur maître.
       Les yeux écarquillés et le cœur débordant de joie, celui-ci les prit dans ses bras, les embrassa, jusqu'à ce que le chat se mette à maugréer. Puis, celui-ci sur ses talons et l'oiseau sur son épaule, comme autrefois, il passa sous les hautes voûtes et pénétra dans le palais.
       Un long tapis ondoyait sur le sol, pourpre et filé d'or ; il était bordé par des milliers de petites bougies, dont la lumière fragile dansait dans la pénombre. D'immenses fresques couvraient la pierre des murs, et le chat fit remarquer à ses deux acolytes que les décors scintillants étaient faits de pierres précieuses, ce que l'oiseau s'empressa d'aller vérifier en voletant contre les murs. Les pas étouffés par le velours du tapis, ils marchèrent longtemps, suivant l'unique couloir qui s'enfonçait dans les entrailles du château. L'or, l'argent, les pierres précieuses se faisaient de plus en plus présents ; ainsi que les bougies, telles une petite armée flamboyante au garde-à-vous.
       Ils parvinrent finalement devant une porte immense, entièrement sculptée et gravée de motifs et d'arabesques. Le garçon s'arc-bouta contre les battants de pierre, en vain. Soudain écrasé par le désespoir, il s'assit dans la pénombre aux côtés des bougies, et se mit à pleurer doucement.
       Le chat se blottit contre lui, les larmes roulèrent sur son pelage soyeux ; l'oiseau perché sur son épaule frotta sa tête minuscule contre celle de son maître.
       Et soudain une voix gigantesque, aussi profonde qu'une gorge montagnarde et aussi veloutée que la fourrure noire du chat, sonna à leurs oreilles :
       ‹‹ Que le premier s'avance à ma rencontre ! ››
       Alors dans un bruit titanesque, la porte de pierre s'ouvrit lentement.
       Le cœur battant à tout rompre sous la force de ce son, le garçon déposa doucement le chat à terre et se mit sur ses pieds dans un sursaut. ‹‹ J'y vais, c'est mon tour ››, décida-t-il, les larmes déjà chassées par l'espoir de toucher au but. D'un doigt, il posa l'oiseau entre les oreilles du chat, puis échangea un dernier regard avec eux et tourna les talons. Les deux amis le suivirent des yeux tandis qu'il s'évanouissait dans l'obscurité. Les portes se refermèrent lourdement derrière lui.


A  s u i v r e . . .
Tag aventures sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Vivre envers et contre tous [TP]
La Lapine Cornue

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag aventures sur Encre Nocturne EmptySujet: Vivre envers et contre tous [TP]    Tag aventures sur Encre Nocturne EmptyDim 23 Nov 2014 - 11:22


Ce texte est le deuxième de ma série de très courtes nouvelles, ayant pour thème le courage. ^^
Ecrit pour le concours "48 heures".

Vous avez ici le Texte 1 → le Silence de la révolte et le Texte 3 → Ivre de vent



Musique associée.


Vivre envers et contre tous  



On aura beau dire, cela faisait longtemps que je n'avais pas croisé quelqu'un d'un tel courage.





      Il se traîne depuis des heures.
      Loin, très loin au dessus de lui, le soleil féroce aiguise ses crocs sur la moindre parcelle de terre, le moindre minuscule être vivant qui rampe dans la poussière.
      L'air est si sec qu'il en paraît solide ; une simple bouffée fait couler pierres et sable dans la gorge. La chaleur pèse telle une lourde chape de plomb, de plomb chauffé à blanc, sur toutes les têtes, toutes les échines, tous les cœurs.
      Mais revenons à lui.
      L'explorateur piteux, parti en quête d'un peu d'eau, bataillant à chaque seconde contre le soleil qui le brûle jusqu'à l'os. Il aurait pu rester chez lui. Il aurait pu rester au frais, baigner dans une ombre bienveillante, et attendre. Attendre que la pluie vienne, dissipe la colère du soleil et lave la poussière étouffante.
      Ou plutôt, non, il l'aurait pu si d'autres n'en avaient décidé autrement.
      Son havre de paix, sa douceur luxuriante, son émeraude humide, tout cela, il ne peut plus y penser. Détruit. Saccagé. Massacré.  
      Il aurait pu se cacher, et mourir écrasé sous les engins de fer, ou brûlé par les gueules des chalumeaux. Après tout, tout doit mourir un jour… Lui le sait, mieux que tout autre. Et mieux vaut être réduit à néant que se tordre de douleur sous les feux du soleil, n'est-ce pas ? Que ramper dans le désert, implorer pour de l'eau, pour une minuscule gouttelette d'eau fraîche, pour un pauvre nuage perdu dans l'azur du ciel…
      Jusqu'à ce qu'arrivent les ombres des vautours.

      La résistance du petit personnage vacille soudain, et il tangue dangereusement sous le poids de son baluchon.

      Mais non.
      Se battre. Coûte que coûte.
      Démentir le mépris des autres, leurs rires, leur pitié envers sa fragilité et sa laideur.
      Se battre, coûte que coûte.

      C'est la seule chose qu'il peut se répéter, en boucle, encore et encore. Se battre, coûte que coûte. Même lui a droit à la vie. Même lui peut déjouer le destin, et le désert, et le soleil.
      Même une si petite chose peut se battre contre les éléments.

      Alors il rampe et rampe encore, et les grains de sable sont autant de pièges, et les pierres sont autant d'obstacles insurmontables, et le soleil pèse sur lui, le lèche de sa langue empoisonnée, le dévore petit à petit. Et lui continue…
      Et moi, accroupie sur mon pas de porte, je regarde, insensible, lutter cet être hors du commun. Je le vois se déshydrater minute après minute, je le vois souffrir le martyre. Je le vois s'arrêter enfin.
      S'arrêter.
      Alors, émergeant de mon apathie, je me lève, m'étire, et vais ouvrir une bouteille d'eau minérale. Puis, revenue au soleil, je m'agenouille devant le petit explorateur. Détruit, desséché, dans les affres de l'agonie, il est pourtant reparti à son allure lente et opiniâtre. Refusant de laisser le désert victorieux.
      L'eau cascade soudain sur son corps flétri, faisant naître des ruisselets dans le sable et des éclats arc-en-ciel dans la lumière dure. Sa peau sèche et craquelée se pare de reflets humides, ses ocelles reprennent leur teinte sombre ; il a un sursaut et redresse son lourd baluchon d'un coup de reins.
      Bienveillante, je le regarde se gorger d'eau, reprenant quelques forces illusoires.
      A nouveau gonflé d'espoir, il quitte l'eau qui déjà disparaît. Et se lance dans la suite de son périple…

      Je pourrais t'aider encore, mais je n'en ferai rien. C'est ta quête, et je te sais assez fort pour l'accomplir. A ton courage, petit escargot…




Correction de Jack Vessalius:
 
Tag aventures sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Joyeuses Pâques [TP]
La Lapine Cornue

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag aventures sur Encre Nocturne EmptySujet: Joyeuses Pâques [TP]    Tag aventures sur Encre Nocturne EmptyVen 25 Juil 2014 - 16:22


Bonjour à tous ! :la:

Bon ceux qui me connaissent ont l'habitude : ça paraît long, mais c'est rapide à lire !
Je me suis vraiment éclatée, j'espère que vous l'aimerez autant que moi cute Vous y retrouverez mes thèmes de prédilection : la rébellion, la solitude et l'amuûûr, tout ça mélangé avec mon imagination débordante :la:







Au monstre noir à oreilles qui hante mon jardin,
et à toutes les lapines en chocolat que j'ai mangées.


Joyeuses Pâques


Et un jour terrible, un matin de Pâques, on ne trouva pas de chocolats dans les jardins. Les lapins de Pâques s’en étaient allés.
Mais on dit que parfois, en cherchant des champignons en forêt, on peut découvrir des nids ou des terriers garnis d’œufs en chocolat…





             Les cloches sonnèrent, me réveillant en sursaut. Un véritable carillon. C’était la veille du grand jour. Mes voisines se secouèrent les unes après les autres ; le mouvement se propagea dans les parcs de pondeuses, dans toute la caverne. Les lapines secouaient les oreilles et commençaient leur toilette ; les poules gloussaient doucement en clignant leurs yeux fixes. Toutes se préparaient à un nouveau jour de travail intensif.
             Je grinçai des dents, agitant les babines ; puis je me dressai sur les pattes arrières et commençai ma toilette quotidienne. A l’autre bout du terrier, les ramasseurs accomplissaient leur besogne matinale. Ils étaient une dizaine, écumant les rangs de poules et remplissant les paniers, avant de passer aux lapines. Leur ballet me mettait toujours les nerfs en pelote, mais aujourd’hui mon ventre était aussi de la partie. Il se nouait douloureusement, malaxant toute ma honte et mon angoisse. Soudain je me rendis compte que tous mes muscles étaient contractés, et je tentai de me relaxer. En vain.
             Comme tous les matins, notre ramasseur attitré allait passer dans notre rang. Le lapin noir ramasserait d’abord les œufs énormes de Meka, ma voisine de droite, qui clamerait leur qualité excellente. Puis il passerait devant moi pour se charger de ceux de Lino, ma voisine de gauche. Elle aurait du mal à se séparer de ses petits œufs. Chaque matin, c’était le même cirque. Et alors il se tournerait enfin vers moi, et je…
            – Chocolat très noir, 97% de cacao.
            Je sursautai. Il venait d’estimer la qualité des œufs de Meka. Il était juste à ma droite…
            Il eut un clin d’œil pour ma grosse voisine, qui se rengorgea fièrement.
            – Pas les préférés des enfants, mais d’une excellente qualité, ajouta-t-il, avant de me passer devant en quelques bonds, rejoignant Lino.
            Je le suivis des yeux, faisant le dos rond. J’avais l’impression que mes intestins s’enroulaient en tentant de s’étrangler mutuellement. Pourtant, j’avais l’habitude de la honte. Mais aujourd’hui était la dernière journée de travail avant Pâques. Et je n’avais toujours rien à donner…
            – Chocolat blanc ou au lait, fourré à la praline, dit-il encore de sa voix vive.
            Lino chercha mon regard en posant une patte sur les cinq petits œufs. Je secouai doucement la tête, comme chaque matin.
            – Ecoute, Asmar, cela fait une année que je ponds chaque matin… et… que je te les donne… Pour une fois, ne pourrais-je pas…
            – Lino, soupira le lapin. Tu es une pondeuse, pas une éleveuse. Quand bien même tu les couverais des années, tes œufs ne pourraient pas éclore. Je suis désolé.
            – ça, c’est ce que tu me dis, se rebella-t-elle. Je ne vois pas pourquoi… Les éleveuses ne sont pas différentes de nous…
            – Remets-tu ma parole en cause ? intervint-t-il d’une voix tranchante, radicalement différente.
            – Je… (Elle détourna les yeux.) Non. Prends-les…
            Il se radoucit. Je ne compris jamais pourquoi elle ne résistait pas plus. Elle devait pourtant peser le double du poids du ramasseur.
            – Merci, sourit-il. Les enfants adorent tes œufs, Lino.
            Ça c’était notre lapin noir. Une main de fer dans un gant de velours...
            C’était le moment fatidique. Comme chaque matin, il hésita un instant, grinça des dents ; ses longues moustaches tressaillirent. En trois petits bonds,  Asmar fut devant moi. Je serrai les dents lorsqu’il planta son regard dans le mien. Il avait des yeux ambrés. Des oreilles immenses qui avaient l’air aussi douces que du velours. Un pelage noir brillant, comme poudré d’étoiles. Des pattes fortes et élancées.
           – Eko ?
           Je vis dans son regard qu’il savait déjà.
           – Rien, murmurais-je.
           Il hocha doucement la tête.
           – Toujours rien, ajoutai-je, remuant le couteau dans la plaie.
           Il jeta des coups d’œil à gauche et à droite, surveillant la progression des autres ramasseurs.
           – Je suis sûr que tu peux le faire, Eko.
           Je ne répondis pas.
           – Courage, me dit-il comme chaque matin et chaque soir.
           Je grinçai des dents, et il ne tarda pas à se joindre à moi. L’image de nous deux en train de se regarder en chiens de faïence, les babines tressaillantes, m’aurait sans doute faite rire si je n’avais pas été si mal à l’aise.
           – Ne perds pas espoir, dit-il finalement.
           Puis il fit volte-face, se saisit du panier et disparut en quelques bonds, se fondant dans la masse chocolatée des poules d’en face.
           – Mais Pâques, c’est demain, murmurais-je.
           A côté de moi, Lino voulut me réconforter, mais je lui tournai le dos.
           – Ne perds pas espoir, ne perds pas espoir, grognai-je entre deux grignotements nerveux. Facile à dire.
           Je savais ce que j’étais. Et je savais ce que je n’étais pas. J’étais une lapine de plus d’un an, d’excellente qualité. Chocolat très noir pour les pattes - 95% de cacao. Au lait et aux noisettes pour le corps. Oreilles en chocolat blanc. Les ramasseurs avaient attendu beaucoup de moi. Ils n’attendaient plus rien désormais... Je n’étais pas une pondeuse. Je ne servais à rien… Je ne valais même pas les pastilles de chocolat qu’on me distribuait matin et soir.
           Je me recroquevillai, faisant le dos rond, concentrée sur mon ventre. Espérant ressentir ce petit quelque chose, cette « impression persistante qu’un œuf se construit à l’intérieur », comme disait Meka, la spécialiste de la ponte.
           J’attendis ainsi plusieurs heures. Je crois même que je m’assoupis sans m’en rendre compte. Lorsque j’émergeai de ma somnolence, Asmar était à nouveau devant moi. Je bondis de surprise, soudain tout à fait réveillée. Immobile, les oreilles tournées vers moi, il attendait.
           – Quoi ? Déjà le soir ? Ce n’est pas possible, bredouillai-je.
           Son regard sévère me détailla, des pattes jusqu’aux oreilles. Puis l‘inverse. Insoutenable ! Je baissai les yeux.
           – Dois-je en déduire que tu n’as toujours pas pondu ?
           Sa voix était anormalement menaçante, bien loin de son habituel enjouement. Les nœuds dans mon ventre recommencèrent à se tordre.
           – Ce n’est pas ma faute !
           – Le problème n’est pas là, Eko. Tu es l’un des meilleurs éléments de la lignée de Milka. Nous avions placé beaucoup d’espoirs en toi. Tu auras bientôt un an. (Il jeta un coup d’œil à Meka, puis Lino, qui nous observaient d‘un œil inquiet.) Les lapines de ton âge ont déjà pondu en moyenne trois-cent-vingt-sept œufs chacune. Et tu stagnes à… rien.
           – Je suis désolée, mais je ne… ça ne vient pas. Ce n’est pas dans mes capacités.
           – Je ne demanderai pas mieux que de te laisser une autre année, dit-il doucement. Mais ce n’est pas moi qui décide, Eko.
           Cela faisait plusieurs minutes – depuis qu’il était là, en fait – que je grignotais nerveusement, sans pouvoir m’arrêter.
           – Et alors, qu’est-ce qu’il va se passer ?
           Je voulais surtout dire : que va-t-on faire de moi ? Il le comprit.
           – Je vais aller parler de ton cas au conseil. Je ferai de mon mieux, mais ne t’attends pas à un miracle. Les chefs ne sont pas des adeptes de l’indulgence.
           Sur ces paroles rassurantes, il frappa le sol d’une de ses longues pattes, et partit en bondissant, aussi rapide qu‘une flèche. Distraitement, je me demandais si je serais capable d’égaler sa vélocité. Probablement pas. Le lapin noir était l’un des meilleurs éléments des équipes quotidiennes de ramasseurs. Mais il faisait également partie de l’élite qui distribuait les œufs le jour de Pâques. Et apparemment, l’un de ceux qui en cachaient le plus en un temps record. Les ragots – ils étaient nombreux à circuler dans les rangs des pondeuses – m’avaient appris que les lapins du niveau d’Asmar passaient une partie de la journée et de la nuit à la surface. Ils s’entraînaient à la course, battaient leurs records de vitesse et d’agilité ; débusquaient des œufs, les cachaient à nouveau, et se défiaient mutuellement. Nous ne pouvions que rêver de telles activités. Notre chocolat était fragile. Nous devions rester terrées dans la caverne, parquées côte à côte. Nos seuls jeux étaient des jeux d’esprit, des devinettes, des contes, et bien sûr, les inestimables ragots qui nous permettaient de passer le temps. Jamais je n’avais fait plus de trois bonds d’affilée. Je ne savais même pas à quoi pouvait bien ressembler l’herbe, les arbres, ou le ciel.
            Bien vite, le chaos bruyant de la caverne se mua en doux silence, traversé de chuchotis légers, peuplé de ces petits bruits que produisent les poules et les lapines en dormant. J’avais rarement du mal à m’endormir dans cette atmosphère paisible. Mais ce soir-là, je ne parvins pas à fermer l’œil. J‘aurais pu me glisser dans le trou béant de mon terrier derrière moi, comme Meka et Lino. Me blottir dans la terre chaude et sèche, et oublier Asmar et ses statistiques de ponte. Mais j’attendais le retour du lapin noir, tout en le refusant de tout mon être. Je voulais le haïr, mais cela m’était impossible. Difficile de s’en prendre à un tel modèle d’élégance et de galanterie…
            – Eko.
            – Ah !
            J’eus un sursaut qui me laissa pantelante, le cœur au bord de l’implosion. Dire que je commençais tout juste à m’endormir…
             – Je ne voulais pas te faire peur, sourit-il.
             J’aurais voulu croire en ce sourire, j’aurais voulu pouvoir placer ma confiance dans le lapin noir. Mais je savais depuis longtemps qu’il était tout à fait capable d’annoncer les pires nouvelles avec une gentillesse égale. La main de fer dans le gant de velours, il ne fallait pas que je l’oublie. Asmar était un lapin de Pâques aussi sympathique que séduisant ; mais comme tous les autres, il obéissait au conseil.
             – Alors ? dis-je simplement, le ventre de nouveau serré.
             – Je suis désolé.
             Je me redressai. Mon cœur martelait mes côtes de chocolat comme s’il allait les faire éclater. Les oreilles pleines de ce bruit sourd, je faillis ne pas l’entendre.
             – Suis-moi, s’il te plaît.
             Je restai tétanisée. Mon regard revenait sans cesse sur les terriers de mes deux amies ; deux trous béants. Comme ceux de toutes les lapines. Les poules sommeillaient sur leur perchoir, mais elles étaient stupides. J’aurais pu crier. Meka et Lino auraient pu sortir en trombe, se jeter sur le lapin noir. Le rapport de force aurait été inversé. Les lapines en chocolat auraient pris le pouvoir des lapins de Pâques.
             Je clignai des yeux et sortis de mon parc, enjambant le bourrelet de terre battue, qui me parut soudain être la limite de tout mon monde. Le lapin noir me surveillait. Il se dressa un bref instant sur les pattes arrières et ausculta la caverne de ses yeux vifs.
             – Allons-y.
             Je le suivis en bondissant, guère habituée à tant de liberté. Je voyais bien qu’il devait se contraindre à ralentir pour que je puisse le suivre.
             – Où allons-nous ? lançai-je, déjà toute essoufflée.
             Il tourna à l’angle de la rangée de poules, jusqu’à atteindre la paroi de la caverne. Lorsque je le rejoignis, il était assis à côté d’un trou et se nettoyait tranquillement les orteils.
             J’aurais voulu le mordre, qu’il cesse un peu de se pavaner dans son pelage noir, tellement à l’aise sur ses pattes de chair et d’os… Il reposa son pied, agita les babines et me lança d’un ton étrange :
             – A la surface.

             Nous nous tortillâmes longtemps dans le boyau obscur, qui sentait l’humidité, la poussière et le lapin en sueur. Lorsqu’enfin nous nous retrouvâmes à l’air libre, je poussai un grognement, avant d’éternuer plusieurs fois. Le chocolat de mon dos comportait désormais plusieurs rayures.
             – Excuse-moi, sourit-il d’un air contrit. Ce tunnel n’est pas conçu pour les pondeuses.
             – Cela tombe bien, je n’en suis pas une, rétorquai-je d’un ton revêche.
             Je voulais qu’il arrête de se montrer aussi poli, de s‘excuser à tout bout de champ. Non seulement cela n’augurait rien de bon pour la suite, mais cela m’empêchait de le détester. Comme s’il n’avait pas voulu tout cela, comme s’il était de mon côté.
             – Je parlais du chocolat, dit-il d’un ton léger.
             Il effleura mon front – lait et noisettes – du bout d’une oreille, et je fis un bond en avant.
             – Bon, qu’est-ce que tu comptes faire de moi ?
             Il perdit immédiatement son assurance tranquille, et je sentis une pointe de fierté poindre en moi.
             – Ecoute-moi bien, dit-il en plantant ses yeux ambrés dans les miens. Contrairement à ce que pensent les pondeuses, il n’y a pas que les œufs que nous distribuons à la surface le jour de Pâques. Les enfants apprécient toutes sortes de chocolats.
             Je ne compris pas, au début. J’étais trop concentrée sur mes narines, qui humaient désormais des dizaines de nouvelles senteurs : la verte fraîcheur de la rosée sur l’herbe, la douceur de la terre meuble et humide, la délicatesse des jeunes fleurs qui parsemaient le sol.
             – Eko !
             Je me tournai vers lui, et eut un mouvement de recul en découvrant ses traits crispés. Le grand Asmar perdait de sa superbe…
             – Plus que les œufs, les enfants apprécient les poules et les lapines en chocolat.
             Je mis quelques secondes à répondre.
             – Quoi ?
             – Tu ne t’es jamais rendue compte que la veille de Pâques, certaines lapines, certaines poules disparaissaient ?
             J’en eus le souffle coupé. Les nœuds dans mon ventre se reformèrent, s’emmêlèrent avec l’énergie du désespoir.
             – Vous… Nous… Les pondeuses…
             – Les lapins de Pâques ont des quotas de chocolat à respecter, Eko, dit-il doucement. Chaque année, il nous faut sacrifier les plus mauvaises pondeuses.
             Il fit volte-face et s’enfonça dans un buisson. Il m’aurait été facile de m’échapper à cet instant, de laisser derrière moi les lapins de Pâques, leurs statistiques et leurs machinations. Peut-être même était-ce ce qu’espérait Asmar. Peut-être aurait-il voulu être de mon côté…
             Mais je ne pouvais pas partir maintenant,. Pas alors que mon monde venait de s’écrouler, et que le lapin noir était le seul lien qui me retenait aux miens. Alors je bondis à sa suite, pénétrai difficilement entre les branches pointues et me plantai à son côté.
             – Et donc vous nous livrez. Ça ne vous suffit pas de prendre les œufs ? Chaque année, des lapines se font bouffer par des enfants !
             Avant que j’aie pu réagir, il me passa quelque chose autour du cou. J’aurais voulu voir de quoi il s’agissait, mais je ne pouvais pas bouger. Les muscles de ma nuque étaient bloqués. Je me découvris même incapable de rouler les yeux.
             Devant moi, Asmar me montra quelques petits colliers en papier crépon, auxquels étaient accrochés des grelots dorés. Il y en avait des verts, des bleus et des rouges. Il les reposa dans un petit panier d’osier que je n‘avais pas vu, dissimulé derrière une racine. Le panier contenait des œufs en chocolat.
             – Je suis désolé, Eko, murmura-t-il. Mais je ne peux faire d’exception pour personne, pas même pour toi.
             Il prit l’anse du panier entre les dents, m’adressa un dernier regard imperturbable. Sa voix reprit ses accents enjoués.
             – Au fait. On dit souvent que le chocolat est fragile, mais c’est faux… Il peut devenir aussi tranchant que l’acier, lorsqu’on croit en lui.
             Il disparut en bondissant, dans les tintinnabulements des grelots. Je ne pus m’empêcher de songer que s’il avait ajouté une petit remarque gentillette comme à son habitude, du genre « Les enfants vont t’adorer », j’aurais probablement éclaté de rage.


             Lorsque le petit garçon me découvrit coincée sous mes branches d’arbuste, et qu’il me prit dans ses bras – moi toujours figée dans mon chocolat –, j’eus l’impression que mon cœur allait exploser de peur. Il rentra chez lui en gambadant, me vrillant les oreilles de ses cris, me secouant de haut en bas pour entendre mon grelot sonner, me caressant le dos de ses doigts sales que j‘aurais voulu mordre. Je n’eus même pas le loisir de contempler le bleu du ciel plus de quelques instants. Une fois dans sa maison, je crus mourir de terreur lorsqu’il m’approcha de son visage et m’ausculta de ses gros yeux. Mais il finit par me reposer dans un panier sur une table, au milieu d’œufs en chocolat. J’étais une statue, au cœur épuisé à force de marteler ses côtes, hurlant toute son angoisse en silence. Allais-je vraiment être… mangée ?
             Peut-être ces petits œufs pralinés sous mes pattes étaient-ils ceux de Lino, ceux pour lesquels elle avait voulu se battre, ceux qu’elle aurait voulu couver. Et ce gros œuf de chocolat très noir, était-ce celui de Meka ? Ou d’une autre grosse lapine qui, depuis longtemps, avait elle aussi laissé la routine remplacer l’espoir ?
             L’enfant ne tarda pas à revenir. Les petits œufs disparurent soudain de ma vue ; et levant le regard avec difficulté, je vis le sale mioche en train de se goinfrer, les dents noires de chocolat. J’aurais voulu hurler. Lorsque soudain, je sentis ses doigts caresser ma colonne vertébrale… Je me hérissais mentalement. J’avais la fausse impression qu’en tirant suffisamment sur mes muscles, la chape de plomb qui me recouvrait allait se déchirer, et que j’allais pouvoir fuir de toute la force de mes pattes.
             Je m’élevai au dessus de la table ; si j’avais pu ouvrir la bouche, tous les serpents immondes qui me contractaient le ventre auraient peut-être dégouliné à terre…
             Il me… lécha l’oreille ? Une vague de dégoût me submergea. C’était répugnant. J’aurais voulu mourir, ou me réfugier dans ma tête. Tout plutôt que ça.
             Crac.
             Mes nerfs hurlèrent, mes pensées aussi, mon crâne parut éclater ; et puis soudain, plus rien. Le vide. Je sentais confusément que je n’étais pas complète, que quelque chose manquait. Un courant d’air me chatouillait le tympan droit. L’enfant me reposa sur la table avec un petit choc. Puis il s’éloigna, guilleret, et je vis une oreille en chocolat blanc qui dépassait de sa bouche.
Je crois bien que je m’évanouis.



            Lorsque l’enfant revint – à peine quelques heures après –, je pensais être prête. Mais je découvris qu’il était rigoureusement impossible d’affronter une telle peur malsaine. Mes yeux étaient brûlants de larmes, mais j’étais incapable de pleurer.
            Comment as-tu pu me faire ça, maudit lapin noir…

             Le sale mioche gazouilla de plaisir, me porta devant ses yeux. Il eut un petit cri ravi, agita mon grelot de bout du doigt. Puis il me reposa sur la table – mon cœur eut un raté – et, d’un coup sec, me retira le collier de papier crépon. Il se le passa autour du poignet et partit en gambadant, trois œufs à la main.
             Les sensations revinrent lentement dans mes muscles. Des fourmis montaient dans mes pattes, renforçant ma fébrilité, me donnant envie de piétiner ; je fis craquer les vertèbres de ma nuque et secouai les oreilles. Les sons m’apparaissaient déformés du côté droit. Je tournai la tête plusieurs fois en essayant de comprendre, avant de me rappeler l’oreille manquante avec un coup au cœur. J’avais l’affreux réflexe de la chercher à tout instant, de vouloir la toucher, la ressentir ; je n’arrivais plus à oublier ce vide dérangeant.
             A présent libérée, je longeai le rebord de la table. Trop haut, beaucoup trop haut pour une petite lapine en chocolat. Je remarquai en plus que mes pattes de devant étaient déjà légèrement fissurées – j’avais payé cher la galopade à la suite du lapin noir. Ma haine à son égard n’en devint que plus puissante. Quant au petit garçon, je crois que j’aurais voulu qu’il arrive à cet instant, qu’il me prenne encore dans ses mains. Que je puisse planter mes incisives tranchantes dans sa chair rose de petit cochon, que je puisse lui faire mal comme j’avais souffert lorsqu’il m’avait mutilée.
             Mais il ne vint pas, et, à la fois soulagée et profondément frustrée, je parvins à descendre de la table en bondissant sur une des chaises. Je craignais pour mes pattes. J’avais l’impression d’entendre de petits craquements à chaque bond. J’arpentai longuement le sol carrelé, à petites foulées délicates. Il me fallait absolument sortir de ce guêpier.
             Les issues étaient toutes fermées. J’étais minuscule, fragile et la plante de mes pattes commençait à me lancer douloureusement après ce va-et-vient. Je n’en pouvais plus. La brusque montée d’espoir et de colère avait laissé place à un grand épuisement. Je n’étais capable de rien. J’étais trop faible. Je n’étais qu’une lapine de Pâques amputée d‘une précieuse oreille, complètement perdue, et rejetée par les siens.
             Je réussis tant bien que mal à me hisser à une fenêtre, bondissant et rebondissant sur une étagère. Le nez pressé contre la vitre glacée, je regardai le ciel. J’aurais voulu goûter son bleu de velours du bout de la langue, et les nuages cotonneux et sucrés, comme du chocolat blanc, me tentaient douloureusement. Depuis combien de temps n’avais-je pas mangé ?
             Je m’endormis ainsi, le nez contre la vitre et les babines frémissantes.


             Des bruits me réveillèrent. J’eus un sursaut et refit connaissance avec la sensation fantôme de mon oreille droite. J’observai un instant la trace de chocolat qu’avait laissé mon nez sur la vitre. Puis je me retournai doucement.
             Le sale mioche me cherchait. Il soulevait les œufs sans précautions, les faisant rouler sur la table. Le grelot doré carillonnait doucement à son poignet. Ce son m’électrisa.
             Plus jamais !
             Fébrile, je cherchais des yeux une cachette, une échappatoire, n’importe quoi. Lorsque soudain mon regard fut attiré par du mouvement, à l’extérieur…. De l’autre côté de la vitre.

             Le lapin noir.

             Je me figeai.
             Il faisait sa toilette, nonchalamment assis sur le gravier de l’allée. Sa journée de travail était apparemment terminée.
             J’étais plus tendue qu’un élastique.
             Comme s’il avait senti ma haine glacée, il leva la tête, et nos regards se croisèrent.
             Un bruit soudain me fit bondir, et, pressée contre la vitre, je me rendis compte que l’enfant m’avait vue…
             Que faire, où aller ? J’oscillai comme une girouette, tentant désespérément de trouver quelque chose. Je préférais encore me jeter du haut de l’étagère, me briser sur le carrelage froid, plutôt que finir entre les mains de l’enfant, et être lentement morcelée. Dévorée vivante.
             Soudain, les choses se passèrent très vite.
             La main de l’enfant se posa sur mon dos.
             Je fis volte-face en un bond et lui plantai mes incisives dans la main, à la jointure entre deux doigts. Je mordis jusqu’au sang, refusant de lâcher prise, laissant s‘exprimer mon instinct. Oubliant le chocolat qui me constituait.
             Il poussa un cri strident et secoua la main ; j’en profitai pour reprendre pied sur l’étagère.
             Dans l’allée, de l’autre côté de la vitre, le lapin noir répondit à mon regard, et haussa les sourcils.

             On dit souvent que le chocolat est fragile, mais c’est faux… Il peut devenir aussi tranchant que l’acier, lorsqu’on croit en lui.


             En une fraction de secondes, je pris ma décision.
             La vitre explosa lorsque je libérai toute la tension qui me contractait les muscles, me fournissant une énergie incroyable. La peur se changea en une force que je n’aurais jamais soupçonnée, et un bref instant, suspendue entre ciel et terre, le corps étiré au maximum, les éclats de verre étincelant autour de moi, j’eus l’impression fugace de m’être changée en une créature de chair et d’os, une créature libre et puissante.
             L’atterrissage fut brutal, et en un clin d’œil la sensation étrange disparut. Je retrouvai les fissures de mon chocolat et les bris de verre plantés dans mes flancs. Je titubai ; il me semblait que mes pattes allaient se briser en mille morceaux, comme la vitre que je venais de transpercer. Je poussai un grognement en faisant l’état des lieux.
             – Je te l’avais dit ! lança Asmar d’un ton joyeux.
             Ma fierté se mua instantanément en une colère terrible ; mon cœur eut un sursaut.
             – Toi ! Espèce de sale… de sale… dis-je en m’étouffant à moitié.
            J’étais incapable de m’exprimer clairement ; et je me demandais si le poids qui obstruait ma gorge était dû à la haine ou à autre chose. En trois bonds il était près de moi. Beaucoup trop près que ce qu’il aurait dû, s’il avait été prudent, s’il avait culpabilisé un minimum, ou juste par respect pour moi. Mais le lapin noir n’avait peur de rien, la honte ne l’atteignait pas, et il pouvait tout se permettre.
             – Je te… Je…
             – Eko, dit-il doucement. J’ai trafiqué le collier, pour qu’il reste lâche sur ton cou et puisse être retiré.
             – Tu imagines peut-être que je vais te remercier ! suffoquai-je, avant de prendre conscience de ce qu’il venait de dire.
             – Normalement, les colliers doivent être serrés au maximum, continua-t-il d’une voix ferme. Ainsi, les enfants ne peuvent les enlever que lorsque la tête est déjà mangée. Ce qui règle la question de la fuite.
             La nausée me prit en imaginant la scène.
             – Arrête ! braillais-je. Mais arrête ! Tu te rends compte que… Tu parles des tiens, pas d’un objet ! Tu parles ainsi des lapines que tu as menées à la mort ! Qui se sont faites… mangées… vivantes… morceaux par… morceaux…
             – Je sais, murmura-t-il. C’est absurde.
             Il me serra contre lui et posa son menton sur mon front. Voilà tout ce qu’il trouvait à dire ? Je voulus hurler mon mépris, l‘énucléer, lui faire bouffer ses oreilles douces. Mais c’est à cet instant-là que les larmes me noyèrent enfin les yeux. Je me mis à renifler, grogner, essayant de retenir mes sanglots, m’étouffant à moitié. Je bavais certainement aussi. Sans cesse revenait la vision de l’enfant et son affreux sourire, mon oreille droite entre ses dents.
             – Eko, si…
             Je n’avais jamais vu ni entendu le lapin noir hésiter, et je camouflai ma surprise dans un hoquet baveux. Puisque salir et engluer son beau pelage était la seule vengeance possible, je m’y adonnais avec fureur.
             – Si j’avais su quoi faire, je l’aurais fait. Pour éviter cette catastrophe.
             Salaud. Je me mouchais dans les poils de son poitrail. Prends ça !
             – Mais je trouvais cela injuste, continua-t-il sans réagir. Je voulais te sauver, mais cela n’aurait pas été respectueux de… toutes les autres.
             Je commençais enfin à m’assécher. Je n’aurais bientôt plus de morve et de larmes à essuyer sur lui. Ne perdait-il donc jamais son sang-froid ? Ses mots me frappèrent, à retardement.
             – Tu le fais exprès, là, hein ? reniflai-je. Injuste ? Tu ne crois pas qu’elles auraient apprécié que tu te repentes un minimum ?
             Il médita quelques instants.
             – Je t’ai laissé exactement les mêmes chances qu’aux autres. Je truque tous les colliers depuis que je participe à la distribution de Pâques.
             – Oh, merveilleux, râlais-je. Elles avaient peut-être une chance de plus de survivre.
             Il ne dit rien. Je reniflai profondément et me décollai de lui.
             – Tu es vraiment incapable de choisir ton camp, assénai-je avec mépris.
             C’était enfin à moi de le critiquer. J’en retirai une joie mauvaise. Mais contre toute attente, il sourit. Puis il se pencha, et avant que je puisse réagir, il goûta l’une de mes larmes du bout de la langue. Je fis un bond en arrière.
             – Qu’est-ce que tu fais encore ! tempêtai-je.
             – Caramel, affirma-t-il. Tes œufs auraient été extraordinaires.
             C’était ce qu’il ne fallait pas dire. La colère refit surface en moi.
             – Et maintenant, lapin noir, qu’est-ce que tu vas bien pouvoir faire, hein ? Me ramener à la caverne pour faire plaisir à tes supérieurs ? Si c’est le cas, je te rappelles que cela n’a servi à rien de me sauver si c’est pour me ramener au bercail. Il y aurait encore une année sans œufs, à sentir monter l’angoisse…
             – Eko.
             – Et puis à Pâques prochain, dans un an jour pour jour, ce sera le même cirque.
             – Eko…
             – Quoi que, peut-être que c’est le seul compromis que tu as trouvé ? Me garder en vie, sacrifier juste un bout de moi, chaque année – aujourd’hui une oreille, puis la seconde, peut-être même une patte ?
             – Eko, écoute-moi, je te prie.
             Je me tus. Parce que je n’avais plus rien à dire ; pas parce que je voulais l’entendre.
             – J’ai effectivement pensé à cette solution. Mais ce serait inutilement cruel, et complètement absurde. (Je ricanai.) Je pense plutôt… te laisser libre.
             – Rien que ça ? répliquai-je pour cacher ma surprise.
             Il partit en bondissant sans répondre ; je le suivis, des points d‘interrogation plein la tête. Nous contournâmes cette maudite maison et nous enfonçâmes dans le jardin.
             – Alors ? haletai-je. Tu m’expliques ?
             Je me rendis compte que j’en avais assez de dépendre de lui.
             – Pourquoi tu ne me laisserais pas le choix, pour une fois ? me rebellai-je. C’est si dur que ça de me considérer comme…
             – Nous y voilà, dit-il en s’arrêtant, pas même essoufflé.
             A nos pattes s’ouvrait la bouche béante du tunnel qui menait à la caverne.
             – Eko, je ne demanderai pas mieux que de te laisser choisir. Le problème,  c’est qu ‘il n’y a guère d’options. La première, tu l’as devinée toi-même et directement refusée, comme je m’y attendais. La deuxième aurait pu être de te remettre un collier et de te ramener à cette maison (je me hérissai), mais il n’en est pas question. Il va falloir que tu réussisses à vivre dans la nature. Seule.
             – Pourquoi seule ? dis-je d’un ton de défi.
             Je me demandais s’il comprendrait la question implicite. La réponse fut oui.
             – Je ne viens pas avec toi, Eko, dit-il doucement. Peut-être le pourrais-je un jour. Lorsque la réserve sera suffisante.
             – La réserve ?
             – La réserve d’œufs en chocolat. Tu vas avoir besoin d’un lapin de Pâques pour t’en procurer.
             – Je ne comprends pas.
             – Tu ne t’es pas demandée comment tu allais pouvoir te nourrir, en pleine nature ?
             J’eus un sursaut de dégoût.
             – Tu n’imagines quand même pas que je vais me nourrir des œufs volés à mes camarades ?
             – Réfléchis, dit-il d’un air sévère. A ton avis, d’où proviennent les pastilles de chocolat dont vous êtes nourries matin et soir ?
             J’eus un frisson en comprenant enfin.
             – C’est… diabolique.
             – C’est ta seule chance. Chaque matin je déposerai ici (il jeta un coup d’œil à l’arbuste non loin) un panier avec quelques œufs, pour toi. Je peux en dérober facilement pendant nos opérations de ramassage.
             – D’accord, dis-je en surmontant ma répulsion. Puisqu’il le faut.
             – Une dernière chose. Ne sors pas la nuit. Trouve-toi un trou entre les racines d’un arbre, et n’en bouge pas. Sinon, tu risques de te faire repérer par des lapins de Pâques, pendant nos courses nocturnes. En revanche, la journée, tu peux vagabonder librement. Nous restons à la caverne pour classer et décompter les œufs.
             – Et calculer des statistiques, je sais, complétai-je. Peuh.
             Un grand découragement m’envahit. Je n’avais passé qu’une journée à la surface, j’étais déjà épuisée, et je n’en étais même pas sortie entière…
             Il eut un sourire.
             – Ne te décourage pas. Tu peux le faire, je le sais.
             – Mes pattes sont déjà fissurées, maugréai-je. Je suis en chocolat, Asmar. Je n’ai aucune chance de passer l’été.
             Un sentiment de liberté se levait pourtant en moi, faisant naître une sensation de bonheur, comme j’en avais rarement éprouvé au cours de ma courte vie.
             – Je savais que toute la peur et la rage que tu avais accumulées allaient ressortir un jour ou l’autre, assura-t-il. J’espérais juste que tu saurais utiliser cette force. Tu ne m’as pas déçu, Eko.
             Il se pencha vers moi.
             – N’oublie jamais ce que je t’ai dit. Le chocolat peut devenir aussi fort que l’acier. C’est une question de volonté.
             Pouvais-je réellement vivre comme un animal de chair et d’os ? Laissant derrière moi la caverne paisible, les ramasseurs enjoués… et mes deux amies immobiles dans leurs parcs ? Mes pensées effleurèrent Meka et sa tranquillité maternelle, Lino et ses œufs chéris. Pouvais-je les laisser vieillir au fond de leur trou ?
             – Ouais, ouais, râlai-je enfin. Disparais, sale trouillard. Avant que je te mange les oreilles.
             Il éclata de rire, guère déstabilisé par l’insulte – pourtant fondée.
             – Bonne chance, Eko. Nous nous reverrons.
             Nous échangeâmes un regard. Puis il fit volte-face et plongea dans le trou béant.
             Dans un an, jour pour jour, quand les cloches sonneraient le matin de Pâques, quand les lapins sortiraient à la surface, je m’y engouffrerais à mon tour. Si je survivais jusque-là, cela prouverait que la liberté était possible. Je me battrais pour libérer les pondeuses. Je trouverais le courage qui manquait à Asmar. Mais en attendant, j’avais un monde à découvrir.
             Je souris, avec un peu de retard. Mes larmes avaient laissé un plastron doré au lapin noir.
F i n .




Complément :
 
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