Encre Nocturne
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Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Overstroming
Alwine

Réponses: 16
Vues: 1516

Rechercher dans: Nouvelles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: Overstroming    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyMer 28 Mar 2018 - 22:52
Hello hello !

Voici une nouvelle que j'ai écrite à l'occasion d'un appel à textes l'année dernière. N'ayant malheureusement eu aucun retour de la part de la maison d'édition (trop occupée), j'aimerai savoir ce que vous en pensez, s'il y a des mauvaises habitudes d'écriture (genre des adverbes trop souvent utilisés, des tournures de phrases bizarres, etc), des commentaires sur la construction du texte, les points positifs du texte, etc.

Tags : #TextesDAlwine #Nouvelle #Réaliste #Drame

(Je ne suis pas certaine que les tags soient les plus appropriés mais je ne connais pas la liste exhaustive)

Bonne lecture !







OVERSTROMING*

— Pour finir ce journal, un dernier mot à propos des négociations pour la COP28. D'après notre envoyé spécial, les accords entre les pays auraient tourné court suite à l'intervention du nouveau président de la République française, ouvertement climato-sceptique dans ces dernières déclarations. Les données fournies par la ministre de l’Environnement français lui ont permis de démontrer auprès des autres chefs d'État que le changement climatique n'était qu'une mascarade et que les hausses de température alarmantes signalés par l’organisme météorologique national résultaient d’une erreur dans les relevés, probablement du à un matériel défaillant. En effet, les températures sur le territoire français sont dans les normes de saison depuis deux ans. Convaincus par ses arguments, les États ont ainsi décidé qu’il était inutile de poursuivre les efforts définis par l’accord de Paris, ratifié il y a de cela une dizaine d’années. L'Allemagne a tenté de contrer les propos du président français avec des études indépendantes sans grand succès. C'est ainsi que ce clôt ce journal.

Et voici maintenant la météo avec Tineke.

Madame, Monsieur, bonsoir. L'évolution de la tempête, amorcée depuis vendredi, est loin d'être rassurante : en effet, celle-ci va être renforcée à partir de cette nuit par des courants venteux venant de la grande Bretagne pour frapper toute la façade de la mer du Nord, placé en alerte maximale depuis hier. La dépression à l'origine de la tempête continue d'arriver depuis les pays scandinaves et il est prévu qu'elle dure jusqu'au milieu de la semaine prochaine. Pour cette nuit, de fortes rafales de vent vont parcourir le littoral de la Zélande ainsi que de la Hollande Méridionale et Septentrionale. Flevoland, la Frise et Groningue sont également menacés. Météo Pays-Bas a prévu des rafales jusqu'à 150km/h sur les côtes de l'ouest, 130 au milieu des terres, et elles devraient remonter jusqu'à l'Allemagne et le Luxembourg. Le gouvernement Néerlandais recommande aux habitants de rester chez eux jusqu'à la fin de la tempête, notamment ceux près des marais salants. Bien que les digues tiennent le choc jusqu'à maintenant et soient soigneusement surveillées, il n'est pas impossible que la force du vent puisse faire déborder la mer et inonder une partie du pays. La plus grande prudence s'impose donc jusqu'à mercredi soir au moins, moment où le vent devrait progressivement retomber.


La sonnette retentit, sortant Erik des déprimantes nouvelles qui s'annonçaient. Il jeta un œil à l'extérieur : il ventait et pleuvait si fort que l’eau tambourinait contre les fenêtres comme si une horde de zombies tentait d’entrer dans la maison. Lorsqu'il ouvrit la porte, une silhouette dégoulinante se tenait face à lui. Seuls deux yeux marron sortaient de dessous la capuche, un soulagement visible dans le regard. Le jeune homme blond sourit et s’écarta pour la laisser entrer dans la maison.

— Sale temps, n'est-ce pas Marieke ?

— Tu m'en diras tant Erik, grogna son interlocutrice. Heureusement que j'ai pensé à prendre un change.

Elle secoua ses cheveux trempés, faisant voler des gouttes d'eau dans tous les sens. Erik prit son manteau pour le faire sécher près d'un radiateur pendant que la jeune femme vidait le liquide contenu dans ses chaussures à l'extérieur. Une fois sèche et vêtue de vêtements propres, Marieke se laissa tomber sur le canapé du salon avec un grognement de satisfaction.

— Ça fait du bien d'être enfin au chaud ! soupira-t-elle. La route était interminable avec ces trombes d'eau. Vivement que la tempête se dissipe. Alors, qu'as-tu prévu ce soir ?

— J'ai plusieurs nanars bien mauvais que des copains m'ont passés, dit Erik avec un sourire jusqu'aux oreilles, on va bien rigoler. Tu as ramené de quoi grignoter et boire ?

— Oui, j'ai tout ce qu'il faut pour nous faire monter la glycémie toute la nuit !

Marieke sortit de son sac à dos plusieurs sacs de pop-corn, des barres chocolatés et une énorme bouteille de soda qu'elle posa sur la table basse tandis que son ami s'occupait de lancer le premier nanar de la soirée.

Le film n’avait commencé que depuis quelques minutes lorsqu’un énorme bruit retentit au dehors, tel un arbre venant d'être déraciné. Surpris, les deux jeunes gens mirent le film en pause et écoutèrent d'une oreille tendue. Le vent soufflait plus fort que jamais, faisant craquer les arbres et projetant de violentes giclées de pluie contre les fenêtres de la maison. Pourtant, au travers du tumulte, se faisait entendre un grondement sourd encore plus fort que tout le reste. Marieke jeta un regard déconcerté à Erik avant de se ruer à ses côtés vers la porte d'entrée. Malgré les trombes d'eau qui tombaient du ciel et l'obscurité, les deux jeunes gens distinguèrent au loin une énorme forme noire en travers de la route.

— Qu'est-ce que c'est que ce truc ? Un arbre ?

— Probablement, répondit Erik en plissant les yeux pour mieux voir. Je ne sais pas comment tu vas faire pour rentrer demain, il a l'air de barrer toute la route… mais il bouge !

Marieke avança sur le perron afin de disposer d’un meilleur champ de vision.

— Tu as raison, il flotte. Cela me semble être de mauvais augure avec toute cette pluie…

Ils n'eurent pas longtemps à attendre : le tronc d'arbre se mit à bouger de plus en plus vite dans leur direction. En passant sous un lampadaire, ils distinguèrent une vague d'eau scintiller sous la lumière. D’un gris presque noir, opaque et parsemée de mousse blanche, elle engloutissait tout sur son passage : arbres, route, maisons. Des alarmes retentissaient dans le lointain, indiquant que les digues avaient cédé. Des cris résonnèrent aux alentours, augmentant l'inquiétude chez les deux amis. Marieke voulut se précipiter vers son vélo pour le détacher et le ramener en sûreté à l'intérieur, mais son ami la retint. Il la poussa à l'intérieur de la maison avant de fermer la porte à double tour.

— Mon vélo ! s'écria la jeune femme en se débattant.

— C’est toi ou lui, rétorqua Erik avant de se mettre à calfeutrer la porte à l'aide de sacs plastiques qui se trouvaient dans l'entrée. Je te préfère toi.

Un instant déstabilisée, Marieke finit par venir l’aider à combler les interstices autour de la porte d'entrée avant de poursuivre sa tâche dans le salon. Elle enfonça une vieille couverture dans la fente entre une porte vitrée menant vers l’extérieur et le sol avant de pousser un cri d'horreur.

— Le jardin est complètement inondé !

L'air sombre, Erik la rejoignit et contempla ce qu'il en restait : l'eau avait déjà envahit la plupart des plates-bandes et l’élégant gravier blanc qui parsemait l'allée menant à la porte de la maison n'était plus qu'un souvenir. Le vélo que Marieke avait accroché aux barrières du jardin était toujours là, mais ses roues trempaient déjà dans l'eau noire qui brillait à la lumière des réverbères encore allumés. Certains d’entre eux commençaient à pencher dangereusement, cédant sous la puissance de l’eau. Boucher les interstices ne suffirait probablement pas pour protéger la maison contre l'inondation qui s'annonçait.

— Laisse tomber, on n'y arrivera pas à temps. Est-ce que tu te souviens des recommandations du gouvernement en cas d'inondation ? Tu as une meilleure mémoire que moi.

Marieke ferma les yeux et fronça les sourcils en tentant de se souvenir des indications.

— Tant que l'eau n'a pas dépassé vingt centimètres, nous pouvons encore partir d'ici en voiture. Sinon, il faut stocker les objets importants en hauteur et au sec, comme la trousse d'urgence, les papiers vitaux ou de la nourriture. Il faut aussi calfeutrer les interstices avec des sacs de sable et écouter les informations à la télévision ou à la radio pour se tenir au courant des mouvements des secours.

Elle rouvrit les yeux et lança un coup d'œil inquiet vers Erik. Ses parents avaient pris la voiture en partant durant la matinée et l’eau montait si vite qu’il était trop dangereux de partir à pied pour rejoindre la ville la plus proche. Quand aux sacs de sable, soigneusement rangés dans le cabanon du jardin, ils étaient déjà hors d’atteinte.

— Il nous faut donc mettre des provisions et les choses importantes en sécurité, lui dit son ami. Y a-t-il autre chose ?

— Si tu as une radio à piles, énuméra Marieke, prends-la pour que l'on puisse se tenir au courant de la situation. Je ne suis pas certaine que la 3G marche encore avec cette tempête, j’avais de grosses difficultés à me connecter tout à l’heure. Je vais m'occuper des provisions. Si tu trouves un réchaud portable ou quelque chose comme ça, cela pourrait nous aider à tenir le temps que les secours arrivent, surtout si l’inondation les empêche d’intervenir pendant plusieurs jours. Enfin, il faut couper l'électricité pour éviter les risques d'électrocution. Est-ce que tu peux faire tout ça ?

Erik hocha la tête d’un air entendu avant de se précipiter dans le salon tandis que Marieke prenait le chemin de la cuisine. Elle ouvrit tous les placards et fourra dans un sac tout ce qu'elle pouvait trouver de comestible et peu compliqué à cuisiner : fromage, beurre de cacahuète, jambon, hagelslag, boite de légumineuses, stroopwaffels et surtout plusieurs paquets de pain qui leur permettrait de confectionner des sandwichs. Elle rafla également quelques pots de nouilles instantanées et des boites de conserve en espérant que le réchaud suffisait pour les faire chauffer. Erik fit un rapide détour pour lui laisser une lampe torche et un sac de papiers importants à monter avant de disparaître dans la cave. Une casserole et une poêle rejoignirent le tout avant qu'elle ne se décide à monter les sacs qui pesaient déjà lourds. Il était temps : l'eau, faisant fi du calfeutrage de la porte, envahissait déjà le couloir de la maison. L’odeur était forte, similaire à un mélange d’algues et d’égouts. Marieke remonta le couloir en marchant à pas lents, grimaçant lorsque le liquide infiltra ses chaussettes. Elle passa à côté de la porte de la cave ouverte, par laquelle le flot commençait déjà à se déverser à l’intérieur goutte par goutte. Elle passa la tête à travers l'encadrement.

— Dépêche-toi Erik, l'eau a déjà commencé à s'infiltrer à l'intérieur de la maison !

— Oui, je fais au mieux, c'est le bazar ici. Mes parents n’ont jamais compris le sens du mot « rangement » dans la cave !

La jeune femme monta pesamment les marches raides de l'escalier et déposa sa charge sur le haut avant de redescendre. L'eau sale était partout à présent : dans le salon, le tapis blanc qui faisait la fierté de la mère d’Erik était à présent marron et les pieds du canapé avaient presque entièrement disparu dans le liquide opaque. Pataugeant jusqu'à l’entrée, Marieke récupéra des bottes en train de flotter dans l'entrée ainsi que leurs manteaux avant de se réfugier dans l’escalier. Ses chaussettes détrempées la faisaient glisser à chaque pas, aussi ne tenta-t-elle pas une dernière descente de peur de se casser la figure. Erik sortit enfin de la cave avec un réchaud poussiéreux et l'appela afin qu'elle puisse le monter au premier étage. Il récupéra également une bouteille de gaz qu'il avait aperçu sur l'étagère, une vieille radio et redescendit une dernière fois pour éteindre le panneau électrique. Un gros CLAC retentit et la maison fut plongée dans le noir. Effrayée durant une fraction de seconde, Marieke se dépêcha d'allumer sa lampe torche et fut rassurée de voir celle de son ami remonter de la cave. Erik observa d'un air crispé la mer qui avait envahit sa maison puis ils se dirigèrent rapidement vers l'escalier afin de se mettre en sécurité.

— Heureusement que Papa et Maman ne sont pas là, ils vont piquer une crise lorsqu'ils reviendront…

Marieke eut un rire étranglé et ôta ses chaussettes mouillées qui lui gelaient les pieds. Erik l'imita après avoir récupéré des serviettes dans la salle de bain puis ils s'installèrent près de leurs affaires, écoutant silencieusement la mer se déverser dans la maison et le vent souffler toujours aussi fort dehors. La porte craquait sous la pression de l’eau, mais elle résistait encore.

— Faisons l'inventaire de ce que nous avons pour voir s'il ne manque rien, proposa-t-il, n'arrivant pas à supporter de rester sans rien faire.

Malheureusement pour eux, les années passées dans la cave humide avait rendu le réchaud capricieux et ils mirent une dizaine de minutes à s’assurer qu'il fonctionnait correctement. La bouteille de gaz était pleine, ce qui leur assurait une relative autonomie pour les prochains repas. Lorsque la radio fut démarrée, elle émit un long grésillement avant de diffuser une chanson populaire, ce qui soulagea Erik. La qualité était bien moindre que celle qu’ils auraient pu espérer en écoutant via internet, mais cela suffirait. Marieke sortit son téléphone portable de sa poche pour pouvoir appeler les secours et avertir sa famille, mais il n’y avait aucune barre de signal, tout comme sur celui d’Erik. L’antenne la plus proche avait probablement cédé avec l’inondation.

Ils s’aperçurent également qu’ils n’avaient pas pensé à l’eau potable. Marieke avait bien une gourde à moitié remplie et la bouteille de soda dans son sac, mais il n’y avait rien d’autre. Ne pouvant pas se permettre de gaspiller au vu de la situation, ils terminèrent le contenu avant de les remplir au robinet et de les ranger avec leurs affaires. Puis l’attente commença.

Les heures qui suivirent furent difficiles pour les deux jeunes gens. Sans électricité et les lampes torches commençant à donner des signes de faiblesse, leurs esprits apeurés imaginaient de sombres menaces tapies dans l’obscurité. La porte d’entrée avait fini par céder, bien après que les fenêtres se soient brisées lorsque le niveau de l’eau avait atteint la moitié de l’escalier. Cela faisait déjà plusieurs dizaines de minutes qu’ils restaient aux aguets. En jetant un œil vers le rez-de-chaussée, Marieke avait vu des débris divers et variés flotter à l’intérieur de la maison. Cette vision lui avait serré le cœur.

Lorsque l’eau eut presque atteint le premier étage de la maison, Marieke et Erik durent se résoudre à monter jusqu’au grenier en emmenant leurs affaires avant de se retrouver coincés devant la porte fermée à clef.

— C’est pas vrai ! jura le jeune homme en frappant la porte de ses poings. Pourquoi a-t-elle été fermée à clef ? On n’y met jamais les pieds, c’est ridicule !

— Il n’y a pas moyen de récupérer la clef ?

— A moins que tu ne souhaites faire de la plongée en apnée jusque dans l’entrée, non.

Marieke soupira. La situation allait envenimer rapidement s’ils ne trouvaient pas une solution pour monter se réfugier dans le grenier. Elle prit quelques minutes pour réfléchir tandis qu’Erik donnait des coups d’épaule dans la porte dans l’espoir de faire sauter le verrou. C’est alors que sa main tomba sur une épingle à cheveux qui retenait une de ses mèches rebelles.

— Pousse-toi, dit-elle, je vais essayer de crocheter la serrure.

Marieke passa une bonne vingtaine de minutes à essayer de débloquer le verrou. La porte, vieille et rouillée sur les bords, refusait de se laisser faire et sa serrure était bien abîmée par le temps. Mais une écoute attentive permit à la jeune femme de la déverrouiller. Il était temps : l’eau commençait à attaquer les premières marches de l’escalier et son ami commençait à paniquer.

Erik poussa la porte du grenier qui claqua contre le mur et ils jetèrent leurs affaires sur le sol avant de la refermer. Juste en dessous du toit, la tempête se faisait davantage entendre, en dépit de l’isolation qui assourdissait les bruits. Les deux amis furent contents de pouvoir s’installer tranquillement sur une surface sèche et leur panique commença à refluer. Même si l’eau continuait de monter, il était peu vraisemblable qu’elle atteigne le grenier. Ils entreprirent d’explorer la pièce afin de l’aménager au mieux pour les prochaines heures… ou prochains jours. Marieke découvrit une vieille armoire remplie de vieux vêtements poussiéreux tandis qu’Erik trébucha sur un carton rempli d’objets fragiles. Soudain, le rayon de leurs lampes torches illumina une forme étrange qui n’avait rien à faire dans un grenier...

— Un bateau ! s’exclama Marieke, les yeux ronds. Qu’est-ce qu’il fait là ?

— C’est celui de Papy Peter, dit Erik d’un air incrédule. Je pensais que mes parents l’avaient fait enlever depuis longtemps pour pouvoir aménager le grenier !

— Papy Peter ?

— Il s’agit de mon grand père, expliqua Erik. Il a vécu l’inondation massive des Pays-Bas de 1963 pendant laquelle plusieurs membres de sa famille sont morts noyés, dont mon grand-oncle dont il était très proche, et il en est ressorti traumatisé. Comme il était menuisier, il a entrepris de construire un bateau dans le grenier afin de pouvoir survivre en cas de nouvelle inondation. Je me souviens de l’avoir observé quand j’étais petit pendant des heures à fabriquer les planches et à les monter ensemble.

— Pourquoi dans le grenier et pas dans la cave ? demanda Marieke en touchant le rebord du bateau.

Plutôt imposante, l’embarcation faisait tâche dans la pièce. Une épaisse couche de poussière l’avait recouvert, mais on pouvait encore voir la couleur blanche de sa coque. Lorsque la jeune femme braqua le faisceau de sa lampe à l’intérieur, elle découvrit avec surprise tout un matériel : seau pour écoper, des rames, des gilets de sauvetage et même une bouée blanche et rouge. Un mat était replié dans le fond du bateau, sa toile cirée impeccablement attachée.

— Parce qu’il aurait été inaccessible dès que la cave aurait pris l’eau. Ici, il est toujours possible de le sortir par le toit… oui, à ce que je vois, Papy Peter a apporté quelques améliorations à la toiture pour l’ouvrir en cas de problème.

Erik pointa sa lampe torche vers un des côtés du toit, où des attaches métalliques luisirent dans l’obscurité. Son grand-père avait bricolé un système permettant d’ouvrir une large portion du toit par lequel l’embarcation pouvait passer. Même si Marieke trouvait l’idée saugrenue (qui aurait conservé un bateau dans un grenier pendant autant d’années ?), elle bénissait la prévoyance du grand-père d’Erik aujourd’hui.

Les deux amis, épuisés par toutes ces péripéties, décidèrent qu’ils avaient eu assez d’aventures pour la journée et qu’il était temps d’aller dormir. Ils aménagèrent le coin le moins encombré du grenier pour s’allonger, profitant d’un vieux matelas défraîchi pour ne pas s’abîmer le dos. Ils s’endormirent dès que leurs têtes frôlèrent leurs oreillers.

Lorsque Marieke ouvrit les yeux, le vent s’était légèrement apaisé au dehors. Une lumière grisâtre filtrait à travers les vasistas percés dans le toit, faisant surgir le bateau du grand-père d’Erik des ténèbres. La jeune femme se leva en prenant garde à ne pas réveiller Erik toujours endormi et alla jeter un œil à la montée des eaux dans la maison. Heureusement pour eux, le niveau de la mer avait cessé de monter durant la nuit. Un lit avait réussi à se frayer un chemin dans le couloir, tandis que des débris divers et variés étaient répandus un peu partout. L’odeur d’algues et d’égouts était épouvantable.

Marieke battit en retraite, rassurée de voir qu’ils ne mourraient pas noyés, et monta sur une table aux pieds branlants afin d’ouvrir un vasistas et voir l’étendue des dégâts à l’extérieur. La mer s’étendait à perte de vue et sa couleur grise se confondait presque avec l’horizon envahi de nuages. Des morceaux d’arbres, de toitures et de clôtures flottaient ça et là, poussés par la force du vent. Il pleuvait toujours autant. La jeune femme fit la grimace : comment les secours réussiraient-ils à venir les sortir d’ici ? Heureusement qu’elle avait mis de côté autant de provisions que possible, même si le stock restait limité. La question de l’eau était plus problématique, ils allaient devoir se rationner.

Son regard tomba sur une maison un peu plus loin, plus petite que celle où ils se trouvaient. Le rez-de-chaussée n’était plus qu’un souvenir et l’eau commençait à se déverser par la fenêtre du premier étage. Un drap blanc accroché à l’encadrement claquait dans le vent, indiquant la présence de personnes dans la maison. Marieke se gratta nerveusement la tête : étaient-ils en sécurité ? La pluie tombant toujours, elle n’était pas certaine que leur maison soit assez élevée pour échapper à l’inondation. C’est alors que la fenêtre s’ouvrit, laissant le passage à une jambe vêtue d’un jean au dehors. Elle tâta avec précaution la solidité de la gouttière qui devait se trouver juste en dessous puis une deuxième jambe la rejoignit. Le corps d’un homme vêtu d’un manteau imperméable bascula alors vers l’extérieur avant de se courber sous la pluie battante. Lentement, il commença à patauger dans l’eau pour atteindre le toit. Une autre tête passa à travers la fenêtre, le suivant du regard.

L’homme n’arriva jamais jusqu’à la toiture. Une violente rafale de vent le déséquilibra et le fit chuter dans l’eau glacée. Il disparut pendant quelques secondes avant de remonter à la surface plusieurs mètres plus loin, tentant désespérément de lutter contre le courant. C’est alors que, surgissant de nulle part, un énorme tas de branchages apparut et fut emporté vers lui à une vitesse folle. L’homme se les prit de plein fouet et coula à nouveau pour ne plus remonter. Son compagnon, qui venait de sortir par la fenêtre, gesticula et poussa des cris lorsqu’il disparut sous l’eau. Les branchages furent arrêtés par deux arbres encore debout et qui résistaient tant bien que mal à la puissance de l’inondation.

Immédiatement, la personne plongea alors dans l’eau et Marieke, le ventre noué par la tragédie qui se déroulait sous ses yeux, la vit s’approcher des branchages afin de retrouver son compagnon. C’est alors qu’elle se décida à bouger, son cerveau reprenant le pas sur sa panique. Ils avaient un bateau et un système pour le faire sortir. Autant s’en servir ! Elle se précipita alors sur Erik et le secoua comme un prunier.

— Erik, réveille-toi, il y a urgence !

— Quoiquoiquoi, balbutia-t-il en papillonnant des yeux.

— Un de tes voisins est tombé à l’eau et s’est fait assommer par des branches flottantes ! Il faut aller l’aider !

Aussitôt réveillé par la nouvelle, Erik se dépêcha de sortir du lit. Il était inquiet.

— Je veux bien, mais comment faire ?

— On va sortir le bateau de ton grand-père d’ici et y aller, dit Marieke.

Le jeune homme ouvrit de grands yeux.

— Mais je ne sais pas comment ouvrir le toit ! Le mécanisme doit être totalement rouillé depuis le temps, cela fait une éternité qu’il n’a pas été actionné.

Cependant, Marieke ne l’écoutait déjà plus. Elle s’était approchée du dispositif d’ouverture de la toiture pour l’étudier avec attention. Il s’agissait d’un mécanisme comportant une poulie et des poids permettant de soulever la partie du toit qui avait été arrangée, le tout actionné par un manche à tourner bloqué par une protection. Le danger qu’ils couraient en ouvrant était que la force du vent arrache le toit et rende la situation encore plus délicate. Cependant, la vie de deux hommes était menacée et il fallait agir. La jeune femme ôta la protection permettant d’actionner le dispositif puis banda ses muscles. Ses doigts moites glissèrent à plusieurs reprises sur le plastique. Voyant qu’elle n’y arrivait pas toute seule, Erik vint l’aider. Grinçant et récalcitrant, le mécanisme finit par coopérer et ils ouvrirent un trou d’un mètre environ, laissant ainsi entrer le froid et l’humidité dans le grenier.

Erik jeta un œil anxieux à la partie amovible du toit qui vibrait sous le vent. Ils l’avaient ouvert au maximum pour être certain de pouvoir sortir le bateau, mais il faudrait le refermer rapidement. Il jeta son imperméable à Marieke, qui l’enfila avant d’aller évaluer la distance entre le sol du grenier et la surface de l’eau. Elle fit la grimace.

— Il y a au moins deux mètres entre nous et l’eau…

La jeune femme jeta un coup d’œil aux voisins. L’homme qui avait plongé pour récupérer son compagnon avait réussi à le retrouver, mais le courant était trop fort pour qu’il puisse se mettre en sécurité. Il fallait se dépêcher et vite. Erik s’accroupit à côté d’elle et vit alors les voisins en difficulté.

— Sapristi, ce sont Koen et Fritz ! Que leur est-il arrivé ?

Marieke lui expliqua les événements dont elle avait été la spectatrice et son ami ne put s’empêcher de se ronger nerveusement les ongles. Koen et Fritz étaient deux voisins qui vivaient ensemble depuis aussi loin que remontait sa mémoire et qu’il connaissait depuis qu’il était tout petit. Erik ne se pardonnerait jamais s’il leur arrivait malheur alors qu’il avait la possibilité de les aider. Il accepta le plan que lui proposait son amie et ils se mirent au travail.

Heureusement pour eux, le grand-père d’Erik avait été prévoyant et ils trouvèrent tout ce dont ils avaient besoin pour amarrer le bateau au grenier une fois qu’il serait en bas. Une fois que tout fut installé, les deux amis se placèrent à la poupe.

— A trois, dit Erik. Un… deux… TROIS !

Bandant leurs muscles, ils poussèrent l’embarcation vers l’ouverture du toit. Leurs chaussures glissèrent sur le parquet avant de trouver une prise fixe. Centimètre par centimètre, le bateau glissa jusqu’à l’extérieur, jusqu’au moment où il bascula de lui-même à l’extérieur. SPLASH ! Les deux amis se précipitèrent vers l’ouverture, le cœur battant. Heureusement pour eux, il ne semblait pas être endommagé. Marieke descendit en premier, se laissant pendre par les bras au niveau de l’ouverture du toit, et sauta à l’intérieur de l’embarcation qui tangua sous son poids.

Quelques secondes plus tard, Erik la rejoignit de la même façon et défit la corde qui les amarrait à la maison. La jeune femme installa le moteur du bateau dans l’eau et commença à tirer pour le démarrer. Cependant, celui-ci ne s’alluma pas et la jeune femme constata avec effroi qu’il était entièrement vide. Erik empoigna alors les rames et se mit à pagayer avec énergie pour rejoindre Koen et Fritz à l’eau.

Au fur et à mesure qu’ils approchaient, la tête courbée sous la pluie battante, Marieke vit que Fritz, l’homme encore conscient, était à bout de forces. La tête hors de l’eau, il avait pris la position de la planche pour permettre à son compagnon de respirer tout en s’accrochant à un arbre pour ne pas dériver davantage. Une lueur d’espoir naquit dans ses yeux lorsqu’il les vit arriver près de lui. Marieke prit la place de son ami aux rames et manœuvra délicatement pour se positionner à quelques dizaines de centimètres tandis qu’Erik se penchait hors du bateau. Au bout d’un temps qui lui parut interminable, les deux hommes furent hissés à bord et Marieke sentit la boule d’angoisse au sein de son ventre se dissiper. Le corps de Koen était glacé et inanimé et les branchages avaient laissé des griffures sur ses mains et son visage. Erik et Fritz l’enveloppèrent dans une couverture en attendant de retourner à la maison.

Autant l’aller avait été rapide, autant le retour fut lent et pénible. Les éléments semblaient redoubler de force à chaque fois qu’ils parvenaient à gagner quelques mètres. Après une lutte éreintante contre le courant, Marieke réussit à attraper la corde qui pendait du grenier et amarra du mieux qu’elle put l’embarcation à la maison. Le retour dans le grenier fut également périlleux, puisque Koen était toujours inanimé. Erik dut improviser un système pour le hisser jusqu’en haut, ce qui ne se fit pas sans frayeur. Marieke crut rêver lorsqu’ils se retrouvèrent tous en sécurité à l’intérieur. Son ami referma le toit derrière eux.

— Est-ce qu’il va s’en sortir ? demanda Fritz avec inquiétude en frictionnant son compagnon avec une serviette. Il est glacé.

— Je ne sais pas, dit Marieke avec inquiétude en ramenant une autre serviette. Il faut le réchauffer le plus possible, il doit être tombé en hypothermie avec la température de l’eau. Je vais allumer le réchaud, cela l’aidera peut-être.

Erik la rejoignit lorsqu’il fut un peu plus sec. Ils mirent quelques minutes à placer correctement la bouteille de gaz et à allumer le réchaud. Une vague de chaleur bienfaisante les submergea, apportant un agréable réconfort après les terribles épreuves qu’ils venaient de passer. Ayant quelques connaissances en matière d’urgence, Marieke aida Fritz à dévêtir son compagnon et à le frictionner tandis qu’Erik s’occupait de faire chauffer de la soupe en boite pour leur remplir l’estomac.

Une fois que Koen fut soigné et placé sous une pile de couvertures destinées à le réchauffer, Fritz accepta de se sécher et de manger quelque chose avec ses sauveurs. Erik en profita pour allumer la radio, qui crachota quelques secondes avant de débiter la voix nasillarde d’un présentateur :

— … continue. Malgré les moyens mis à disposition par l’aide internationale depuis hier, les secours sont submergés par le nombre d’habitants en danger ou coincés dans leur maison. Des renforts devraient arriver d’ici demain. Il semblerait que la cause de cette inondation ne soit pas aussi naturelle que pouvaient le penser les météorologistes : en effet, les débris d’une digue ont été retrouvés il y a quelques heures, sur lesquels des traces d’explosifs ont été détectés.

Il s’interrompit et l’émission fut remplacée par de la musique durant plusieurs minutes.

— Excusez-moi pour cette interruption, reprit le présentateur. Nous venons d’apprendre à l’instant qu’un communiqué a été diffusé sur internet par le groupe militant Voor één groene wereld** revendiquant la responsabilité de cette inondation. D’après les premières recherches effectuées à leur sujet, il s’agirait d’un groupe d’éco-terroristes souhaitant montrer l’impact désastreux des activités humaines sur la planète et qui plaident une meilleure prise en compte du changement climatique...


— Comme si on avait besoin de ça, commenta Fritz d’un ton sarcastique. Si Koen meurt à cause d’eux, je ne leur pardonnerai jamais.

Marieke fit la moue. Elle était fermement convaincue des bienfaits de l’écologie et de protéger la planète dans l’intérêt des générations futures, mais elle n’était pas d’accord avec les écologistes radicaux qui n’arrivaient plus à se mettre à la place des autres et qui menaient des actions chocs parfois au détriment de ceux plus modérés.

Ils écoutèrent la fin du bulletin d’informations, qui répéta quelques consignes de sécurité ainsi que les localisations actuelles des secouristes, avant d’enchaîner sur une heure de musique. Erik fouilla dans les étagères poussiéreuses du grenier à la recherche d’un drap blanc leur permettant de signaler leur présence à l’intérieur de la maison, comme l’avait rappelé la radio. Il finit par mettre la main sur une taie d’oreiller jaunie, mais qui ferait l’affaire avec un morceau de ficelle. Marieke l’aida à la fixer bien en vue à un des vasistas, puis elle revint près de Koen, qui n’avait toujours pas ouvert les yeux. Elle lui prit la main et son visage prit un air préoccupé qui n’échappa pas à Fritz.

— Que se passe-t-il ?

— Il a arrêté de frissonner, mais sa peau est toujours glacée et je ne sens presque plus son pouls. J’ai bien peur que son hypothermie ne se soit aggravée. Si seulement nous avions un thermomètre, je pourrais vérifier sa température, mais celui de la trousse de secours n’a plus de pile…

Erik leva son téléphone portable vers la fenêtre, le seul qui possédait encore de la batterie.

— Je ne capte toujours pas de réseau avec cette tempête. Il va falloir que l’on sorte pour chercher du secours, surtout que nous n’avons pas assez d’eau pour nous tous.

— Il n’y a rien à des kilomètres à la ronde, fit remarquer Marieke. Je ne vois pas où nous pourrions aller et Koen est dans un état trop critique pour être déplacé.

Ils restèrent un instant silencieux, examinant les possibilités qu’ils avaient à leur disposition.

— Il y aurait peut-être un moyen, dit lentement Fritz. A quelques kilomètres d’ici se trouve une tour de radio. Je pense que ses émetteurs doivent être assez puissants pour que nous puissions contacter les secours.

— Bonne idée ! s’enthousiasma Marieke. Te souviens-tu de sa localisation ?

— Oui, elle n’est pas très loin de la gare. Cependant, j’ai bien peur que sa localisation soit compliquée puisque les routes ont disparu sous l’eau.

— Il devrait y avoir un plan dans un coin, dit Erik.

Le jeune homme se précipita sur un des sacs que la jeune femme avait monté avant l’inondation de la maison et se mit à fouiller énergiquement à l’intérieur, sortant des piles de livres et de papiers. Marieke et Fritz le regardèrent s’agiter sans savoir quoi faire pour l’aider.

— Je l’ai ! s’exclama soudain Erik en brandissant un épais papier plié. C’est la carte de la région, cela devrait nous aider à nous orienter.

— La route a disparue, répliqua Fritz d’un ton amer, comment comptes-tu t’orienter sans boussole ? Je parie que vos smartphones sont à plat donc vous ne pourrez pas compter dessus.

— Je vis ici depuis ma naissance et je pense que je réussirais à m’en sortir grâce aux toits des maisons ainsi qu’aux arbres encore debout. En revanche, ce qui me préoccupe davantage est la probable coupure de la tour de radio.

— Nous verrons bien sur place, dit Marieke d’un ton impatient. Sinon, nous naviguerons jusqu’à trouver une ville. Plus nous attendons, plus Koen a de chances d’y passer.

Erik et Fritz échangèrent un regard en chiens de faïence avant de se détourner. Le premier alla enfiler ses affaires encore mouillées de leur précédente expédition sous la pluie tandis que le second reprenait sa place auprès de son compagnon inerte. Marieke récupéra son sac à dos et y fourra sa gourde à moitié pleine ainsi qu’une boite remplie de sandwichs au beurre de cacahuète qui restaient du petit-déjeuner. Elle prit également la trousse de secours qu’ils avaient récupéré dans le bateau pour soigner les égratignures de Koen puis s’avança vers l’ouverture du toit.

— Prêt ? demanda-t-elle à son ami.

— Oui, répondit Erik d’un air sombre.

La pluie s’était calmée depuis leur dernière sortie, mais Marieke ne pouvait s’empêcher de regarder l’horizon avec inquiétude. Le vent continuait de souffler fortement et transformait les débris des maisons en de dangereux objets se mouvant à une vitesse affolante. Ils avaient levé les voiles pour aller plus vite, mais la jeune femme devait sans cesse batailler pour ne pas dériver, et le fait qu’Erik ne connaisse rien en navigation ne lui facilitait pas la tâche. Au bout d’un long moment, son ami poussa une exclamation de joie.

— Là bas !

La tour de transmission se dressait au milieu de l’eau. Très haute et surplombée d’une immense antenne striée de blanc et de rouge, elle était recouverte d’un revêtement imitant la brique. De petites fenêtres au rebord blanc étaient percées ça et là.

Une bourrasque de vent plus violente que les autres fit violemment tanguer le bateau, envoyant Erik qui s’était penché par-dessus le bastingage en arrière, et Marieke dut utiliser toute la force de ses muscles pour contrôler les voiles qui partaient dans tous les sens. Il leur fallut quelques minutes supplémentaires pour atteindre la base de la tour. Cependant, leur joie fut de courte durée : la porte d’entrée était à plusieurs mètres sous l’eau et la première fenêtre était trop haute pour y accéder facilement. Erik évalua la distance qu’ils auraient à escalader et fit la grimace.

— C’est plus haut que le grenier, mais il n’y a pas d’autre moyen de rentrer dans cette fichue tour. Quand il faut y aller, il faut y aller.

Marieke émit un drôle de bruit, comme si on venait d’écraser une souris. Au vu des conditions météorologiques catastrophiques, il lui semblait improbable qu’il réussisse à grimper facilement sur ces briques glissantes. Un coup de vent la rappela à l’ordre et elle batailla contre les bourrasques pour les maintenir près de la tour.

— Pas trop haut ? Il y a au moins trois mètres !

— Je vais y arriver, répéta Erik avant de saisir un cordage lové qui traînait au fond du bateau.

Il se dirigea vers le bord de l’embarcation le plus proche de la tour et se servit du rebord afin de pouvoir saisir des prises plus hautes. Penché au dessus de l’eau opaque, Erik était tellement concentré qu’il ne s’aperçut pas qu’il risquait de tomber s’il ne se dépêchait pas. L’élan qu’il prit pour monter éloigna le bateau de la tour et Marieke ne put que regarder avec inquiétude son ami s’accrocher à la tour. Il vacilla quelques secondes, luttant pour ne pas tomber avec les rafales de vent, puis commença à gravir la distance qui le séparait de la fenêtre. Lorsqu’elle revint au pied de la tour, son cœur s’arrêta de battre en voyant le pied d’Erik glisser sur les briques humides. Déséquilibré, le jeune homme tomba dans l’eau froide et disparut sous la surface. Il réapparut rapidement en crachant un jet d’eau et réussit à se cramponner à la tour pour ne pas se faire emporter par le courant. Le cœur battant à tout rompre, Marieke manœuvra le bateau pour le récupérer, mais ne fit aucun commentaire en voyant l’air déterminé de son ami. Ils n’avaient pas d’autre solution, il fallait arriver à monter. La seconde tentative fut la bonne et, après un ultime effort, Erik atteignit enfin le rebord de la fenêtre.

La jeune femme poussa un long soupir soulagé. Son ami cassa la vitre d’un coup de coude puis tourna l’espagnolette de l’intérieur pour pouvoir entrer. Pendant quelques longues minutes durant lesquelles Marieke continua de batailler contre les éléments, il fut hors de vue jusqu’à ce qu’une longue corde jaillisse de la fenêtre ouverte. Elle fendit les airs jusqu’à atteindre la surface de l’eau, à plusieurs mètres du bateau. Marieke dut diriger prudemment l’embarcation pour la récupérer puis accrocha la corde à la proue avant de s’occuper des voiles qui claquaient au vent. Une fois qu’elles furent abaissées et rangées, la jeune femme utilisa la corde pour se rapprocher de la tour et la fixa solidement à la proue une fois arrivée. Le bateau tanguait dangereusement, mais Marieke prit le temps de s’assurer que l’embarcation ne se retourne pas pendant leur absence. Erik passa alors la tête par la fenêtre.

— Qu’est-ce que tu attends ? hurla-t-il.

— J’assure nos arrières ! répondit la jeune femme avant de prendre son sac à dos.

Elle posa ses mains sur la brique et commença à escalader, s’aidant de la corde lorsqu’elle dérapait sur la pierre mouillée. Erik la regarda monter avec inquiétude et tendit le bras afin de l’aider à parcourir les derniers centimètres.

Marieke poussa un long soupir de soulagement lorsqu’elle arriva enfin à l’intérieur. Ses cheveux trempés lui collaient à la figure et elle avait l’impression d’être une rescapée de noyade tant son manteau dégoulinait de pluie sur le sol. Ils étaient arrivés sur une volée de marches abruptes qui menait jusqu’en haut de la tour. Erik avait sommairement enroulé la corde reliée au bateau autour de la rampe métallique et la jeune femme refit un nœud plus solide pour éviter qu’elle ne prenne la poudre d’escampette. Les deux amis prirent quelques minutes pour essorer leurs vêtements puis ils se mirent en route.

La montée fut rude pour leurs jambes déjà fatiguées par le voyage. Au début de l’ascension, Marieke avait machinalement retenu le nombre de marches gravies, mais elle avait cessé de compter à partir de la centaine. Les muscles de ses cuisses l’élançaient douloureusement. Après une nouvelle volée de marches, ils arrivèrent hors d’haleine sur le seuil d’une grande pièce circulaire faiblement éclairée par la lumière grisâtre de l’extérieur. Une grille de sécurité anciennement peinte en rouge les séparait de l’intérieur et grinça lorsqu’ils l’ouvrirent pour entrer. Des sièges élimés étaient disposés un peu partout devant de grands panneaux recouverts d’instruments. Sur les murs étaient affichés plusieurs feuilles de papier rappelant des instructions de base – ne pas manger ni boire dans la pièce, faire attention à bien refermer la grille de sécurité – ainsi que quelques posters de destinations paradisiaques.

Certains des instruments clignotaient encore, preuve que l’électricité n’avait pas été encore coupée. Assez volumineux, leur apparence laissait penser qu’ils étaient assez anciens et ils étaient bourrés de boutons et d’écrans dont la moitié était éteinte. Soulagée de voir que tout fonctionnait encore, Marieke s’approcha d’un appareil, mais elle ne comprenait rien aux abréviations inscrites. Heureusement, Erik avait intégré une association de radioamateurs à son entrée à la fac et connaissait quelques bases. Un récapitulatif jauni et écorné indiquant les étapes d’utilisation des appareils avait été accroché dans un coin de la pièce, ce qui allait leur faciliter la vie. Il fallait faire vite, car tout pouvait être coupé d’un moment à l’autre si l’isolation des câbles électriques lâchait.

Après avoir lu attentivement les consignes, Erik se dirigea vers une série d’appareils à droite et étudia les différents boutons présents. Il bascula un interrupteur, tripota plusieurs leviers puis appuya sur un bouton. Une petite lumière rouge apparut et Erik saisit un micro relié par un fil à l’appareil. Il commença à parler tandis que Marieke attendit en silence, le cœur battant.

— Ici Erik Janssens avec Marieke Huisman, en communication depuis la tour de transmission de Het Zeepe. Nous avons été bloqués suite à l’inondation d’hier et avons besoin de secours à l’adresse suivante : A van de Weijdeweg 10 4328 PT. Un de nos voisins est en situation d’hypothermie et son état s’aggrave d’heure en heure. Me recevez-vous ?

Le grésillement de la radio résonna dans la pièce vide. Il ne leur restait plus qu’à attendre.

* Overstroming : "inondation" en néerlandais

** Voor één groene wereld : "pour un monde vert" en néerlandais


:oeuf:

Corrections de Flopostrophe:
 
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: [ANCIEN]Notes de Patch que personne ne lit
Alton

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Rechercher dans: Vie administrative   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: [ANCIEN]Notes de Patch que personne ne lit    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySam 16 Sep 2017 - 9:08
Mes salutations les plus clinquantes !

A mon tours de spammer ici comme un sauvage !

Comme vous l'avez sans doute déjà remarqué, une nouvelle liste de genre (sans raton-laveur est apparu) chacun des items de cette listes est un lien vers les sujet appartenant à la liste (au moment ou j'écris seul quelques genres son occupés, mais le peuplement ne saurai tarder Vent) et puis ça donne une idée de a qui ça sert !

Hee ... T'est gentil Alton ... mais Cooment on apparaît dans la liste ? Hein Hein ... Comment je fais hein !!!! :révolution: :révolution:

C'est simple bon ami nocturniens, il suffit de taguer vos texte comme indiquéhttp://www.encre-nocturne.com/t4283-convention-du-forum#46961

La liste de tag pour éviter de se promener à chaque fois là bas

Genre(s) au choix (minimum 1) : #Aventures - #Action - #Fantasy - #Science-fiction-Anticipation - #Romance - #Réaliste - #Amitié-Famille - #Surnaturel - #Policier-Thriller - #Drame-Tragédie - #Epouvante-Horreur - #Humour - #Spirituel-Philosophie

Juste une petite précision : Les tag, en plus d'être assez rigolo pour taguer n'importe quoi #Voilà #Utilité, sont un peu capricieux, du coup si vous votre etiquette n'est pas exactement celle attendue, l'annuaire improvisé ne les reconnaîtra pas (ça compte pour les majuscules)

Ah oui, et si un admin pase dans le coin, il pourra modifier la charte pour virer les accents des tags qui ne sont pas reconnu ?

Comme d'habitude n'hésitez pas à râler si ça ne marche pas, (sinon là c'est un peu moche, je viendrai peaufiner dans la journée là je dois vraiment y aller ... :unjournormal: )

Bonne journée à vous !
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Italie, ô Italie [TP]
Namyon

Réponses: 4
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Rechercher dans: Nouvelles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: Italie, ô Italie [TP]    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyMer 19 Avr 2017 - 5:11
Spoiler:
 


les rues étroites
et quelqu’un chantant au loin
au milieu de tout

Je me rappelle quand nous avons aperçu l’Italie pour la première fois. Je me suis penchée vers le hublot en essayant de ne pas réveiller ma voisine, qui dormait depuis le début du vol. J’ai vu de la verdure, des collines. J’ai vu le beau temps et j’ai deviné la chaleur. En descendant de l’avion, j’ai dû mettre mes lunettes de soleil et retrousser mes manches. Ça contrastait avec le temps maussade et les six degrés que nous avions quittés plus tôt.

Dans un pays étranger, ce sont toujours les petites choses qui nous déstabilisent. Comme ne pas pouvoir comprendre les panneaux publicitaires, ou ne pas pouvoir innocemment espionner les conversations parce qu’on ne les comprend pas. Ces petites choses qui ne nous choquent pas quand on est dans notre pays.

Quand nous avons posé le pied à Florence pour la première fois, ça n’était pourtant pas si différent. Il y avait des bâtiments, des voitures, un parc avec des pigeons et des vieilles dames qui se promènent. Vraiment, la différence est dans les petites choses. Par contre je suis sûre que nous, nous avions l’air différents, avec nos valises et nos traits fatigués et nos rires excités. La dernière chose qu’on veut en voyage, c’est d’avoir l’air d’un touriste. À ce moment, nous étions un beau paquet de promeneurs.

Je n’ai rien contre Montréal. C’est une belle ville, une ville agréable, c’est ma ville. Mais elle ne m'impressionne plus. Désolée, Montréal, je t’aime mais tes paysages ne sont pas comparables à ceux du Ponte Vecchio et des rues florentines. Les rues empreintes d’un charme historique qu’une jeune comme toi ne peut pas connaître. Puis, toi, tu es moins fournie en adrénaline: quand on est chez toi, il n’y a pas de scooter qui nous passe sous le nez à chaque instant.

Je pense que Florence a laissé sa marque en moi. Et je pense avoir laissé ma marque à Florence. À l’encre.


---


qu’elle est belle quand
elle nous berce, si simple
telle notre mère

J’aime le silence. J’aime être seule. J’aime les grands espaces. J’aime simplement être, et écouter. J’aime les étoiles, aussi. Comprenez alors que s’asseoir dans la forêt, le soir, en silence, et regarder les étoiles, c’est une situation qui me plaît. Bon, je n’étais pas seule, mais on ne peut pas tout avoir. Ces quelques minutes où tout le monde s’est tut, ou seules les vagues loin derrière nous et le vent dans les feuilles nous rappelaient que nous étions sur terre, c’était magique. Il y a de ces moments qui sont comme de la poésie. Ils nous font le même effet: ils nous prennent aux tripes, nous inspirent, nous calment et nous secouent en même temps.

Monter une montagne et la descendre deux fois, c’est moins magique par contre. Surtout quand il fait chaud, beaucoup plus que vous aviez prévu, et que vous vous dites que vous auriez vraiment dû amener votre maillot de bain parce que quand vous serez rendu à la plage, vous allez vraiment regretter votre décision. C’est encore plus difficile quand on ne dort pas très bien. Qui peut se vanter d’avoir monté une montagne deux fois avec trois heures de sommeil dans le corps? En fait je ne suis pas sûre que c’est quelque chose dont on devrait se vanter. Mais je l’ai fait. Laborieusement.

Ça en valait la peine. En haut des montagnes, on domine tout, on règne. Pourquoi pensez vous que les dieux siègent sur l’Olympe? On voit tout, on atteint tout, on est tout. Quelle sensation. Avec la mer d’un côté et la terre de l’autre, on se sent vraiment au sommet du monde. Et c’est encore mieux quand on a quelqu’un avec qui partager le paysage. Quand on sait que la personne à côté de nous voit les mêmes merveilles, qu’elle les apprécie autant, qu’il n’y a même pas besoin d’ouvrir la bouche ou de se regarder pour se communiquer ce qu’on ressent. On sait, c’est tout.

J’ai vécu mes plus beaux moments sur les montagnes.



---

retour au passé
on converse avec les ruines
quels secrets cachent-elles?

J’ai aimé pouvoir m’arrêter quelque part et me demander: qui a déjà été ici? Qui a déjà vu la même chose que moi, avec des yeux différents, des yeux du passé? J’ai aimé voir la vieille pierre recouverte par l’herbe, la vieille pierre qu’on ne touche plus, la vieille pierre à qui on ne demande plus rien parce qu’elle a déjà assez donné, la vieille pierre qu’on laisse se reposer.

J’ai aimé voir se côtoyer l’ancestral et le nouveau. J’ai aimé rencontrer les restants d’un monde dont j’ai tant entendu parler, auquel j’ai tant pensé. J’ai aimé pouvoir le voir de mes propres yeux et me rapproche d’une réalité si lointaine, mythique.

J’ai aimé me fondre dans les foules si nombreuses. J’ai aimé entendre toutes les langues autour de moi, que je comprenne ou non. Il y a quelque chose de beau dans les phrases qu’on ne comprend pas. Ce mystère, cette poésie de l’inconnu. J’ai aimé m’en rapprocher.

J’ai aimé être constamment dans cet état semi-conscient. Il y a une limite à ignorer le manque de sommeil.

Mais quand j’ai visité une librairie, que j’ai vu tous ces livres qui m’avaient l’air tellement intéressants, aux belles couvertures et aux titres étrangers, j’ai été nostalgique. Quand j’ai vu les enfants trottiner derrière leurs parents, rentrant chez eux, vivant leur routine mondaine, celle que je ne vivais plus depuis sept jours, j’ai été nostalgique. Quand je n’en pouvais plus de me retourner sans fin dans mes draps, à chercher le sommeil, j’ai été nostalgique.

C’est là que j’ai su que le voyage était fini.

#signénamyon #réaliste
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: TOUT IRA BIEN [-12]
Dragon Dae

Réponses: 8
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Rechercher dans: Nouvelles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: TOUT IRA BIEN [-12]    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyMer 21 Déc 2016 - 15:02
Bonjour ! Je poste ce texte dans l'espoir d'avoir des retours, avant de le soumettre à un appel à textes. S'il est retenu, je supprimerai le sujet puisque le texte sera publié dans un recueil.
J'ai mis une balise -12 parce que même si ça ne me semble pas nécessiter une -15, je ne le mettrais pas en tout public non plus.
Pour les intéressés, l'AT s'appelle TOUS AUX ABRIS et dure jusqu'au 31 décembre.


#Drame-Tragédie #Amitié-Famille #Réaliste

***

TOUT IRA BIEN

Ce fut le comportement du chien qui alerta d'abord Marie. Dionysos – non mais sérieux, qui appelait son chien Dionysos ? La jeune femme ne savait toujours pas ce qui était passé par la tête de sa mère – hurlait à la mort au milieu du jardin. Il n'était pas rare d'entendre le vieux cocker aboyer – la maison était située en bordure de forêt, et le chien donnait souvent de la voix quand il sentait l'odeur d'un sanglier ou d'un renard. En dépit de sa race, il n'avait pas été dressé pour la chasse, mais ça n'empêchait pas Dionysos de faire fuir les animaux sauvages !

Cela dit, ce que Marie préférait chez le chien, c'était son côté doux comme un agneau. Malgré son vieil âge, et bien que d'une race souvent considérée comme caractérielle, c'était un véritable aimant à enfants. Eux ne voyaient qu'une grosse peluche au bout d'une laisse, et ne perdaient pas une occasion de demander à le caresser.  De temps en temps, la jeune femme faisait une surprise à son frère et emmenait Dionysos quand elle partait le récupérer à l'école. Max n'était jamais aussi fier que quand ses amis admiraient le cocker et le couvraient de câlins. Et le chien était loin de se plaindre, à en juger par la façon dont sa queue fouettait l'air – et le nombre d'enfants qui se faisaient récurer le visage !

Quoi qu'il en soit, c'était la première fois que Marie entendait l'animal hurler ainsi à la mort. S'interrompant dans son rangement, la jeune femme se dirigea vers la baie vitrée, rejointe par Max. Celui-ci avait également entendu Dionysos, ce qui l'avait poussé à sortir de sa chambre.

« Pourquoi il hurle comme ça ? demanda le garçon. On dirait qu'il a mal...

- Je ne sais pas, répondit-elle. Je vais aller le voir, peut-être que je peux le rassurer. »

Elle ouvrit la baie vitrée et fit quelques pas dehors. Un mouvement dans la périphérie de son champ de vision lui fit lever la tête : une nuée d'oiseaux volait au-dessus du jardin, semblant s'éloigner des arbres. La jeune femme commençait à s'inquiéter ; quelques oiseaux dans le ciel, ça n'avait rien d'exceptionnel, mais des dizaines à la fois ? Et qui allaient tous dans la même direction ? Elle n'était pas une experte en zoologie, mais elle en savait assez pour savoir que ce n'était pas normal. Plusieurs scénarios de film-catastrophes lui vinrent en tête, et elle regarda autour d'elle à la recherche d'une tornade. Mais il n'y avait pas de rafales de vent particulièrement fortes, encore moins un cyclone capable d'emporter une maison. Pas de fumée non plus, ce qui excluait un feu de forêt – moins impressionnant, mais tout aussi dangereux qu'une tornade, surtout pour leur maison en bordure du bois.

Est-ce que c'était son imagination, se demanda-t-elle en baissant les yeux, ou est-ce que le sol gonflait par endroits ? Marie sentit alors une légère secousse.

Et merde, pensa-t-elle. J'aurais préféré un feu de forêt ; il aurait suffi de rejoindre le centre-ville. Quelle était la marche à suivre en cas de tremblement de terre, déjà ? Elle avait appris ça par cœur, à une époque... Si elle avait bonne mémoire, il fallait se mettre dans la plus petite pièce possible. Dans leur cas, c'était les toilettes, mais il y avait une fenêtre. Si elle se cassait, ils allaient se retrouver couverts de bouts de verre. La buanderie, alors ? Si elle pouvait dévisser l'ampoule assez vite, ils ne risqueraient pas les coupures. La jeune femme voulut faire volte-face, mais une pensée la frappa. Elle ne pouvait pas laisser Dionysos dans le jardin en plein tremblement de terre. Un arbre pouvait lui tomber dessus, ou il pouvait s'enfuir et avoir un accident... Le jardin était bien clôturé, justement pour éviter les fugues, mais avec le séisme, le grillage risquait d'être fragilisé.

« Dionysos, appela-t-elle. Viens, mon chien. »

L'animal cessa de hurler et tourna la tête vers elle. Marie répéta l'ordre.

« Viens, on rentre ! Viens te mettre à l'intérieur ! »

Le chien ne bougea pas, se contentant de l'observer. La jeune femme pesta intérieurement. Qu'est-ce qui pourrait bien inciter le cocker à la suivre ? Du fromage, pensa-t-elle soudain. Il adore le fromage. Elle hésitait cependant à le quitter des yeux ; elle avait la sensation irrationnelle que si Dionysos sortait de son champ de vision, ou qu'elle n'arrivait pas à le faire rentrer, il arriverait une catastrophe. Sans se retourner, elle lança à son frère :

« Max. Va dans la cuisine chercher le roquefort, et ensuite va dans la buanderie. Quand tu seras là-bas, appelle le chien en lui promettant du fromage.

- Pourquoi ? demanda le garçon. Tu vas faire quoi, toi ?

- Je vais surveiller qu'il ne se sauve pas, répondit-elle. »

Ce n'était qu'une demi-vérité, mais la jeune femme ne voulait pas faire paniquer l'enfant en lui annonçant que c'était un tremblement de terre. Après quelques secondes – qui s'écoulèrent comme des heures aux yeux de Marie – la voix du garçon retentit à l'intérieur de la maison.

« Dionysos, fromage ! »

Max eut même la présence d'esprit de secouer le paquet de croquettes pour faire bonne mesure. La jeune femme faillit pleurer, cependant, quand le chien resta planté au même endroit. Sans perdre une seconde, elle se pencha et l'attrapa par son harnais. Ignorant les protestations de l'animal, Marie commença à le traîner vers la maison. Allez savoir combien de temps il leur restait avant les premières grosses secousses ; elle ne pouvait pas prendre le risque d'attendre qu'il bouge de lui-même.

Lorsqu'elle arriva enfin à rejoindre son frère dans la buanderie, la jeune femme lui demanda :

« Max, ferme toutes les portes. Celle de la cuisine, celle de la salle de bains des parents, et celle de leur chambre. Il ne faut pas que Dionysos puisse s'en aller.

- Qu'est-ce qui se passe, Marie ? demanda le petit garçon.

- Il y a un tremblement de terre qui arrive, répondit-elle. Et pour que les animaux réagissent comme ça, ça doit être un gros. »

Comme pour prouver ses dires, un miaulement se fit entendre dans son dos. Le chat, qui habituellement ne supportait pas la présence de Dionysos, était blotti dans sa cage, entre la machine à laver et le sèche-linge. Le félin les regardait avec de grands yeux jaunes.

« C'est vrai que tu es là, toi, dit Marie. Heureusement que le vétérinaire t'a privé de sortie pendant une semaine, parce que j'aurais été bien en peine de te trouver. Je me demande pourquoi maman a mis ta cage ici, par contre...

- Il aurait été mieux dans le salon, dit Max en revenant, sa tâche accomplie. Il aurait été avec tout le monde, comme ça.

- Je sais, acquiesça la jeune femme. Mais on ne peut pas vraiment se plaindre, pas vrai ? S'il avait été dans le salon, il serait resté tout seul pendant le tremblement de terre. Trop dangereux d'aller chercher sa cage... »

Dionysos se coucha sur le sol, fixant le chat. Marie s'assit à son tour, adossée au mur, et fit signe à son frère d'en faire autant.

« Il ne faut pas qu'on sorte de là avant que le séisme soit fini, dit-elle. Autant dire qu'on en a pour un moment, alors autant s'asseoir.

- Et papa et maman ? demanda soudain le petit garçon. Comment ils vont faire pour se mettre à l'abri du tremblement de terre ?

- Maman est à l'école, dit Marie d'un ton rassurant. Les gens qui travaillent là-bas reçoivent une formation, pour gérer ce genre de problème. Et les écoles sont toujours construites avec des endroits sûrs où se réfugier, c'est obligatoire.

- Mais papa, il n'est pas à l'école. Il est dans la rue, il relève des compteurs. Comment il va se mettre en sécurité ?

- Il va sonner chez les gens, et demander s'il peut rester chez eux en attendant que ça passe, répondit-elle. Il y aura forcément quelqu'un pour lui ouvrir, personne ne va le laisser dehors pendant un tremblement de terre. Ne t'inquiète pas, maman et ton papa iront bien. »

En tout cas je l'espère, ajouta-t-elle intérieurement, tandis que les secousses augmentaient en intensité.

***

Marie ne savait pas depuis combien de temps ils étaient là. Le sol continuait de trembler, plus fort à chaque secousse. Max ne cessait de jeter des regards au plafond, comme s'il craignait qu'il s'effondre sur eux. De son côté, la jeune femme se repassait en boucle tous les reportages télévisés qu'elle avait vus, sur de graves séismes dans différentes parties du globe. S'ils se retrouvaient ensevelis, combien de temps faudrait-il pour qu'on vienne les chercher ? Est-ce qu'ils ne mourraient pas de faim ou de soif d'abord ? Pour la faim, il y avait toujours les croquettes et la pâtée des animaux – qui auraient un goût immonde, mais si c'était une question de vie ou de mort... Mais pour la soif ? Même si l'accès à la salle de bains des parents n'était pas bloqué, la tuyauterie ne marcherait sûrement plus...

Une autre idée lui parvint, guère plus rassurante : Et si personne ne venait les chercher, parce que personne ne savait qu'ils étaient là ? Après tout, elle ne savait pas si sa mère s'en était sortie, ni son beau-père. Si aucun des deux ne survivait, ou n'était en état de faire savoir qu'ils étaient là, personne ne saurait qu'il y avait deux personnes à sauver ici... Ils pourraient rester coincés sous les gravats pendant des jours, mourant lentement de soif... Ou est-ce qu'ils mourraient étouffés d'abord ? Qu'est-ce qui venait en premier, la déshydratation ou le manque d'oxygène ?

Marie fut tirée de ses pensées lugubres par la question de Max.

« Quelle heure il est ?

- Je ne sais pas, répondit-elle.

- Tu peux pas regarder sur ton portable ? »

Ce n'était pas la première fois qu'il lui demandait d'utiliser son téléphone. Jusqu'ici la réponse n'avait pas changé.

« Je préfère économiser la batterie, au cas où il y aurait une urgence, expliqua la jeune femme pour ce qui lui sembla la centième fois.

- Mais ça utilise pas beaucoup de batterie de regarder l'heure !

- C'est vrai, dit-elle. Mais je te connais ; si je le fais une fois, tu voudras que je le fasse à chaque fois. Donc un peu de batterie, plus un peu de batterie, plus encore un peu de batterie, ça s'accumule, tu comprends ? Et de quoi on aura l'air, après, si on a besoin d'appeler les secours, et qu'il n'y a plus de batterie parce qu'on voulait vérifier l'heure ?

- Les secours ? Pourquoi on aurait besoin d'appeler les secours ? Tu as dit qu'on devait juste attendre la fin du tremblement de terre !

- Parce que plus les secousses sont fortes, plus la maison risque de s'effondrer, au moins en partie, répondit-elle. Et si on se retrouve bloqué, il faudra bien appeler les secours pour qu'on nous sorte de là. »

Max resta silencieux quelques minutes, puis dit d'une petite voix :

« Je voudrais que maman soit là... »

Jetant un regard à son frère, Marie s'aperçut que celui-ci pleurait. Apparemment, elle ne fut pas la seule à s'en rendre compte ; Dionysos, qui était resté silencieux jusqu'à maintenant, se leva pour aller donner de grands coups de langue au petit garçon. Le chat, jusqu'à présent tapi dans l'ombre, se plaça de façon à poser ses yeux perçants sur la jeune femme. On aurait dit qu'il lui adressait un regard de reproche.

Génial, pensa-t-elle. Même les animaux m'en veulent. Elle prit une grande inspiration et essaya de répondre avec patience.

« Moi aussi, je voudrais qu'elle soit là. Et si je pouvais le faire sans gaspiller la batterie, je lui téléphonerais pour être sûre qu'elle va bien. Mais c'est important de l'économiser. Est-ce que tu comprends pourquoi ?

- Non, avoua Max en reniflant.

- Alors je vais mieux t'expliquer. Mais je veux que tu me promettes de ne pas paniquer, d'accord ? Si je te traite comme un grand, il faut que tu te comportes comme un grand.

- C'est promis, jura l'enfant en s'essuyant le nez avec sa manche. »

Marie préféra ignorer les mauvaises manières ; ce n'était pas le moment de lui faire la leçon pour ça.

« Tu as déjà vu à la télé, les reportages sur les gros tremblements de terre ?

- Un peu, dit le garçon.

- Tu te souviens, parfois les maisons s'effondrent et les gens restent coincés dessous plusieurs jours ?

- Oui, et les secouristes viennent les chercher.

- C'est ça ; mais parfois, ils ont du mal à trouver où sont les gens. Donc, si la maison s'écroule comme dans les reportages, il faut que je puisse appeler les pompiers, pour leur dire où nous chercher. On n'avait pas prévu qu'il y aurait un tremblement de terre, tu comprends ; donc on n'a pas pu stocker de l'eau ou de la nourriture au cas où on resterait coincé. Et si on est dans un espace très petit, l'air ne pourra pas se renouveler assez vite. Donc si on reste trop longtemps sans que quelqu'un vienne nous chercher, on ne pourra pas boire, et au bout d'un moment, pas respirer. C'est pour ça qu'il faudra que j'appelle les secours, dès que tout sera fini. Tu comprends maintenant ? »

Les yeux écarquillés, l'enfant hocha la tête.

« Oui. Pardon de t'avoir demandé d'utiliser ton portable. »

En voyant la peur dans le regard de son demi-frère, la jeune femme regretta de lui avoir parlé si franchement. Elle tenta de le rassurer.

« Tu sais, il y a peu de chances qu'on en arrive là. C'est juste au cas où ; si ça se trouve, quand le tremblement de terre sera fini, on pourra sortir et on ira retrouver maman à l'école !

- Et on ira boire du chocolat chaud ?

- Oui, du chocolat chaud bien sucré, si ça peut te faire plaisir, promit Marie. On emmènera même Dionysos. »

Alors qu'elle finissait sa phrase, une nouvelle secousse se fit sentir, plus forte que jamais. Et merde, pensa la jeune femme. Je commençais juste à rassurer Max... Terrifié, le petit garçon se jeta dans les bras de sa sœur. Celle-ci le serra très fort contre elle, cachant le visage de l'enfant dans son cou.

« Tout va bien, murmura-t-elle. Tout va bien, c'est bientôt fini... »

Tu n'en sais rien, susurra une voix perfide dans sa tête. Un tremblement de terre, ça peut avoir des répliques pendant plusieurs heures. Si ça se trouve, vous serez encore là demain matin... Elle pouvait difficilement avouer ça au petit garçon effrayé, cela dit, n'est-ce pas ?

À cet instant, un bruit sourd retentit derrière la porte de la cuisine ; un bruit qui ressemblait à celui d'une chute. Il fut suivi de plusieurs autres, tous similaires. Max releva la tête, et échangea un regard alarmé avec sa sœur. La maison était-elle en train de s'effondrer ?

Marie attendit la fin de la secousse pour aller ouvrir la porte. Celle-ci s'avéra impossible à pousser, et la jeune femme jura mentalement. L'éboulis s'était produit juste derrière ; il n'y aurait aucune issue possible de ce côté-là. Elle se retourna vers son frère.

« La porte est bloquée, dit-elle. Je pense qu'une partie des murs s'est effondrée.

- Pourquoi forcément les murs ? Le plafond aussi a pu tomber.

- Le plafond n'est pas assez épais pour bloquer complètement la porte, expliqua l'aînée. Non, c'est sûrement les murs. Ou alors un meuble qui s'est renversé, mais vu le bruit que ça a fait, je pense plutôt aux murs.

- Comment on va sortir, alors ? demanda Max.

- On n'en est pas là, répondit-elle. Pour l'instant on est plus à l'abri ici que dehors.

- Oui mais quand ce sera fini ?

- Je ne sais pas, avoua Marie. Ça dépendra de l'état de la maison. Si on peut atteindre une fenêtre, je te ferai la courte échelle pour sortir. Sinon, il faudra qu'on attende que quelqu'un vienne enlever les débris. »

Le ton péremptoire de son aînée réduisit l'enfant au silence. Quand elle réalisa que les animaux ne s'étaient pas fait remarquer depuis un moment, la jeune femme jeta un regard en direction du chat. Celui-ci était presque invisible, dissimulé dans l'ombre de sa cage. Max regarda dans la même direction.

« Tu crois pas qu'on pourrait faire sortir Neo de sa cage ? demanda-t-il. Il risque pas de se sauver, tout est fermé...

- Il vaut mieux qu'il reste là, refusa Marie. L'idée, c'est de se mettre dans l'espace le plus petit possible. Tu trouveras difficilement plus petit que sa cage, dans la buanderie. À moins de l'enfermer dans le lave-linge, plaisanta-t-elle. Et Dionysos, il est où ? »

Elle regarda autour d'elle, et trouva le cocker allongé entre le lave-linge et le sèche-linge. Le vieux chien avait les yeux fermés et semblait assoupi. L'enfant plaça les poings sur ses hanches dans une imitation de leur mère, incrédule.

« Mais comment tu fais pour dormir dans un moment pareil, toi ? Tu devrais pas être complètement affolé, comme tout à l'heure ?

- Des fois, je m'interroge sur l'instinct de survie de ce chien, commenta Marie. »

Une lueur d'espoir traversa le regard de son frère.

« Si ça se trouve, ça veut dire que c'est fini et qu'on peut sortir ? »

Comme pour lui répondre, le sol recommença à trembler. Le visage de l'enfant s'assombrit.

« Ou pas, conclut-il tristement. »

Une main sur le mur, pour ne pas perdre l'équilibre, la jeune femme commença à le rejoindre à petits pas.

« C'est bizarre, dit-elle. Je ne sais pas si c'est parce que je suis debout, mais j'ai l'impression que ça tremble moins fort que la dernière fois... Pas beaucoup, hein, mais un peu.

- Tu crois ? demanda le petit garçon avec espoir.

- Attention, je ne dis pas que c'est la dernière ou même qu'on approche de la fin, avertit Marie. Je me trompe peut-être, d'ailleurs. C'est juste une...

- Attention ! »

Elle s'immobilisa, juste à temps pour voir un gros morceau de plâtre tomber devant ses pieds – à l'endroit où elle se serait trouvée si elle avait fait un pas de plus. Levant la tête, la jeune femme remarqua une série de fissures dans le plafond et grimaça. Ça allait rendre l'attente plus dangereuse, ça.

« Bon, dit-elle. À partir de maintenant, on ne bouge plus d'ici. On reste assis là jusqu'à ce que tout soit fini. »

Le petit garçon hocha la tête, et vint se blottir contre elle quand elle s'installa à côté de lui. La jeune femme lui déposa un baiser sur les cheveux.

« Ne t'inquiète pas, dit-elle. Je suis sûre qu'il n'y en a plus pour longtemps. »

***

Plus pour longtemps, mon œil, pensa-t-elle une heure plus tard, tandis qu'une énième réplique ébranlait la maison. Pendant ce laps de temps, ils avaient pu établir que les secousses étaient de plus en plus espacées ; mais le délai augmentait de façon infime à chaque fois, si bien qu'il était impossible de savoir quand ça s'arrêterait pour de bon.

« Marie, j'ai faim, annonça Max d'une petite voix. »

L'aînée ferma les yeux, se retenant de lever les bras au ciel en demandant pourquoi moi. La maison s'effondrait autour d'eux tellement le sol tremblait fort, le moindre pas hors de leur abri de fortune risquait de leur valoir un morceau de plafond sur le crâne, et lui, il se plaignait d'avoir faim.

« Tu trouves vraiment que c'est le moment ?

- Mais c'est vrai !

- Je ne dis pas le contraire, mais je n'y peux rien. Je ne sais pas faire apparaître de la nourriture par miracle, tu vois. Par contre, si toi tu connais un tour de magie, ça m'intéresse, plaisanta-t-elle.

- Non, mais... Il y a des biscuits dans le couloir... »

Cette fois, Marie dut réprimer l'envie de se frapper la tête contre le mur.

« Je suppose que tu parles du couloir où j'ai failli me faire assommer par le plafond en train de tomber ? Ce couloir ?

- Mais on n'a pas vu d'autres morceaux tomber depuis ! Et j'ai vraiment faim ! »

Pourquoi fallait-il qu'il ait faim maintenant, se lamenta mentalement la jeune femme.

« Il y a une heure, j'ai dit qu'on ne bougeait plus d'ici tant que le tremblement de terre ne serait pas fini. Est-ce que tu as l'impression que c'est fini ? »

L'enfant se renfrogna et marmonna quelque chose qui ressemblait beaucoup à j'avais pas faim, il y a une heure.

« Je peux y aller si tu as peur, proposa-t-il avec un sourire en coin. »

Marie réprima un sourire amusé. Est-ce que le petit garçon venait vraiment de tenter ça sur elle ?

« Ça marche peut-être avec les autres enfants, ce genre de défi, mais pas avec moi, répondit-elle calmement. Je te propose un marché : si tu attends la fin de la secousse, j'irai voir ce que je trouve dans la boîte à biscuits. Mais pour l'instant, tu ne vas pas les chercher, c'est trop dangereux. Est-ce que ça te va ?

- Oui, Marie, dit l'enfant d'un ton docile. »

Trop docile, estima la jeune femme en étrécissant les yeux. Ça cachait quelque chose, ça ; Max ne renonçait jamais aussi vite quand il voulait quelque chose.

Effectivement, quelques instants plus tard, le garçon se leva d'un bond et partit en courant dans le couloir, avant que sa grande sœur n'ait le temps de l'attraper. Étouffant une envie de l'étrangler, la jeune femme se leva à son tour. Avant qu'elle ne puisse le rejoindre, cependant, Max revint, les bras chargés de nourriture et un sourire jusqu'aux oreilles malgré la secousse qui le faisait vaciller sur place.

Marie croisa les bras sur sa poitrine, une expression sévère sur le visage.

« Je croyais qu'on avait passé un marché. Je t'avais promis d'aller chercher des biscuits à la fin de la secousse, tu ne pouvais pas attendre un peu ?

- Si, répondit-il joyeusement. Mais je t'ai obéi ; je suis allé chercher des compotes à boire, pas des biscuits ! »

Effectivement, les bras du garçon étaient chargés de compotes. La jeune femme dut réprimer son amusement devant cette démonstration de rhétorique. Il avait raison, ses paroles pouvaient être interprétées comme ça ; son frère ne manquait pas d'intelligence. Cependant, il fallait qu'il comprenne que ce qu'il venait de faire était dangereux.

« Ne te fais pas plus bête que tu ne l'es, dit-elle fermement. Je sais que tu avais très bien compris ce que je voulais dire. C'est trop dangereux d'aller dans le couloir en pleine secousse, maintenant que le plafond peut s'effondrer.

- Mais il s'est pas effondré, donc tout va bien ! conclut gaiement Max avant de s'asseoir. »

Marie cligna des yeux, incrédule. Est-ce que son frère venait vraiment d'ignorer sa réprimande ? C'était une première, ça. Bouder, désobéir, oui ; ça lui arrivait souvent, même – il avait huit ans, après tout. Mais il n'avait encore jamais complètement ignoré les adultes quand il se faisait gronder.
Encore sous le coup de la surprise, la jeune femme observa l'enfant ouvrir une compote et commencer à la boire. Quelques secondes plus tard, cependant, elle se secoua.

« Maxime Lucas Bertrand ! »

Max sursauta, lâchant son butin au passage. Sa sœur ne l'appelait jamais par son nom complet.

« Quand je te dis de ne pas aller quelque part, tu ne t'amuses pas à jouer sur les mots, tu n'y vas pas ! Le plafond ne s'est pas effondré, tant mieux, mais tu n'avais aucun moyen de le savoir en y allant ! Tu te rends compte que tu aurais pu te faire assommer ? Ou pire ? En recevant un bout de plafond sur la tête au mauvais angle, tu peux très bien te faire tuer ! »

Le petit garçon la regardait avec des yeux écarquillés. Même en l'entendant crier, le chien ne s'était pas réveillé, remarqua-t-elle distraitement. Elle soutint le regard de son frère pendant quelques instants, puis l'enfant baissa la tête.

« Pardon, Marie, murmura-t-il d'un ton penaud. Je le ferai plus. »

Un trémolo dans la voix de son frère alerta la jeune femme qu'il était sur le point de pleurer. Elle s'adoucit, et s'assit à côté de lui avant de l'attirer dans ses bras.

« Excuse-moi d'avoir crié, dit-elle. Mais tu m'as fait très peur en allant là-bas comme ça, tu comprends ? Qu'est-ce que j'aurais fait, si tu t'étais fait assommer, moi ? Je ne peux pas appeler les pompiers pour t'emmener à l'hôpital, ils ne viendront pas tant que ce n'est pas fini. Et je n'ai rien ici pour te soigner si tu es gravement blessé.

- Pardon, répéta le petit garçon d'une voix étouffée. J'avais faim et je voulais pas attendre...

- Je comprends, dit la jeune femme en lui caressant les cheveux. Et toi, tu comprends pourquoi j'ai eu peur ? »

L'enfant hocha la tête, et s'apprêtait à répondre quand un énorme bruit sourd, accompagnant la fin de la secousse, les fit soudain sursauter. Le chat se remit à miauler, comme s'il était blessé.

« Neo ? Qu'est-ce qu'il y a, mon grand ? demanda Max. »

Il s'accroupit devant la cage, et ouvrit la grille pour vérifier s'il ne s'était pas fait mal. À peine la porte ouverte, le félin partit en courant en direction de la chambre de leurs parents, poussant la porte mal refermée, et disparut.

« Neo ! appela Max d'un ton inquiet. »

Il se tourna vers sa sœur :

« Pourquoi il est parti ? C'est dangereux là-bas !

- On va agiter son paquet de croquettes, ça va le faire revenir, dit-elle d'un ton qui se voulait rassurant. Tu sais bien que c'est un goinfre, ce chat. Il ne résiste jamais à l'appel de la nourriture. »

La jeune femme se rapprocha du lave-linge et tendit le bras, attrapant la nourriture de Neo avant de la secouer légèrement. Elle regarda en direction du couloir, mais le félin ne réapparut pas. Elle remua plus vigoureusement la boîte, sans résultat.

Au même moment, une nouvelle secousse se fit sentir, accompagnée de la chute de plusieurs morceaux de plâtre.

« Je vais le chercher, dit Max.

- Ça ne va pas la tête ? Tu restes ici ! »

Le garçon sembla hésiter, jusqu'à ce qu'un miaulement retentisse dans la chambre. Cette fois l'enfant partit comme une flèche dans cette direction, ignorant les appels de sa sœur.

« Et merde ! jura la jeune femme. Je peux pas le laisser tout seul, maman ne me le pardonnera jamais s'il lui arrive quelque chose... »

Maudissant l'inconscience de son cadet, Marie s'élança à son tour vers la chambre de leurs parents, slalomant pour éviter les débris qui tombaient du plafond. Ouvrant grand la porte, elle trouva son frère allongé devant le lit. Les fesses tournées vers le haut, la partie supérieure du corps cachée sous le meuble, il essayait de convaincre le chat de sortir.

Incapable de se retenir, la jeune femme envoya un coup de pied bien senti dans le derrière exposé.

« Ouille ! »

Maxime, en sursautant, s'était cogné la tête contre le sommier.

« Sors de là tout de suite, intima sa sœur aînée. Je peux savoir ce qu'il te prend ?

- J'essaye d'attraper Neo ! répondit l'enfant sans bouger de sa position.

- Même si tu réussis, il est tellement paniqué qu'il va juste te griffer les mains et les bras, jusqu'à ce que tu le lâches. Neo ne risque rien sous le lit ; nous, par contre, on ne peut pas en dire autant !

- Pourquoi lui, il risque rien et pas nous ? C'est pas logique ce que tu dis ; ça devrait être pareil pour tout le monde !

- Parce que lui, il peut rentrer complètement sous le lit et se faire tout petit. Toi, tu arrives à peine à y ramper – et la moitié de ton corps ne passe pas ! Et moi, je suis trop grande ne serait-ce que pour y passer autre chose que ma tête.

- Mais... »

Fatiguée d'argumenter, Marie se pencha en avant, agrippa les chevilles de son frère, et tira brusquement pour le sortir de là.

« Hé !

- Vu que tu ne veux pas sortir tout seul, il faut bien que je te fasse sortir moi-même !

- Arrête ! »

Il commença à se débattre, agitant les jambes pour se dégager ; s'il donnait un coup de pied à sa sœur au passage, ce serait juste un bonus. Marie avait la force d'une adulte, cependant, ce qui lui donnait un avantage sur le petit garçon. Elle mit plus de temps, mais elle finit par réussir à l'extirper de sous le lit. Elle lui lâcha les jambes avec l'intention de lui saisir le poignet pour le relever ; mais l'enfant s'avéra plus rapide. En effet, elle avait à peine relâché sa prise qu'il retournait sous le lit, passant cette fois les jambes en même temps que les bras, pour qu'elle ne puisse plus les attraper. Marie commença à paniquer, luttant pour garder l'équilibre malgré les secousses.

« Tu vois que je rentre complètement ! dit-il d'un ton triomphal.

- Je vois surtout que tu nous mets encore plus en danger en t'obstinant à rester ! s'énerva la jeune femme. Alors maintenant tu vas me faire le plaisir de sortir de là et de revenir avec moi dans la buanderie !

- Quand j'aurai récupéré Neo ! s'obstina le petit garçon d'une voix étouffée. »

Marie leva les bras au ciel, implorant quiconque l'écoutait à cet instant de lui accorder la patience. Ce fut le moment que choisit le chat, dérangé par les tentatives du petit garçon de l'attraper, pour sortir du lit et sauter vers un autre meuble. Lentement, pour ne pas affoler davantage le félin, la jeune femme s'approcha et le prit dans ses bras. Tout en le caressant pour essayer de le calmer, elle appela son frère.

« Max, c'est bon, je l'ai attrapé, ton chat. Tu peux sortir, maintenant. »

Le regard fixé sur le lit, elle n'aperçut pas le morceau de plâtre sur le point de tomber qui se situait juste au-dessus de sa tête. Elle ne le vit pas non plus se détacher du plafond, et fut incapable d'éviter le contact avec sa tête.

Sous le lit, Maxime entendit un bruit de chute et tourna la tête. Sur le sol, à côté du meuble, sa sœur était allongée et immobile.

« Marie ? Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il. »

La jeune femme ne répondit pas.

« Si c'est pour me faire sortir, ça marche pas, prévint l'enfant. »

Toujours aucune réponse, aucun mouvement qui trahirait que sa sœur l'avait entendu. Avec méfiance, le petit garçon rampa vers le bord et sortit la tête pour voir de plus près. Marie avait les yeux fermés, et du sang qui coulait sur un côté de la tête. L'enfant écarquilla les yeux et s'empressa de sortir pour la rejoindre. S'agenouillant à côté de sa sœur, il la secoua.

« Marie, réveille-toi ! »

Aucune réaction. La jeune femme n'ouvrit pas les yeux, ne bougea pas.

« T'es morte ? demanda-t-il bêtement. »

En regardant de plus près, il s'aperçut que sa sœur respirait. Elle n'était pas morte, alors. Elle avait dû se faire assommer par quelque chose. Distraitement, il s'aperçut que Neo n'était nulle part en vue dans la chambre ; mais pour l'instant, il s'en fichait un peu.

Désespéré, le petit garçon regarda autour de lui, cherchant une idée pour aider son aînée. Il savait qu'il existait quelque chose que les grands appelaient les 'gestes de premiers secours', mais il n'avait aucune idée de ce que ça pouvait bien être... Faute d'une meilleure idée, il fouilla les poches de la jeune femme jusqu'à ce qu'il trouve son téléphone. Marie avait dit de ne pas l'utiliser avant la fin du tremblement de terre... Mais là c'était une urgence... Il fallait bien qu'il appelle les secours pour venir aider sa sœur... C'était quoi, déjà, le numéro à appeler quand il y avait un accident ? Il avait appris ça, à l'école...

« Le 18 ! s'exclama-t-il. »

Il composa le numéro, mais tomba sur un message lui annonçant que toutes les lignes étaient occupées. En désespoir de cause, il téléphona à leur mère... pour tomber sur le répondeur.

« Maman, faut que tu rentres à la maison ! Marie est tombée, j'arrive pas à la réveiller, et les pompiers répondent pas au téléphone ! »

En raccrochant le téléphone, la réalité de sa situation le frappa de plein fouet. Il ne pouvait pas sortir de la maison, parce que la porte était bloquée et les fenêtres trop hautes pour lui. Il n'arrivait pas à appeler les pompiers, ni sa maman. Sa sœur était la seule adulte avec lui, et maintenant elle était blessée à cause de lui et elle allait peut-être mourir. Il était tout seul, en plein tremblement de terre.

Sous l'impuissance, l'angoisse et le désespoir, le petit garçon fondit en larmes.

***

Pendant les heures qui suivirent, Max ne quitta pas sa sœur. Il essaya régulièrement de la réveiller, ou d'avoir quelqu'un au téléphone. Son père, sa mère, les pompiers, personne ne répondait. Neo avait fini par réapparaître, et s'était roulé en boule contre Marie. Entre ça et l'absence prolongée de secousses, l'enfant avait fini par comprendre que la catastrophe était terminée.

Il avait, une nouvelle fois, essayé de réveiller sa sœur pour lui annoncer la bonne nouvelle – en vain. Il hésitait à escalader un meuble pour pouvoir atteindre la fenêtre la plus proche, mais en faisant cela, il risquait de tomber et se blesser à son tour. Et si lui aussi s'assommait, il n'y aurait personne pour appeler les secours et dire où ils étaient.

Un nouveau coup d’œil au téléphone de sa sœur lui indiqua qu'il était 6 heures du soir. Dionysos avait commencé à hurler vers 11 heures du matin – en tout cas, c'était ce que disait l'ordinateur quand il avait entendu le chien. Ils étaient là depuis sept heures... et il ne savait pas du tout à quelle heure Marie avait été assommée. Il n'avait pas pensé à regarder l'heure quand il avait appelé les pompiers pour la première fois.

Un bruit à la fenêtre le fit sursauter et lever la tête. Il aperçut un visage de femme blonde derrière la vitre, et reconnut la voisine.

« Tu vas bien, petit ? demanda-t-elle. Il ne faut pas rester ici, tu sais. Ça pourrait s'effondrer.

- Je peux pas sortir parce que la fenêtre est trop haute, expliqua l'enfant. Et la porte de la cuisine est bloquée par des pierres. Et ma sœur a été assommée à cause d'un bout de plafond. »

Un autre visage, masculin, apparut à son tour.

« Tu veux qu'on t'aide ? On ne pourra pas débloquer la porte à nous deux, mais on peut casser la vitre pour te faire sortir...

- Et Marie ? J'arrive pas à la réveiller, et ça fait longtemps qu'elle est assommée. Elle va pas pouvoir sortir, elle.

- Tu as essayé d'appeler les secours ? demanda la voisine.

- Oui, mais ça répond pas ! »

L'homme recula de quelques pas pour évaluer la taille de la fenêtre.

« Si j'arrive à casser la vitre, dit-il à sa compagne, tu dois pouvoir passer et rejoindre le gosse. Si tu arrives à soulever sa sœur et à me la faire passer, je pourrai la porter pendant que tu fais sortir le petit. Je préférerais éviter qu'on reste là trop longtemps ; on ne sait pas ce qui risque de nous tomber dessus, ni dans quel état est la maison.

- Je vais dire au gamin de reculer, alors, dit la femme. Ce serait dommage qu'il reçoive des éclats de verre. »

Son compagnon hocha la tête, et elle alla expliquer leur idée à Max.

« Petit, il faut que tu recules jusqu'au mur, dit-elle. Mon ami, Olivier, il va casser la vitre pour que je puisse te rejoindre et faire sortir ta sœur. Mais on ne veut pas que tu sois blessé par un bout de verre, d'accord ?

- Et Marie ? Elle risque pas d'en recevoir, des bouts de verre ?

- Tu n'as qu'à tirer le drap sur elle, proposa la voisine. Comme ça, elle sera protégée aussi. »

Le petit garçon réfléchit quelques instants, puis hocha la tête. Enlevant le grand drap du lit de ses parents, il fit de son mieux pour en recouvrir sa grande sœur avant de reculer jusqu'au mur. Quelques instants plus tard, une brique passa à travers la vitre, envoyant effectivement des éclats de verre jusque sur le drap. Armé d'un marteau, Olivier cassa les parties qui étaient encore sur le cadre, afin d'éviter que quelqu'un se blesse. Dès qu'il eut terminé, la voisine passa les jambes à l'intérieur, sautant pour atteindre le sol. Elle sourit à l'enfant.

« Salut. Comment tu t'appelles ?

- Maxime Bertrand, dit-il en reniflant.

- Enchantée, Maxime, dit-elle avant de s'agenouiller auprès de sa sœur. Moi c'est Coralie. »

Elle fronça les sourcils en plaçant les doigts dans le cou de la jeune femme blessée. Son pouls était très faible, il fallait l'emmener très vite à l'hôpital. Plaçant un bras sous sa nuque et l'autre sous ses genoux, Coralie souleva la blessée et l'emmena jusqu'à la fenêtre où l'attendait Olivier.

« Dépêche-toi de l'emmener à la voiture, dit-elle à mi-voix. Elle n'a presque plus de pouls, il lui faut des soins très vite. »

Quand le transfert du corps fut terminé, la femme blonde se tourna vers Max.

« À ton tour, maintenant, dit-elle.

- Attendez ! dit-il soudain. Il faut qu'on prenne mon chien, aussi ! Il est là-bas, dans la buanderie ! »

Sans laisser le temps à la voisine de dire un mot, il se précipita dans le couloir pour aller chercher Dionysos. Pensant qu'il allait chercher une peluche, elle suivit le petit garçon avec un soupir et le trouva à genoux, essayant de réveiller un vieux cocker. Coralie fronça les sourcils ; aussi vieux soit-il, ce n'était pas normal qu'un chien ait dormi pendant un tremblement de terre.

« Viens, Dionysos, disait Max. On va sortir de la maison et on va te réchauffer. Tu es tout froid. »

Oh. La femme se mordit la lèvre ; elle allait devoir expliquer à un petit garçon que son chien était mort. Comme si le gosse n'était pas déjà assez traumatisé. Elle alla s'agenouiller auprès de lui, et vérifia la respiration du chien par mesure de prudence. Cela ne fit que confirmer ce qu'elle avait deviné : le pauvre animal était mort, probablement depuis plusieurs heures.

« Comment tu as fait pour empêcher ce chien de s'enfuir ? Les animaux ne restent jamais sur place quand il y a un tremblement de terre, normalement...

- Il était en train de hurler dans le jardin, expliqua l'enfant. C'est comme ça qu'on a su qu'il y avait un problème. Marie ne voulait pas le laisser dehors, parce qu'il y a des arbres qui auraient pu lui tomber dessus. Alors elle l'a attrapé et elle l'a traîné ici, et ensuite on a fermé toutes les portes. »

Coralie grimaça au-dessus de la tête du garçon. La jeune femme avait sans doute cru bien faire, mais l'angoisse de rester enfermé en plein tremblement de terre avait probablement causé une crise cardiaque au vieux chien. Il aurait mieux valu le laisser se sauver, et partir à sa recherche ensuite...

« Écoute, Max... Je suis désolée de te dire ça, mais ton chien... Il ne va pas se réveiller.

- Mais... mais si, il faut qu'il se réveille ! protesta le petit garçon. Je peux pas le laisser là, vous avez dit que c'était dangereux ! »

Coralie lui posa une main sur l'épaule.

« Il ne va pas se réveiller, parce qu'il est mort. Et s'il est froid, ça veut dire qu'il est sûrement mort depuis plusieurs heures.

- Non ! »

Max se dégagea dans un geste brusque, et se retourna pour la fusiller du regard, les yeux pleins de larmes.

« Dionysos peut pas être mort ! Il y a déjà Marie qui va peut-être mourir, Dionysos peut pas mourir aussi !

- Qu'est-ce qui te fait croire que ta sœur va mourir ? On va l'emmener à l'hôpital et ils vont la soigner, dit la voisine d'un ton qui se voulait rassurant.

- Parce que ça fait des heures qu'elle est assommée et qu'elle se réveille pas. Je suis pas idiot, je sais que c'est un super mauvais signe.

- Tu as raison, c'est mauvais signe, acquiesça-t-elle. Mais plus vite on ira à l'hôpital, plus elle aura de chances d'être soignée. Et pour ça, il faut que tu laisses ton... Dionysos ici. »

Sur le visage du petit garçon, le refus de croire que son animal était mort luttait contre le désir d'aider sa sœur ; il finit par baisser la tête et se lever.

« D'accord, dit-il d'une petite voix. Je viens avec vous. »

Il laissa Coralie lui prendre la main pour le ramener dans la chambre, puis le soulever afin de le faire passer par la fenêtre. Tandis que la voisine sortait à son tour, Olivier demanda :

« Au fait, petit, tu n'as pas de parents à prévenir ?

- Si, mais ils répondent pas quand j'essaye de les appeler.

- Où est-ce qu'ils travaillent ? intervint Coralie en se dirigeant vers une voiture garée à quelques mètres. Les lignes téléphoniques sont sûrement saturées, mais on doit pouvoir t'emmener les retrouver...

- Papa est électricien, je sais pas où il devait aller aujourd'hui exactement, expliqua l'enfant.

- D'accord, et ta maman ? Qu'est-ce qu'elle fait ?

- Elle travaille à l'école... Vous pouvez m'emmener à l'école ? Quand on aura emmené Marie à l'hôpital ? »

Les deux adultes échangèrent un regard, mal à l'aise. D'un signe de tête, Coralie fit comprendre à son compagnon que c'était à lui d'annoncer la mauvaise nouvelle.

« Écoute, petit... Il faut que je te dise un truc...

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Max en levant immédiatement la tête.

- L'école... On est passé devant en venant ici. On n'était pas là pendant le tremblement de terre, c'est Cora qui a voulu venir voir les dégâts. Bref, donc on est passé devant l'école, et, euh...

- Elle s'est complètement effondrée, poursuivit la voisine quand il devint clair qu'Olivier ne trouvait pas les mots. Avec tout le monde à l'intérieur ; les élèves, les professeurs, les autres employés...

- Mais ils vont aller les chercher, dit l'enfant avec certitude. Pas vrai ? Les secours vont dégager les débris, et faire sortir tout le monde, non ?

- D'après ce que j'ai entendu... C'est le premier endroit où ils sont allés, mais ils n'ont pas réussi à trouver un signe de vie. Ils ont pu sortir quelques personnes, mais elles étaient toutes mortes. Et les chiens des secouristes n'ont senti aucun survivant sous les décombres, expliqua Coralie. »

Max cligna des yeux. Il comprenait, dans un sens, ce que ça voulait dire – il était juste incapable de l'assimiler pour le moment.

« Ça... ça veut dire que...

- Ils vont quand même tout dégager, dit précipitamment la voisine. Parfois, les gens sont enfouis si loin sous les débris que les chiens n'arrivent pas à les sentir. C'est rare, mais ça arrive. »

Et ils vont devoir sortir tous les cadavres de toute façon, ajouta-t-elle mentalement. Elle se garda de dire ça au petit garçon, cependant ; il n'avait pas besoin d'entendre ça.

« Où est-ce que je vais aller ? demanda l'enfant, au bord des larmes. Papa ne répond pas au téléphone, il faut que Marie aille à l'hôpital, et maman...

- On va rester avec toi, jusqu'à ce que tu arrives à appeler ton père, promit Coralie. On attendra à l'hôpital, pour qu'il nous retrouve facilement et que tu puisses avoir des nouvelles de ta sœur. »

Olivier, qui était parti devant pour installer la jeune femme inconsciente dans la voiture et démarrer, appela soudain d'une voix pressante :

« Cora ! Viens vite, elle a arrêté de respirer ! »

L'intéressée se mit à courir vers la voiture, tandis que Max restait figé sur place. Il vit la voisine essayer de réanimer Marie pendant plusieurs minutes, apparemment sans succès. Il ne ressentait rien ; c'était comme si tout ça arrivait à quelqu'un d'autre. Comme s'il était juste en train de faire un rêve. De très loin, il entendit Coralie annoncer que sa sœur était morte. Comme sa maman, comme Dionysos. Comme son papa aussi, sûrement. Sinon il aurait déjà répondu au téléphone.

Il ne réalisa pas qu'il pleurait à chaudes larmes jusqu'à ce que la voisine, en revenant vers lui, s mette à sa hauteur et le prenne dans ses bras.

« Ça va aller, murmura-t-elle en le berçant. Ça va aller, tout ira bien... »

Comment ? Comment est-ce que tout pourrait aller bien ? avait-il envie de demander. Il était tout seul. Sa maman était morte. Dionysos était mort. Son papa était mort. Marie était morte, et ça, c'était de sa faute. S'il n'avait pas couru après le chat, elle ne serait pas venue le chercher. Ils seraient restés dans la buanderie, et sa sœur serait encore en vie.

Ses parents étaient morts, et il avait tué sa grande sœur. Il était tout seul, et rien n'irait plus jamais bien.
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Uchronie [TP]
Dragon Dae

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: Uchronie [TP]    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyVen 10 Juin 2016 - 21:31
Bon, puisqu'on m'embête, je poste une de mes nouvelles ici. Le reste attendra demain !
Je précise que ce texte est susceptible de devenir un jour une histoire longue.
#Réaliste
(-)

Bip bip bip CRASH. La main de Camille envoya son réveil valser au sol. Avec un grognement, la jeune femme s'étira et s'assit, clignant des yeux encore ensommeillés. Elle avait fait un rêve bizarre... Les détails lui échappaient déjà, mais elle se souvenait d'un passage avec un tigre en liberté, dont la présence ne semblait faire peur à personne. Le genre de détail qui te paraît tout à fait normal sur le moment, mais qui indique clairement que c'était un rêve au réveil, pensa-t-elle. Le jour où la présence d'un tigre en liberté ne provoquerait pas une panique générale, serait le jour où Camille mangerait des asperges. Et elle détestait les asperges.
Avec un bâillement, la jeune femme passa une main dans ses cheveux, essayant d'évaluer l'ampleur du désastre. Ses cheveux étaient toujours un désastre au réveil ; à tel point qu'elle regrettait parfois de ne pas avoir quelqu'un pour prendre une photo. Les selfies dans le miroir de la salle de bains, ça allait bien cinq minutes mais au bout d'un moment, toujours poster des photos de soi-même sur les réseaux sociaux, ça faisait narcissique prétentieuse. Et ça ne servait à rien si c'était pour les garder pour elle : elle savait très bien comment étaient ses cheveux au réveil, merci beaucoup.

Avec un soupir, Camille rejeta les couvertures et se força à se lever. Aujourd'hui elle devait visiter Versailles pour son cours d'histoire politique ; soi-disant pour « s'imprégner de l'ambiance où vivaient les rois »... Connaissant la passion de son professeur pour le roi Charles XV et sa cour, c'était plutôt dans l'espoir de croiser un membre de la famille royale, ou au moins un noble. Mais la sortie était obligatoire – pas officiellement, bien sûr ; à l'université, rien ou presque n'était obligatoire. Mais le professeur avait clairement laissé entendre qu'il y aurait une interrogation écrite sur le contenu de la visite, et que ladite interrogation compterait fortement dans la note finale du semestre. Bref, pas question de sécher, ou même d'être en retard...
Avec un nouveau bâillement, la jeune femme alluma la radio et commença à préparer son petit déjeuner. Elle écouta les informations d'une oreille distraite ; guerre en Afrique, rébellion dans les colonies outre-mer, commémorations pour l'anniversaire de l'armistice le mois prochain... Une information, cependant, attira son attention.
« Un communiqué royal nous parvient à l'instant ; le prince Clovis et la princesse Aline annoncent la naissance prochaine de leur premier enfant... »
Camille poussa un grognement exaspéré. Il ne manquait plus que ça ; les gens allaient se précipiter au château, maintenant, dans l'espoir de croiser le couple princier et de leur adresser leurs félicitations. Le Français moyen avait une obsession pour la famille royale qui frôlait le malsain, par moments. C'était juste un bébé, pas le nouveau Messie ; héritier du trône ou pas, il y avait fort à parier que cet enfant ne serait pas différent de tous les autres bébés du monde : mignon, bien sûr, mais surtout bruyant et sale.

Parfois, la jeune femme aurait bien aimé être née en démocratie ; ou en tout cas dans un pays avec un intérêt limité pour la vie privée de ses dirigeants. Interrompre les nouvelles nationales pour l'annonce d'une grossesse, aussi royale qu'elle soit, était tout simplement ridicule. Avec un soupir agacé, l'étudiante termina son petit déjeuner et alla prendre sa douche.
Un quart d'heure plus tard, la salle de bains contenait autant de vapeur qu'un hammam et Camille émergeait de la douche, une serviette enroulée autour des cheveux et une autre autour de la poitrine. Essuyant une partie du miroir de la main, elle entreprit de discipliner ses cheveux à l'aide d'une brosse.
« Ce serait plus facile si je pouvais les couper, marmonna-t-elle. Stupide roi conservateur avec ses stupides lois misogynes. »
En effet, le vieux roi Charles XV croyait fermement à la supériorité des hommes, et à la séparation des sexes. Autrement dit, les femmes n'étaient pas autorisées à porter les cheveux au-dessus des épaules – et même cette hauteur avait été un compromis avec le Parlement, plus progressiste. Si le roi avait eu les pleins pouvoirs comme deux siècles auparavant, les cheveux des femmes leur arriveraient à mi-dos. Il était déjà presque miraculeux que la loi leur permette de porter des pantalons, même si elle leur imposait de mettre une tunique par-dessus.

L'opinion populaire était que le prince Louis, héritier du trône et père de Clovis, serait plus progressiste. Partant de là, les sujets du royaume n'avaient qu'une hâte, que le roi Charles décède. Pour sa part, Camille doutait qu'un roi né dans la première moitié du siècle dernier puisse vraiment être progressiste. Elle aurait préféré que le pouvoir passe directement au prince Clovis, qui était réputé pour ses opinions égalitaristes – enfin, aussi égalitariste que pouvait l'être un prince. Autrement dit, il était pour l'égalité entre les hommes et les femmes – mais certainement pas entre les nobles et les roturiers...
Jetant un regard à sa montre, la jeune femme s'empressa d'attacher ses cheveux pour cacher ce qui restait de nœuds avant d'aller enfiler tunique et leggins. Une paire de bottes plus tard et elle dévalait les escaliers de son immeuble, sac à la main et manteau sur le bras. Elle avait exactement cinq minutes pour attraper le métro si elle ne voulait pas être en retard – en espérant qu'il n'y ait pas de problème sur la ligne, sinon elle était bonne pour rejoindre le groupe l'air de rien à Versailles. Ce qui serait beaucoup plus compliqué, étant donné la taille de l'endroit et le niveau de sécurité qui y régnait.

Sur le chemin de la station, Camille croisa le stand du marchand de journaux, et jeta un œil aux gros titres en passant. Sans surprise, la moitié d'entre eux évoquait la grossesse de la princesse – prouvant que la radio avait reçu le communiqué bien avant l'heure donnée par le présentateur, ou que les journaux papier avaient été informés plus tôt.
À son grand soulagement, elle arriva sur le quai juste au moment où la rame s'y arrêtait, lui évitant de faire les cent pas dans le froid de février. Deuxième coup de chance, un carré de sièges était vide, lui laissant la place de s'asseoir et de poser son sac à côté d'elle sans gêner personne.

La rame venait de redémarrer quand le regard de Camille tomba sur le journal, posé innocemment sur le siège face à elle. Trouver un journal abandonné dans le métro n'avait rien d'inhabituel, certains étaient même faits pour ça ; être laissés sur place après avoir été lus. Ce qui attira l'attention de la jeune femme, ce fut le nom. Charlie Hebdo ; un journal satirique clandestin qui paraissait périodiquement, malgré les efforts du gouvernement. Clandestin, parce que le roi n'appréciait pas que leur satire soit souvent dirigée contre sa politique ou sa famille.
La censure royale interdisait aux sujets du royaume de lire le journal, sans parler d'y participer. Raison pour laquelle les rédacteurs et dessinateurs de Charlie Hebdo utilisaient des pseudonymes pour préserver leur anonymat. La rumeur disait que leur matériel était déplacé d'une fois sur l'autre, et que ce changement de locaux était la raison pour laquelle la milice de la censure avait tant de mal à les trouver.
Que ce soit vrai ou pas, ça n'avait pas empêché le journal de subir un coup dur le mois dernier, quand les miliciens les avaient surpris en pleine préparation du prochain numéro. Huit membres clandestins de la rédaction avaient été tués, deux autres arrêtés et interrogés pour leur faire avouer les noms des autres. En vain ; les prisonniers avaient préféré se suicider dans leur cellule.
Plusieurs autres avaient réussi à s'enfuir, bien que blessés, et avaient fait savoir qu'ils ne comptaient pas renoncer à leurs activités. Et visiblement, ils étaient sincères : la preuve était là, sous les yeux de Camille, avec en gros titre : TOUT EST PARDONNÉ. Et en illustration, le roi dessiné de telle façon que sa tête faisait penser à un appareil génital masculin.
La lecture du journal était interdite ; le simple fait de l'ouvrir pourrait envoyer la jeune femme en prison. La chose raisonnable à faire aurait été de poser son sac par-dessus pour le dissimuler, et de descendre à la station de son université sans y avoir touché.

Camille n'avait jamais été raisonnable.

Jetant un regard discret autour d'elle pour vérifier qu'elle n'était pas surveillée, la jeune femme tendit la main vers le journal. Rapidement, elle le déplia et parcourut les titres du regard, jusqu'à s'arrêter sur un article évoquant la politique étrangère du roi.
Apparemment, et contrairement à ce que disaient la plupart des médias français, la situation dans les colonies n'était pas tellement sous contrôle. Ce que les journaux officiels faisaient passer pour de petites révoltes isolées ici et là, étaient en réalité des actes organisés par un nombre grandissant de révolutionnaires indépendantistes. Les Algériens, en particulier, avaient apparemment déjà choisi un candidat au titre de roi – un certain Mohammed Saadi.
Si le roi Charles n'accordait pas au moins une petite mesure de liberté aux colonies, écrivait le journaliste, la France risquait de se retrouver aux prises avec une guerre d'indépendance avant la fin de l'année. Et en dépit de ce que la famille royale voulait faire croire au peuple français, le pays n'avait absolument pas la puissance militaire pour gagner.

La rame s'arrêta devant un quai et les portes du wagon s'ouvrirent, laissant passer une foule de gens ; la jeune femme s'empressa de fourrer le journal derrière son sac, estimant que lorsqu'elle quitterait sa place, quiconque remarquant l'hebdomadaire supposerait qu'elle avait posé ses affaires dessus sans y prêter attention.
Malgré son angoisse – et si quelqu'un l'avait vue consulter le journal ? - Camille se retint de jeter des regards nerveux autour d'elle. Elle avait lu suffisamment de polars et vu assez de séries policières pour savoir que c'était le meilleur moyen d'attirer l'attention. Elle se contenta donc de sortir son téléphone de sa poche d'un air ennuyé, comme la majorité des personnes présentes, et lança un jeu quelconque pour passer le temps.

Quelques minutes plus tard, le métro s'arrêta enfin au quai de son université, lui permettant de saisir son sac et de descendre sans jeter un regard en arrière.
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Convention du forum
Invité

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Rechercher dans: Règles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: Convention du forum    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyMer 4 Mai 2016 - 20:59
Convention




Si vous avez la moindre question à propos de quoi que ce soit sur le forum, n'hésitez surtout pas à interroger par message privé Phoenix, Flopostrophe ou flocon (ce sont les grands chefs).


Encre Nocturne est un forum au sein duquel le respect et la bienveillance sont primordiaux.



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  • Les critiques bienveillantes sont l'essence de ce forum. Elles ont pour but d'améliorer le texte, de rendre compte d'avis extérieurs et de nouvelles perspectives. Tout texte a le droit d'être critiqué, c'est la condition même de sa publication ici. Toute critique peut être elle-même contestée, discutée et réfutée tant que la démarche se fait dans la même objectivité et la même courtoisie.


      Et bien sûr: Respectez la loi française !









Echelle de sanctions

Les sanctions applicables par les administrateurs et membres du staff sont, dans l'ordre d'importance croissante :


- Avertissement de l’administration : le membre reçoit un message de l’équipe d’administration pour lui rappeler ses actes, ce que stipule la convention à ce propos, ce qu’il risque s’il reproduit ces actes.

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- Le ban de la Chatbox : le membre ne peut plus se connecter à la CB pour une durée variable. En cas de récidive de comportement négatif.

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AUX AUTEURS : pour poster vos écrits sur le forum





Evitez de poster trop de textes par semaine et/ou plusieurs textes d'affilée. Lire et commenter les textes prend du temps, et chacun doit avoir sa petite part de lectures. Poster trop de textes est contre-productif pour tout le monde, lecteurs et auteurs.


Chaque histoire (Nouvelle, Roman, etc) disposera au minimum d'un mot-clé (indiquant son ou ses genres) parmi la liste suivante :
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Les mots-clés sont à mettre dans le message contenant le texte, avant ou après le titre afin qu'ils soient bien visibles.




→ En cas de texte contenant un minimum d'insultes, de violence ou de scènes sexuelles, veuillez vous reporter à → sur fond blanc.
Elles devront être lisibles et aérées.
Il est mieux que chaque chapitre ou partie soit posté dans une publication différenciée.
Les liens URL de ces chapitres/parties devront être copiés-collés dans le Sommaire ou dans le message de votre texte sur le forum. Ainsi les lecteurs n'auront qu'à cliquer dessus pour accéder à chaque chapitre !








Bref, c'était la partie barbante, maintenant lâchez-vous, amusez-vous tout en respectant ces règles !
Tag réaliste sur Encre Nocturne 3883910101
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: La plainte du ficus
La Lapine Cornue

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: La plainte du ficus    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyJeu 21 Jan 2016 - 23:45



Robuste et réputé facile à entretenir, le ficus est une plante de la famille des Moracées courante dans tous les intérieurs.





          Regardez-la bien.
          Regardez-la bien parce que dans deux minutes, comme tout le monde, vous l'aurez oubliée.
          Elle est là, échange deux mots, rit un peu à vos blagues, puis s'enfuit discrètement. Et pouf, disparue. Oubliée. Ou bien elle était invitée à une soirée ; mais elle n'est pas venue. Quelle importance au final, puisque personne ne s'en rendra compte ?
          Vous savez ce que c'est d'être invisible ? Réellement invisible ? Moi non plus. On me voit, après tout. C'est juste qu'on… m'oublie. Toujours.
          La seule chose que je connais, c'est faire le yoyo entre spectre et être humain.
          Je suis presque sûre de savoir pourquoi. C'est parce qu'il n'y a rien entre ces côtes, rien dans ce crâne, rien d'autre que du vent. Un courant d'air. Et l'extérieur ? Une plante en pot. Un truc qui est là parce qu'il doit être là et qu'il ne sait pas où il pourrait être, ailleurs. Alors il est là. On le regarde cinq minutes, parce qu'il est planté devant nous, puis on l'oublie.
          Forcément, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, moi. Vous avez bien raison. Vous le sentez bien, hein, que quand je ris avec vous, il n'y a rien derrière. Que quand je compatis gentiment à vos malheurs, que je vous soutiens de toute ma force forcée, eh bien sous cette mine pleine de bonté, sous ce jeu d'actrice qui m'octroie la chance d'être une plante en pot et non plus un invisible spectre, sous toutes les couches et toutes les carapaces qui se sont forgées au fil des ans, et bien il n'y a rien. Rien que du vide. Je suis désolée pour vous, sincèrement. Regardez, tout mon visage est empreint de pitié et de compréhension.
          Mais dans trente secondes, quand nous nous quitterons et que la plante en pot sera à nouveau seule, j'aurai déjà oublié vos problèmes, et tout ce qu'ils représentent pour vous. Tout comme vous m'aurez oubliée.
          Il est pourtant joli, ce ficus, selon certains.
          La vérité, c'est que la coquille qui traîne ses casseroles d'un bout à l'autre du métro chaque jour, elle n'est rien, elle n'est personne. Voilà.
          Oh, je vous entends déjà. Celle-là elle est gonflée ; profite de ta vie de plante en pot et puis laisse-nous traîner nos propres boulets !
          Dites, vous aimez les caméléons ?
          Vous aimez les miroirs ?
          Non. On aime un caméléon pour sa langue préhensible et ses gros yeux, pas pour sa faculté à passer inaperçu. Moi, je n'ai ni langue préhensible ni gros yeux. Et puis personne n'aime les miroirs, mais seulement le reflet qu'ils renvoient. Parfois.
          Maintenant que j'y pense, c'est vrai. On se voit dans un miroir, on s'y regarde, on se fixe au plus profond des yeux, on s'épile les poils de nez. Mais qui regarde vraiment le miroir ? Qui ?
          Lorsque je ris, c'est un mélange d'Alice et de Florine. Lorsque mes yeux se lèvent au ciel en papillonnant des paupières, c'est Marielle. Quoique non, Marielle a tendance à disparaître de moi… Il y a trop longtemps que l'on ne s'est pas vues. Entendez-vous les expressions de Camille et de Pauline dans mes mots ? Les gloussements idiots de Blandine dans ma voix ? L'ironie acerbe de… qui était-ce déjà ? Qui ?
          Je suis un camaïeu de visages et de gestes, un automate qui récite sa leçon. Une masse de gens que j'ai côtoyés, copiés, puis oubliés. Maintenant, je n'ai même plus besoin d'y penser. La mécanique de mon corps est bien huilée. Maintenant, je peux compatir sans presque me forcer. Rire sans y réfléchir. Sourire par réflexe.
          Je suis tout le monde et je ne suis pas moi. Qui suis-je ? Voyez-vous seulement quelqu'un en moi ? Allez, jouons cartes sur table. Vous le sentez, inconsciemment, vous le savez bien que cette fille-là, c'est une façade. Vous seriez bien incapable de reconnaître quelqu'un dans ce petit cri enthousiasmé, ou dans cette moue ennuyée, mais vous le savez, que quelque chose cloche, que cette plante en pot juste là qui vous tient le crachoir, en vérité c'est un trou noir. Un trou noir déguisé en foule, habillé d'oripeaux factices, couvert de cuirasses multicolores.
          Alors oui,  comme vous le sentez peut-être, je m'en contrefous de vos problèmes. Pas mon corps. Mon corps, lui, aime partager. Mon corps m'aime bien, au fond ; il a fait tout ça pour cette petite fille silencieuse qui ne ressentait rien, ne montrait rien, jamais. Il a fait ce qu'il a pu. Il s'est bien endurci. Il a tout pompé autour de lui, comme une éponge plus sèche qu'un désert ; il s'est gonflé de photocopies. Il essaie tant qu'il peut de me faire croire que moi aussi, je peux ressentir. Exprimer.
          Mais tout ce que je dis, ce sont les mots des autres. Tout ce que je fais, ce sont les gestes des autres. Tout ce à quoi je suis bonne, c'est faire le caméléon, pour tenter de limiter la casse.
          Mon rire, mes grimaces, mes intonations, mes mots. Rien n'est à moi dans tout ça. Rien.
          Le vide.
          Vous connaissez ce vide ? Celui du miroir qui ne peut exister que lorsqu'il reflète ?



          Allez, petit ficus. Cesse de braire et reprend ta placidité décorative. Tout le monde s'en portera mieux.


Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Tristesse
Serpent

Réponses: 11
Vues: 1721

Rechercher dans: Poésies   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: Tristesse    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySam 16 Jan 2016 - 18:31

Je la vis aussitôt à l'ombre d'un grand chêne,
Elle tenait en ses bras son tendre et beau visage,
Masquant de ses cheveux chacune de ses peines
Ainsi que ce carnet dévoilant une page.

Elle me fuyait ainsi, se couvrant plus encore
Et me glissant alors de ne plus être ici,
Elle s'estompait pour moi dans ce charmant décor
Où le ciel à présent s'était tant assombri.

Il pleuvait sur ses joues un cortège de larmes,
Dévalant de ses lèvres jusqu'au creux de son cou,
Et n'enlevant ainsi à ses mille autres charmes
Que ce large sourire, qui tantôt fut si doux.

Et je lus un instant toute son éloquence
Sous ses courbes légères et d'un bleu revêtue,
Couchée sur le papier et qui dans un silence
Me contait ce que dire elle n'avait jamais pu.
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve
La Lapine Cornue

Réponses: 20
Vues: 4631

Rechercher dans: Nouvelles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyVen 24 Juil 2015 - 14:52


Ok, nouvelle nouvelle mes agneaux, moins lente, moins lyrique... Moins sur le style et plus sur l'action, finalement ^^


"Imaginez, la science vous propose des compagnons personnalisables à l'infini... Vous vous jetez dessus, comme tout le monde. Mais plein de choses peuvent mal tourner...  "
Spéciale dédicace à Tiun, Phoenix, Ragne, Teru, et même Earl et Silenuse (très rapidement) huhu :ridicule:





Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve









          Jour 0

          Aujourd'hui c'est Noël.
          J'ai été la première à me lever, j'ai jailli de mon lit à sept heures pétantes. Cela fait longtemps que je n'ai pas ressenti pareille fièvre le matin du 25 décembre. Depuis quelques années, le jour des cadeaux est devenu pour moi celui des interminables repas de famille. Chèques et billets ont remplacé paquets cadeaux multicolores ; l'émerveillement enfantin s'est changé en ennui placide. Mais aujourd'hui, tout est différent.
          Pour la première fois depuis mes douze ans, j'ai su quoi demander.
          Cela fait des mois, et même des années, plus exactement, que je désire ce cadeau. Depuis que les premiers prototype ont été vendus sur le marché. Mais je m'y suis toujours refusée. Je ne suis pas de celles qui suivent aveuglément les tendances du moment. Ni de celles qui acclament chaque nouvelle invention scientifique comme un miracle. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme", disait Rabelais… Mais devant l'engouement grandissant qu'ont provoqué ces "DNPets" et ma propre curiosité dévorante, ma conscience à commencé à reculer, à relativiser. Ce n'était peut-être pas mal. Juste nouveau. De toute manière, il n'y a ni bien ni mal. Rien qu'un camaïeu de gris.
          Bref. Tout ça pour dire que je suis emplie d'un mélange de hâte et de peur, que mon estomac tourne et retourne en tous sens.
          Interrompant mes pensées chaotiques, mes parents nous rejoignent – nous, les enfants – au pied du sapin. Je froisse distraitement les plis légers de mon pyjama. Mon père, du rire plein les yeux, entame la distribution ; je me crispe imperceptiblement. S'il n'y a rien pour moi, c'est qu'ils ont accédé à ma demande, car mon cadeau n'est pas de ceux qu'on emballe. Si en revanche on me tend quelque chose…
          – Perline…
          Je sursaute, mes yeux s'accrochent à ceux de ma mère. Elle me sourit, et mon cœur bat plus fort.
          – Tu sais comment tu vas l'appeler ? dit-elle enfin avec un sourire.
          Mon souffle reste bloqué dans mes poumons.
          C'est oui.
          – Rendez-vous à la boutique demain, ajoute mon père parmi les cris de mes sœurs ouvrant leurs cadeaux. Ils auront besoin de ton ADN…
          C'est oui. Bon sang, c'est oui !





          Jour 1

          La boîte arrive deux semaines plus tard. Je n'en peux plus d'impatience ; mon visage est impassible lorsque je signe le reçu du facteur, mais mes mains tremblent et j'ai l'impression que mon cœur va exploser à force de pomper tant d'air et de sang, il faut que je l'ouvre, il le faut ! Je claque la porte d'un pied agile, encombrée de la boîte si lourde, puis la pose sur la table. Avant d'inciser les bandes de ruban adhésif, je hurle que mon cadeau est arrivé. Ce qui, dans ma bouche, donne ça :
          – Perle est là ! Perle est là !
          La maison endormie s'agite soudain. Mes deux sœurs déboulent dans ma pièce tandis que ma mère dégringole l'escalier ; toute la famille est bientôt réunie autour de la boîte mystérieuse. Sur le carton renforcé, de grandes lettres arc-en-ciel claironnent fièrement "DNPet", accompagnées de la mention "urgent". Des brins d'ADN stylisés s'entrelacent avec la marque.
          – Tu ouvres ? demande timidement ma cadette, aussi fascinée que moi.
          Mes mains se ruent d'elles-mêmes sur le cutter, qui perfore avidement le carton ; les battants s'ouvrent et mon cadeau apparaît enfin à mes yeux.
          Dans une sphère de plexiglas étincelante, un petit être se tient roulé en boule, recroquevillé dans son sommeil. Des exclamations jaillissent autour de moi. Ma mère attrape le mode d'emploi ; mon père se saisit délicatement de la sphère moite et embuée, et la dépose sur le bois verni de la table. Délaissant le mini-manuel que je connais quasi par cœur après l'avoir dévoré sur le Net, je fais doucement pivoter l'objet et enclenche deux charnières de plastique. Il y a un petit claquement timide, puis les deux hémisphères se déploient. Le cœur prêt à éclater, je glisse mes doigts à l'intérieur et saisis doucement la petite bête toute chaude.
          Elle est à présent au creux de mes mains. Elle s'étire lascivement, passe sa langue violette sur ses babines, et ouvre les yeux. Mes yeux. Nous échangeons un regard, et j'ai l'impression étrange de me voir dans un drôle de miroir, de me voir déguisée dans un autre corps. Ses yeux sont noisette, pictés d'un vert discret. Si la prunelle n'était pas aussi ronde et large, il s'agirait d'un regard humain. De mon regard. Je la soulève pour la regarder mieux ; tranquille, elle m'observe sans ébaucher un mouvement. Elle est magnifique. Exactement semblable à mes vœux.
          Une corolle de plumes blanches tachetées d'arc-en-ciel se déploie autour de son cou, telle une crinière de griffon. Sa tête est celle d'un lion blanc, un petit lion aux grands yeux et aux longues moustaches. Son corps rond et duveteux est celui d'un oiseau mignon en forme de poire, dont j'ai oublié le nom. Sa queue en éventail fait écho à sa crinière. Elle a de petites pattes agiles, qui s'accrochent à ma peau. Elle me regarde l'observer, indulgente.
          – Coucou, je murmure.
          Elle agite les plumes en réponse, déployant brièvement ses ailes dans une explosion de couleurs.
          – Elle est trop mignonne ! s'extasient mes sœurs à côté de moi.
          – Elle est magnifique, conclut ma mère. Elle te plaît ?
          Je la pose doucement sur la table, et elle hérisse les plumes avant de commencer à explorer ce nouvel environnement.
          – Elle est géniale. Elle est trop bien !
          Mon père se rengorge.
          – Un beau cadeau, hein ?
          – Oh là là, merci beaucoup !
          Une paire de bisous plus tard, me revoilà le nez collé à la table, l'œil fixé sur ma nouvelle amie. Elle est si réelle ! Comme si elle était née dans la nature d'un autre monde que le nôtre, dans le sang et la douleur de sa mère, et non dans les éprouvettes d'un laboratoire. Un pincement de culpabilité me serre le cœur un instant face à cette pensée ; mais il s'efface lorsqu'elle pousse un petit gloussement adorable en découvrant un verre, aussi translucide que sa sphère. Est-elle mieux qu'un véritable animal ? Pire ? Je ne saurais le dire. Mais elle reste un être vivant sensible. Comme les animaux naturels, après tout.
          – C'est un verre, lui apprends-je. Un verre.
          – Un verre, répète-t-elle d'une petite voix – ma voix.
          Ma sœur benjamine pousse un cri de ravissement et tente de se jeter sur la petite bête ; j'enraye de justesse la tentative de kidnapping, formant un rempart de mes bras.
          – Pas touche toi, je gronde .
          – Pas touche, répète la bestiole de sa voix troublante, celle que lui octroie la gorge de perroquet des DNPets.
          Elle croise mon regard et éclate de rire, avant de se carapater à l'autre bout de la table.
          – Hé, reviens Perle ! ronronne ma sœur perfide, prête à refaire une tentative.
          Un éclat d'incompréhension traverse les prunelles rondes ; j'éclaire sa lanterne.
          – Tu t'appelles Perle. C'est ton nom. Ton nom. Regarde, moi c'est Perline. Tu comprends ? Hein ?
          Elle penche la tête à droite, à gauche, et encore à droite. Je l'imite, faisant de nous des miroirs, l'un animal et l'autre humain.
          – Perle, conclut-elle en reprenant son exploration. Perline. Perle et Perline.



A suivre...
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Vivre envers et contre tous [TP]
La Lapine Cornue

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: Vivre envers et contre tous [TP]    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyDim 23 Nov 2014 - 11:22


Ce texte est le deuxième de ma série de très courtes nouvelles, ayant pour thème le courage. ^^
Ecrit pour le concours "48 heures".

Vous avez ici le Texte 1 → le Silence de la révolte et le Texte 3 → Ivre de vent



Musique associée.


Vivre envers et contre tous  



On aura beau dire, cela faisait longtemps que je n'avais pas croisé quelqu'un d'un tel courage.





      Il se traîne depuis des heures.
      Loin, très loin au dessus de lui, le soleil féroce aiguise ses crocs sur la moindre parcelle de terre, le moindre minuscule être vivant qui rampe dans la poussière.
      L'air est si sec qu'il en paraît solide ; une simple bouffée fait couler pierres et sable dans la gorge. La chaleur pèse telle une lourde chape de plomb, de plomb chauffé à blanc, sur toutes les têtes, toutes les échines, tous les cœurs.
      Mais revenons à lui.
      L'explorateur piteux, parti en quête d'un peu d'eau, bataillant à chaque seconde contre le soleil qui le brûle jusqu'à l'os. Il aurait pu rester chez lui. Il aurait pu rester au frais, baigner dans une ombre bienveillante, et attendre. Attendre que la pluie vienne, dissipe la colère du soleil et lave la poussière étouffante.
      Ou plutôt, non, il l'aurait pu si d'autres n'en avaient décidé autrement.
      Son havre de paix, sa douceur luxuriante, son émeraude humide, tout cela, il ne peut plus y penser. Détruit. Saccagé. Massacré.  
      Il aurait pu se cacher, et mourir écrasé sous les engins de fer, ou brûlé par les gueules des chalumeaux. Après tout, tout doit mourir un jour… Lui le sait, mieux que tout autre. Et mieux vaut être réduit à néant que se tordre de douleur sous les feux du soleil, n'est-ce pas ? Que ramper dans le désert, implorer pour de l'eau, pour une minuscule gouttelette d'eau fraîche, pour un pauvre nuage perdu dans l'azur du ciel…
      Jusqu'à ce qu'arrivent les ombres des vautours.

      La résistance du petit personnage vacille soudain, et il tangue dangereusement sous le poids de son baluchon.

      Mais non.
      Se battre. Coûte que coûte.
      Démentir le mépris des autres, leurs rires, leur pitié envers sa fragilité et sa laideur.
      Se battre, coûte que coûte.

      C'est la seule chose qu'il peut se répéter, en boucle, encore et encore. Se battre, coûte que coûte. Même lui a droit à la vie. Même lui peut déjouer le destin, et le désert, et le soleil.
      Même une si petite chose peut se battre contre les éléments.

      Alors il rampe et rampe encore, et les grains de sable sont autant de pièges, et les pierres sont autant d'obstacles insurmontables, et le soleil pèse sur lui, le lèche de sa langue empoisonnée, le dévore petit à petit. Et lui continue…
      Et moi, accroupie sur mon pas de porte, je regarde, insensible, lutter cet être hors du commun. Je le vois se déshydrater minute après minute, je le vois souffrir le martyre. Je le vois s'arrêter enfin.
      S'arrêter.
      Alors, émergeant de mon apathie, je me lève, m'étire, et vais ouvrir une bouteille d'eau minérale. Puis, revenue au soleil, je m'agenouille devant le petit explorateur. Détruit, desséché, dans les affres de l'agonie, il est pourtant reparti à son allure lente et opiniâtre. Refusant de laisser le désert victorieux.
      L'eau cascade soudain sur son corps flétri, faisant naître des ruisselets dans le sable et des éclats arc-en-ciel dans la lumière dure. Sa peau sèche et craquelée se pare de reflets humides, ses ocelles reprennent leur teinte sombre ; il a un sursaut et redresse son lourd baluchon d'un coup de reins.
      Bienveillante, je le regarde se gorger d'eau, reprenant quelques forces illusoires.
      A nouveau gonflé d'espoir, il quitte l'eau qui déjà disparaît. Et se lance dans la suite de son périple…

      Je pourrais t'aider encore, mais je n'en ferai rien. C'est ta quête, et je te sais assez fort pour l'accomplir. A ton courage, petit escargot…




Correction de Jack Vessalius:
 
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Le Lac de Tignes |TP]
Serpent

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Rechercher dans: Poésies   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: Le Lac de Tignes |TP]    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyJeu 14 Aoû 2014 - 22:40

A la surface gelée brille l'éclat lumineux,
Territoire de beauté, immobile mélodieux
Tant le vent aime siffler ce refrain des adieux
Le temps s'est arrêté sur ce lac mystérieux.

L'aurore s'abandonnant à la douce fraîcheur
De l'hiver d'un instant qu'inonde de sa grandeur
La montagne trônant comme un divin empereur
Sur les nuages flottant comme en apesanteur.

Le crépuscule lunaire de chaleur attendrit
Et berce de sa lumière un si vaste infini.
Dans la vallée solaire rayonne le paradis,
A la lueur de l'enfer qui doucement s'enfuit.
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]
Serpent

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: Mort d'un rêve, vent de folie [-12]    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyLun 30 Juin 2014 - 0:53

J'ai longuement hésité à la poster, mais voilà déjà le début.


L'agitation enflait, des cris provenant de toute part fendaient une illusion de silence bafouée par les sonneries incessantes des appareils médicaux. Les infirmières étaient au courant de l'urgence de la situation. Allongé sur les draps immaculés de sa chambre d'hôpital, Martin se demandait bien où il pouvait être. Depuis combien de temps était-il là? Et d'ailleurs, où était-il? Le maigre rideau qui opacifiait la large fenêtre filtrait une lumière rougeâtre, le Soleil se couchait sur les montagnes alentours. La seule chose dont il se rappelait, c'est qu'avant tout cela il était sur le point de se lancer dans l'aventure de toute une vie. De toute sa vie. Cela pouvait paraitre dingue, même absurde, il le savait, mais à quoi bon censurer l'espoir qui tiraillait tant son esprit? Il s'était lancé.


"Seuls ceux qui prendront le risque d'aller trop loin découvriront jusqu'où ils peuvent aller" [T. S. Elliot]


Des semaines, des mois, peut-être même des années avaient passé, avant que l'adolescent ne daigne songer à réaliser son rêve le plus fou. Une pensée qui l'avait souvent hanté, sans même qu'il n'ose y croire, une sorte de rêve de gosse. Il savait qu'il devait le faire, cela résonnait en lui comme une évidence, une terrible évidence. Il ne trouvait pas le courage d'y croire, c'était voué à l'échec. Un exploit de ce genre n'arrivait jamais, il allait y laisser sa vie. Martin avait peur de la mort, il la craignait, l'évitait, la fuyait. Comme un épouvantail qui agitait ses nuits jusqu'à sombrer dans la folie. Oui. Il était fou. Une démence infinie qu'il ne savait contrôler, une tare encrée au plus profond de son être, depuis sa naissance, ne cherchant qu'une opportunité pour faire surface et détruire l'immense terrain vague qu'était sa vie. A bientôt 17 ans, il n'avait plus de lycée, renvoyé de 5 écoles différentes pour violences, absences répétées ou autres incivilités, Martin n'avait rien d'un élève modèle. Habitué des commissariats, il s'était juré de ne plus y retourner. Drogues, vol, bagarres, tout ça, c'était désormais fini pour lui. Cependant, sa vie était dépravée par son passé… Il ne savait plus quoi faire, il attendait ce déclic, cet instant qui lui ferait dire "Maintenant tu as vécu tout ce que tu as pu vivre, tu peux être fier de toi". Il attend ce moment qui lui donnera l'illusion d'un bonheur instantané. Et c'est son père qui lui offrirait l'occasion d'enfin donner un sens à son existence. Le Mont-Blanc, 15 jours d'ascension, 4808 mètres d'extase, des rêves pleins les yeux, la tête au plus près des étoiles, Martin se lance sans hésiter dans ce qui sera sans doute le défi de toute une vie, avec son père. Son héros.


"A chaque sommet on est toujours au bord d'un précipice" [Stanislaw Jerzi Lec]


Son père… Où est son père? Il s'agite, s'affole. Pourquoi ne se souvenait-il plus de rien? Dans un dernier instant de lucidité avant de s'enfoncer dans les abysses de la folie, il tire la poignée au dessus de sa tête et enclenche le système d'appel des infirmières. Sa gorge se noue, l'air se fait rare désormais, Martin se sent opprimé. Cette étrange sensation lorsque l'on sait qu'il est arrivé quelque chose de grave, sans toutefois en être sûr… Qu'était-il arrivé? Pourquoi son héros n'était-il pas là, à ses cotés? Sa vue se trouble, des larmes emplissent ses grands yeux sombres. Dans son regard un océan d'incertitude, l'inquiétude à la fois de voir ses rêves s'effondrer, impuissant face à la magie du destin.


"Le fort fait ses évènements, le faible subit ceux que la destinée lui impose." [Alfred de Vigny]
"Le destin mêle les cartes et nous jouons." [Arthur Schopenhauer]



Le destin…
"Quelle sombre invention de l'humanité!" pensait-il…
Malgré tout, plus le temps passait, plus il y croyait, à ce fichu destin! Une sorte de fatalité qui s'abat sur chacun, sans qu'il n'ait le moindre échappatoire, comme si l'univers tout entier s'abattait sur son crâne, inévitablement. Ce fut l'infirmière qui le sortit de sa réflexion:

"Que se passe-t'il Monsieur Valero?"

Dans un murmure incompréhensible, Martin tenta de lui expliquer la situation… Mais seuls quelques sons coururent le long de sa gorge, à peine audibles. Il transpirait, la démence le prenait, l'emmenait au plus profond des ténèbres. L'adolescent mit un certain temps à retrouver son calme. Il éprouvait toujours des difficultés pour s'exprimer, mais il parvenait tout de même à se faire comprendre.

"Mon père… Expédition… Avec moi… Trouvez le…"

Ce que Martin ignorait, c'est qu'il était dans cette chambre depuis pratiquement 3 semaines. Il avait d'abord sombré dans un coma, avant de reprendre ses esprits, la veille. Il sentait la crispation sur le visage de l'infirmière, au fond de lui, un mauvais pressentiment grandissait. Il la fixa longtemps, sans même qu'elle ne puisse parler. Comment trouver les mots? Comment annoncer cela? Elle savait ce qui s'était passé, et l'adolescent avait de droit d'être au courant. Elle réfléchit, prit le temps de mesurer la force de ses mots, considérant chacun comme une lame, qui à tout moment pourrait perforer le cœur de Martin. Elle lui devait la vérité.

"Je préfère une vérité nuisible à une erreur utile: la vérité guérit le mal qu'elle a pu causer." [Johann Wolfgang von Goethe]
"Le pire mensonge est de se mentir à soi-même" [Marc Levy]



Il la fixait, stupéfait. Elle prit une grande inspiration, puis commença.

"Monsieur Valero, j'aimerais que vous m'écoutiez attentivement…"

Il prit son visage à deux mains, il avait perçu dans le ton de sa voix la gravité de ce qui allait lui être révélé.

"Tout d'abord, il faut que vous sachiez que votre père vous aimait beaucoup… Il… Il est mort en voulant vous sauver. Lorsqu'il est tombé dans cette crevasse, à plus de 4000 mètres d'altitude, il n'aurait pas dû survivre. Mais vous étiez encordés ensemble, en réalité, vous étiez le seul lien qu'il avait encore avec la vie. Cependant il était lourd, et a failli vous emporter dans sa chute. Il n'avait pas le choix, il ne pouvait pas vous sauver tous les deux, il a décidé de… de couper la corde qui vous reliait. Vous avez été découvert quelques heures après, couché dans la neige. Frigorifié. Si un guide de haute montagne ne vous aurait pas retrouvé, par pur hasard, vous ne seriez pas ici…"

Il l'avait écoutée tout du long, sans avoir la force de dire le moindre mot. Il ne pleurait pas, non. Pas devant elle. Il n'en avait pas envie d'ailleurs. Il s'en voulait juste, il s'en voulait terriblement. Etait-il responsable de la mort de son héros, Alexandre Valero? Pour lui cela ne faisait aucun doute. Sa seule envie, à l'instant présent, était de le rejoindre, de quitter ce fichu monde à jamais. A quoi bon vivre si ce n'est que pour voir les autres mourir? Pourquoi demeurer malheureux alors que l'on peut fuir tout cela? Tant de questions fusaient dans sa tête, il venait parfois à douter de sa propre existence, et de ce qui le rattachait encore au monde des vivants. la réponse était simple, il n'y en avait pas. Les seules personnes qu'il avait s'étaient déjà enfuies bien avant lui, elles avaient à jamais quitté l'ombre et la démence de la vie. Il voulait les rejoindre. Son cri fendit le curieux silence qui régnait sur la pièce. Avait-il fait le bon choix? Il le savait. De toute évidence, rien ne pouvait plus être pire à présent.


"Ce soir coule le sang dans un torrent pluvieux,
Au bord du gouffre mourant à l'aurore de ses adieux,
Les larmes du ciel coulant comme orage dans ses yeux,
De l'enfant brandissant le couteau vers les cieux.
Prologue de la démence, vent de folie s'installe,
Lorsque le tonnerre danse dans les ténèbres astrales,
La vie en perd son sens quand vient l'issue fatale,
L'achèvement de la souffrance, la mort abat son voile.
Le tranchant de la lame, déchirant l'univers,
Résonne comme un drame, perce en unique éclair,
Foudroiement d'une larme qui surgit des paupières,
D'un jeune qui laisse les armes pour s'enfuir de l'enfer,
Au plus profond des flammes, sans regarder derrière?
Il se transperce l'âme, cette larme fut la dernière."

"Suicide: monter au ciel par une corde de pendu" [Jules Renard]
"Accepter de vivre, n'est-ce pas parfois une forme de suicide?" [Eugène Cloutier]


Nouveau black-out. Que s'était-il passé? Où était Martin? A quoi servaient tous ces appareils autour de lui? Il tenta de se redresser mais resta cloué contre le maigre matelas sur lequel il avait sans doute du dormir plusieurs nuits. Une douleur le fit gémir, au niveau de la poitrine. Que lui était-il arrivé? Il ne se souvenait de rien. Il regarda autour de lui, les murs étaient d'un blanc immaculé, de massifs appareils trônaient fièrement de part et d'autre de son lit. Il aperçut un plateau repas, posé sur la table de chevet non loin de lui. Il essaya de l'attraper mais rien n'y fit, son bras ne bougea pas. Il risqua un regard en direction de ses poignets. L'adolescent était attaché, au niveau des avant-bras et des chevilles. Sans doute avait-il eu un comportement agressif, il ne savait pas. Quand il y pensait, il ne voyait que l'image d'Alexandre Valero, gisant au fond de la crevasse. Il ne se rappelait de rien d'autre. Une chose était sûre, il allait mal, autant sur le plan physique que psychologique. Etait-il possible qu'il se soit infligé tout ça lui même? Il n'osait pas y penser, pourtant l'évidence était indéniable. Martin avait tenté de mettre fin à ses jours. Le destin l'en avait empêché.

"Vas où tu veux, meurs où tu dois." [Manuscrit du XVème siècle]
"Dans les ténèbres, chacun à son destin" [Gao Xingjian]



Correction de Rimi:
 
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: [TP] Il y avait là un immeuble.
Namyon

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: [TP] Il y avait là un immeuble.    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyVen 12 Juil 2013 - 18:14
J'explique parce-que c'est un peu confus comme idée. J'ai voulu écrire un texte ''après-rupture'', le premier paragraphe étant d'un point de vue extérieur ce que l'homme voit, et le deuxième ce que la femme voit. En gros, l'homme apprécie son appartement, il est au dessus de tout ça, il s'en fiche un peu. La femme elle, voit l'appartement comme les enfers et elle maudit l'homme. J'espère que vous allez comprendre... Neutral 

Il y avait là un immeuble. Quelques appartements, pas beaucoup mais ils étaient spacieux et ils respiraient l'air frais. La lumière filtrait et pénétrait comme un manteau clair. Les reflets d'un levé de soleil coloraient le canapé crème et les murs blancs. Un tapis de velours trônait au centre de la pièce, il semblait prêt à absorber le premier venu. Sur les murs étaient accrochés des cadres aux peintures modernes, sûrement très coûteuse vu les traits fins et les signatures de noms connus qui ornaient leur coins. Au fond de la pièce, il y avait une cuisinette ''à l'américaine'' avec un petit réfrigérateur, des armoires à n'en plus finir, un fourneau et une petite table pour quatre personne. Dans la pièce d'à côté, un homme était dans sa chambre, couché sur son lit. Les bras croisé derrière la tête, il regardait le plafond, confortablement installé sur ses draps de satins. Il avait connu une femme, une blonde magnifique qui lui avait donné bonheur, plaisir, un peu de vie. Il tourna sa tête vers la fenêtre, et vit qu'il pleuvait dehors. Il était perdu entre tristesse et contentement. Il ne l'aimait plus, il l'avait quitté. Il se sentait vide, il l'avait abandonnée.

Il y avait là un immeuble. En bas, une femme se tenait debout, ses cheveux blonds tombaient en cascade sur son dos et ses épaules. Elle avait une robe ample recouverte par un petit manteau ciré en prévision de la pluie. Devant elle, un immeuble. Elle savait qu'en y pénétrant, elle aurait le choix entre les escaliers et l'ascenseur de style ancien. Elle monterait les escaliers, et elle irait jusqu'au cinquième étage. Et là, elle cognerait à la porte de l'appartement soixante-quinze. Elle entrerait et elle verrait ce salon spacieux. Les murs trop blancs agresseraient ses yeux. Ce tapis posé au sol lui donnerait envie de s'enfuir en courant, il lui semblait comme un trou noir, un piège posé au milieu d'un salon. Elle verrait cette fenêtre, ces rideaux sont crasse et les rayons de soleil qui parviennent à filtrer sont rouges et noir. Dans la cuisine, elle verrait cette table qui voudrait la manger. S'asseoir à une de ces chaises... sacrilège! Elle saurait que dans la pièce d'à côté, un homme regarderait le plafond. Sur ses draps durs, ses mains crochues derrière la tête, il verrait que dehors il pleut... Il pleut... Elle fond. Elle ouvre les lèvres, les gouttes glissent sur son visage, elle est mouillée. Elle fond, il fond.

Ils fondent. Ils sont figés. C'est un ange, elle un démon. C'est un démon, elle un ange.
#signénamyon #réaliste

Tag réaliste sur Encre Nocturne 130101075310365731coûteuse → coûteuses
leur coins → leur coin
quatre personne → quatre personnes
de satins → de satin
il l'avait quitté → il l'avait quittée
ces rideaux sont crasse → ces rideaux crasseux??
 les rayons de soleil qui parviennent à filtrer sont rouges et noir → parvenaient (…) étaient rouges et noirs (à moins qu'un rayon soit à la fois rouge et noir, donc pas de 's')
ses draps durs → ces draps durs (je mettrais plutôt, mais 'ses' est juste aussi)
il pleut... Il pleut... Elle fond. Elle ouvre les lèvres, les gouttes glissent sur son visage, elle est mouillée. Elle fond, il fond. → pleuvait – fondait – ouvrit – glissaient/glissèrent – était mouillée
Ils fondent. Ils sont figés. C'est un ange, elle un démon. C'est un démon, elle un ange. → ils fondaient – étaient figés – était - était
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: [-12] Pyromanne
Namyon

Réponses: 2
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Rechercher dans: Nouvelles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: [-12] Pyromanne    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyLun 8 Juil 2013 - 17:08
Est-ce que je suis folle? Est-ce que j'ai un problème? Je sais que ce n'est pas normal de faire ce que je fais. Je brûle pour le plaisir, je me réjouis de réduire en cendre tout ce que les gens ont mit toute leur vie à créer. Leur douleur est une joie pour moi, les voir se tordre de douleur en-travers des flammes est une jouissance. Je suis recherchée. Dans la rue, ma tête est affiché sur de vulgaires bouts de papier, si vulnérables à mes flammes... Je suis mise à prix, celui qui bravera ma chaleur et réussira à me ramener vivante recevra une large récompense. Mais il n'est pas encore né celui qui me passera la camisole de force. D'ailleurs, dans mon cas, elle se doit d'être non-inflammable...

Est-ce que j'ai un nom? Est-ce que je suis vraiment une personne? Je suis née, j'ai eu une famille... puis j'ai dérapé. Je m'en souviens comme si c'était hier. Ce feu de cheminée, les flammes qui dansaient devant mes yeux, avec ma famille qui riait dans le salon. Elle a allumé en moi un désir de fumée et de cendre, et j'eût vite fait de déplacer une bûche pour la lancer en plein milieu de la pièce. Des cris d'horreur, des membres à qui j'étais chère qui me regardaient avec les yeux remplis d'incompréhension... Et moi, au milieu des flammes, insensible à la chaleur. Je ne suis pas normale, et ils s'en rendirent compte avant de n'être plus que poussière. C'est moi-même qui ait détruit ma vie, et j'en suis fière.

Je ne me souviens pas de qui je suis. Je ne sais pas ce que je suis. Je ne sais pas pourquoi je fais ça. Je ne sais pas d'où cette jouissance divine provient. Mais je sais que je ne suis pas un ange venu d'en haut, mais plutôt une affreuse créature qui remonta des abysses du monde.
#signénamyon #réaliste

Tag réaliste sur Encre Nocturne 130101075310365731En cendre → en cendres
ont mit → ont mis
en-travers → en travers
ma tête est affiché → ma tête est affichée
Elle a allumé en moi → Il a allumé en moi, puisqu'il s'agit du feu de cheminée???
de cendre → de cendres
j'eût vite fait → j'eus vite fait
, des membres à qui j'étais chère qui me regardaient avec les yeux remplis d'incompréhension → .  Des membres à qui j'étais chère me regardaient avec les yeux remplis d'incompréhension
Tag réaliste sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Rêves exaucés [TP]
Namyon

Réponses: 2
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Rechercher dans: Nouvelles   Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptySujet: Rêves exaucés [TP]    Tag réaliste sur Encre Nocturne EmptyJeu 30 Mai 2013 - 1:38
Le cœur de la jeune femme battait la chamade. Elle se sentait rougir, malgré elle. Devant elle se tenait un garçon du même âge qu'elle, un garçon qu'elle aimait secrètement depuis plusieurs années. Il était pour elle un idéal, ils étaient même devenus amis pour le plus grand bonheur de cette dernière. Pas meilleurs amis, mais au moins ils se voyaient de temps en temps et riaient ensemble sur des choses futiles. Quelle n'avait pas été sa surprise lorsque celui-ci l'avait invitée à passer quelques heures ensemble au parc près de chez elle. Elle était bien trop heureuse, elle pensait rêver... Mais non, elle ne rêvait pas. Et c'est ainsi qu'ils jouèrent et rirent ensemble. Épuisés par leurs jeux enfantins, ils s'étaient assis sur le gazon, sous un arbre et juste à côté du terrain de soccer où elle jouait étant jeune. Ils parlaient, et ils en étaient venus à un sujet qui la gênait un peu trop : l'amour. Le garçon lui avait parlé de la fille qu'il aimait, et dès qu'il avait mentionné qu'il aimait une fille, la jeune fille avait sentit son cœur se briser. Sous la douleur, elle avait demandé sans aucune gêne ''Ah, et c'est qui cette fille?''. Le garçon avait rigolé un peu, et s'était mis à fixer les nuages. Médusée, elle avait baissé la tête, mais elle se retourna vers lui quand il recommença à parler. En entendant la phrase qu'il dit à cet instant, elle crut que son cœur allait exploser. Comme une évidence, sans même une hésitation, il lui avait répondu du tac au tac : ''C'est toi.''. Elle le fixait avec des yeux ronds de surprise. Son rythme cardiaque avait accéléré considérablement. Toujours en le fixant, elle le vit s'approcher d'elle, et elle ferma les yeux. C'était trop beau, trop parfait... Elle sentit les lèvres du jeune homme se poser sur les siennes, et doucement, ils s'embrassèrent, savourant enfin le moment tant espéré d'eux deux. Elle planait, elle était tellement heureuse... Toutes ces années d’espérances étaient réciproques, et enfin elle pouvait sentir son souffle près d'elle. La jeune fille commença à lui caresser les cheveux, pendant que le garçon mettait sa main sur son dos. Sans vraiment le vouloir, ils se retrouvèrent à terre. Alors, ils ouvrirent les yeux, et contemplèrent chacun les traits de l'autre, sans plus aucune crainte de se faire prendre. Elle ferma encore les yeux et... sentit une main secouer son épaule?

- Jade, debout! fit sa mère, penché au dessus d'elle.

Un rêve, ce n'était qu'un rêve... Mais peut-être pas complètement, puisque plus tard dans la journée, un certain jeune homme lui demanda si elle voulait bien aller avec lui au parc....
#signénamyon #romance #réaliste

Ahh, ce que j'aimerai que ça m'arrive...  😕

Correction de RImi (The Great):
 
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