Encre Nocturne
Bonjour !

Il est conseillé de s'inscrire ou se connecter afin d'avoir accès à l'intégralité des messages du forum.


Entrez dans une dimension littéraire dont le territoire est infini et partagez vos écrits avec les autres internautes !
 
AccueilAccueil  ÉvènementsÉvènements  PublicationsPublications  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

3 résultats trouvés pour TextedePantouffe

AuteurMessage
Tag textedepantouffe sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: On vivra à ta place [-18]
Pantouffe

Réponses: 11
Vues: 605

Rechercher dans: Nouvelles   Tag textedepantouffe sur Encre Nocturne EmptySujet: On vivra à ta place [-18]    Tag textedepantouffe sur Encre Nocturne EmptyLun 9 Mai 2016 - 23:20
Whoooolala. Comment je vais pouvoir parler de ce texte. Déjà, il est explicite, quoique pas spécialement trash ; mais j'y parle sans ambages de sexualité, donc ce n'est pas à mettre sous tous les yeux.
Je l'ai écris l'été dernier après une longue période d'improductivité de plusieurs mois. Avec le recul, je le vois comme une sorte de prémonition en fait. J'ai corrigé quelques petites choses la semaine dernière ( et ce soir ), des détails minuscules et du coup. DU COUP JE SAIS PAS. Je le partage avec vous. Je ne suis pas vraiment satisfait de ce texte, j'aurais voulu en dire plus, et les dire mieux surtout. Mais toutes mes tentatives de le modifier vraiment de fond en comble se sont avérées complètement vaines, et au final, je suis passé à autre chose, bien que j'ai écris d'autres textes sur des thèmes plus ou moins semblables. J'ai hésité à poster un deuxième texte à la suite, dans le même sujet, mais au final, je me dis que ce n'est pas réellement pertinent, étant donné que l'un est vraiment blindé de trucs sur la sexualité, l'acceptation de son corps, l'apprentissage du désir, de la séduction, ect, alors que l'autre parle simplement d'exclusion sociale, bien qu'il prenne place aussi dans le décors d'une boîte de nuit.
DONC BON. Voilà. Je ne sais pas trop, mais voilà.


Il ne sait plus ce qu'il fait là, il a laissé filer l'idée qui l'a conduit en ces lieux où l'espace pulse et tourbillonne comme l'intérieur illuminé d'un ventre gigantesque, occupé à digérer frénétiquement un millier de vers opalescents secoués de spammes. Parmi la frénésie bestiale, l'agitation grouillante, il n'est qu'une frêle esquif décharnée par la tempête ambiante.
Sa gueule blême se repeint aux couleurs qui passent comme des vagues sur la foule, ces voiles éthérés issus de projecteurs aux mouvements réguliers, et dont les traînées spectrales se heurtent aux cernes qu'il a maquillé de noir pour se faire de grands yeux de panda ; cachant pudiquement ses insomnies sous des couches de peinture. Il n'en a l'air que plus perdu, môme fluet disloqué par les remous de la foule qui oscille autour de lui, le tourbillon adhésif de ces corps moites et chauds qui se pressent et s'enfuient, les bonds équins des phalanges qui cognent et rebondissent, les membres vigoureux qui s'écrasent en paumes furtives, rasent en mouvements chaotiques, dans la bataille effrénée du tremblement commun, l'agitation électrique, sexuelle. D'autres tempêtes encore qui soufflent sur la piste, ouragans de sueur qui s'élèvent dans la marée orgiaque, les odeurs suffocantes des chairs en ébullition exhalant leur emprunte olfactive pour attirer les mains, les nez, les lèvres étrangères, invitant à la perte en des bras inconnues.
En d'autres circonstances, une trique monumentale palpiterait le long d'une de ses cuisses, mais il est trop en dehors de lui même pour bander face à ce raz-de-marée de viande luisante et de fentes onduleuses- bouches, paupières, cols ouverts, manches emplies d'épaules et de biceps, et au loin, peut-être, dans les toilettes ou dans un coin obscur, sous une grappe d'ombres gluantes parfois éclatées comme du raisin trop mûre par un balayage des lumières démentes, les fentes autrement plus intimes révélant d'insoupçonnées capacités d'extrême dilatation. Le spectacle de la multitude informe, ce marais organique aux effluves érotiques, aux caresses brutales, impudentes, pour la plupart tout simplement accidentelles, l'explosion répétitive des gestes de la danse, des danses, les centaines de mouvements obscènes et lascifs qui démarquent chacun dans cette multitude, de parades saccadées, d'exhibitions voilées, ces démonstrations de pouvoir, ces cabrioles hurlantes, ces calligraphies insolentes, tout ce spectacle écumant, écœurant d'excès, de rage, de densité, devrait secouer son corps d'une passion brûlante, le jeter sur les braises d'un bûcher orgiaque ; le faire bander comme un beau diable, somme toute. Il devrait rouler entre ces paumes innombrables comme un morceau de glaise, l'esquisse  dégoulinante d'un danseur aux hanches désarticulées, aux poignets aériens, onduler au creux des bras qui serrent, laisser les paumes immenses aux lignes granitiques se presser sur le galbe de ses fesses. Une cambrure à se damner qu'il a pris soin de mouler, sans en faire trop, juste assez pour étaler la plastique imparfaite mais  affriolante de son corps jeune et souple.
Parfois, il rêve de scènes semblables au sein des rames bondées, frêle, minuscule, invisible gamin, à l'ombre odorante d'un homme plus fort que lui, et dont le large dos semble une esplanade hypnotique ou faire glisser ses mains fines, douces et sans force, des mains de fille aux doigts graciles. Jouer du tambour sur de vastes omoplates dansantes, suivre la ligne d'ombre entre leurs deux plateaux, le vallon humide semé de vertèbres rentrées dans la chair, comme des graines prêtent à germer en roselière osseuse... Géométrie carnée palpitant sous la paume. Il rêve de se coller contre la puanteur aphrodisiaque de cet homme inconnu qui pourrait l'enfouir et l'écraser sous son étreinte virile, le dévorer d'un seul baisé vorace, rêve de ses bras puissants, de son corps dur et moite, son torse dru et ferme. Il imagine sa petitesse chevelue roulée sur cette large poitrine, plate et luisante. Imagine la volupté bestiale de cette bouche impérieuse dont la moiteur gourmande s'ouvrirait dans l'exquis chatouillement d'une barbe ; sur son oreille ou dans son cou. Quand l'oscillation des autres voyageurs le jette contre un de ces hommes à l'aura magnétique, il ne fait pas mine de résister à l'attraction sauvage. Il ne se retient plus à rien, heureux d'être pressé, suffoqué, esquiché contre le dos sinueux, dénué d'échappatoires, comblé d'avoir enfin une bonne excuse pour se tendre à deux millimètres de ce corps musqué, âcre et viril. Il se sent chuter dans un vaste tourbillon, papillonnant du cœur jusqu'au paupières, sombrant au sein de voluptueuses mélasses, convulsant dans les nuages de phéromones et de sueur, déjà cambré sur les palpitations anticipées d'un mâle aux grognements bestiaux. Oh, ces hommes... Ces créatures puissantes aux charmes brutaux auxquelles il a appartenu dans la fièvre compacte du fantasme masturbatoire, brûlant sans être vu tout à côté d'eux, sous un pudique rideau de cheveux, les yeux probablement aussi brillants que des charbons ardents, les joues rubescentes façon peinture fauviste , le cœur dans la gorge- à défaut d'autre chose... Ces hommes là, il a rêvé cent fois de les trouver un jour dans un milieu propice à la réalisation des fantasmes frénétiques qui font vibrer son corps dans les foules submergeantes, d'avoir au moins une chance infime de les toucher du bout d'un doigt tremblant. Il a rêvé de pouvoir les admirer sans se cacher derrière un voile de boucles endiablées, de pouvoir les aborder sans crainte qu'on l'observe avec dégoût, gêne ou dédain, certain d'avoir à faire à quelqu'un qui, peut-être, par chance, par miracle plutôt, pourrait trouver attirante sa petitesse informe, nerveuse et vaguement androgyne, mais définitivement marquée d'une masculinité effective, rempart à la majorité d'entre eux. Ici, ils sont tous ou presque du même bord. Il n'y a plus aucun risque, si ce n'est celui de ne pas répondre aux goûts ciblées d'autrui... Mais tout du moins, le service trois pièces qui s'accroche à son aine ne rebutera personne. C'est une angoisse plus tolérable.
Alors pourquoi se sent-il si foutrement perdu ? Ses nerfs ont disparu, on les lui a volé. Probablement un démon en use t-il pour jouer de sa guitare, collé à elle, ventre à ventre avec son instrument. Voilà qui expliquerait la musique infernale ; mais qui pourtant ne résonne pas dans l'amphitéâtre de son ventre, ne fait que tournoyer non loin de ses tympans comme un spectre en errance.
Il ne sent plus rien, à peine un vague bourdonnement dans ses veines, un fourmillement diffus sous sa peau, comme un massage anesthésiant au dedans des artères, du mauvais côté de la chair et des muscles. Et son esprit a chaviré. Quelque part sous les pieds des danseurs, écrasé, réduit en lambeaux par le balancement implacables des corps entrechoqués comme des couperets tranchants. Mécaniques charnues qui cisaillent, qui brûlent, qui grincent et suent, font plein de notes étranges sous le bruit informe des conversations, des cris, des gémissements et de la musique ; forgent un vacarme agressif tout à fait hypnotique. Dans la marée des chairs, dans l'écume de sueur, sur les récifs des membres de granit, de porcelaine et de velours, son esprit a coulé, s'est noyé, est remonté dans un geyser de vomis et d'alcool pour s'écraser au plafond, mitraillé par les phares aveuglants qui tournent, déchiré par les ombres infinies, tenaces, multicolores. Dans la clarté diffuse, liquide et ondoyante, charivari versicolore et prismatique, les lumières écharpées réduites en aquarelles sur les membres moirées glissent dans le creux des gorges, dessinent à la hâte les muscles qui transpirent, suintent comme des fruits pourris. Les dents ont des éclats étranges, les yeux explosent comme des feux d'artifices, les pupilles se dilatent, n'en finissent plus de gagner en profondeurs occultes. Les perspectives architecturales des corps qui se dénudent s'écroulent les unes sur les autres, les drapés et les bâches des vêtements aux épaisseurs minimes semblent invisibles, mais l’obscénité n'existe plus, pas dans cet univers où les sens ont éclos comme des fleurs de charogne, dispersant leurs pétales en pêle-mêle explosif. Tout semble avoir été déployé d'un seul coup, dans un orgasme tonitruant du cosmos, une érection constellé d'étoiles de l'univers entier. Une éjaculation interstellaires de Pan, une giclée de voie-lactée tournoyant dans l'espace, pleuvant en comètes nacrées sur son corps abandonné au vide.
Bordel de dieu, il a rêvé de cette horreur grandiose tant de fois, avec fièvre. Il a tellement voulu de cette impérieuse nausée, ce ballottement des entrailles, cet univers humide et  sulfureux, brûlant et détrempé comme l'intérieur d'un ventre. Il a voulu à de si nombreuses reprises rejoindre les cohortes bondissantes des Faunes urbains, connaître l’ivresse, l'oublie, le lâcher-prise fiévreux. Être des leurs. Connaître la joie insolente et sauvage de ceux qui n'ont pas peur que la nuit vienne, de ceux qui ne prennent garde à rien, qui se foutent royalement qu'on les juge, qu'on les hue, qu'on les laisse perclus de solitude dans les draps de l'aurore, que demain soit terrible ou bien morne. Ceux qui cuvent en dormant dans des lits inconnus, dont le vomis dégage des odeurs spiritueuses, dont les pupilles dilatés prennent une ampleur mystique, ceux qui s’esquintent au corps à corps dans les toilettes crasseuses, qui se touchent en publique au beau milieu des foules. Il a rêvé de leur appartenir, d'être contaminé, d'avoir en lui la même scabreuses insouciance, la même stupide inconséquence. Il a voulu être malade à leur manière, faire voler sa raison en éclats, écraser la solitude qui l'accompagne pendu à son cou sous le poids d'un autre corps, dans son lit ou un autre, peut-être même dans une ruelle ou contre un mur poisseux. Oui, il a voulu connaître la débauche et avoir mal au crâne, au ventre, au cul. Il a voulu l'apothéose de ce monde éphémère, qui naît le soir en des lieux dévolus à la houle des marrées carnifiées que forment les fêtards. Être vu, être jugé, observé avec concupiscence. Être touché. Désiré. Caressé. Embrassé ; puis baisé. Peut-être au moins dragué, simplement abordé, intéresser quelqu'un, même superficiellement, quitte à n'être pour lui qu'un coup d'un soir à emballer vite fait. Exister sous les caresses d'un autre, lignes du corps brouillé redessinées sous des paumes étrangères.
Bordel de dieu, c'est vrai qu'il a rêvé. A tel point qu'il a cherché à transposer ses désirs honteux dans la réalité, les enjoignant à s'épandre comme de l’huile en dehors de son crâne, puis à s'embraser dans les crépitements infernaux des bacchanales urbaines.
Mais ce n'était qu'un rêve, car si le monde est là, aussi beau et aussi écoeurant qu'il a appris à l'aimer en silence, lui est toujours le même. Timoré, minuscule, invisible. Sans charisme et sans grâce malgré son beau visage, ses grands yeux bleus, sa chevelure aux vrilles entortillées, aux reflets aurifères. Son corps mince et souple, pâle et mou, l'incongruité de sa poitrine osseuse, de ses côtes apparentes, de son ventre pourtant flasque, associés à ses jambes musculeuses et épaisses. Grotesque ambivalence, dilution d'une beauté androgyne en des dessins faunesques.
Il a fait son possible pour avoir l'air avenant, sans succès à ses yeux. Ses jolies fesses galbées de méditerranéen sont mises en valeur, son teint crayeux a pris l'éclat délicat de la porcelaine. Il a caché ses cernes, déployé l'envergure déjà faramineuse de ses longs cils de biche, offrant une route toute tracée aux regards vagabonds, pour les faire converger vers la clarté lagunaire de ses iris bleutés. Ses traits fins, à deux doigts d'être androgynes mais pourtant masculins, ni particulièrement beaux, ni véritablement communs, ne sont plus masqués par un rideau frisottant de boucles anarchiques. Il a fait l'effort de nourrir la pulpe sanguine de ses lèvres habituellement desséchées, immolant leur linceuil de peaux mortes. Ce soir, elles sont rouges et généreuses, accueillantes et torpides, telles que l'enfant les imagine sensuelles. Elles tranchent sur la pâleur de sa peau duveteuse, douce et tiède. Même sa posture est étudiée, il a relevé ses épaules étriquées, son menton à la blondeur frisotante, creusé son dos et interdit formellement à ses mains de se joindre. Il s'est empêché de trembler, à fleur de peau ou au dedans, il a au mieux contrôlé sa respiration crachotante de petite créature nerveuse. Malgré sa méconnaissance et son désintérêt pour toute forme d'effort esthétique, il a fait au mieux en choisissant ses habits, en préparant son corps tout entier pour en atténuer la sécheresse, l'incongruité grotesque. Sur plusieurs mois, il s'est poussé à prendre soin de lui, à laisser en arrière sa nonchalance sauvage, son flegme apparent, détrompé par la vivacité de ses bonds, l'ampleur de ses mouvements de cygne ; il a cherché à rattraper le temps perdu, toutes ces années adolescentes à ne pas se soucier de son apparence et des atours propres à la mettre en valeur. Souvent, il s'est sentit mal à l'aise, il a eu honte, cherchant à accomplir cette laborieuse transformation dans le secret, se désolant lui même de correspondre un peu plus à chaque fois à un cliché quelconque, le frêle pédé dans ses habits cintrés, aux doux yeux de femme sur son visage imberbe. Il s'en est voulu de chercher l'approbation d'autrui. Il s'est haït, s'est méprisé, puis finalement, s'est résigné dans un élan morbide, découragé jusqu'à ce soir, cette nuit excitante qui l'a au départ fait trembler de toutes parts- de peur, d'envie, de bonheur et d'angoisse. Il a passé plus d'une heure à se préparer pour cette première fois, la plage horaire la plus longue qu'il ait jamais accordé à son reflet fuyant.
Mais rien de tout ça n'a suffit. La défaite lui crève les yeux, lui cloue le cœur, esquiche et durcie ses entrailles, lui explose les dents pour s'en faire un collier. Et elle danse elle aussi, le narguant furtivement, spectre moqueur hantant la piste,  la brume échappée des pores dilatés de toutes les peaux qui suent. Il n'ose pas la regarder, préfère se détourner en frémissant des narines, des paupières et des cils. Au bord des larmes, au bord des cris. Prêt à tous les brûler, ces  sublimes salopards... Ou à les supplier.
Il est aussi étranger à ces lieux qu'à tous les autres. Comme le dessin hésitant d'un enfant décalqué maladroitement au milieu d'un chef d'oeuvre au style incomparable. Il a beau en rêver, ce monde n'est pas le sien. Ces gens ne sont pas comme lui. Ils peuvent trouver des plaisirs là où son cœur dérouté ne comprend plus rien. L'anticipation a beau être aussi frustrante que délicieuse, elle ne débouche toujours, en ce cas comme en d'autres, que sur une amère et puissante déception. Une douleur profonde qui le perce et remue à l'intérieur de lui. Car il est viscéralement étranger à la fièvre des fêtards, comme à bien d'autres choses, trop nombreuses à son goût, des plus simples aux plus obscures. Cela va de certaines sensations à des choses qu'il devrait ressentir, des sentiments qu'il n’éprouve pas, des pensées qu'il ne devrait pas avoir, ou du moins pas connaître, remarques détachées d'une froideur antique. Cela va de détails à des énormités. Et peu importe que son esprit puisse fantasmer au point de lui faire croire qu'un changement est possible : jamais sa nature ne lui permettra de rejoindre les multitudes si désirées, enviées de loin, d'un coin d'ombre tranquille. Cette nuit n'est qu'un désillusion de plus.
Il aurait foutrement besoin qu'on vienne lui tendre une main. Mais ce genre de choses n'arrive que dans les livres.
Le gamin quitte la spirale odorante des danseurs, le balancement des membres, la moiteur érotique de la piste. Ses effluves, ses mains prometteuses, ses splendeurs animales ; il fuit vivement, sur la pointe des pieds, avec la même démarche méthodique qu'il adopte toujours dans la foule, une chorégraphie gracieuse faîte d'évitements et de glissades furtives entre deux autres corps.
Il a récupéré son esprit chuté depuis le plafond, écrasé de nouveau en un tassement d'épines dans le chaos de sa chair. Ses sens lui sont revenus, agressés par le bruit, les odeurs, les lumières. Le démon en a sans doute fini avec la musique tirée de ses nerfs tendus, sa guitare martyrisée gisant brisée à ses sabots fendus. L'enfant voudrait les lui rendre, s'en défaire à jamais.
Il ne retrouvera aucun des hommes du métro ou leurs semblables ici, ni ce soir, ni jamais. Ces êtres auxquels il rêve le soir dans ses draps froids, ces mâles plus grands et plus forts qu'il ne le sera jamais, et de loin. De très loin, du bout de l'horizon dévasté de sa vie.
Parfois, il les veut en lui, à l'embouchure de ses entrailles, tout prêt de son ventre ou dans sa gorge, palpitant sur la langue. Entre ses paumes aussi, glissant sur les lignes fines de ses mains sèches et douces.
D'autres fois, plus nombreuses, il se sent juste seul, abandonné et vide. Alors, il ne rêve qu'à un corps contre lequel dormir, qu'une étreinte où se blottir pour trouver le sommeil. C'est une envie stupide, commune. Une faiblesse à honnir.
Mais elle revient, chaque soir. Elle reviendra, ce soir.
L'enfant, l’Étrange, quitte l'enceinte de la boîte. Il ne pleure pas et son visage est vide. En quelques pas, son maintient change, un rideau de cheveux retombe sur la moitié de son visage et sa démarche se fait plus silencieuse. De moire et de velours sur les trottoirs humide, il se mêle à la nuit. Trois enjambées, un œil méfiant, une moue crispée.  Les lumières zèbrent son corps comme des cicatrices fraîches. Deux mètres parcourus, et son visage a repris son habituelle froideur, son expression farouche.
Il se dirige vers la station de métro la plus proche, descend les marches trois par trois malgré ses courtes jambes. Il a gravit ces escaliers depuis moins d'une heure.
C'est sûrement trop peu de temps pour se décourager... N'est-ce pas ?
Peut-être bien.
Il disparaît de la surface, se dissout dans la nuit comme un petit bonhomme en sucre plongé dans une tasse de café.
Parmi tous les danseurs, sur la piste où les corps s'entrechoquent, s'imbriquent et se transportent, où les lèvres se joignent, où s'apprivoisent les langues, un homme pense au garçon qu'il voulait aborder, sémaphore chancelant égaré dans le brouillard charnel. Puis une autre silhouette le lui fait oublier.
Tandis que le gamin se crispera dans ses draps solitaires, il saisira sa chance et vivra jusqu'à l'aube.
Spoiler:
 
Tag textedepantouffe sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Les amours adhésives ont giclé sur nos peaux. [-18]
Pantouffe

Réponses: 5
Vues: 585

Rechercher dans: Nouvelles   Tag textedepantouffe sur Encre Nocturne EmptySujet: Les amours adhésives ont giclé sur nos peaux. [-18]    Tag textedepantouffe sur Encre Nocturne EmptyVen 11 Mar 2016 - 22:35
..... Ok, en vérité ce titre est tout à fait random. \o/ Mais je pense que ça donne le ton de ces trois textes.

Pour la petite histoire, j'ai écris le premier affalé dans les couloirs de la fac lors d'un inteeeerminable après-midi déprimant et stressant. J'étais en train d'écrire autre chose, un truc pour une amie, puis mon mp3 a commencé à jouer l'ost de Rule of Rose ( ce jeu putain ;w; ), et sans savoir pourquoi, j'ai brutalement commencé à écrire le texte ci-dessous. C'est arrivé violemment, une grosse pulsion d'écriture ; c'est partis tout aussi vite, et je me suis retrouvé avec ce machin complètement random et vaguement incompréhensible écris d'une traite, sans réflexion. Je ne me suis pas autorisé à le réécrire ensuite, j'ai juste rajouté une ou deux phrases à la fin, mais j'ai choisis de le laisser en l'état, brut et mystérieux. Même moi je n'ai aucune idée d'où ça peut bien sortir.
Je vous conseille de le lire à voix haute ou de le murmurer, je me suis rendu compte après-coup qu'il gagnait à être lu oralement. ^^

Les deux autres sont issus du même genre de pulsion, et je les résumerai par "il ne faut pas écrire après trois heures du matin sous peine de faire des trucs vraiment chelous". /O/
J'ai choisis de les poster tous les trois dans un même sujet car ils semblent tous parler plus ou moins de la même chose et qu'ils fonctionnent mieux présentés dans un ensemble de ce genre que tout simplement balancés individuellement. Le ton est plus ou moins le même dans chacun, ils ont des thèmes qui communs, et ils ont été écris avec une même frénésie soudaine, dans un lâcher-prise qui ne laissait pas vraiment de place à une cohérence consciente ; en gros, c'est brut, un peu WTF et je ne pourrai jamais écrire de cette manière en étant rigoureux : il faut que ce soit totalement spontané et brutale pour que ça prenne cette forme.
Du coup, voilà, je les bazarde ensemble :D. Je tiens quand même à prévenir que c'est assez cru et cauchemardesque. C'est à la fois sanglant et sexuel et purement descriptif/émotionnel. DU COUP. Du coup ce n'est pas à mettre sous tous les yeux je pense.
Bonne chance pour ceux qui ont décidé de lire D8



Tu soupires, on soupire, les violons nous cisaillent. Des archets qui nous besognent les nerfs, des cordes qui tiraillent dans la chair, de la musique qui coule dans les veines et jaillit par nos yeux en distillat salé, le goût cuivré des larmes qui perlent à nos paupières comme des enfants curieux de découvrir le monde. On les jette les gamins, on les met à la porte, on les balance dans le vide. Elles tombent les larmes. On les pleure comme on largue des obus, comme des avions pansus, on crépite d'énergie, on est gonflé d'acier et on survole les rues... on bombarde la terre de sanglots enragés, on crie dans la nuit, on épouvante les ombres. On pétrifie les arbres, on gueule  aux voitures qu'elles feraient bien de se taire, on tape l'asphalte avec nos pieds, nos mains, nos joues, on tombe, on s'écorche on s'écarte.  De nos lits, de nos vies. C'est la débâcle on fuit, on se trouve une bulle d'obscurité bruissante dans les buissons qui piquent.
On s'ouvre en deux, on se touche dans le ventre, on s'éviscère à l'abris des regards. Y'a des noyaux en nous qui palpitent comme des cœurs, bouillonnant de riches sécrétions , de jus amers. On les titille avec les doigts, j'ai toute ma main en toi. T'es aussi chaud qu'un four, aussi mou que de la farce, t'es comme de la mélasse, t'es tendre comme la viande. Je travaille en toi, on hurle.
On s'égosille dans la nuit noire. On gargouille, on calanche, c'est la mort ; la petite. On louvoie dans nos bras, dans nos bouches, dans nos tripes. On se triture les veines à coup d'aiguilles, on se met le feu dans la gorge avec des grandes rasades, on s'embrume, on s'éveille. On coupe les bras trop lisses, on écrit sur la peau.
On la salie la peau, on la viole, on la soumet, on marchande avec elle pour  qu'elle procure l'oublie ; dans la douleur. Elle suinte, elle devient molle, y a des croûtes, y a du sang. On se barbouille de glaires pour que sa sèche plus vite, on lèche les plaies, on les ausculte avec la langue, on caresse les cicatrices du bout des cils, on se montre doux et respectueux avec la calligraphie du rasoir, la poésie du cutter dans la chair. On respecte leur prose incarnat, leur écriture précise.
On trace de nouveaux vers , on régule la douceur de nos peaux, on fait jaillir des formes en glissant sous l'épiderme moite. On se pleure dessus, on se bave dans le cou. On ne s’offusque pas de nos remontées de bile.
Je crois bien tu sais que c'est le récit, de notre histoire d'amour...



Te souviens-tu de mes mains sur ta voix. Mes mains sur ton souffle ta voix contre mes paumes flétries dans les lignes de mes mains sur tes lèvres. Te souviens-tu l'humidité sur ma peau quand tu perdais la vie collée contre mon corps, nos os qui s'esquintaient les un contre les autres dans le grouillement poisseux collant des peaux voraces qui s'arrachaient dans le mouvement de notre danse ignoble. A perpétuité nos messages gravés à même la chair de l'autre et mes lèvres sur ton front brûlant quand je serrais contre le mur ta matérialité marécageuse et molle, quand j'entendais craquer contre moi tes os de nougatine, quand la faune des bayous saccagés de ton corps, les organes battants et luisants comme des créatures humides s'échappaient en saccades de ton ventre, claquaient contre mes jambes, éclataient contre moi en bruits mouillés. Te souviens-tu quand mes mains ont glissé caressantes et dures aux frontières brouillées de ta chair mutilée, l'instant de grâce où mon contact a blessé comme si chacun de mes reliefs avait la pureté d'une lame de rasoir. Déchirée, révélée au regard impudique de la nuit sans frontières peuplée de fumées et d'étoiles. Ta voix a chanté un instant, aussi belle qu'un premier coquelicot gueulant son rouge sur une pelouse, puis ta voix a vibré, dans mes paumes, quand mes mains sur ta gorge ont posé leur empreinte. Je suis entré en toi et mes blessures ont épousé les tiennes. Te souviens-tu mes larmes et la mort de ta voix dans mes mains qui serraient, le goût que tu avais sur ma langue quand je t'ai faite y fondre et danser sur mes papilles sanglantes, te souviens-tu la tendresse de mes caresses à l'intimité suintante exposée comme une affiche de carnaval en dessous de tes côtes, te souviens-tu mes mots mes doigts explorant ton larynx à la recherche de ta voix du cadavre de ta voix qui avait tant vibrée.
Je me souviens moi tu sais de chaque instant dévolu à vénérer ta chair.



Oh j'ai donné mes mains et j'ai coupé mes doigts sur des séquences infâmes, vous savez j'ai cédé tout mon corps aux quatre vents des autres qui soufflaient sur ma peau de leurs paumes rasoirs et du bout de leurs lèvres chalumeaux dérapant acceptant les caresses qu'ils cédaient à mes nerfs déroulées sous la chair comme des étoiles filantes au sillage immobile la tapisserie alambiquée des veines qui traversaient ma chair. J'ai donné mes yeux et mes paupières dans la nuit de leurs gestes denses qui m'environnaient comme les branches d'une forêt primaire éveillée par le vent, j'ai donné chaque lambeau de ma peau à leurs dents qui s’affairaient pour me fouiller et j'ai laissé leur corps animal vénérer le mien qui ployait sous la faconde de leur expressivité, j'ai laissé leurs cris me brûler leurs baisés me gercer, j'ai offert chaque cheveux à leurs doigts caressants et j'ai donné plus qu'à mon tour et du souffle et des larmes dans l’iridescente laquée de la sueur qui nous couvrait comme des films plastiques arrosés d'ondes boréales liquéfiées par les mains d'un géant. J'ai donné mes poignets à leur lames à leurs lèvres, à leurs oreilles qui quêtaient le bruissement de mes veines, j'ai donné le creux veineux du coude à leur langue acheminée hors des moiteurs écarlates des bouches ouvertes, j'ai abandonné ma solitude à leur tendresse déchirante à leur bestialité touchante qui m'environnait à la manière d'une nuée de voiles en satin déchiré, j'ai donné mes pieds qu'ils ont chaussé et avalé, et j'étais vénéré entres leurs mains brutales qui déchiraient ma chair. J'ai donné mes viscères, le bouillon des entrailles et les parfums de la viande assoupie dans mon ventre j'ai donné l'ambroisie gélatineuse de mes yeux percés et l'amertume de ma langue sèche, j'ai donné mes lèvres spongieuses et sanglantes aux leurs qui brûlaient magmatiques sur mon corps dénudé et j'ai donné mes os de nougatine écrasés sur la grève de leurs gestuelles, noyé par la vague de chaleur la rumeur entêtante qui s'échappait de la foule de leurs membres emmêlés acheminés vers ma carcasse étendue qui attendait attendait le répits et la mort et la quiétude astrale de l'oublie qui enserre et qui gèle. J'étais fêlé des tempes jusqu'aux tibias et ma gorge arrachée déployait des bourrasques, j'étais dispersé sur leurs paumes amoureuses en miettes humides et ma chair abolie déversait des litres de sang chaud sur la tourbe argentée par l'éclat de la lune. Mes os nacrés dans la floraison des entrailles allumées au briquet des étoiles resplendissaient comme des bijoux dans un écrin emperlé d'humeurs iridescentes. Je fus un beau cadavre, et je gage qu'ils dégustèrent mon corps comme jamais ne l'auraient fais le vers. Les dessous de ma chair furent un festin atroce aux subtilités abominables, ils se léchèrent les doigts au-dessus du chapiteau éventré où festonnait l'entrelacs délicat de mes intestins que l'agitation orgiaque agitait de soubresauts musicaux du plus bel effet dramatique et funèbre. Ils connurent de nombreux jours de victuailles abondantes cueillies à même le jardin de mon corps détroussé, des fruits charnues décrochés au verger déliquescent de ma chair à l'agonie dans les branches de mon armature bafouée la canopée de viande accrochée à mes os, sublime architecture saccagée par les étreintes abondantes et trop lourdes qu'ils m'avaient prodigué. J'ai dis merci dans le soupir aux horribles amants.
Et j'étais plus beau mort que je n'avais pu l'être au cours de toute ma vie.

Spoiler:
 
Tag textedepantouffe sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Je me souviens... [-18]
Pantouffe

Réponses: 14
Vues: 685

Rechercher dans: Nouvelles   Tag textedepantouffe sur Encre Nocturne EmptySujet: Je me souviens... [-18]    Tag textedepantouffe sur Encre Nocturne EmptyJeu 3 Mar 2016 - 19:35
Et c'est avec ces textes que j'ai définitivement enterré la mise en page à coup de pelle. Dans mon jardin. Qu'elle y repose en paix.

PLUS SÉRIEUSEMENT. Outre la mise en page catastrophique ( ou sa regrettable absence ), ce que j'ai à dire de ces textes est plutôt concis : le premier a été écris vite fait en classe, un matin, en sept/dix minutes. On devait écrire quelque chose avec "je me souviens" sur le vif puis le lire à voix haute, d'une traite ou non.  De véritables souvenirs, quelque chose de totalement imaginaire, une liste, un poème..... Simplement quelque chose avec "je me souviens".
Alors le fait qu'il ne comporte quasiment que des virgules pour toute ponctuation s'explique en raison de la situation pressante et de la lecture à voix haute fragmentée que j'en ai effectué.
Le deuxième a été écris un peu plus d'un an après, du point vu de l'autre personnage évoqué dans le premier. Il fait écho au premier texte, le complète en quelque sorte, en étant moins centré sur le narrateur. Là encore, la ponctuation est un peu particulière ; pour une raison obscure, ça m'est venu comme ça quand je l'ai écris, et j'ai décidé de laisser les choses se faire au feeling.
Je crois que c'est à peu près tout ce qu'il y a en dire ( à part peut-être que les lecteurs d'Âmes Perdues comprendront d'où est tiré le "Nous n'avons pas peur" ), alors je vous souhaite juste de ne pas sombrer dans le désespoir en constatant mon AMOUR PROFOND envers la mise en page, si vous avez décidé de lire ce machin. /O/




Je me souviens des paupières papillons sur les yeux cannibales, les pupilles élastiques qui dévoraient le monde, le confins du regard où les reflets se brouillent, s'arrachent en lambeaux de lumières grise, je me souviens de leurs cernes tombantes, comme des champs de fleurs ouvertes sous leurs yeux brûlants, je me souviens de leurs cheveux peints qui leur tombaient entre les mains, des os qui leur perçaient la chair, je me souviens d'un dos nu et du temps qui courrait sur le rail des vertèbres, des vertèbres furieuses qui me sautaient aux yeux, je me souviens de mes doigts sur leur tracé sinueux, je me souviens de sa peau sèche de papier verre, froide et pâle, je me souviens des dessins chaotiques de l'ombre et de la chair, du creux froid de ses reins, de l'univers glacé, de l'abîme de silence qui plongeait dans sa gorge, je me souviens de son corps endormi dans des draps de fumée, de ses iris grouillantes comme une tombe fraîchement ouverte, je me souviens de ses mains immobiles, de ses phalanges acérées, de ses ongles vernis, je me souviens du silence qui germait sur ses lèvres coupées, qui rampait sur ses joues et faisait taire ses yeux inexpressifs, je me souviens du carnage de son corps mis à nu, de ses poignets éteints, je me souviens lui avoir demandé si la nuit serait longue, je me souviens qu'il a soufflé comme pour un dernier mot : nous n'avons pas peur.
Je me souviens qu'il avait tord, mon corps tremblait comme les cieux noirs scotchés aux vitres, des étendues fuligineuses secouées par les éclairs qui s'abattaient aux murs : un ciel semblable à une marre de décomposition, où les étoiles étaient des vers.
Je me souviens qu'il chantonnait de sa voix défoncée : nous n'avons pas peur, nous n'avons pas peur...
Je me souviens y avoir cru pour arrêter de pleurer, oscillant dans les vapeurs d'alcool.




... les paupières papillons sur les yeux cannibales, aux pupilles élastiques qui dévoraient le monde... dans la fumée des joints nous oubliions nos peaux, abolissions la chair en planant dans les ombres... nous étions des oiseaux nocturnes, des cerfs-volants ivres aux mains d'un vent dément... nous nous jaugions dans la poussière, suivions la courbe du rimmel qui encerclait nos yeux ternes, abyssaux, affamés... nous regardions nos cernes maquillées, nos lèvres peintes, nous savions que sous les apparences improbables, il n'y avait que la peur... que nos cheveux aux couleurs de l'arc-en-ciel, aux formes saugrenues, n'étaient rien d'autre qu'une tentative de colorer un monde aux éclats factices... que l'excentricité de nos gueules ripolinées, de nos corps à demi-nu festonné de cuir, de clous, de rubans et de colifichets, ne pouvait pas suffire à nous mettre en dehors de ce monde avilis... oui nous savions dans le brouillard hallucinogène de nos cigarettes, dans les brumes douceâtres des joints humectés par des salives amères... nous savions qu'il n'y avait pas d’échappatoire.... nous étions lâches, fragiles et terrifiés, mais nos airs hautains, notre insouciance factice, nos passions décadentes qui horrifiaient autrui, nous aidaient parfois à oublier tout ce que nous avions honteusement ressasser en nos forts intérieurs... la vérité cruelle qui nous montrait les crocs, nous acculait dans nos bulles frelatées de solitude... alors nous aimions nous retrouver ensemble, nous agglutiner dans des hangars abandonnés, hanter les bâtiments en ruine... nous réunir comme des insectes et grouiller dans les brumes âcres des drogues que nous inhalions pour affronter la nuit... là où personne ne viendrait nous chercher, là où nous pouvions sangloter sur l'épaule escarpée d'un comparse endormis... ou défoncé peut-être... murmurer entre nous, nous mentir mutuellement, s'encastrer l'un dans l'autre en des étreintes osseuses, désespérées et froides... nous prodiguant par des baisés voraces, des rapports frénétiques et des caresses tremblantes, le peu de chaleur que nous autorisions à nos corps anémiés... nous paradions dans nos atours déchirés, au sein des voiles cloutés de nos vêtements trop amples, faisions l'amour sous les regards opaques de nos semblables indifférents au spectacle des sens... au sein d'un grand silence funèbre, avec une frénésie morbide, une passion muette... nous inversions les rôles, jouions avec les codes... cherchions notre identité en bouleversant l'ordre établi des choses, qu'on avait voulu nous faire tenir pour acquis, les règles prétendument immuables du genre... les filles portaient des ceintures d'un genre particulier, exhibant l'érection huileuse de bites en plastique noir décorées d'arabesques tracées au rouge à lèvres, censées figurées artistiquement des veines... les garçons les aguichait en robe, dévoilaient leurs jambes gracieuses gainées de bas résilles, jouant avec les voilettes qui couvraient leur visage, s'effondrant tragiquement sur des amas de coussins, leurs fesses crémeuses en évidence, l'échine souple, onduleuse... peaux tatoués, peaux percées, corps martyrisés et crinières chaotiques... nous nous autorisions toutes les excentricités physiques, nous complaisions à expérimenter toutes les dérives charnelles... mettions nos semblables au défit de jouer le jeu, d'enfiler un costume qu'ils avaient cru honnis... nous passions notre temps à nous provoquer ainsi, à nous tourner autour, à nous fendre de grimaces narquoises... nous agissions comme si nous n'avions pas besoin les uns des autres... comme si ces réunions funèbres ne consistaient qu'en une occasion de plus de donner en spectacle notre délicieuse étrangeté... de mettre en scène notre sentiment d'isolement morale et physique, accentué à grands trais d'eye-liner, sublimé impudiquement par l’excentricité parfois ridicule de nos costumes... la peur qui nous rongeait les tripes, cette peur affolante grimée en un glorieux dédain, étouffée dans les froufrous et les jupes en vinyle... nos mains nerveuses se joignaient fugacement dans la clarté pulvérulente des squats, des camionnettes et des entrepôts vides, avec des mouvements de soutient infimes, toujours très brefs... chacun donnait à l'autre des raisons de croire les mensonges rassurants que nous nous murmurions le soir dans nos draps solitaires, que nous ressassions le jour sous nos franges aveuglantes... laissant à voir au monde un demi-visage blême à l’œil cerné de knôl, des visages de panda à la beauté sauvage, au ridicule assumé et flagrant... oui, nous étions des menteurs... des menteurs qui dénonçaient les mensonges d'autrui, de la société, qui décriaient les adultes, l'institution scolaire, les autres adolescents... nous n'étions qu'un amas d'oiseaux décharnés désillusionnés par leur époque, qui avaient compris qu'au-delà du ciel où s'épanchait la nuit perpétuelle... là où les étoiles brûlaient de leurs feux agonisants, où les nébuleuses n'étaient rien que poussières... il n'y avait plus d'atmosphère pour leur permettre de voler, plus rien qu'un vide immense... rien qu'un vide glacial qui les happerait sans se soucier de leur identité, aussi futile qu'elle soit, aussi fort qu'ils aient tenté de l'affirmer... la tête dans les étoiles, c'était la mort par asphyxie ou dispersion des chairs... alors nous restions couchés dans la poussière telle des momies juvéniles, portant sur le monde un regard méprisant...
... mais nous étions surtout incapables de comprendre ce monde qu'on nous avait soumis... incapables d'adopter des positions nuancées... car seul l'excès attirait les regards, et le regard fait vivre... car nous voulions nous sentir exister... car les yeux de la foule anonyme, que nous fuyions pourtant, nous donnaient raison d'être... il fallait s'en cacher, les affronter parfois, quand le courage remontait dans nos ventres pour aller battre aux tempes... dans le jeu perpétuel de la confrontation, des fuites voilées sous les sourires dangereusement ironiques, nous affûtions nos différences pour mieux nous exalter d'être rejetés... nous l'étions après tout, et nous l'avions été... blessés, reniés, mis au ban tels des monstres grotesques nés d'une erreur quelconque de la matrice du monde... matrice pourrie suintante de pus, matrice rongée par les fringales mécanisées de ses enfants indignes... tout du moins désormais affirmions nous nos tares, les exhibions nous avec vigueur, impudence et colère... dans cet élan imbécile et informe de révolte qui ne menait à rien... toujours au front, au dehors comme face à nos parents... mais au fond, nous étions affamés, nous nous sentions trop seuls, vulnérables et toxiques... nous nous dégoûtions sans rien laisser paraître et n'avions pas le courage d'exposer à nouveau à la face agressive du monde, la terreur qui se cachait derrière nos masques carnavalesques... masques de plâtre aux dégoulinures d'encre, le sang noir des chansons dont nous avions imprimé ou écrit les paroles pour mieux nous en nourrir, des soirs durant... dans l'espoir d'y entendre un écho à nos propres souffrances, d'y puiser un soulagement quelconque, imbécile et brut... masques mortuaires sous lesquels nous cachions notre faiblesse honteuse pour mieux éloigner un danger potentiel... danger protéiforme, aussi brumeux qu'une aube, aussi percutant qu'une enclume... frémissant de savoir qu'il y aurait un lendemain, d'autres épreuves encore... refusant de dormir, car le sommeil ferait passer les heures plus rapidement, précipiterait la venue tonitruante du jour...
... alors nous étions là, nous étions là, si couards... défoncés et lubriques, jeunes et perdus... amers et terrifiés... nous n'osions pas sortir, nous n'osions pas bouger... au dehors la nuit tremblait, malmenée par l'orage, lardée d'éclairs dentelés, la pluie tambourinait comme un millier de doigts impatients trémulant sur le monde... des doigts nerveux qui nous pinçaient les nerfs, nous tapotaient sans trêve la colonne vertébrale... jouaient du saxophone sur les pistons de nos vertèbres cliquetantes... nous attendions dans ce chaos de velours et de chair, dans nos nids anguleux festonnés de breloques, d'autels enfumé aux Dieux des ondes obscures... nous attendions que l'orage abdique, que la nuit soit passée...
...j'attendais moi aussi... que les drogues fassent effet dans mon sang, que la trique artérielle décrite et vécue par Burrough diffuse sa brume en moi...j'attendais le délicieux brouillard où plus rien n'a de formes, où les pensées sont aussi douces, aussi caressantes, que de longues ailes frôlant les parois exiguës du crâne... la marmite gelée par l'immobilité sacrée des amants de la peur, où l'esprit cesse d'entrer en ébullition à la moindre sollicitation... j'attendais que mon amant du soir cesse de trembler en scrutant mon dos, que les substances sibyllines qu'il s'était injecté terminent d'agiter son esprit tourmenté... j'attendais qu'il se calme, qu'il sombre avec moi dans la léthargie opiacée où tout devient si vague, si serein et si doux... j'attendais que ses doigts cessent de caresser compulsivement ma chair... le relief de mes os, mes muscles rachitiques... comme on toucherait avec vénération un talisman magique, une terre consacrée... j'attendais qu'il cesse de vénérer ma pitoyable matérialité... que tout son corps s’amollisse, membre par membre, et fonde lentement contre le mien sur les draps défaits...j'attendais qu'il oublie sa peur de la nuit...du matin qui venait... de la pluie au-dehors... j'attendais, sans trêve et sa passion... et quand il me demande dans un murmure haché si la nuit sera longue, je lui réponds... que nous n'avons pas peur, non nous n'avons pas peur...psalmodiant la formule, invoquant le courage... et...
... et ses sanglots dans ma nuque, l'odeur douceâtre de ses larmes, la sécheresse feutrée de ses lèvres sur la peau fine du cou... ses bras qui serrent, ses mains qui tremblent... autour de nous des ombres tailladées, les effluves de l'alcool remontant à mon nez, l'alcool doré ou limpide qui dévale des gorges rocailleuses tout autour de notre nœud de membres, enrichit le sang liquoreux de nos frères et nos sœurs, autres enfants de la nuit aux cils papillonnants... les fontaines de fumée, de spiritueux et de salive qui s'échangent parmi nous, les îlots-d'oublis qui fleurissent aux creux des mains graciles, les sourires narquois qui s'étirent comme des accordéons, les yeux sans fonds aux éclats liquides, les masques craquelés de ceux qui ont cédé, les corps qui se dévorent sans pudeur ni mesure, les rasoirs qui murmurent sur la peau-parchemin... tout ça tournoie, s'éloigne au ralentis, comme si j'étais une galaxie qui valsait de plus en plus loin des autres, un des principaux concernés par la sirupeuse expansion de l'univers...
Quand enfin je suis seul dans un immense oublie, je m'autorise pour de bon à fermer les paupières, tuant les yeux cannibales, détendant l'élastique des pupilles qui s'affolent...Je m'offre un peu de repos, un peu d'éternité, car demain sera long, car malgré tous les mots, malgré tous les cantiques, j'ai peur, atrocement peur, peur à en devenir laid. Une peur immuable qui me bouffera tout cru.
C'est le dernier soir du siècle, et nos idoles sont mortes étouffées dans leur bile, nos rêves ont trépassé sous des banderoles de fleurs- la guerre a continué d'éparpiller des corps, de nouveaux traumatismes justifient l'oppression. Le sang et le sperme sont devenu un poison.
Les poètes opiomanes envieraient la variété des paradis artificiels qui s'épandent en nos chairs ; les mille et uns délices chimiques que nous ingurgitons pour aimer, pour sourire et maigrir, pour dormir et baiser, pour ne plus ressentir et oublier le temps. Les idéologies ont fait tomber leur masque, l'atome et le dollar ont eu leurs sacrifices. Des milliers d'imbéciles fêtent le passage à la nouvelle année, et de plus bêtes encore restent prostrés dans l'ombre. Les dingues et les paumés ont finit de se chercher sous les orages acides, ils ont bu jusqu'à plus soif l’hémorragie de leurs visions perdues...
Il est temps de dormir et de rêver demain ; puisse t'il régurgiter les espoirs qu'hier a dévoré.
Spoiler:
 
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
Sauter vers: