Encre Nocturne
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23 résultats trouvés pour drame-tragédie

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Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: [ANCIEN]Notes de Patch que personne ne lit
Alton

Réponses: 339
Vues: 11040

Rechercher dans: Vie administrative   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: [ANCIEN]Notes de Patch que personne ne lit    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySam 16 Sep 2017 - 9:08
Mes salutations les plus clinquantes !

A mon tours de spammer ici comme un sauvage !

Comme vous l'avez sans doute déjà remarqué, une nouvelle liste de genre (sans raton-laveur est apparu) chacun des items de cette listes est un lien vers les sujet appartenant à la liste (au moment ou j'écris seul quelques genres son occupés, mais le peuplement ne saurai tarder Vent) et puis ça donne une idée de a qui ça sert !

Hee ... T'est gentil Alton ... mais Cooment on apparaît dans la liste ? Hein Hein ... Comment je fais hein !!!! :révolution: :révolution:

C'est simple bon ami nocturniens, il suffit de taguer vos texte comme indiquéhttp://www.encre-nocturne.com/t4283-convention-du-forum#46961

La liste de tag pour éviter de se promener à chaque fois là bas

Genre(s) au choix (minimum 1) : #Aventures - #Action - #Fantasy - #Science-fiction-Anticipation - #Romance - #Réaliste - #Amitié-Famille - #Surnaturel - #Policier-Thriller - #Drame-Tragédie - #Epouvante-Horreur - #Humour - #Spirituel-Philosophie

Juste une petite précision : Les tag, en plus d'être assez rigolo pour taguer n'importe quoi #Voilà #Utilité, sont un peu capricieux, du coup si vous votre etiquette n'est pas exactement celle attendue, l'annuaire improvisé ne les reconnaîtra pas (ça compte pour les majuscules)

Ah oui, et si un admin pase dans le coin, il pourra modifier la charte pour virer les accents des tags qui ne sont pas reconnu ?

Comme d'habitude n'hésitez pas à râler si ça ne marche pas, (sinon là c'est un peu moche, je viendrai peaufiner dans la journée là je dois vraiment y aller ... :unjournormal: )

Bonne journée à vous !
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: La Boîte à violence
ArtVanCastel

Réponses: 10
Vues: 1167

Rechercher dans: Chansons   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: La Boîte à violence    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyJeu 7 Sep 2017 - 15:10
Qu'est ce que Shitbrain ?:
 


#Drame-Tragédie

Comme chaque jour, il se rend à la boîte à violence,
Un bâtiment public où règne une triste ambiance,
Cris et douleur, laideur et goûts et odeurs rances,
Et un jour ce sera lui la boîte à violence.


Il se lève tôt chaque jour pour aller étudier,
Car c'est une chance dans les pays civilisés,
Il ne peut protester malgré sa mauvaise mine,
Car sans cela il travaillerait dur à la mine.
Il prend le bus seul, seul avec ses écouteurs
La musique à fond lui sert de carburateur
Il avale des couleuvres grosses comme des nasiques
Quand les autres voyageurs lui adressent leurs piques.
Mais au fond de lui, viennent vite les idées noires
Se disant qu'il pourra se venger d'eux plus tard.
Bien sûr les moyens clean existent bel et bien
Mais ce qu'il veut, c'est la mort de ces acariens.


Ecoute, petit, je sais que là c'est pas la joie !
Mais les voix dans ta tête, surtout les écoute pas !

Elles veulent ta mort ou celle de ces enculés !
Mais leur soif de sang ne doit pas être comblée !

C'est eux la boîte à violence ! C'est pas toi !
C'est toute cette merde, la boîte à violence !
C'est pas toi ! Toi t'es bien ! Les écoute pas !


Comme chaque jour, il se rend à la boîte à violence,
Un bâtiment public où règne une triste ambiance,
Cris et douleur, laideur et goûts et odeurs rances,
Et un jour ce sera lui la boîte à violence.

Les p'tits comme les grands veulent le lui faire regretter
Mais quoi exactement ? Aucune putain d'idée !
Les sales gosses le blessent et lui annoncent son trépas,
Les grands lui disent que c'est d'sa faute s'il s'intègre pas.
Ils comprennent pas, et c'est bien arrangeant pour eux
Que "t'as qu'à t'défendre" est tout aussi douloureux
Qu'une insulte en plus, qu'un énième coup dans le dos,
Que les vilaines voix dans sa tête, le poids de leurs mots
Qui sont les mêmes que ceux des autres qu'il subit
Ceux qui lui conseillent d'en finir avec la vie,
Et, chaque jour, de la fenêtre près de son lit,
L'idée de sauter lui traverse souvent l'esprit.


Comme chaque jour, il se rend à la boîte à violence,
(tuer)
Un bâtiment public où règne une triste ambiance,
(se tuer)
Cris et douleur, laideur et goûts et odeurs rances,
(y penser)
Et un jour ce sera lui la boîte à violence.
(un jour il va sauter)


Un jour il va sauter !
Mais il avait qu'à s'adapter !!!


texte avant correction par Titi:
 
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: L'Inquisition
ArtVanCastel

Réponses: 6
Vues: 1155

Rechercher dans: Chansons   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: L'Inquisition    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyDim 27 Aoû 2017 - 23:34
Explications:
 


#Drame-Tragédie

C'est dans le monde civilisé que se terre le fléau,
Dans les campagnes, les villes et les réseaux sociaux,
Ils sont avec toi quand tu pars travailler,
Quand tu payes tes taxes, quand tu te fais supprimer.
C'est dans le monde civilisé que se terre le fléau,
Dans les campagnes, les villes et les réseaux sociaux,
Ils sont avec toi quand tu pars travailler,
Quand tu payes tes taxes, quand tu te fais supprimer.

Inquisition, la vieille époque est terminée,
A présent plus subtile que simplement te cramer,
Quiconque ne suit pas leurs lois, mon Dieu, quelle idée !
Peu à peu écrasé, carrément mis sur l'côté !
Ils n'agissent pas par foi, même s'ils étaient religieux,
Ils s’intéressent plus au pouvoir qu'à la sagesse de tes dieux,
Ils érigent les dogmes et bâtissent des présidents
Qui ne sont que marionnettes de ces sombres dominants.
Et tous acceptent la parole canonique,
Des tragiques héritiers, du réac' Saint Dominique.

C'est dans le monde civilisé que se terre le fléau,
Dans les campagnes, les villes et les réseaux sociaux,
Ils sont avec toi quand tu pars travailler
Et sont contre toi quand tu te fais victimiser.
C'est dans le monde civilisé que se terre le fléau,
Dans les campagnes, les villes et les réseaux sociaux,
Ils sont avec toi quand tu pars travailler,
Et sont contre toi quand tu te fais victimiser.

Et tous acceptent la parole canonique,
Des tragiques héritiers, du réac' Saint Dominique.

Mais que veulent vraiment, ces cruels enflammeurs ?
Par quels moyens veulent-ils faire de ce monde leur ?
A leur moindre caprice, ils désirent que vous obéissiez
Car le moindre écart sera progressivement brimé.
Comment les vaincre ? Il faut faire profil bas
Et surtout faire fi des attaques de leurs soldats.
Ce sera dur, petit, car n'importe qui en est
Car sans vraiment s'en rendre compte, les gens se font berner.

C'est dans le monde civilisé que se terre le fléau,
Dans les campagnes, les villes et les réseaux sociaux,
Ils sont avec toi quand tu pars travailler
Et t'oublient au plus vite, une fois que t'es décédé.
C'est dans le monde civilisé que se terre le fléau,
Dans les campagnes, les villes et les réseaux sociaux,
Ils sont avec toi quand tu pars travailler,
Et t'oublient au plus vite, une fois que t'es décédé.

Et tous acceptent la parole canonique,
Des tragiques héritiers, du réac' Saint Dominique.

texte avant correction par Titi:
 
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Plus rien ne sera comme avant [-15]
Dragon Dae

Réponses: 7
Vues: 2058

Rechercher dans: Nouvelles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: Plus rien ne sera comme avant [-15]    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyVen 12 Mai 2017 - 21:17
#Romance #Amitié-Famille #Drame-Tragédie
Bonjour ! En fouillant mes vieux dossiers pour les 5 ans de EN, j'ai retrouvé ce vieux texte qui date de 2014. Je l'avais écrit pour un cours d'écriture de nouvelles à la fac... Je l'aimais bien, et j'ai bien aimé le retrouver, donc je vous le pose là. J'ai juste changé deux-trois noms, et fait quelques modifications mineures, mais sinon je vous le livre presque brut.
Je le mets en -15 par sécurité, à cause du sujet.

(-)
18 janvier 2027

Alex n’écoutait le cours d’histoire que d’une oreille. Quelle plaie que ce soit un cours obligatoire pour le bac… Lui, ce qui l’intéressait, c’était le dessin, point. Mais son père avait insisté pour qu’il fasse des études normales jusqu’au bac, parce que le dessin, même quand on était doué, ça ne permettait pas de gagner sa vie. Son téléphone vibra brièvement dans sa poche, indiquant l’arrivée d’un message. Il jeta un regard furtif à sa prof pour vérifier qu’elle avait bien le dos tourné, avant de sortir l’objet et de vérifier le message.

Il faut qu’on parle – Clo

Clo, alias Chloé Perrin, sa petite amie. Il haussa un sourcil devant le message – « il faut qu’on parle » n’était jamais bon signe de la part d’une petite amie.

Où et quand ? – A

Midi, devant la bibliothèque – Clo

« Monsieur Cartier ! s’exclama soudain une voix. »

Alexandre sursauta et leva la tête ; sa professeur le regardait d’un air sévère.

« Oui, Madame ?

- Pouvez-vous me dire à quoi correspond cette date ? »

Il reporta son regard sur le tableau derrière Mme Vautrot. 15 novembre 2017.

« C’est la date à laquelle l’avortement a été prohibé en France, madame, avec deux exceptions : si la grossesse pose un danger pour la mère – danger certifié par deux médecins extérieurs à l’établissement devant pratiquer l’avortement – ou s’il y a eu viol, auquel cas la mère doit avoir porté plainte.

- Exact, répondit la prof d’un air décontenancé. »

Alex retint un sourire triomphant – cette date et cette loi, il ne risquait pas de les oublier. Lui-même n’avait que sept ans quand la loi était passée, alors il ne s’était pas beaucoup intéressé ; mais sa belle-mère et sa sœur aînée avaient suivi ça de près. Cathy avait 26 ans à l’époque, et vivait en région parisienne ; elle avait participé à toutes les manifestations pour protester contre cette loi, qui était d’abord passée en Espagne quatre ans avant la France. Et dans les années qui avaient suivi, la famille avait souvent débattu au sujet de cette loi. Alors pour Alexandre, le 15 novembre 2017 était une date aussi célèbre que celle des attentats du 11 septembre.


Le reste du cours se déroula sans encombre, et à l'heure dite Alex retrouva sa petite amie sur le lieu du rendez-vous. Celle-ci faisait les cent pas d'un air anxieux, et se précipita vers lui en le voyant arriver.

« On a un problème, annonça-t-elle sans préambule. »

Vérifiant que personne ne se trouvait dans le couloir, elle sortit de sa poche un bâtonnet de plastique blanc qu'elle lui tendit avant de déclarer :

"Je suis enceinte."

Ces trois mots lui firent l'effet d'une douche froide.

"Merde, lâcha-t-il.

- Je ne te le fais pas dire !

- On est trop jeunes pour avoir un bébé ! s'exclama-t-il d'un ton paniqué.

- Non tu crois ? répliqua-t-elle d’un ton sarcastique. Evidemment qu’on est trop jeunes ! Sauf qu’on n’a pas le choix ! »

Alex s’assit lourdement sur une chaise à proximité.

« Mes parents vont me tuer, murmura Chloé.

- Les miens aussi, acquiesça Alexandre. Et je te parle même pas de ma sœur… »

Rien que d’imaginer la réaction de Cathy quand elle apprendrait que son petit frère avait mis sa copine de 17 ans enceinte, il avait envie d’aller se cacher. Avec leurs 18 ans d’écart, ils avaient évité la typique rivalité fraternelle et la jeune femme avait toujours été un modèle à suivre à ses yeux.

Repensant à la loi, il suggéra :

« Tu pourrais toujours porter plainte pour viol… »

Sa petite amie eut l’air outragée.

« Alors petit a, je refuse de déposer une fausse plainte sur un sujet aussi grave. Et petit b, je porterais plainte contre qui ? Toi ?

- Ou tu pourrais faire de faux certificats comme quoi tu es trop fragile pour avoir des enfants…

- Mais bien sûr, je vais aller voir le médecin de mes parents et celui des tiens, qui ne manqueront pas de tout leur rapporter ! Alex, j’ai besoin que tu te serves de ton cerveau, on a un gros problème là !

- Tu es enceinte de combien ? demanda-t-il d’un ton désespéré.

- Je dirais entre deux et trois mois, répondit Chloé. On a encore un peu de temps avant que ça se voie. »

Alex hocha la tête, perdu dans ses pensées. Qui pourrait bien les aider ?

Il y pensait encore quand il retourna dans sa chambre ce soir-là. L’avantage d’être en internat, c’est qu’il avait jusqu’au week-end avant de devoir rentrer chez lui. Sa belle-mère, Lucie, le connaissait si bien qu’elle arrivait à détecter le moindre problème rien qu’en regardant son visage. Si elle l’avait vu à cet instant, elle ne l’aurait pas lâché avant qu’il ne crache le morceau.

Peut-être même qu’il devrait aller chez sa mère ce week-end… Ses parents s’entendaient si mal qu’ils lui laissaient désormais le choix de chez qui passer le week-end avant de retourner au lycée. Beaucoup moins intuitive que Lucie, sa mère ne saurait même pas qu’il avait un problème. Ça lui laisserait plus de temps avant d’affronter son père et sa belle-mère…

Son portable sonna, interrompant ses réflexions. Par réflexe, il répondit sans vérifier l’identifiant.

« Allô ?

- Allô frangin, c’est Cathy ! »

Il se figea. Merde, merde, merde, Cathy était presque aussi douée que sa mère pour deviner quand quelque chose n’allait pas !

« Alex ?

- Oui, je suis là, répondit-il.

- Ça va ? Tu as une voix bizarre.

- Oui, ça va, mentit-il. J’étais juste en train de repenser au cours d’histoire… La prof m’a interrogée sur la date de la loi contre l’avortement, ça m’a fait penser à toi.

- Tu lui as dit ce que tu en pensais, j’espère ! »

Cathy et Lucie étaient convaincues qu’il partageait leurs vues sur l’avortement ; la vérité était que jusqu’à récemment, il ne s’était pas formé d’opinion définie. Quelque chose lui disait qu’il allait bientôt y remédier, cela dit…

« Non, Cat, c’est un cours d’histoire au lycée, pas un débat. Je peux pas vraiment me permettre de me lancer dans une tirade comme quoi toutes les femmes devraient avoir le droit d’avorter.

- Tu as raison, je ne voudrais pas que ta prof t’enlève des points. Et Chloé, comment elle va ? »

Alex avait invité sa petite amie pour la deuxième semaine des vacances de Noël ; elle avait conquis toute la famille. Le fait qu’elle ne soit pas toujours d’accord avec leurs opinions n’avait pas fait de mal : il y avait peu de choses qui plaisaient davantage aux Cartier et aux Bouquet, la famille de Lucie, qu’un bon débat.

« Elle va bien, merci. Et toi, comment ça va à Paris ? »

Il se garda de lui demander des nouvelles de sa vie amoureuse – rien n’agaçait plus sa sœur que la question « Tu as un petit ami ? » posée à tort et à travers…

Une idée lui vint d’un coup. Cathy militait pour le droit à l’avortement. Cathy était, selon ses propres mots, « pour le droit des femmes à disposer de leur corps »… et Cathy l’avait toujours couvert auprès de leurs parents respectifs quand il en avait besoin. Peut-être qu’elle pourrait les aider, Chloé et lui… Il faudrait qu’il en parle d’abord à cette dernière, mais il y avait soudain une lueur d’espoir à l’horizon.

Il écouta d’une oreille distraite sa sœur raconter sa journée, évaluant les chances que Chloé accepte d’en parler à Cathy – élevées, une grande sœur valait mieux que les parents – et que Cathy, à son tour, accepte de les aider sans en parler à la famille – moyennes, elle pouvait estimer que c’était trop important pour leur cacher.

19 janvier 2027

La première chose qu’il fit à la pause déjeuner fut d’entraîner Chloé à l’écart, avant de lui demander :

« Tu te souviens de ma sœur Cathy ?

- La gentille blonde qui vit à Paris ? Oui, je me souviens, pourquoi ?

- Elle a toujours milité pour le droit à l’avortement, expliqua-t-il, et je pense qu’elle pourrait nous aider. Et Paris est tellement grand, que ça doit être possible de trouver deux médecins qui nous fassent de faux certificats…

- Et tu veux lui dire, déduisit Chloé d’un air sceptique. Elle ne risque pas de nous dénoncer ?

- Elle me couvre toujours quand j’en ai besoin, assura-t-il. »

La jeune fille semblait toujours dubitative.

« Ecoute, Chloé… Tu sais comme moi qu’on ne peut pas avoir un bébé à notre âge. On vivrait où ? Chez mes parents, c’est minuscule, et les tiens n’ont pas assez de place non plus… Et puis on n’a pas la maturité non plus, on est à peine plus que des gamins nous-mêmes ! J’ai 18 ans et toi 17, on est encore au lycée…

- On pourrait toujours le faire adopter… souffla sa petite amie.

- On pourrait, mais tu veux vraiment qu’il grandisse dans un foyer, avec tout ce qu’on entend à ce sujet ? Crois-moi il vaut beaucoup mieux qu’on fasse comme ça… »

A contrecœur, l’adolescente hocha la tête.

« Appelle ta sœur. »

La sonnerie retentit pour signaler le début des cours de l’après-midi, repoussant au soir le moment de téléphoner à Cathy. Lorsque le dernier cours se termina, cependant, le couple se rendit dans la chambre d’Alex pour lui parler ensemble.


Elle répondit à la première sonnerie.

« Alex ? Tu ne m’appelles jamais deux jours de suite à moins d’une urgence… Qu’est-ce qui t’arrive ?

- On a besoin de ton aide, Cathy, annonça-t-il avant de prendre une grande respiration et de poursuivre, Chloé est enceinte. »

Il y eut un long silence à l’autre bout de la ligne, puis, d’une voix beaucoup plus calme, mais aussi beaucoup plus froide, sa sœur déclara :

« Je croyais que Maman et Laurent t’avaient mieux élevé que ça, Alex. Que tu savais qu’il fallait se protéger dans ces cas-là.

- Mais on s’est protégé ! C’est un accident, je sais pas quand ça a pu arriver, mais on a fait attention, je te jure !

- Et vous comptez faire quoi, maintenant ?

- Justement, c’est pour ça qu’on a besoin de ton aide… J’ai pensé que, comme tu dis toujours que les femmes devraient pouvoir avorter librement… Tu pourrais nous trouver un médecin. Sans le dire aux parents – les siens ou les nôtres…

- Passe-moi Chloé, demanda Cathy. »

Alex fit passer le téléphone à l’adolescente à ses côtés, qui répondit :

« Salut, Cathy.

- C’est bien ce que tu veux ? Avorter ?

- On peut pas le garder, de toute façon. Et si je le fais adopter… je crois que je me demanderai toujours s’il est quelque part.

- Je comprends. Bon, voilà ce qu’on va faire. Je vais téléphoner à ma mère pour dire que je vous invite tous les deux chez moi pour le week-end ; de ton côté, tu vas demander la permission à tes parents de venir. Donne-leur mon numéro si ça peut les rassurer.

- Et s’ils demandent pourquoi tu nous invites ?

- Dis-leur qu’une pièce de théâtre que tu étudies en cours joue ce week-end, et que je vous ai invités à venir la voir. »


Par chance, les parents de Chloé furent compréhensifs ; ils connaissaient déjà Alexandre qu’ils appréciaient beaucoup et en qui ils avaient confiance. Après avoir téléphoné à Cathy pour confirmer l’invitation, ils acceptèrent de laisser le jeune couple monter à Paris – à condition qu’ils ne dorment pas dans la même chambre. Condition qui fit rire jaune les amoureux – s’ils savaient que le mal était déjà fait…


De son côté, Cathy avait pris rendez-vous avec sa gynécologue – une amie qui accepterait sans mal de pratiquer un avortement clandestin. Il était hors de question d’emmener Chloé chez un inconnu qui risquait de bâcler le travail, mettant sa santé en danger. Elle avait ensuite prévenu sa mère et son beau-père qu’Alex ne rentrerait pas ce week-end puisqu’il venait chez elle, et préparé la chambre d’amis pour les deux adolescents, en dépit de la condition posée par les Perrin. Après tout Alex ne risquait pas de mettre sa petite amie enceinte une deuxième fois, n’est-ce pas ?


Le couple arriva le vendredi soir, ayant pris le train juste après la fin de leurs cours. Elle attendit qu’ils soient arrivés à l’appartement pour leur annoncer :

« Chloé, tu as rendez-vous demain avec ma gynécologue. Je la connais depuis longtemps, elle partage mes idées et sera ravie d’éviter une adolescente de finir à l’hôpital pour avoir essayé de s’avorter toute seule. Tu auras toute la journée de dimanche pour te reposer et récupérer, avant de retourner en cours lundi. Est-ce que vous avez des questions ?

- Est-ce que je pourrai accompagner Chloé ? demanda Alex. Qu’elle n’ait pas à faire ça toute seule…

- C’est aussi ce que tu veux, Chloé ? »

L’adolescente hocha la tête, l’air angoissé.

« Alors vous n’aurez qu’à le dire à Carmen, ça ne posera aucun problème. »

Se levant, elle déclara :

« Je vous ai préparé la chambre d’amis, vous partagerez le même lit mais je ne veux rien savoir de ce que vous y faites, c’est compris ? Je ne veux pas entendre un bruit. »

20 janvier 2027

Le lendemain matin, Chloé fut incapable d’avaler quoi que ce soit au petit déjeuner. Elle avait beau savoir que c’était la meilleure solution, l’idée de l’avortement la terrifiait. Elle ne savait pas du tout à quoi s’attendre, mais n’osait pas poser de questions à Cathy. Celle-ci sembla percevoir son inquiétude et lui adressa un sourire rassurant au-dessus de la table.

« Tout va bien ? »

Incapable de dire un mot tant sa gorge était nouée, l’adolescente hocha la tête.

« Ne t’inquiète pas, Carmen – le docteur Elie – ne va pas te manger. »

Cathy hésita un instant avant de poursuivre :

« Je voulais te demander… tu comptes en parler à tes parents ? Je ne vais pas le faire à ta place, ajouta-t-elle quand Chloé se figea. Et je ne vais pas te forcer à le faire non plus. Je pense juste… que c’est quelque chose de trop important pour leur cacher. Je vais aussi encourager Alex à le dire aux nôtres, pour la même raison. Mais je ne dirai rien, parce que ce n’est pas à moi de le faire.

- Ils ne peuvent pas savoir, répondit l’adolescente en secouant la tête. Ni les miens, ni les vôtres… Si Alex le dit aux vôtres, ils se sentiront obligés de le dire aux miens… et je ne supporterais pas le regard de ma mère si elle savait. Et mon père… il serait capable de poursuivre Alex avec un fusil s’il apprenait qu’on couche ensemble, alors lui dire que je suis tombée enceinte… Il ferait probablement une crise cardiaque. »

C’est à ce moment qu’Alex débarqua dans la cuisine, les cheveux ébouriffés et les yeux encore pleins de sommeil. Le contraste avec le sérieux du sujet dont elles parlaient fut si saisissant que Chloé et Cathy éclatèrent de rire, à la grande confusion de l’adolescent.


Le docteur Elie s’avéra être une femme charmante. Elle accueillit les adolescents avec un sourire rassurant lorsqu’ils entrèrent dans son cabinet.

« Asseyez-vous, voyons, dit-elle en les voyant rester debout au milieu de la pièce. Il n’y a pas de quoi avoir peur – je n’ai jamais mangé personne. Alors, poursuivit-elle quand ils furent assis, qu’est-ce qui vous amène ?

- Je croyais… que ma sœur vous avait prévenue, dit Alex d’un ton incertain.

- Je voudrais l’entendre de votre point de vue à tous les deux, répondit la gynécologue sans se départir de son sourire. Prenez votre temps. »

Les adolescents échangèrent un regard, puis Chloé se lança.

« On a eu… un accident. Je sais pas comment c’est arrivé, je prends la pilule pourtant… Et il met un préservatif à chaque fois…

- Parfois un préservatif peut être défectueux sans qu’on s’en rende compte. Il suffit d’un tout petit trou, expliqua le Dr Elie. Et la pilule n’est pas fiable à 100 % - un jour, peut-être, on en inventera une, mais pour l’instant il y a encore une marge d’erreur.

- En tout cas… Chloé est enceinte, reprit Alex. Et on ne peut pas garder le bébé – on n’est pas prêt.

- Et je ne pourrais pas abandonner mon bébé, ajouta cette dernière. Je veux dire, il n’y a rien de mal là-dedans, mais moi… je ne pourrais pas. Seulement l’avortement est illégal… enfin, on connaît les exceptions mais…

- Mais tu n’entres pas dans ces catégories, conclut Carmen. Je comprends. Et toi, Alex ? demanda-t-elle à l’adolescent. Pourquoi es-tu là ? »

Il sursauta, ne s’attendant pas à ce qu’on lui pose cette question. Il tenta de trouver les mots pour exprimer ses raisons.

« Je suis là parce que… On a été deux quand l’accident est arrivé. Ça me paraît normal d’être deux pour arranger les choses. Et parce que… j’aime Chloé, alors je veux la soutenir, parce que je pense qu’elle en a besoin. »

Carmen lui sourit.

« Excellent. Est-ce que l’un de vous a des questions ? Sur l’avortement, ou sur ce qui va se passer ensuite ?

- Est-ce que… ça peut m’empêcher d’avoir un bébé plus tard ? Quand j’en voudrai un ?

- Pas du tout, répondit fermement la gynécologue. Sauf s’il y a des complications, mais je doute que ce soit le cas. J’ai déjà pratiqué ce genre d’interventions.

- Et… combien de temps on devra attendre, demanda Alex, avant de pouvoir recommencer à… »

Il se mordit la lèvre en voyant le regard incendiaire que lui adressait sa petite amie. Et voilà, il savait qu’il n’aurait pas dû poser cette question, maintenant il avait l’air de ne penser qu’au sexe…

« Quand vous serez prêts tous les deux, dit Carmen. Techniquement vous pourriez recommencer juste après être sortis de ce bureau – si vous en aviez tous les deux envie. C’est une question de mental, et pas de physique. Est-ce que vous vouliez savoir autre chose ? »

Chacun secoua la tête.

« Alors je vais vous expliquer ce qui va se passer. Je vais te donner un médicament, Chloé, que tu vas avaler avec un verre d’eau. Ensuite tu iras dans les toilettes que tu vois là-bas, et tu expulseras l’embryon. Ce sera comme avoir tes règles, mais en légèrement plus douloureux. Est-ce que tu comprends ?

- Je comprends, répondit-elle d’une petite voix.

- Est-ce que je peux aller avec elle ? demanda Alex, désireux de se faire pardonner son faux pas précédent.

- Si Chloé est d’accord, oui. »

Il se tourna vers sa petite amie, anxieux.

« Ne m’en veux pas, mais… pour ça, je préfère être toute seule, souffla-t-elle. »

Il fit de son mieux pour cacher sa déception, et hocha la tête. Le docteur Elie sortit donc une petite boîte de son bureau – pas différente, observa l’adolescent, des boîtes d’aspirine vendues dans n’importe quelle pharmacie – avant d’y prendre une pilule qu’elle tendit à Chloé. Elle remplit ensuite un gobelet en plastique qu’elle lui tendit également.

L’adolescente avala le médicament sans regarder le docteur ou son petit ami, -> puis se rendit aux toilettes que lui avait indiquées le médecin en essayant de penser à tout sauf à ce qu’elle était en train de faire.

Son esprit ne cessait de rejouer le moment où Alex avait demandé quand ils pourraient de nouveau faire l’amour. Elle savait qu’il n’avait pas voulu dire ça comme ça – qu’il voulait savoir comment éviter de la blesser – mais elle n’arrivait pas à se débarrasser du ressentiment qui avait pris place en elle. C’était facile pour lui, après tout. Tout ce qu’il avait à faire, c’était être là, et garder le secret. C’était elle qui devait expulser un fœtus de son ventre… qui devait souffrir le martyr dans des toilettes froides et impersonnelles.

Assise sur le siège de porcelaine blanche, pliée en deux par la douleur, elle se mit à sangloter, la tête dans ses mains.


De son côté, dans le cabinet du docteur, Alex écoutait les sanglots provenant des toilettes et se sentait misérable. Il aurait voulu aller trouver Chloé, essayer de la consoler, lui dire que tout irait bien… Mais elle ne voulait pas qu’il soit là. Elle voulait être seule, et il devait respecter ça. Il repensa à ce que Cathy lui avait glissé, ce matin-là :

« Un truc comme ça, ça peut détruire ton couple ou le renforcer. Et ça va dépendre autant d’elle que de toi. Respecte-la, et fait attention à ce qu’elle veut. Si elle te dit non, pour n’importe quoi, c’est non. C'est valable tout le temps, bien sûr, mais c'est encore plus important maintenant. N’insiste pas, et si tu es blessé, NE LUI MONTRE PAS. Tu vas marcher sur un fil raide, Alex, dans les jours à venir. Garde ça en tête. »

Quelques minutes plus tard, un bruit de chasse d’eau retentit et Chloé sortit des toilettes, les yeux rouges mais secs. Le docteur Elie ne fit aucun commentaire, se contentant de l’examiner – derrière un rideau, à la demande de l’adolescente – pour vérifier que tout avait été expulsé, avant de les reconduire dans la salle d’attente où les attendait Cathy.


Ce soir-là, Chloé partit se coucher sans dîner, prétextant qu’elle n’avait pas faim. Quand Alex vint la rejoindre, contrairement à la nuit précédente, elle ne se blottit pas dans ses bras, maintenant au contraire la plus grande distance possible entre eux. C’est alors que l’adolescent comprit exactement ce que Cathy avait voulu dire.

Il n’était pas sûr de ce qui se passerait dans les prochains jours, semaines, et mois – s’ils finiraient ou non par le dire à leurs parents ; s’il allait perdre sa petite amie ou pas. Il n’était sûr que d’une seule chose : quoi qu’il arrive, plus rien ne serait comme avant.
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Gourmet de Plastique
La Lapine Cornue

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: Gourmet de Plastique    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyDim 12 Fév 2017 - 23:11
#Science-fiction-Anticipation - #Drame-Tragédie

COUCOU.

Je me suis rendue compte qu'il me restait encore un texte dans mes placards AHDE Toujours dans ma dernière série "Bêtes de l'Apocalypse".

Je vous laisse découvrir ça, c'est court. :-p

Je n'ai qu'une chose à dire : VIVE LES LAPINS.



Viens voir d'autres textes sur les Bêtes de l'Apocalypse ici :

Par delà les rails et la nuit
Un simple chien dans le désert
Vend simili-ficus sur peau d'éléphant
Ce que pensent les chauve-souris

:unjournormal:







   


   
Gourmet de plastique
   

   

           

   



                 – Je suis un lapin, lapin, lapin.

                 Un éclat doré scintilla dans la pénombre. Un œil grand et rond. La pupille tressaillit, fusa à gauche, voltigea à droite, revint à gauche se percher sur un détail caché dans le décor.

                 – J'aime les trucs toxiques, toxiques, toxiques.

                 D'un coup de pattes, l'étrange bestiole se propulsa en avant. La peau de son échine, étrange carrosserie, luisit dans les ténèbres en renvoyant des pépites lumineuses sur les objets qui l'entouraient.  

                 – Plastique ? Plastique ? demanda sa voix vive à un rebut de couleur rose.

                 Son petit nez plat s'agita follement, plein d'enthousiasme, en reniflant la chose en question. Une vieille coque de téléphone portable couverte de poussière.

                 – Plastique, confirma le lapin pour lui-même. Manger ?

                 Un bref silence. Son immense oreille se dressa, telle un périscope de sous-marin, et pivota lentement dans l'espoir de capter une réponse dans le silence ambiant. Une minute passa.

                 – Manger, acheva-t-il enfin devant l'absence de répartie.

                 Ni une ni deux, il planta dans la coque ses dents plus aiguisées que des rasoirs, la sectionnant en un crac. Puis ses mandibules se mirent à l'ouvrage.

                 Trente secondes plus tard, l'objet avait déjà disparu. Le petit lagomorphe renifla les trois miettes qui restaient avec un air penaud. Puis il s'ébroua les oreilles et déguerpit en bondissant.

                 – Je suis un lapin, lapin, lapin…

                 En fait, il n'avait pas la moindre idée de ce que pouvait bien être un lapin. Il y avait longtemps, bien longtemps, que la mutation génétique avait pris le pas sur l'espèce d'origine. Les bouffeurs de plastique, comme on les appelait à l'époque, se multipliaient très vite et leurs gènes étaient dominants ; ils étaient capables de se reproduire avec des lapins mais de donner ensuite une progéniture pure à 90%. De plus, ils pouvaient digérer en une heure plus de plomb, de mercure et de pétrole qu'aucun animal naturel n'était capable d'absorber durant toute sa vie. Depuis des décennies, il n'y avait plus aucun pissenlit pour nourrir les véritables lapins. En revanche, le monde croulait sous ses propres détritus.

                 Ils étaient le chef-d'œuvre des bio-ingénieurs de l'époque ; la première pièce du bestiaire qui allait voir le jour ensuite.

                 La petite voix d'automate, un peu nasillarde, s'éleva à nouveau dans le silence absolu qui régnait sur la plaine de déchets.

                 – J'aime les trucs toxiques, toxiques, toxiques…

                 Un saut par ci, un saut par là ; la petite silhouette aux membres élastiques, à la carrosserie bleu ciel, avait décidé de jouer à saute-mouton avec le squelette d'un lave-vaisselle éventré.

                 – Plastique ?
 
                 Silence. Reniflements.

                 – Plastiiiiiique ?

                 Décontenancée, la bestiole fixait des étendoirs de métal, gainés de blanc.

                 – Plastique ? Plastique ? Plastiiiiiiiiiique ?

                 Décidément, il n'y avait pas moyen d'avoir une réponse dans cette foutue décharge ! Il  pencha la tête d'un côté puis de l'autre, écoutant ses deux instincts ; l'un, le millénaire, celui qui découlait de ses ancêtres bondissant dans les prairies, lui disait de ne jamais croquer dans une chose inconnue. C'était une voix ancienne, tissée de vent, de foin et de pluie. Le second, un programme implanté dans son cerveau par les généticiens, lui ordonnait de manger absolument tout ce qui attirait son attention. Cette voix-ci avait un goût de fer et de plastique, elle était durcie de règles et d'interdictions.

                 L'automate s'ébroua deux fois, puis une troisième, sur le point de devenir fou face à ce dilemme qu'il rencontrait pourtant une dizaine de fois par jour.

                 – Métal, dit soudain une voix en tout point semblable à la sienne.

                 Notre bestiole eut un sursaut terrifié. Elle se tourna vers le nouveau venu, prête à déguerpir, son petit cœur de lapin tonnant dans sa poitrine. Il s'agissait d'un de ses congénères à armure noire, fièrement dressé sur un lave-linge en surplomb. Ses yeux d'or scrutaient le petit lapin bleu.

                 – Métal ? Plastique ? demanda encore celui-ci, peureux de nature.

                 – Métal, grogna l'autre à nouveau – ces jeunes n'avaient vraiment rien dans la cervelle.

                 – Métal, répéta le bleuet à oreilles, tout content. Métal.

                 Son nouveau maître grinça des dents, ces vieilles lames de rasoirs tout émoussées qui ne seraient bientôt plus bonnes à rien. Il n'avait que trois ans. D'ici un mois, incapable de se nourrir, il rejoindrait les déchets et les métaux lourds qui brillaient sous ses pattes. Son cerveau avait déjà commencé le compte à rebours.

                 Il frappa le sol d'une longue patte usée, puis bondit et disparut dans un éclair noir.

                 Déconcerté par le départ de celui qu'il venait d'élever au rang de mentor, le jeunot se dressa sur son derrière, observant les alentours de ses grands yeux débordants de curiosité.

                 A l'ouest, une montagne de déchets ménagers ; à l'est, un vallon de machines fracassées. Au nord et au sud, des rivières d'emballages plastifiés qui accrochaient les pâles rayons de la lune, les transformant en éclats liquides.

                 – Plastique ? Plastiiiiiique ! s'enthousiasma le lapin fou de joie, oubliant son précieux maître disparu.

                 D'un puissant coup de pattes, il se propulsa vers le nord, bondit sur les obstacles détruits qui se présentaient à lui, franchit un ruisselet empoisonné, transperça une moustiquaire pleine de poussière, pulvérisa une vitre étoilée, prit son envol dans une giboulée de vent glacé qui le poussa vers le ciel. Pris par la course et le jeu, il avait déjà oublié la rivière de plastique. Des tourbillons de mouches s'envolaient sur son passage furieux, les liquides toxiques giclaient dans de grandes gerbes colorées, les éclats de verre dansaient sous les coups de ses pattes, des étincelles jaillissaient dans de petites apocalypses éphémères. A chaque bond, l'espace d'un instant, les oreilles au vent et les pattes étendues, il était le roi de la décharge, le prince du plastique, il touchait le ciel, ce vieux ciel noir et obscur que les nuages de plomb torturaient un peu plus chaque jour depuis qu'il était né. Il était seul et libre, il était lapin filant dans les prairies verdoyantes qu'il n'avait pas connues, il frôlait une orchidée – pot d'échappement cassé – puis une vieille souche mangée de mousse – télévision bouffée de rouille – puis un grand champignon doux – le pied d'une chaise recrachée par le sol.

                 Lors de ces instants, de ces petites secondes volées au destin, il n'était plus vomi par la décharge comme cette chaise, il n'était plus né sous un bidon bleu frappé d'un symbole jaune, non, il était un être étrange uniquement fait de chair et d'os, et de poils, et de liberté, un être presque semblable à un oiseau, à ces créatures divines qui n'existaient plus mais dont la vieille télé du terrier crachotait parfois quelques images.

                 Mais la seconde d'après, il heurtait un store métallique, se rétablissait dans un fond de peinture caillée, se prenait les pattes dans un moteur de voiture et s'étalait sur le fouillis de lames qui remplaçait désormais les galets des rivières.

                 Ses poumons étaient emplis de feu, son cœur saturé d'amertume, et la lumière commençait à se faire plus forte, à rougir les nuages de cendres et de mercure. Sa pupille ronde se rétracta en tête d'épingle. Il était temps de rentrer au terrier.

                 Le long de son chemin, des gerbilles aux mâchoires de scie sauteuse découpaient des tuyaux métalliques en lançant des "Acier ? Acier !" enjoués ; des hamsters lapaient les flaques de produits chimiques en échangeant des rots ravis ; des souris affairées démantelaient les ruines sous-jacentes et grignotaient le béton par milliers.

                 Un éclat tendre et mou, de ceux que renvoyait le sacro-saint plastique, attira soudain l'œil du lapin bleu. Irrésistiblement fasciné, il gambada parmi les carcasses de robots cassés, esquiva la pointe agressive d'une pale d'éolienne, puis découvrit la chose.

                 Il s'agissait d'un de ses congénères, à la carrosserie blanche et usée. Etendu sur le sol chaotique, entre un cerf-volant détruit et des ruines de béton armé, il avait la gorge à l'air et le nez immobile.

                 Le petit bouffeur de plastique promena ses moustaches vibrantes le long du vieux lapin, s'attendant à être mordu. Aucune réaction. Bizarre bizarre. Son oreille exercée captait pourtant les battements irréguliers d'un cœur, sous le plastique de la carrosserie.

                 Le plastique de la carrosserie… Un éclair de compréhension illumina l'œil de la bestiole curieuse.

                 – Plastique ? demanda celle-ci avec espoir.

                 Il y eut un infime mouvement du côté du lapin blanc. Quelque chose comme une déglutition.

                 – Plastiiiiique ? insista le jeunot.

                 Il tapota d'une patte nerveuse la peau de synthèse du vieillard. Et fit un bond de dix centimètres lorsque celui-ci ouvrit un œil voilé et le fixa sur lui.

                 Il y eut un silence.

                 – Plastique ? répéta enfin le lapin bleu d'une voix timide.

                 – Plastique, confirma l'autre.

                 Il ne bougeait toujours pas, aussi immobile qu'une peluche sous la lumière rouge sang.

                 Le petit lapin bleu eut un frisson choqué. Il était face à un nouveau problème. Cela n'en finirait donc jamais ? Il  pencha la tête d'un côté puis de l'autre, écoutant ses deux instincts ; l'un, le millénaire, celui qui découlait de ses ancêtres bondissant dans les prairies, lui disait que les autres lapins ne se mangeaient pas. C'était une voix ancienne, tissée de vent, de foin et de pluie. Le second, un programme implanté dans son cerveau par les généticiens, lui ordonnait de manger absolument tout le pétrole à sa portée, quelle que soit sa forme. Cette voix-ci avait un goût de fer et de plastique, elle était durcie de règles et d'interdictions.

                 L'automate s'ébroua deux fois, puis une troisième, sur le point de devenir fou face à ce tout nouveau dilemme. Le lapin blanc parlait, mais ne bougeait pas. Or les robots aussi parlaient mais ne bougeaient pas. Les téléphones aussi. Les écrans de télévision aussi. Et les robots, les téléphones et les télés, ça, on mangeait.

                 Finalement, il utilisa la solution de secours, elle aussi incrustée dans ses gènes lors d'un temps où il y avait encore des gens pour lui répondre.

                 – Manger ?

                 Pas de réponse.

                 – Manger ? Mangeeeer ?

                 Silence. Le vieillard le fixait, l'or de son iris dans celui du jeunot, le cœur si lent à présent qu'il aurait pu s'arrêter d'une seconde à l'autre.

                 – Manger ?

                 Toujours rien. Le lapin bleu fit finalement demi-tour, désarçonné. Tant pis pour la carrosserie si appétissante.

                 – Manger, répondit enfin le vieux lapin derrière son dos. Manger.

                 Il avait fermé les paupières et attendait.




   


   Ceci est une phrase longue qui n'a d'autre but que d'élargir le fond blanc afin que vos mirettes ne se fatiguent pas jusqu'à l'usure, que dis-je, jusqu'à la dissolution ! (ça, vous devez le laisser, de toute manière on le verra pas, faites-moi confiance je vous dis !)
   

   
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Vend simili-ficus sur peau d'éléphant
La Lapine Cornue

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: Vend simili-ficus sur peau d'éléphant    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyJeu 19 Jan 2017 - 20:06
SUR CE. Voici la bestiole du jour. AHDE AHDE
(ne vous faites pas avoir par la """"longueur""" du truc, ça se lit extrêmement vite)


 #Science-fiction-Anticipation - #Drame-Tragédie  #Humour


Les autres Bêtes de l'Apocalypse :

Par delà les rails et la nuit
Un simple chien dans le désert
Gourmet de plastique
Ce que pensent les chauve-souris





   



   
Vend simili-ficus sur peau d'éléphant
   

   

           

   
   


                 Cette foutue plante verte commence à me casser sérieusement les bonbons.

                 C'est la faute de cette pouffiasse qui me sert de propriétaire, aussi. Faut vraiment être con pour planter un truc pareil sur le dessus de mon crâne. Ailleurs, d'accord, genre sur ma colonne vertébrale, ok. Mais là, j'ai l'impression d'être Marilyn Monroe. En version verte.                 Vous vous demandez ce que je suis, comme bestiau ? Imaginez un éléphant nain avec un palmier planté sur la tête. Voilà. De rien.

                 Non, allez, j'exagère. C'est pas un palmier. C'est plus un genre de ficus. Un simili-ficus qui consomme cinq fois plus de CO2 que son copain naturel.

                 Et qui se balance bêtement dès que je bouge la tête.

                 Dites, moi, je veux bien être conçu pour faire carpette moussue dans un coin, mais pas affublé d'une frange aussi ridicule. Par pitié.
                 
                 Vous voulez savoir pourquoi je me trimballe un simili-ficus sur la tronche, un bébé érable sur le dos et une centaine de mousses différentes sur tout le reste de la surface disponible ? Hein ? Accrochez-vous.

                 En gros, je suis la bonbonne d'oxygène de ma propriétaire. Enfin, l'une des bonbonnes d'oxygène. Moi, je suis destiné à l'intérieur. (Et si vous vous demandez ce que fiche un éléphant dans un salon luxueux, allez demander réparation aux scientifiques qui m'ont conçu, ils avaient l'air de trouver ça logique, eux.)

                 Ça va, jusque-là, vous suivez ? Ok, on continue.

                 Je suis aussi un aspirateur à déchets organiques. Ouais, je nettoie l'eau du bassin aux poissons, je mange les crottes du chien de ma propriétaire, je mange les crottes du chat de ma propriétaire, je mange les crottes de ma propriétaire, je mange même ma propre merde, si vous voulez savoir. Et faites pas cette tête dégoûtée, hé ho. Je vais pas mettre des paillettes roses là où y'en a pas. Je digère tout ça et tous les nutriments passent dans ma peau et mes organes. Permettant d'y faire pousser toute une smala de plantes. Pas besoin de terre, ni même d'eau. Je suis un pot de fleur rempli de terreau. Voilà.

                 Du coup, je transforme des déchets en dioxygène. C'est tout bénef, je nettoie la maison et en plus je purifie l'air que respire ma proprio.

                 Et au niveau de l'eau ? Bah, vous savez, elle a pas trop de problèmes avec l'eau, elle. Vu tout son fric, elle sait même plus quoi en faire. Elle a des fontaines dans son jardin, des ruisseaux artificiels, des bassins à poissons – non mais sérieusement. Des bassins à poissons quoi. Et aussi des mares avec de faux nénuphars en plastique et de fausses grenouilles aux yeux de verre. Charmant, hein.

                 Oh, je suis pas le seul à végéter chez elle. (Haha. Végéter.)Enfin je veux dire, je suis pas seul avec ces satanées figurines qui me donnent des cauchemars. Y'a aussi plein de limaces porte-graines qui laissent leur bave partout, une dizaine de tortues géantes qui se baladent dans le jardin – pour y trouver quoi, sérieusement ? C'est un jardin en béton.

                 Ouais, c'est la mode du minéral. En même temps, la seule terre qui reste, sur cette putain de planète, elle est éclatée par le soleil, lézardée par la chaleur, plus stérile qu'un plat en terre cuite. Et puis soyons honnêtes, entre les nappes phréatiques contaminées (caca) et les pluies acides (très gros caca) , c'est pas la peine d'espérer faire pousser son petit bonzaï ou son petit massif de pâquerettes. Même les cactus, ils ont arrêté de tenir le coup. Du coup, pour avoir un beau jardin, ben les gens le coulent sous une tonne ou deux de béton, font de jolies spirales, de jolies marches, de jolies sculptures contemporaines. Et puis après ils posent trois gros cailloux au milieu et l'intitulent "Jardin de méditation". Kof kof kof.

                 Enfin moi, après tout, je m'en fous. Je m'en tire plutôt bien. Pas comme la tortue qui est sous le séquoia, là-bas au fond du jardin. Ben ouais, ces crétines de tortues, elles se laissent ensemencer avec n'importe quoi. Du coup la moitié d'entre elles se trimballent des chênes, des frênes, des sapins, des peupliers. Sauf que ces saletés, ça développe des racines de ouf, et ça finit par peser très, très lourd sur la carapace. Bon, moi, avec mon bébé érable, c'est pas terrible non plus, mais je le trouvais mignon, je me suis dit que j'allais le garder. Et puis avec un peu de chance, ça empêchera ma proprio de me planter un autre arbre sur le dos.

                 Bref, cette pauvre tortue, faudrait p't'être  que j'aille la voir un de ces jours, vérifier qu'elle est pas morte, se taper un peu la discute, tout ça tout ça. Ça fait un bail que j'y suis pas retourné, au fond du jardin. En même temps, c'pas de ma faute, j'ai pas été créé pour parcourir des distances pareilles. Moi, je suis fait pour piétiner d'un bout à l'autre du salon. Voilà.

                 M'enfin bref, je commence à m'emmerder ferme sur le canapé. Normalement, j'ai pas le droit d'y aller, mais ma propriétaire est partie à un repas mondain, niark niark.
                 
                 Ni une ni deux, je descends de mon tas de coussins et vais me dégourdir les pattes dans le jardin.

                 …

                 Oups. Je viens de scalper méchamment mon palmier en passant sous le linteau de porte. Enfin, mon ficus. Enfin, mon truc qui ressemble à un ficus. Enfin bref on s'en fout, c'est bien fait pour sa gueule.

                 …

                 Putain mais ce jardin est vraiment hyper long, en fait. Je rigole pas, il fait au moins vingt mètres. Non, en vrai, il en fait quarante. J'avance à une allure d'escargot. Et puis je sue comme un bœuf, c'est génial. Enfin bref.

                 …

                 Ce séquoia est réellement gigantesque. Je me choppe le vertige rien qu'en levant la tête.

                 …

                 Mais dites donc. J'hallucine. Elle est kaput, cette vieille tortue. Même ses paupières sont recouvertes de mousse.

                 …

                 Ouaip, après avoir testé du bout de la trompe, je confirme. Elle est morte. Pouf.

                 En même temps, elle a quelque chose comme une tonne de séquoia sur le dos, alors bon, fallait s'y attendre.

                 …

                 Houlà là, mais c'est carrément flippant de près. On voit les énormes racines de l'arbre qui éclatent sa carapace, s'enfoncent dans son corps et ses organes avant de jaillir de son ventre pour ramper sur le béton.

                 Ouais non, mon pote, le béton c'est peut-être pas une bonne idée. Bon courage si tu veux pomper là-dedans, hein.

                 Pff. Et voilà ce qui arrive quand on prend pas garde à ce que cette satanée proprio nous plante sur le bulbe. Cette meuf, je vous jure, elle s'en fout si ses tortues crèvent comme des mouches et que ses limaces se décomposent vivantes. Tant qu'il y a trois bourgeons qui percent ou encore mieux, un gros arbre pour lui produire de l'air et lui climatiser sa maison, vogue la galère, on continue.

                 Tsss.

                 Heureusement, ça risque pas de m'arriver. Enfin, tant qu'il y a mon pote diplo' pour me surveiller la peau.

                 Oui, allez, je vais vous le présenter, il est juste à côté. Plus qu'à retraverser le jardin. Ce qui va me prendre environ une demi-heure. Haut les cœurs.

                 …

                 Voilàààà. On y est preeeesque. Donc, je vous explique en marchant à mon allure de limace arthritique. En gros, ma proprio a tellement de sous qu'elle s'est même offert un diplodocus. Ouais, un bon vieux dino. Y'a plein d'avantages, pour elle. Il peut bouffer des kilos et des kilos de merde par jour. Ça, c'est cool. On lui apporte une brouette le matin, une autre le soir, et pouf, il fait place nette. Ensuite, il est si énorme qu'on peut lui planter une ligne de peupliers sur l'échine, ou bien un ou deux séquoias sans problème. En voilà un qui risque pas de tomber en miettes, pas avant de ressembler à un bout de forêt.

                 Sauf qu'évidemment, ce genre de bestiau est un peu encombrant. Et s'il a envie de se dégourdir les pattes, il fera bien plus de dégâts qu'un petit éléphant de salon. (Même si, entre nous, il n'y a pas grand-chose à casser dans un jardin en pierre. Ah si, suis-je bête. Il ne faudrait pas faire tomber les gros cailloux dédiés à la méditation.) Mais bonne nouvelle ! Les scientifiques ont résolu le problème.

                 Ils se sont dit : "Ben, on n'a qu'à pas lui mettre de pattes, comme ça, il risque pas de bouger."

                 Ça, c'est de la logique. Moi aussi, j'aurais pu faire Bac +9, hein.

                 Clique sur J'aime pour sauver un dino cul-de-jatte. Rt si c trist.
                 …

                 Ben oui, bien sûr que c'est triste. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, moi ? Pourquoi lui et pas moi ? Des fois j'ai envie de m'en servir, de mes pattes nulles, et dans le salon de la proprio ! De laisser sortir ma rage et de tout casser autour de moi, jusqu'à ce qu'elle se mette à hurler avec sa voix de crécelle, et à ce moment-là j'aurais une bonne excuse pour l'écrabouiller elle aussi.

                 Enfin bref. Si on pouvait faire ce qu'on veut, dans la vie, ça se saurait.

                 Ça y est, il m'a vu. Avec son cou de six mètres de long, il se la joue périscope en zone de guerre. Rien ne lui échappe sur les cinq kilomètres à la ronde. Il abaisse sa grosse tête moussue à mon niveau.

                 – Salut, l'eph.
                 – Salut, mon p'tit diplo. Quoi de neuf ?
                 – Rien. Et toi ?
                 – Rien.
                 – Quelle vie palpitante on a.
                 – Ça me sidère aussi. Ah si, tiens, la tortue du séquoia est crevée.
                 – Je sais, ça fait une semaine.
                 – Ah zut. T'aurais pu me le dire.
                 – Je pensais que tu l'avais vu. De toute manière, ça faisait six mois qu'elle n'avait plus bougé.
                 – Ouais bon, je grommelle.

                 Il y a un silence. Nous mâchonnons tout deux dans le vide, yeux mi-clos, portant un faux regard philosophe sur la vie et le jardin.

                 Un jardin en béton, putain.

                 – Hé, si, j'ai du nouveau, lance soudain mon acolyte. La voisine de gauche, la plus pauvre, elle nous a volé une tortue ce matin. Je l'ai vue faire.

                 Houlàlà. Ennuis en perspective.
                  Elle est tarée. Une grosse ?
                 – Celle qui porte le jeune peuplier.
                 – Ah oui quand même. Mais elle sait pas que nous portons tous des puces GPS ?
                 – Ben ça fait des mois qu'elle nous pique des limaces, alors elle a dû se dire que c'était pas beaucoup plus compliqué.
                 – Mais quelle conne.
                 – Elle a dû vouloir donner un arbre à ses enfants. Les plantules sur les limaces, c'est rigolo mais ça fournit zéro air pur. Elle en a trois, de gamins.
                 – C'est ceux qui sont rachitiques, là ?
                 – Ouaip.

                 Je garde le silence un instant.

                 – Ces idiots d'humains. On est utiles mais stériles, ils sont débiles et fertiles. Ils font des enfants qui n'attendront pas leur âge. Pfff. Ça m'insupporte.

                 Encore un silence.
                 – J'ai vu passer un convoi de diplos, ce matin, dit mon pote. Sur l'autoroute Est.
                 – Ils allaient où ?
                 – Je sais pas. Sans doute dans une superferme. Tu savais que d'habitude, les diplos vivent dans les élevages hors-sol ?
                 – Oui, tu me l'as dit au moins dix fois.
                 – Ah, désolé. Je radote.
                 – T'es mieux ici avec nous, non ? Plutôt que bouffer la merde de moutons empilés les uns sur les autres.
                 – C'est clair. Posé à même le béton, entouré de tortues crevées, d'humains stupides et d'éléphants qui n'arrêtent jamais de parler. J'adore.
                 On éclate de rire en même temps.
                 – Non, en vrai, j'aime bien. Au moins je suis à l'air libre. Je vois absolument tout à cinq ou six kilomètres à la ronde, c'est comme un feuilleton en 3D.
                 – T'en as de la chance. Bon, et sinon, j'ai droit à ma consultation, docteur ?

                 Il arrondit son cou et penche sa grosse tête au dessus de mon dos, son œil écarquillé au dessus de ma peau.
                 – Pas grand-chose de plus que la semaine dernière. T'as des fougères qui commencent à apparaître… Des mousses de plus en plus monstrueuses. Ton palmier bizarre qui te fait une petite frange sexy. Ah, tiens, t'as choppé un géranium.
                 –Tant qu'elle me colle pas un chêne sur le dos, ça va.
                 – Bon ben ça va alors. T'es clean, mon pote.

                 Sacré diplo. Il a arraché plus de pousses d'arbres sur mon dos que la proprio n'a essayé de m'en planter. Elle ne m'aura pas de si tôt, celle-là.

                 – Mais tu sais, si elle te plante des arbres, elle en fera des bonzaïs. Elle est pas assez bête pour lancer une forêt dans son propre salon, quand même.
                 – Ouais bah je me méfie, hein. Cette pouffiasse, elle serait capable de…
                 – Tiens, la voilà justement.
                 – Hein ?!

                 Il a redressé ses kilomètres de cou et plisse les yeux tout là–haut.
                 – Elle sort de sa bagnole. Grouille de rejoindre la maison.
                 – Ah naaaaan. Par pitié non. Je vais encore passer deux heures à faire le planton  pendant qu'elle regarde la télé.
                 – Toi au moins, tu peux la regarder.
                 – C'est le mec qui a un feuilleton 3D diffusé en direct qui dit ça ?
                 – Ben, tu peux écouter de la musique aussi.
                 – Oh, pauvre petit diplodocus. Je t'apporterai un MP3, tiens, la prochaine fois. Le plus dur ce sera de fixer les écouteurs dans les trous qui te servent d'oreille.
                 – Ils sont remplis de mousse.
                 – Je me disais aussi.

                 Je mets un terme à cette érudite conversation et me mets en route pour traverser les mètres et les mètres et les mètres qui me séparent du salon. En espérant que la proprio se prenne les pieds dans un caniveau, glisse sur une peau de banane ou, plus classiquement, se tue dans les escaliers.

                 …

                 Tu peux le faire.

                 …

                 Putain de merde mais allez mais grouille-toiiiiiii !

                 …

                 Pfiou c'est bon, j'ai atteint le salon à la seconde où elle franchissait le seuil. J'ai eu chaud aux oreilles.

                 …

                 Ah bon bah madame change juste de veste et ressort illico. Tout ça pour ça. Je suis frustré.

                 Non en fait je suis pas frustré, je suis fou de joie ! Le canapé est à moi ! A moi !

                 …

                 Ce serait encore mieux s'il n'y avait pas une peau d'éléphant clouée au mur juste au dessus du canapé en question. A chaque fois, j'me sens obligé de lui adresser un regard coupable. En tout cas, faut avoir l'œil pour voir qu'il y a une peau en dessous d'une telle forêt de fougères et de mousses. Ma propriétaire est toute fière de ce "mur végétal", elle passe son temps à utiliser son sacro-saint brumisateur.

                 C'est quand même fou de savoir que ce truc, fut un temps, était sur le dos de mon prédécesseur.

                 Moi j'vous dis, quand un machin pareil, dès que vous avez le malheur de vous vautrer dans un canapé, vous rappelle que votre peau vaut plus cher que votre vie, vous le sentez passer.

                 "Il ne faut jamais vendre la peau de l'eph avant de l'avoir plantée", rigole la proprio chaque fois qu'elle reçoit du monde.

                 Ha ha ha.




                 Clique sur J'aime pour sauver un éléphant nain.


   

   Ceci est une phrase longue qui n'a d'autre but que d'élargir le fond blanc afin que vos mirettes ne se fatiguent pas jusqu'à l'usure, que dis-je, jusqu'à la dissolution ! (ça, vous devez le laisser, de toute manière on le verra pas, faites-moi confiance je vous dis !)
   

   



Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne Illu_y11
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: TOUT IRA BIEN [-12]
Dragon Dae

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: TOUT IRA BIEN [-12]    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyMer 21 Déc 2016 - 15:02
Bonjour ! Je poste ce texte dans l'espoir d'avoir des retours, avant de le soumettre à un appel à textes. S'il est retenu, je supprimerai le sujet puisque le texte sera publié dans un recueil.
J'ai mis une balise -12 parce que même si ça ne me semble pas nécessiter une -15, je ne le mettrais pas en tout public non plus.
Pour les intéressés, l'AT s'appelle TOUS AUX ABRIS et dure jusqu'au 31 décembre.


#Drame-Tragédie #Amitié-Famille #Réaliste

***

TOUT IRA BIEN

Ce fut le comportement du chien qui alerta d'abord Marie. Dionysos – non mais sérieux, qui appelait son chien Dionysos ? La jeune femme ne savait toujours pas ce qui était passé par la tête de sa mère – hurlait à la mort au milieu du jardin. Il n'était pas rare d'entendre le vieux cocker aboyer – la maison était située en bordure de forêt, et le chien donnait souvent de la voix quand il sentait l'odeur d'un sanglier ou d'un renard. En dépit de sa race, il n'avait pas été dressé pour la chasse, mais ça n'empêchait pas Dionysos de faire fuir les animaux sauvages !

Cela dit, ce que Marie préférait chez le chien, c'était son côté doux comme un agneau. Malgré son vieil âge, et bien que d'une race souvent considérée comme caractérielle, c'était un véritable aimant à enfants. Eux ne voyaient qu'une grosse peluche au bout d'une laisse, et ne perdaient pas une occasion de demander à le caresser.  De temps en temps, la jeune femme faisait une surprise à son frère et emmenait Dionysos quand elle partait le récupérer à l'école. Max n'était jamais aussi fier que quand ses amis admiraient le cocker et le couvraient de câlins. Et le chien était loin de se plaindre, à en juger par la façon dont sa queue fouettait l'air – et le nombre d'enfants qui se faisaient récurer le visage !

Quoi qu'il en soit, c'était la première fois que Marie entendait l'animal hurler ainsi à la mort. S'interrompant dans son rangement, la jeune femme se dirigea vers la baie vitrée, rejointe par Max. Celui-ci avait également entendu Dionysos, ce qui l'avait poussé à sortir de sa chambre.

« Pourquoi il hurle comme ça ? demanda le garçon. On dirait qu'il a mal...

- Je ne sais pas, répondit-elle. Je vais aller le voir, peut-être que je peux le rassurer. »

Elle ouvrit la baie vitrée et fit quelques pas dehors. Un mouvement dans la périphérie de son champ de vision lui fit lever la tête : une nuée d'oiseaux volait au-dessus du jardin, semblant s'éloigner des arbres. La jeune femme commençait à s'inquiéter ; quelques oiseaux dans le ciel, ça n'avait rien d'exceptionnel, mais des dizaines à la fois ? Et qui allaient tous dans la même direction ? Elle n'était pas une experte en zoologie, mais elle en savait assez pour savoir que ce n'était pas normal. Plusieurs scénarios de film-catastrophes lui vinrent en tête, et elle regarda autour d'elle à la recherche d'une tornade. Mais il n'y avait pas de rafales de vent particulièrement fortes, encore moins un cyclone capable d'emporter une maison. Pas de fumée non plus, ce qui excluait un feu de forêt – moins impressionnant, mais tout aussi dangereux qu'une tornade, surtout pour leur maison en bordure du bois.

Est-ce que c'était son imagination, se demanda-t-elle en baissant les yeux, ou est-ce que le sol gonflait par endroits ? Marie sentit alors une légère secousse.

Et merde, pensa-t-elle. J'aurais préféré un feu de forêt ; il aurait suffi de rejoindre le centre-ville. Quelle était la marche à suivre en cas de tremblement de terre, déjà ? Elle avait appris ça par cœur, à une époque... Si elle avait bonne mémoire, il fallait se mettre dans la plus petite pièce possible. Dans leur cas, c'était les toilettes, mais il y avait une fenêtre. Si elle se cassait, ils allaient se retrouver couverts de bouts de verre. La buanderie, alors ? Si elle pouvait dévisser l'ampoule assez vite, ils ne risqueraient pas les coupures. La jeune femme voulut faire volte-face, mais une pensée la frappa. Elle ne pouvait pas laisser Dionysos dans le jardin en plein tremblement de terre. Un arbre pouvait lui tomber dessus, ou il pouvait s'enfuir et avoir un accident... Le jardin était bien clôturé, justement pour éviter les fugues, mais avec le séisme, le grillage risquait d'être fragilisé.

« Dionysos, appela-t-elle. Viens, mon chien. »

L'animal cessa de hurler et tourna la tête vers elle. Marie répéta l'ordre.

« Viens, on rentre ! Viens te mettre à l'intérieur ! »

Le chien ne bougea pas, se contentant de l'observer. La jeune femme pesta intérieurement. Qu'est-ce qui pourrait bien inciter le cocker à la suivre ? Du fromage, pensa-t-elle soudain. Il adore le fromage. Elle hésitait cependant à le quitter des yeux ; elle avait la sensation irrationnelle que si Dionysos sortait de son champ de vision, ou qu'elle n'arrivait pas à le faire rentrer, il arriverait une catastrophe. Sans se retourner, elle lança à son frère :

« Max. Va dans la cuisine chercher le roquefort, et ensuite va dans la buanderie. Quand tu seras là-bas, appelle le chien en lui promettant du fromage.

- Pourquoi ? demanda le garçon. Tu vas faire quoi, toi ?

- Je vais surveiller qu'il ne se sauve pas, répondit-elle. »

Ce n'était qu'une demi-vérité, mais la jeune femme ne voulait pas faire paniquer l'enfant en lui annonçant que c'était un tremblement de terre. Après quelques secondes – qui s'écoulèrent comme des heures aux yeux de Marie – la voix du garçon retentit à l'intérieur de la maison.

« Dionysos, fromage ! »

Max eut même la présence d'esprit de secouer le paquet de croquettes pour faire bonne mesure. La jeune femme faillit pleurer, cependant, quand le chien resta planté au même endroit. Sans perdre une seconde, elle se pencha et l'attrapa par son harnais. Ignorant les protestations de l'animal, Marie commença à le traîner vers la maison. Allez savoir combien de temps il leur restait avant les premières grosses secousses ; elle ne pouvait pas prendre le risque d'attendre qu'il bouge de lui-même.

Lorsqu'elle arriva enfin à rejoindre son frère dans la buanderie, la jeune femme lui demanda :

« Max, ferme toutes les portes. Celle de la cuisine, celle de la salle de bains des parents, et celle de leur chambre. Il ne faut pas que Dionysos puisse s'en aller.

- Qu'est-ce qui se passe, Marie ? demanda le petit garçon.

- Il y a un tremblement de terre qui arrive, répondit-elle. Et pour que les animaux réagissent comme ça, ça doit être un gros. »

Comme pour prouver ses dires, un miaulement se fit entendre dans son dos. Le chat, qui habituellement ne supportait pas la présence de Dionysos, était blotti dans sa cage, entre la machine à laver et le sèche-linge. Le félin les regardait avec de grands yeux jaunes.

« C'est vrai que tu es là, toi, dit Marie. Heureusement que le vétérinaire t'a privé de sortie pendant une semaine, parce que j'aurais été bien en peine de te trouver. Je me demande pourquoi maman a mis ta cage ici, par contre...

- Il aurait été mieux dans le salon, dit Max en revenant, sa tâche accomplie. Il aurait été avec tout le monde, comme ça.

- Je sais, acquiesça la jeune femme. Mais on ne peut pas vraiment se plaindre, pas vrai ? S'il avait été dans le salon, il serait resté tout seul pendant le tremblement de terre. Trop dangereux d'aller chercher sa cage... »

Dionysos se coucha sur le sol, fixant le chat. Marie s'assit à son tour, adossée au mur, et fit signe à son frère d'en faire autant.

« Il ne faut pas qu'on sorte de là avant que le séisme soit fini, dit-elle. Autant dire qu'on en a pour un moment, alors autant s'asseoir.

- Et papa et maman ? demanda soudain le petit garçon. Comment ils vont faire pour se mettre à l'abri du tremblement de terre ?

- Maman est à l'école, dit Marie d'un ton rassurant. Les gens qui travaillent là-bas reçoivent une formation, pour gérer ce genre de problème. Et les écoles sont toujours construites avec des endroits sûrs où se réfugier, c'est obligatoire.

- Mais papa, il n'est pas à l'école. Il est dans la rue, il relève des compteurs. Comment il va se mettre en sécurité ?

- Il va sonner chez les gens, et demander s'il peut rester chez eux en attendant que ça passe, répondit-elle. Il y aura forcément quelqu'un pour lui ouvrir, personne ne va le laisser dehors pendant un tremblement de terre. Ne t'inquiète pas, maman et ton papa iront bien. »

En tout cas je l'espère, ajouta-t-elle intérieurement, tandis que les secousses augmentaient en intensité.

***

Marie ne savait pas depuis combien de temps ils étaient là. Le sol continuait de trembler, plus fort à chaque secousse. Max ne cessait de jeter des regards au plafond, comme s'il craignait qu'il s'effondre sur eux. De son côté, la jeune femme se repassait en boucle tous les reportages télévisés qu'elle avait vus, sur de graves séismes dans différentes parties du globe. S'ils se retrouvaient ensevelis, combien de temps faudrait-il pour qu'on vienne les chercher ? Est-ce qu'ils ne mourraient pas de faim ou de soif d'abord ? Pour la faim, il y avait toujours les croquettes et la pâtée des animaux – qui auraient un goût immonde, mais si c'était une question de vie ou de mort... Mais pour la soif ? Même si l'accès à la salle de bains des parents n'était pas bloqué, la tuyauterie ne marcherait sûrement plus...

Une autre idée lui parvint, guère plus rassurante : Et si personne ne venait les chercher, parce que personne ne savait qu'ils étaient là ? Après tout, elle ne savait pas si sa mère s'en était sortie, ni son beau-père. Si aucun des deux ne survivait, ou n'était en état de faire savoir qu'ils étaient là, personne ne saurait qu'il y avait deux personnes à sauver ici... Ils pourraient rester coincés sous les gravats pendant des jours, mourant lentement de soif... Ou est-ce qu'ils mourraient étouffés d'abord ? Qu'est-ce qui venait en premier, la déshydratation ou le manque d'oxygène ?

Marie fut tirée de ses pensées lugubres par la question de Max.

« Quelle heure il est ?

- Je ne sais pas, répondit-elle.

- Tu peux pas regarder sur ton portable ? »

Ce n'était pas la première fois qu'il lui demandait d'utiliser son téléphone. Jusqu'ici la réponse n'avait pas changé.

« Je préfère économiser la batterie, au cas où il y aurait une urgence, expliqua la jeune femme pour ce qui lui sembla la centième fois.

- Mais ça utilise pas beaucoup de batterie de regarder l'heure !

- C'est vrai, dit-elle. Mais je te connais ; si je le fais une fois, tu voudras que je le fasse à chaque fois. Donc un peu de batterie, plus un peu de batterie, plus encore un peu de batterie, ça s'accumule, tu comprends ? Et de quoi on aura l'air, après, si on a besoin d'appeler les secours, et qu'il n'y a plus de batterie parce qu'on voulait vérifier l'heure ?

- Les secours ? Pourquoi on aurait besoin d'appeler les secours ? Tu as dit qu'on devait juste attendre la fin du tremblement de terre !

- Parce que plus les secousses sont fortes, plus la maison risque de s'effondrer, au moins en partie, répondit-elle. Et si on se retrouve bloqué, il faudra bien appeler les secours pour qu'on nous sorte de là. »

Max resta silencieux quelques minutes, puis dit d'une petite voix :

« Je voudrais que maman soit là... »

Jetant un regard à son frère, Marie s'aperçut que celui-ci pleurait. Apparemment, elle ne fut pas la seule à s'en rendre compte ; Dionysos, qui était resté silencieux jusqu'à maintenant, se leva pour aller donner de grands coups de langue au petit garçon. Le chat, jusqu'à présent tapi dans l'ombre, se plaça de façon à poser ses yeux perçants sur la jeune femme. On aurait dit qu'il lui adressait un regard de reproche.

Génial, pensa-t-elle. Même les animaux m'en veulent. Elle prit une grande inspiration et essaya de répondre avec patience.

« Moi aussi, je voudrais qu'elle soit là. Et si je pouvais le faire sans gaspiller la batterie, je lui téléphonerais pour être sûre qu'elle va bien. Mais c'est important de l'économiser. Est-ce que tu comprends pourquoi ?

- Non, avoua Max en reniflant.

- Alors je vais mieux t'expliquer. Mais je veux que tu me promettes de ne pas paniquer, d'accord ? Si je te traite comme un grand, il faut que tu te comportes comme un grand.

- C'est promis, jura l'enfant en s'essuyant le nez avec sa manche. »

Marie préféra ignorer les mauvaises manières ; ce n'était pas le moment de lui faire la leçon pour ça.

« Tu as déjà vu à la télé, les reportages sur les gros tremblements de terre ?

- Un peu, dit le garçon.

- Tu te souviens, parfois les maisons s'effondrent et les gens restent coincés dessous plusieurs jours ?

- Oui, et les secouristes viennent les chercher.

- C'est ça ; mais parfois, ils ont du mal à trouver où sont les gens. Donc, si la maison s'écroule comme dans les reportages, il faut que je puisse appeler les pompiers, pour leur dire où nous chercher. On n'avait pas prévu qu'il y aurait un tremblement de terre, tu comprends ; donc on n'a pas pu stocker de l'eau ou de la nourriture au cas où on resterait coincé. Et si on est dans un espace très petit, l'air ne pourra pas se renouveler assez vite. Donc si on reste trop longtemps sans que quelqu'un vienne nous chercher, on ne pourra pas boire, et au bout d'un moment, pas respirer. C'est pour ça qu'il faudra que j'appelle les secours, dès que tout sera fini. Tu comprends maintenant ? »

Les yeux écarquillés, l'enfant hocha la tête.

« Oui. Pardon de t'avoir demandé d'utiliser ton portable. »

En voyant la peur dans le regard de son demi-frère, la jeune femme regretta de lui avoir parlé si franchement. Elle tenta de le rassurer.

« Tu sais, il y a peu de chances qu'on en arrive là. C'est juste au cas où ; si ça se trouve, quand le tremblement de terre sera fini, on pourra sortir et on ira retrouver maman à l'école !

- Et on ira boire du chocolat chaud ?

- Oui, du chocolat chaud bien sucré, si ça peut te faire plaisir, promit Marie. On emmènera même Dionysos. »

Alors qu'elle finissait sa phrase, une nouvelle secousse se fit sentir, plus forte que jamais. Et merde, pensa la jeune femme. Je commençais juste à rassurer Max... Terrifié, le petit garçon se jeta dans les bras de sa sœur. Celle-ci le serra très fort contre elle, cachant le visage de l'enfant dans son cou.

« Tout va bien, murmura-t-elle. Tout va bien, c'est bientôt fini... »

Tu n'en sais rien, susurra une voix perfide dans sa tête. Un tremblement de terre, ça peut avoir des répliques pendant plusieurs heures. Si ça se trouve, vous serez encore là demain matin... Elle pouvait difficilement avouer ça au petit garçon effrayé, cela dit, n'est-ce pas ?

À cet instant, un bruit sourd retentit derrière la porte de la cuisine ; un bruit qui ressemblait à celui d'une chute. Il fut suivi de plusieurs autres, tous similaires. Max releva la tête, et échangea un regard alarmé avec sa sœur. La maison était-elle en train de s'effondrer ?

Marie attendit la fin de la secousse pour aller ouvrir la porte. Celle-ci s'avéra impossible à pousser, et la jeune femme jura mentalement. L'éboulis s'était produit juste derrière ; il n'y aurait aucune issue possible de ce côté-là. Elle se retourna vers son frère.

« La porte est bloquée, dit-elle. Je pense qu'une partie des murs s'est effondrée.

- Pourquoi forcément les murs ? Le plafond aussi a pu tomber.

- Le plafond n'est pas assez épais pour bloquer complètement la porte, expliqua l'aînée. Non, c'est sûrement les murs. Ou alors un meuble qui s'est renversé, mais vu le bruit que ça a fait, je pense plutôt aux murs.

- Comment on va sortir, alors ? demanda Max.

- On n'en est pas là, répondit-elle. Pour l'instant on est plus à l'abri ici que dehors.

- Oui mais quand ce sera fini ?

- Je ne sais pas, avoua Marie. Ça dépendra de l'état de la maison. Si on peut atteindre une fenêtre, je te ferai la courte échelle pour sortir. Sinon, il faudra qu'on attende que quelqu'un vienne enlever les débris. »

Le ton péremptoire de son aînée réduisit l'enfant au silence. Quand elle réalisa que les animaux ne s'étaient pas fait remarquer depuis un moment, la jeune femme jeta un regard en direction du chat. Celui-ci était presque invisible, dissimulé dans l'ombre de sa cage. Max regarda dans la même direction.

« Tu crois pas qu'on pourrait faire sortir Neo de sa cage ? demanda-t-il. Il risque pas de se sauver, tout est fermé...

- Il vaut mieux qu'il reste là, refusa Marie. L'idée, c'est de se mettre dans l'espace le plus petit possible. Tu trouveras difficilement plus petit que sa cage, dans la buanderie. À moins de l'enfermer dans le lave-linge, plaisanta-t-elle. Et Dionysos, il est où ? »

Elle regarda autour d'elle, et trouva le cocker allongé entre le lave-linge et le sèche-linge. Le vieux chien avait les yeux fermés et semblait assoupi. L'enfant plaça les poings sur ses hanches dans une imitation de leur mère, incrédule.

« Mais comment tu fais pour dormir dans un moment pareil, toi ? Tu devrais pas être complètement affolé, comme tout à l'heure ?

- Des fois, je m'interroge sur l'instinct de survie de ce chien, commenta Marie. »

Une lueur d'espoir traversa le regard de son frère.

« Si ça se trouve, ça veut dire que c'est fini et qu'on peut sortir ? »

Comme pour lui répondre, le sol recommença à trembler. Le visage de l'enfant s'assombrit.

« Ou pas, conclut-il tristement. »

Une main sur le mur, pour ne pas perdre l'équilibre, la jeune femme commença à le rejoindre à petits pas.

« C'est bizarre, dit-elle. Je ne sais pas si c'est parce que je suis debout, mais j'ai l'impression que ça tremble moins fort que la dernière fois... Pas beaucoup, hein, mais un peu.

- Tu crois ? demanda le petit garçon avec espoir.

- Attention, je ne dis pas que c'est la dernière ou même qu'on approche de la fin, avertit Marie. Je me trompe peut-être, d'ailleurs. C'est juste une...

- Attention ! »

Elle s'immobilisa, juste à temps pour voir un gros morceau de plâtre tomber devant ses pieds – à l'endroit où elle se serait trouvée si elle avait fait un pas de plus. Levant la tête, la jeune femme remarqua une série de fissures dans le plafond et grimaça. Ça allait rendre l'attente plus dangereuse, ça.

« Bon, dit-elle. À partir de maintenant, on ne bouge plus d'ici. On reste assis là jusqu'à ce que tout soit fini. »

Le petit garçon hocha la tête, et vint se blottir contre elle quand elle s'installa à côté de lui. La jeune femme lui déposa un baiser sur les cheveux.

« Ne t'inquiète pas, dit-elle. Je suis sûre qu'il n'y en a plus pour longtemps. »

***

Plus pour longtemps, mon œil, pensa-t-elle une heure plus tard, tandis qu'une énième réplique ébranlait la maison. Pendant ce laps de temps, ils avaient pu établir que les secousses étaient de plus en plus espacées ; mais le délai augmentait de façon infime à chaque fois, si bien qu'il était impossible de savoir quand ça s'arrêterait pour de bon.

« Marie, j'ai faim, annonça Max d'une petite voix. »

L'aînée ferma les yeux, se retenant de lever les bras au ciel en demandant pourquoi moi. La maison s'effondrait autour d'eux tellement le sol tremblait fort, le moindre pas hors de leur abri de fortune risquait de leur valoir un morceau de plafond sur le crâne, et lui, il se plaignait d'avoir faim.

« Tu trouves vraiment que c'est le moment ?

- Mais c'est vrai !

- Je ne dis pas le contraire, mais je n'y peux rien. Je ne sais pas faire apparaître de la nourriture par miracle, tu vois. Par contre, si toi tu connais un tour de magie, ça m'intéresse, plaisanta-t-elle.

- Non, mais... Il y a des biscuits dans le couloir... »

Cette fois, Marie dut réprimer l'envie de se frapper la tête contre le mur.

« Je suppose que tu parles du couloir où j'ai failli me faire assommer par le plafond en train de tomber ? Ce couloir ?

- Mais on n'a pas vu d'autres morceaux tomber depuis ! Et j'ai vraiment faim ! »

Pourquoi fallait-il qu'il ait faim maintenant, se lamenta mentalement la jeune femme.

« Il y a une heure, j'ai dit qu'on ne bougeait plus d'ici tant que le tremblement de terre ne serait pas fini. Est-ce que tu as l'impression que c'est fini ? »

L'enfant se renfrogna et marmonna quelque chose qui ressemblait beaucoup à j'avais pas faim, il y a une heure.

« Je peux y aller si tu as peur, proposa-t-il avec un sourire en coin. »

Marie réprima un sourire amusé. Est-ce que le petit garçon venait vraiment de tenter ça sur elle ?

« Ça marche peut-être avec les autres enfants, ce genre de défi, mais pas avec moi, répondit-elle calmement. Je te propose un marché : si tu attends la fin de la secousse, j'irai voir ce que je trouve dans la boîte à biscuits. Mais pour l'instant, tu ne vas pas les chercher, c'est trop dangereux. Est-ce que ça te va ?

- Oui, Marie, dit l'enfant d'un ton docile. »

Trop docile, estima la jeune femme en étrécissant les yeux. Ça cachait quelque chose, ça ; Max ne renonçait jamais aussi vite quand il voulait quelque chose.

Effectivement, quelques instants plus tard, le garçon se leva d'un bond et partit en courant dans le couloir, avant que sa grande sœur n'ait le temps de l'attraper. Étouffant une envie de l'étrangler, la jeune femme se leva à son tour. Avant qu'elle ne puisse le rejoindre, cependant, Max revint, les bras chargés de nourriture et un sourire jusqu'aux oreilles malgré la secousse qui le faisait vaciller sur place.

Marie croisa les bras sur sa poitrine, une expression sévère sur le visage.

« Je croyais qu'on avait passé un marché. Je t'avais promis d'aller chercher des biscuits à la fin de la secousse, tu ne pouvais pas attendre un peu ?

- Si, répondit-il joyeusement. Mais je t'ai obéi ; je suis allé chercher des compotes à boire, pas des biscuits ! »

Effectivement, les bras du garçon étaient chargés de compotes. La jeune femme dut réprimer son amusement devant cette démonstration de rhétorique. Il avait raison, ses paroles pouvaient être interprétées comme ça ; son frère ne manquait pas d'intelligence. Cependant, il fallait qu'il comprenne que ce qu'il venait de faire était dangereux.

« Ne te fais pas plus bête que tu ne l'es, dit-elle fermement. Je sais que tu avais très bien compris ce que je voulais dire. C'est trop dangereux d'aller dans le couloir en pleine secousse, maintenant que le plafond peut s'effondrer.

- Mais il s'est pas effondré, donc tout va bien ! conclut gaiement Max avant de s'asseoir. »

Marie cligna des yeux, incrédule. Est-ce que son frère venait vraiment d'ignorer sa réprimande ? C'était une première, ça. Bouder, désobéir, oui ; ça lui arrivait souvent, même – il avait huit ans, après tout. Mais il n'avait encore jamais complètement ignoré les adultes quand il se faisait gronder.
Encore sous le coup de la surprise, la jeune femme observa l'enfant ouvrir une compote et commencer à la boire. Quelques secondes plus tard, cependant, elle se secoua.

« Maxime Lucas Bertrand ! »

Max sursauta, lâchant son butin au passage. Sa sœur ne l'appelait jamais par son nom complet.

« Quand je te dis de ne pas aller quelque part, tu ne t'amuses pas à jouer sur les mots, tu n'y vas pas ! Le plafond ne s'est pas effondré, tant mieux, mais tu n'avais aucun moyen de le savoir en y allant ! Tu te rends compte que tu aurais pu te faire assommer ? Ou pire ? En recevant un bout de plafond sur la tête au mauvais angle, tu peux très bien te faire tuer ! »

Le petit garçon la regardait avec des yeux écarquillés. Même en l'entendant crier, le chien ne s'était pas réveillé, remarqua-t-elle distraitement. Elle soutint le regard de son frère pendant quelques instants, puis l'enfant baissa la tête.

« Pardon, Marie, murmura-t-il d'un ton penaud. Je le ferai plus. »

Un trémolo dans la voix de son frère alerta la jeune femme qu'il était sur le point de pleurer. Elle s'adoucit, et s'assit à côté de lui avant de l'attirer dans ses bras.

« Excuse-moi d'avoir crié, dit-elle. Mais tu m'as fait très peur en allant là-bas comme ça, tu comprends ? Qu'est-ce que j'aurais fait, si tu t'étais fait assommer, moi ? Je ne peux pas appeler les pompiers pour t'emmener à l'hôpital, ils ne viendront pas tant que ce n'est pas fini. Et je n'ai rien ici pour te soigner si tu es gravement blessé.

- Pardon, répéta le petit garçon d'une voix étouffée. J'avais faim et je voulais pas attendre...

- Je comprends, dit la jeune femme en lui caressant les cheveux. Et toi, tu comprends pourquoi j'ai eu peur ? »

L'enfant hocha la tête, et s'apprêtait à répondre quand un énorme bruit sourd, accompagnant la fin de la secousse, les fit soudain sursauter. Le chat se remit à miauler, comme s'il était blessé.

« Neo ? Qu'est-ce qu'il y a, mon grand ? demanda Max. »

Il s'accroupit devant la cage, et ouvrit la grille pour vérifier s'il ne s'était pas fait mal. À peine la porte ouverte, le félin partit en courant en direction de la chambre de leurs parents, poussant la porte mal refermée, et disparut.

« Neo ! appela Max d'un ton inquiet. »

Il se tourna vers sa sœur :

« Pourquoi il est parti ? C'est dangereux là-bas !

- On va agiter son paquet de croquettes, ça va le faire revenir, dit-elle d'un ton qui se voulait rassurant. Tu sais bien que c'est un goinfre, ce chat. Il ne résiste jamais à l'appel de la nourriture. »

La jeune femme se rapprocha du lave-linge et tendit le bras, attrapant la nourriture de Neo avant de la secouer légèrement. Elle regarda en direction du couloir, mais le félin ne réapparut pas. Elle remua plus vigoureusement la boîte, sans résultat.

Au même moment, une nouvelle secousse se fit sentir, accompagnée de la chute de plusieurs morceaux de plâtre.

« Je vais le chercher, dit Max.

- Ça ne va pas la tête ? Tu restes ici ! »

Le garçon sembla hésiter, jusqu'à ce qu'un miaulement retentisse dans la chambre. Cette fois l'enfant partit comme une flèche dans cette direction, ignorant les appels de sa sœur.

« Et merde ! jura la jeune femme. Je peux pas le laisser tout seul, maman ne me le pardonnera jamais s'il lui arrive quelque chose... »

Maudissant l'inconscience de son cadet, Marie s'élança à son tour vers la chambre de leurs parents, slalomant pour éviter les débris qui tombaient du plafond. Ouvrant grand la porte, elle trouva son frère allongé devant le lit. Les fesses tournées vers le haut, la partie supérieure du corps cachée sous le meuble, il essayait de convaincre le chat de sortir.

Incapable de se retenir, la jeune femme envoya un coup de pied bien senti dans le derrière exposé.

« Ouille ! »

Maxime, en sursautant, s'était cogné la tête contre le sommier.

« Sors de là tout de suite, intima sa sœur aînée. Je peux savoir ce qu'il te prend ?

- J'essaye d'attraper Neo ! répondit l'enfant sans bouger de sa position.

- Même si tu réussis, il est tellement paniqué qu'il va juste te griffer les mains et les bras, jusqu'à ce que tu le lâches. Neo ne risque rien sous le lit ; nous, par contre, on ne peut pas en dire autant !

- Pourquoi lui, il risque rien et pas nous ? C'est pas logique ce que tu dis ; ça devrait être pareil pour tout le monde !

- Parce que lui, il peut rentrer complètement sous le lit et se faire tout petit. Toi, tu arrives à peine à y ramper – et la moitié de ton corps ne passe pas ! Et moi, je suis trop grande ne serait-ce que pour y passer autre chose que ma tête.

- Mais... »

Fatiguée d'argumenter, Marie se pencha en avant, agrippa les chevilles de son frère, et tira brusquement pour le sortir de là.

« Hé !

- Vu que tu ne veux pas sortir tout seul, il faut bien que je te fasse sortir moi-même !

- Arrête ! »

Il commença à se débattre, agitant les jambes pour se dégager ; s'il donnait un coup de pied à sa sœur au passage, ce serait juste un bonus. Marie avait la force d'une adulte, cependant, ce qui lui donnait un avantage sur le petit garçon. Elle mit plus de temps, mais elle finit par réussir à l'extirper de sous le lit. Elle lui lâcha les jambes avec l'intention de lui saisir le poignet pour le relever ; mais l'enfant s'avéra plus rapide. En effet, elle avait à peine relâché sa prise qu'il retournait sous le lit, passant cette fois les jambes en même temps que les bras, pour qu'elle ne puisse plus les attraper. Marie commença à paniquer, luttant pour garder l'équilibre malgré les secousses.

« Tu vois que je rentre complètement ! dit-il d'un ton triomphal.

- Je vois surtout que tu nous mets encore plus en danger en t'obstinant à rester ! s'énerva la jeune femme. Alors maintenant tu vas me faire le plaisir de sortir de là et de revenir avec moi dans la buanderie !

- Quand j'aurai récupéré Neo ! s'obstina le petit garçon d'une voix étouffée. »

Marie leva les bras au ciel, implorant quiconque l'écoutait à cet instant de lui accorder la patience. Ce fut le moment que choisit le chat, dérangé par les tentatives du petit garçon de l'attraper, pour sortir du lit et sauter vers un autre meuble. Lentement, pour ne pas affoler davantage le félin, la jeune femme s'approcha et le prit dans ses bras. Tout en le caressant pour essayer de le calmer, elle appela son frère.

« Max, c'est bon, je l'ai attrapé, ton chat. Tu peux sortir, maintenant. »

Le regard fixé sur le lit, elle n'aperçut pas le morceau de plâtre sur le point de tomber qui se situait juste au-dessus de sa tête. Elle ne le vit pas non plus se détacher du plafond, et fut incapable d'éviter le contact avec sa tête.

Sous le lit, Maxime entendit un bruit de chute et tourna la tête. Sur le sol, à côté du meuble, sa sœur était allongée et immobile.

« Marie ? Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il. »

La jeune femme ne répondit pas.

« Si c'est pour me faire sortir, ça marche pas, prévint l'enfant. »

Toujours aucune réponse, aucun mouvement qui trahirait que sa sœur l'avait entendu. Avec méfiance, le petit garçon rampa vers le bord et sortit la tête pour voir de plus près. Marie avait les yeux fermés, et du sang qui coulait sur un côté de la tête. L'enfant écarquilla les yeux et s'empressa de sortir pour la rejoindre. S'agenouillant à côté de sa sœur, il la secoua.

« Marie, réveille-toi ! »

Aucune réaction. La jeune femme n'ouvrit pas les yeux, ne bougea pas.

« T'es morte ? demanda-t-il bêtement. »

En regardant de plus près, il s'aperçut que sa sœur respirait. Elle n'était pas morte, alors. Elle avait dû se faire assommer par quelque chose. Distraitement, il s'aperçut que Neo n'était nulle part en vue dans la chambre ; mais pour l'instant, il s'en fichait un peu.

Désespéré, le petit garçon regarda autour de lui, cherchant une idée pour aider son aînée. Il savait qu'il existait quelque chose que les grands appelaient les 'gestes de premiers secours', mais il n'avait aucune idée de ce que ça pouvait bien être... Faute d'une meilleure idée, il fouilla les poches de la jeune femme jusqu'à ce qu'il trouve son téléphone. Marie avait dit de ne pas l'utiliser avant la fin du tremblement de terre... Mais là c'était une urgence... Il fallait bien qu'il appelle les secours pour venir aider sa sœur... C'était quoi, déjà, le numéro à appeler quand il y avait un accident ? Il avait appris ça, à l'école...

« Le 18 ! s'exclama-t-il. »

Il composa le numéro, mais tomba sur un message lui annonçant que toutes les lignes étaient occupées. En désespoir de cause, il téléphona à leur mère... pour tomber sur le répondeur.

« Maman, faut que tu rentres à la maison ! Marie est tombée, j'arrive pas à la réveiller, et les pompiers répondent pas au téléphone ! »

En raccrochant le téléphone, la réalité de sa situation le frappa de plein fouet. Il ne pouvait pas sortir de la maison, parce que la porte était bloquée et les fenêtres trop hautes pour lui. Il n'arrivait pas à appeler les pompiers, ni sa maman. Sa sœur était la seule adulte avec lui, et maintenant elle était blessée à cause de lui et elle allait peut-être mourir. Il était tout seul, en plein tremblement de terre.

Sous l'impuissance, l'angoisse et le désespoir, le petit garçon fondit en larmes.

***

Pendant les heures qui suivirent, Max ne quitta pas sa sœur. Il essaya régulièrement de la réveiller, ou d'avoir quelqu'un au téléphone. Son père, sa mère, les pompiers, personne ne répondait. Neo avait fini par réapparaître, et s'était roulé en boule contre Marie. Entre ça et l'absence prolongée de secousses, l'enfant avait fini par comprendre que la catastrophe était terminée.

Il avait, une nouvelle fois, essayé de réveiller sa sœur pour lui annoncer la bonne nouvelle – en vain. Il hésitait à escalader un meuble pour pouvoir atteindre la fenêtre la plus proche, mais en faisant cela, il risquait de tomber et se blesser à son tour. Et si lui aussi s'assommait, il n'y aurait personne pour appeler les secours et dire où ils étaient.

Un nouveau coup d’œil au téléphone de sa sœur lui indiqua qu'il était 6 heures du soir. Dionysos avait commencé à hurler vers 11 heures du matin – en tout cas, c'était ce que disait l'ordinateur quand il avait entendu le chien. Ils étaient là depuis sept heures... et il ne savait pas du tout à quelle heure Marie avait été assommée. Il n'avait pas pensé à regarder l'heure quand il avait appelé les pompiers pour la première fois.

Un bruit à la fenêtre le fit sursauter et lever la tête. Il aperçut un visage de femme blonde derrière la vitre, et reconnut la voisine.

« Tu vas bien, petit ? demanda-t-elle. Il ne faut pas rester ici, tu sais. Ça pourrait s'effondrer.

- Je peux pas sortir parce que la fenêtre est trop haute, expliqua l'enfant. Et la porte de la cuisine est bloquée par des pierres. Et ma sœur a été assommée à cause d'un bout de plafond. »

Un autre visage, masculin, apparut à son tour.

« Tu veux qu'on t'aide ? On ne pourra pas débloquer la porte à nous deux, mais on peut casser la vitre pour te faire sortir...

- Et Marie ? J'arrive pas à la réveiller, et ça fait longtemps qu'elle est assommée. Elle va pas pouvoir sortir, elle.

- Tu as essayé d'appeler les secours ? demanda la voisine.

- Oui, mais ça répond pas ! »

L'homme recula de quelques pas pour évaluer la taille de la fenêtre.

« Si j'arrive à casser la vitre, dit-il à sa compagne, tu dois pouvoir passer et rejoindre le gosse. Si tu arrives à soulever sa sœur et à me la faire passer, je pourrai la porter pendant que tu fais sortir le petit. Je préférerais éviter qu'on reste là trop longtemps ; on ne sait pas ce qui risque de nous tomber dessus, ni dans quel état est la maison.

- Je vais dire au gamin de reculer, alors, dit la femme. Ce serait dommage qu'il reçoive des éclats de verre. »

Son compagnon hocha la tête, et elle alla expliquer leur idée à Max.

« Petit, il faut que tu recules jusqu'au mur, dit-elle. Mon ami, Olivier, il va casser la vitre pour que je puisse te rejoindre et faire sortir ta sœur. Mais on ne veut pas que tu sois blessé par un bout de verre, d'accord ?

- Et Marie ? Elle risque pas d'en recevoir, des bouts de verre ?

- Tu n'as qu'à tirer le drap sur elle, proposa la voisine. Comme ça, elle sera protégée aussi. »

Le petit garçon réfléchit quelques instants, puis hocha la tête. Enlevant le grand drap du lit de ses parents, il fit de son mieux pour en recouvrir sa grande sœur avant de reculer jusqu'au mur. Quelques instants plus tard, une brique passa à travers la vitre, envoyant effectivement des éclats de verre jusque sur le drap. Armé d'un marteau, Olivier cassa les parties qui étaient encore sur le cadre, afin d'éviter que quelqu'un se blesse. Dès qu'il eut terminé, la voisine passa les jambes à l'intérieur, sautant pour atteindre le sol. Elle sourit à l'enfant.

« Salut. Comment tu t'appelles ?

- Maxime Bertrand, dit-il en reniflant.

- Enchantée, Maxime, dit-elle avant de s'agenouiller auprès de sa sœur. Moi c'est Coralie. »

Elle fronça les sourcils en plaçant les doigts dans le cou de la jeune femme blessée. Son pouls était très faible, il fallait l'emmener très vite à l'hôpital. Plaçant un bras sous sa nuque et l'autre sous ses genoux, Coralie souleva la blessée et l'emmena jusqu'à la fenêtre où l'attendait Olivier.

« Dépêche-toi de l'emmener à la voiture, dit-elle à mi-voix. Elle n'a presque plus de pouls, il lui faut des soins très vite. »

Quand le transfert du corps fut terminé, la femme blonde se tourna vers Max.

« À ton tour, maintenant, dit-elle.

- Attendez ! dit-il soudain. Il faut qu'on prenne mon chien, aussi ! Il est là-bas, dans la buanderie ! »

Sans laisser le temps à la voisine de dire un mot, il se précipita dans le couloir pour aller chercher Dionysos. Pensant qu'il allait chercher une peluche, elle suivit le petit garçon avec un soupir et le trouva à genoux, essayant de réveiller un vieux cocker. Coralie fronça les sourcils ; aussi vieux soit-il, ce n'était pas normal qu'un chien ait dormi pendant un tremblement de terre.

« Viens, Dionysos, disait Max. On va sortir de la maison et on va te réchauffer. Tu es tout froid. »

Oh. La femme se mordit la lèvre ; elle allait devoir expliquer à un petit garçon que son chien était mort. Comme si le gosse n'était pas déjà assez traumatisé. Elle alla s'agenouiller auprès de lui, et vérifia la respiration du chien par mesure de prudence. Cela ne fit que confirmer ce qu'elle avait deviné : le pauvre animal était mort, probablement depuis plusieurs heures.

« Comment tu as fait pour empêcher ce chien de s'enfuir ? Les animaux ne restent jamais sur place quand il y a un tremblement de terre, normalement...

- Il était en train de hurler dans le jardin, expliqua l'enfant. C'est comme ça qu'on a su qu'il y avait un problème. Marie ne voulait pas le laisser dehors, parce qu'il y a des arbres qui auraient pu lui tomber dessus. Alors elle l'a attrapé et elle l'a traîné ici, et ensuite on a fermé toutes les portes. »

Coralie grimaça au-dessus de la tête du garçon. La jeune femme avait sans doute cru bien faire, mais l'angoisse de rester enfermé en plein tremblement de terre avait probablement causé une crise cardiaque au vieux chien. Il aurait mieux valu le laisser se sauver, et partir à sa recherche ensuite...

« Écoute, Max... Je suis désolée de te dire ça, mais ton chien... Il ne va pas se réveiller.

- Mais... mais si, il faut qu'il se réveille ! protesta le petit garçon. Je peux pas le laisser là, vous avez dit que c'était dangereux ! »

Coralie lui posa une main sur l'épaule.

« Il ne va pas se réveiller, parce qu'il est mort. Et s'il est froid, ça veut dire qu'il est sûrement mort depuis plusieurs heures.

- Non ! »

Max se dégagea dans un geste brusque, et se retourna pour la fusiller du regard, les yeux pleins de larmes.

« Dionysos peut pas être mort ! Il y a déjà Marie qui va peut-être mourir, Dionysos peut pas mourir aussi !

- Qu'est-ce qui te fait croire que ta sœur va mourir ? On va l'emmener à l'hôpital et ils vont la soigner, dit la voisine d'un ton qui se voulait rassurant.

- Parce que ça fait des heures qu'elle est assommée et qu'elle se réveille pas. Je suis pas idiot, je sais que c'est un super mauvais signe.

- Tu as raison, c'est mauvais signe, acquiesça-t-elle. Mais plus vite on ira à l'hôpital, plus elle aura de chances d'être soignée. Et pour ça, il faut que tu laisses ton... Dionysos ici. »

Sur le visage du petit garçon, le refus de croire que son animal était mort luttait contre le désir d'aider sa sœur ; il finit par baisser la tête et se lever.

« D'accord, dit-il d'une petite voix. Je viens avec vous. »

Il laissa Coralie lui prendre la main pour le ramener dans la chambre, puis le soulever afin de le faire passer par la fenêtre. Tandis que la voisine sortait à son tour, Olivier demanda :

« Au fait, petit, tu n'as pas de parents à prévenir ?

- Si, mais ils répondent pas quand j'essaye de les appeler.

- Où est-ce qu'ils travaillent ? intervint Coralie en se dirigeant vers une voiture garée à quelques mètres. Les lignes téléphoniques sont sûrement saturées, mais on doit pouvoir t'emmener les retrouver...

- Papa est électricien, je sais pas où il devait aller aujourd'hui exactement, expliqua l'enfant.

- D'accord, et ta maman ? Qu'est-ce qu'elle fait ?

- Elle travaille à l'école... Vous pouvez m'emmener à l'école ? Quand on aura emmené Marie à l'hôpital ? »

Les deux adultes échangèrent un regard, mal à l'aise. D'un signe de tête, Coralie fit comprendre à son compagnon que c'était à lui d'annoncer la mauvaise nouvelle.

« Écoute, petit... Il faut que je te dise un truc...

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Max en levant immédiatement la tête.

- L'école... On est passé devant en venant ici. On n'était pas là pendant le tremblement de terre, c'est Cora qui a voulu venir voir les dégâts. Bref, donc on est passé devant l'école, et, euh...

- Elle s'est complètement effondrée, poursuivit la voisine quand il devint clair qu'Olivier ne trouvait pas les mots. Avec tout le monde à l'intérieur ; les élèves, les professeurs, les autres employés...

- Mais ils vont aller les chercher, dit l'enfant avec certitude. Pas vrai ? Les secours vont dégager les débris, et faire sortir tout le monde, non ?

- D'après ce que j'ai entendu... C'est le premier endroit où ils sont allés, mais ils n'ont pas réussi à trouver un signe de vie. Ils ont pu sortir quelques personnes, mais elles étaient toutes mortes. Et les chiens des secouristes n'ont senti aucun survivant sous les décombres, expliqua Coralie. »

Max cligna des yeux. Il comprenait, dans un sens, ce que ça voulait dire – il était juste incapable de l'assimiler pour le moment.

« Ça... ça veut dire que...

- Ils vont quand même tout dégager, dit précipitamment la voisine. Parfois, les gens sont enfouis si loin sous les débris que les chiens n'arrivent pas à les sentir. C'est rare, mais ça arrive. »

Et ils vont devoir sortir tous les cadavres de toute façon, ajouta-t-elle mentalement. Elle se garda de dire ça au petit garçon, cependant ; il n'avait pas besoin d'entendre ça.

« Où est-ce que je vais aller ? demanda l'enfant, au bord des larmes. Papa ne répond pas au téléphone, il faut que Marie aille à l'hôpital, et maman...

- On va rester avec toi, jusqu'à ce que tu arrives à appeler ton père, promit Coralie. On attendra à l'hôpital, pour qu'il nous retrouve facilement et que tu puisses avoir des nouvelles de ta sœur. »

Olivier, qui était parti devant pour installer la jeune femme inconsciente dans la voiture et démarrer, appela soudain d'une voix pressante :

« Cora ! Viens vite, elle a arrêté de respirer ! »

L'intéressée se mit à courir vers la voiture, tandis que Max restait figé sur place. Il vit la voisine essayer de réanimer Marie pendant plusieurs minutes, apparemment sans succès. Il ne ressentait rien ; c'était comme si tout ça arrivait à quelqu'un d'autre. Comme s'il était juste en train de faire un rêve. De très loin, il entendit Coralie annoncer que sa sœur était morte. Comme sa maman, comme Dionysos. Comme son papa aussi, sûrement. Sinon il aurait déjà répondu au téléphone.

Il ne réalisa pas qu'il pleurait à chaudes larmes jusqu'à ce que la voisine, en revenant vers lui, s mette à sa hauteur et le prenne dans ses bras.

« Ça va aller, murmura-t-elle en le berçant. Ça va aller, tout ira bien... »

Comment ? Comment est-ce que tout pourrait aller bien ? avait-il envie de demander. Il était tout seul. Sa maman était morte. Dionysos était mort. Son papa était mort. Marie était morte, et ça, c'était de sa faute. S'il n'avait pas couru après le chat, elle ne serait pas venue le chercher. Ils seraient restés dans la buanderie, et sa sœur serait encore en vie.

Ses parents étaient morts, et il avait tué sa grande sœur. Il était tout seul, et rien n'irait plus jamais bien.
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Ce que pensent les chauves-souris
La Lapine Cornue

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: Ce que pensent les chauves-souris    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyMer 13 Juil 2016 - 16:17
#Drame-Tragédie

Salut les pouets laineux ! :Pouet:

Bon ben blablabla toujours mon corpus de textes sur le thème "Bêtes de l'Apocalypse", qui se passe dans un futur alternatif, tout ça tout ça :la:




Les autres Bêtes de l'Apocalypse :

 Par delà les rails et la nuit
Vend simili-ficus sur peau d'éléphant
Un simple chien dans le désert
Gourmet de plastique


Celui-ci est un peu particulier puisqu'il a été inspiré par le Chrono-challenge portant sur le thème "le chat de Dracula". N'ayant pas pu y participer, j'ai repris ce thème pour travailler une petite nouvelle sur le sujet :la:

Comme d'habitude hein, défoulez-vous sur les coms si vous voulez rire2





Viens lire la nouvelle version du texte, ICI !
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Convention du forum
Invité

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Rechercher dans: Règles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: Convention du forum    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyMer 4 Mai 2016 - 20:59
Convention




Si vous avez la moindre question à propos de quoi que ce soit sur le forum, n'hésitez surtout pas à interroger par message privé K, Titi ou Ouppo (ce sont les grands chefs).


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Bref, c'était la partie barbante, maintenant lâchez-vous, amusez-vous tout en respectant ces règles !
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 3883910101
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: La plainte du ficus
La Lapine Cornue

Réponses: 15
Vues: 3852

Rechercher dans: Nouvelles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: La plainte du ficus    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyJeu 21 Jan 2016 - 23:45



Robuste et réputé facile à entretenir, le ficus est une plante de la famille des Moracées courante dans tous les intérieurs.





          Regardez-la bien.
          Regardez-la bien parce que dans deux minutes, comme tout le monde, vous l'aurez oubliée.
          Elle est là, échange deux mots, rit un peu à vos blagues, puis s'enfuit discrètement. Et pouf, disparue. Oubliée. Ou bien elle était invitée à une soirée ; mais elle n'est pas venue. Quelle importance au final, puisque personne ne s'en rendra compte ?
          Vous savez ce que c'est d'être invisible ? Réellement invisible ? Moi non plus. On me voit, après tout. C'est juste qu'on… m'oublie. Toujours.
          La seule chose que je connais, c'est faire le yoyo entre spectre et être humain.
          Je suis presque sûre de savoir pourquoi. C'est parce qu'il n'y a rien entre ces côtes, rien dans ce crâne, rien d'autre que du vent. Un courant d'air. Et l'extérieur ? Une plante en pot. Un truc qui est là parce qu'il doit être là et qu'il ne sait pas où il pourrait être, ailleurs. Alors il est là. On le regarde cinq minutes, parce qu'il est planté devant nous, puis on l'oublie.
          Forcément, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise, moi. Vous avez bien raison. Vous le sentez bien, hein, que quand je ris avec vous, il n'y a rien derrière. Que quand je compatis gentiment à vos malheurs, que je vous soutiens de toute ma force forcée, eh bien sous cette mine pleine de bonté, sous ce jeu d'actrice qui m'octroie la chance d'être une plante en pot et non plus un invisible spectre, sous toutes les couches et toutes les carapaces qui se sont forgées au fil des ans, et bien il n'y a rien. Rien que du vide. Je suis désolée pour vous, sincèrement. Regardez, tout mon visage est empreint de pitié et de compréhension.
          Mais dans trente secondes, quand nous nous quitterons et que la plante en pot sera à nouveau seule, j'aurai déjà oublié vos problèmes, et tout ce qu'ils représentent pour vous. Tout comme vous m'aurez oubliée.
          Il est pourtant joli, ce ficus, selon certains.
          La vérité, c'est que la coquille qui traîne ses casseroles d'un bout à l'autre du métro chaque jour, elle n'est rien, elle n'est personne. Voilà.
          Oh, je vous entends déjà. Celle-là elle est gonflée ; profite de ta vie de plante en pot et puis laisse-nous traîner nos propres boulets !
          Dites, vous aimez les caméléons ?
          Vous aimez les miroirs ?
          Non. On aime un caméléon pour sa langue préhensible et ses gros yeux, pas pour sa faculté à passer inaperçu. Moi, je n'ai ni langue préhensible ni gros yeux. Et puis personne n'aime les miroirs, mais seulement le reflet qu'ils renvoient. Parfois.
          Maintenant que j'y pense, c'est vrai. On se voit dans un miroir, on s'y regarde, on se fixe au plus profond des yeux, on s'épile les poils de nez. Mais qui regarde vraiment le miroir ? Qui ?
          Lorsque je ris, c'est un mélange d'Alice et de Florine. Lorsque mes yeux se lèvent au ciel en papillonnant des paupières, c'est Marielle. Quoique non, Marielle a tendance à disparaître de moi… Il y a trop longtemps que l'on ne s'est pas vues. Entendez-vous les expressions de Camille et de Pauline dans mes mots ? Les gloussements idiots de Blandine dans ma voix ? L'ironie acerbe de… qui était-ce déjà ? Qui ?
          Je suis un camaïeu de visages et de gestes, un automate qui récite sa leçon. Une masse de gens que j'ai côtoyés, copiés, puis oubliés. Maintenant, je n'ai même plus besoin d'y penser. La mécanique de mon corps est bien huilée. Maintenant, je peux compatir sans presque me forcer. Rire sans y réfléchir. Sourire par réflexe.
          Je suis tout le monde et je ne suis pas moi. Qui suis-je ? Voyez-vous seulement quelqu'un en moi ? Allez, jouons cartes sur table. Vous le sentez, inconsciemment, vous le savez bien que cette fille-là, c'est une façade. Vous seriez bien incapable de reconnaître quelqu'un dans ce petit cri enthousiasmé, ou dans cette moue ennuyée, mais vous le savez, que quelque chose cloche, que cette plante en pot juste là qui vous tient le crachoir, en vérité c'est un trou noir. Un trou noir déguisé en foule, habillé d'oripeaux factices, couvert de cuirasses multicolores.
          Alors oui,  comme vous le sentez peut-être, je m'en contrefous de vos problèmes. Pas mon corps. Mon corps, lui, aime partager. Mon corps m'aime bien, au fond ; il a fait tout ça pour cette petite fille silencieuse qui ne ressentait rien, ne montrait rien, jamais. Il a fait ce qu'il a pu. Il s'est bien endurci. Il a tout pompé autour de lui, comme une éponge plus sèche qu'un désert ; il s'est gonflé de photocopies. Il essaie tant qu'il peut de me faire croire que moi aussi, je peux ressentir. Exprimer.
          Mais tout ce que je dis, ce sont les mots des autres. Tout ce que je fais, ce sont les gestes des autres. Tout ce à quoi je suis bonne, c'est faire le caméléon, pour tenter de limiter la casse.
          Mon rire, mes grimaces, mes intonations, mes mots. Rien n'est à moi dans tout ça. Rien.
          Le vide.
          Vous connaissez ce vide ? Celui du miroir qui ne peut exister que lorsqu'il reflète ?



          Allez, petit ficus. Cesse de braire et reprend ta placidité décorative. Tout le monde s'en portera mieux.


Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Entre chien et loup
La Lapine Cornue

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: Entre chien et loup    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyMer 12 Aoû 2015 - 20:30


ça va saigner, mes agneaux Angel


"Le jeu du Loup-garou, ça vous dit quelque chose ? Imaginez que ce jeu de rôle se déclenche dans votre vie quotidienne..."





Entre chien et loup

N'oubliez jamais que vous êtes à la merci du jeu. Que c'est vous qui suivez ses règles, qui vous soumettez à ses lois. Et non l'inverse…










           – Je m'ennuie à mort.
           – Arrête de te plaindre, ça nous fera des vacances.
           – Moi aussi, je m'ennuie. Hé, dites, vous voulez pas jouer à un truc ?
           – Genre quoi ?
           – Flemme.
           – Ferme-la, toi. Nous on veut jouer.
           – Genre… le jeu du Loup-Garou ?
           – Oh, génial !
           – Je vote pour.
           – Flemme.
           – On le connaît par cœur.
           – Ouais, on le connaît par cœur, y'en a marre, toujours les mêmes trucs…
           – Attendez. On pourrait, genre… le réinventer.
           – Comment ça, le réinventer ? C'est un jeu, tu le réinventes pas.
           – Bien sûr que si, crétin.
           – Tu veux dire, en créant de nouveaux rôles et tout ?
           – Hé, c'est génial comme idée !
           – Fl…
           – Ta gueule toi.
           – Bon, on le réinvente comment du coup, ce truc ?
           – Vous voulez quoi comme nouveaux rôles ?
           – Le… le dragon.
           – Le mec qui crie au loup.
           – Attendez attendez !
           – Un à la fois. Le dragon, ok, bonne idée. Il fait quoi ce dragon ?
           – Il crache du feu.
           – Euh… lol.
           – Non, je rigole. Bah, c'est une sorte de super loup-garou.
           – Mais le super loup-garou, il existe déjà.
           – C'est le loup-garou blanc. Celui qui peut bouffer tout le monde.
           – Oui non mais là y'aurait pas de loup-garou blanc et le dragon serait vraiment balèze balèze.
           – Comment ça, balèze balèze. Il ferait quoi chaque nuit ?
           – Bah il bouffe quelqu'un.
           – Quoi, c'est tout ?
           – Non, mieux. Il bouffe deux personnes chaque nuit.
           – Mais non. On est pas assez nombreux pour ça, on sera tous morts en quatre ou cinq tours.
           – Bon…
           – Bah alors c'est juste une sorte de loup-garou blanc – il peut manger tout le monde y compris les loups-garous – mais en plus classe.
           – Hé, j'ai une idée, j'ai une idée ! Et si, quand quelqu'un venait sauver le mec qui se fait bouffer, il pouvait avaler le sauveur en plus ?
           – Euh, ouais… genre la sorcière et ses élixirs, tout ça ?
           – Mais là, plus personne voudra sauver qui que ce soit. Donc non.
           – Rah. Pas drôle.
           – Ah je sais ! Il ne peut pas bouffer le sauveur, mais il peut cracher du feu et donc lui infliger des brûlures.
           – Tu veux dire, comme un indice sur la nature du sauveur ?
           – Oui. Quand le village se réveille, on peut chercher la brûlure sur quelqu'un pour avoir un indice.
           – Hé, super idée.
           – Bon, le dragon est torché, passons au reste.
           – Le mec qui crie au loup, le mec qui crie au loup !
           – Et il fait quoi, ce fameux type ?
           – Et bah, c'est celui qui arrête pas d'accuser des gens à tort et à travers.
           – Quoi, c'est tout ?
           – C'est déjà pas mal pour brouiller les pistes, non ?
           – Je vote pour.
           – Moi aussi.
           – C'est toi qui l'a proposé, andouille. Bon, ok pour celui qui crie au loup.
           – Non, non, j'ai une meilleure idée !
           – Ouais ?
           – Celui qui parle aux loups !
           – Oh, ça me plaît ça.
           – Moi aussi. Explique ?
           – Genre, il ne peut pas se faire bouffer par les loups. Lorsqu'ils le menacent, il peut leur parler et leur dire d'attaquer quelqu'un d'autre.
           – Ah !
           – C'est génial, ça.
           – On garde celui qui parle aux loups.
           – Autre idée ? Ah, ah, attendez, j'en ai une ! Le mouton !
           – Euh… et donc ?
           – Ben le mouton, il se fait bouffer. Genre au premier tour. C'est la victime numéro un.
           – Euh… génial pour lui.
           – C'est pas très utile comme rôle.
           – Bah ça reflète la réalité non ? C'est celui qui met la puce à l'oreille, pas celui qu'on veut sauver.
           – Bon, ok pour la victime mouton. Autre chose ?
           – Ah si si, je sais ! En gros, le mouton peut choisir de ressusciter quand il le veut pendant la partie, mais deux fois maximum, hein.
           – Et alors ?
           – Et bah alors il se refait bouffer.
           – Direct ?
           – Direct.
           – Euh… t'as quelque chose contre lui ?
           – Mais non, patate ! Il se sacrifie pour donner plus de temps aux autres.
           – Ah, pas mal.
           – Moi j'aime. On garde !
           – Autre idée de perso ?
           – Euh…
           – La licorne !
           – La quoi ?
           – Tu veux nous foutre une licorne au milieu ?
           – Bah on a bien un dragon non ?
           – Et un mouton kamikaze, aussi.
           – Oui, bref. Et donc ?
           – Je sais pas pourquoi, je sens que ce jeu va vite devenir n'importe quoi.
           – La licorne, déjà, peut flairer si c'est le dragon ou les loups qui ont tué la personne.
           – Ah bon ?
           – Ben oui, comme on n'est pas assez nombreux pour tuer deux personnes par nuit, bah faudra alterner entre les deux prédateurs.
           – Pas bête.
           – Genre la licorne va renifler le cadavre tout sanguinolent. C'est glauque. J'adore.
           – Mais pas seulement ! La licorne peut sauver quelqu'un…
           – Tu veux dire, comme la sorcière. On la laisse, d'ailleurs, la sorcière ?
           – Bah oui… ?
           – Bah on a déjà un dragon et une licorne, alors je vote pour la sorcière.
           – Vous allez me laisser parler oui ? Donc la licorne peut sauver quelqu'un, oui, comme la sorcière.
           – Ce serait mieux si elle se sacrifiait.
           – Hein ?
           – Bah oui, elle sauve la personne mais se fait bouffer en échange. Ça colle bien à l'esprit licorne, non ?
           – Pfeuh.
           – Si tu le dis…
           – J'ai pas fini, arrêtez de m'interrompre ! Donc voilà, elle peut sauver quelqu'un, mais elle ne peut pas se faire bouffer par les loups. Y'a que le dragon qui est assez fort pour la tuer.
           – Ah, j'aime.
           – Ça se complique, dites donc.
           – Du coup, ça veut dire que lorsqu'elle sauve quelqu'un attaqué par les loups, bah elle le sauve sans se sacrifier puisque les loups ne peuvent pas la tuer. Par contre, quand c'est le dragon, elle morfle.
           – Ah, bien. Génial.
           – Ok cool. On a fini là, ou on en rajoute encore un autre ?
           – Le… L'aveugle ?
           – Il ferait quoi, l'aveugle ?
           – Euh… ben il est aveugle.
           – Ok et ça nous avance à quoi ?
           – Il peut se trouver sur le lieu du crime et rien voir. Genre il peut assister à tout mais sans jamais rien voir.
           – C'est Mr. Inutile, quoi.
           – Au suivant !
           – Euh… C'est tout. Vous avez d'autres idées ?
           – Bah, on a déjà bien compliqué les choses hein.
           – Pas d'autre idée, personne ?
           – Nan.
           – Non plus.
           – Bon. Alors on va distribuer le jeu. Enfin, faire la liste des rôles.
           – La licorne.
           – Le dragon.
           – Les loups. On met combien de loups ?
           – Deux. Pas plus.
           – Deux loups, du coup.
           – La sorcière.
           – Le mouton.
           – La voyante.
           – Quoi, encore la voyante ? Marre de la voyante !
           – Mais quoi, elle est sympa.
           – Stop. Va pour la voyante.
           – Oui mais non, sinon on pourra pas mettre le mec qui parle aux loups.
           – Euh… Vous avez vraiment envie de l'avoir, ce type ?
           – Oui !
           – Oui.
           – Bon… Bah ce sera le dernier, na. Après la voyante. Et voilà, c'est complet.
           – Ah non, je voulais mettre la petite fille !
           – Ah là là, elle aussi on la connaît par cœur.
           – Laisse tomber.
           – C'est bon, tout le monde est prêt ? Les cartes sont faites ?
           – Attends attends, je finis d'écrire… Voilà.
           – Parfait. On lance le jeu. En garde !





***



           Les enfants passèrent les vacances à jouer à leur version du jeu du loup-garou, incluant licorne, dragon, mouton et "celui qui parle aux loups".
           La rentrée arrivée, ils se séparèrent, entrèrent dans des classes et des établissements différents. Les années passèrent. Peu d'entre eux conservèrent des liens. Tous oublièrent cet été à mourir d'ennui où ils avaient inventé un jeu.
           Cependant, entre leurs côtes, au creux de leur cœur, continuait de grandir la graine qu'ils y avaient plantée…




***






– Premier tour. Le soir tombe sur le village. –


           La ruelle était froide et obscure. Les vitres aveugles sous le givre blanc. Des pas lourds ébranlaient le goudron défoncé. Les petites maisons frileuses paraissaient figées comme un décor de carton, ombres noires sur ciel bleu velours piqueté d'étoiles.
           Il y eut soudain un souffle puissant et précipité, puis un cri de terreur pure. Le silence retomba. En émergeaient seulement, parfois, des bruits de mastication lourds et satisfaits.
           Lorsque le soleil se leva sur la petite ville, il fit scintiller le sang qui enrobait le cadavre à moitié dévoré.


Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve
La Lapine Cornue

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyVen 24 Juil 2015 - 14:52


Ok, nouvelle nouvelle mes agneaux, moins lente, moins lyrique... Moins sur le style et plus sur l'action, finalement ^^


"Imaginez, la science vous propose des compagnons personnalisables à l'infini... Vous vous jetez dessus, comme tout le monde. Mais plein de choses peuvent mal tourner...  "
Spéciale dédicace à Tiun, Phoenix, Ragne, Teru, et même Earl et Silenuse (très rapidement) huhu :ridicule:





Lorsque nous créerons la vie, lorsque nous vendrons du rêve









          Jour 0

          Aujourd'hui c'est Noël.
          J'ai été la première à me lever, j'ai jailli de mon lit à sept heures pétantes. Cela fait longtemps que je n'ai pas ressenti pareille fièvre le matin du 25 décembre. Depuis quelques années, le jour des cadeaux est devenu pour moi celui des interminables repas de famille. Chèques et billets ont remplacé paquets cadeaux multicolores ; l'émerveillement enfantin s'est changé en ennui placide. Mais aujourd'hui, tout est différent.
          Pour la première fois depuis mes douze ans, j'ai su quoi demander.
          Cela fait des mois, et même des années, plus exactement, que je désire ce cadeau. Depuis que les premiers prototype ont été vendus sur le marché. Mais je m'y suis toujours refusée. Je ne suis pas de celles qui suivent aveuglément les tendances du moment. Ni de celles qui acclament chaque nouvelle invention scientifique comme un miracle. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme", disait Rabelais… Mais devant l'engouement grandissant qu'ont provoqué ces "DNPets" et ma propre curiosité dévorante, ma conscience à commencé à reculer, à relativiser. Ce n'était peut-être pas mal. Juste nouveau. De toute manière, il n'y a ni bien ni mal. Rien qu'un camaïeu de gris.
          Bref. Tout ça pour dire que je suis emplie d'un mélange de hâte et de peur, que mon estomac tourne et retourne en tous sens.
          Interrompant mes pensées chaotiques, mes parents nous rejoignent – nous, les enfants – au pied du sapin. Je froisse distraitement les plis légers de mon pyjama. Mon père, du rire plein les yeux, entame la distribution ; je me crispe imperceptiblement. S'il n'y a rien pour moi, c'est qu'ils ont accédé à ma demande, car mon cadeau n'est pas de ceux qu'on emballe. Si en revanche on me tend quelque chose…
          – Perline…
          Je sursaute, mes yeux s'accrochent à ceux de ma mère. Elle me sourit, et mon cœur bat plus fort.
          – Tu sais comment tu vas l'appeler ? dit-elle enfin avec un sourire.
          Mon souffle reste bloqué dans mes poumons.
          C'est oui.
          – Rendez-vous à la boutique demain, ajoute mon père parmi les cris de mes sœurs ouvrant leurs cadeaux. Ils auront besoin de ton ADN…
          C'est oui. Bon sang, c'est oui !





          Jour 1

          La boîte arrive deux semaines plus tard. Je n'en peux plus d'impatience ; mon visage est impassible lorsque je signe le reçu du facteur, mais mes mains tremblent et j'ai l'impression que mon cœur va exploser à force de pomper tant d'air et de sang, il faut que je l'ouvre, il le faut ! Je claque la porte d'un pied agile, encombrée de la boîte si lourde, puis la pose sur la table. Avant d'inciser les bandes de ruban adhésif, je hurle que mon cadeau est arrivé. Ce qui, dans ma bouche, donne ça :
          – Perle est là ! Perle est là !
          La maison endormie s'agite soudain. Mes deux sœurs déboulent dans ma pièce tandis que ma mère dégringole l'escalier ; toute la famille est bientôt réunie autour de la boîte mystérieuse. Sur le carton renforcé, de grandes lettres arc-en-ciel claironnent fièrement "DNPet", accompagnées de la mention "urgent". Des brins d'ADN stylisés s'entrelacent avec la marque.
          – Tu ouvres ? demande timidement ma cadette, aussi fascinée que moi.
          Mes mains se ruent d'elles-mêmes sur le cutter, qui perfore avidement le carton ; les battants s'ouvrent et mon cadeau apparaît enfin à mes yeux.
          Dans une sphère de plexiglas étincelante, un petit être se tient roulé en boule, recroquevillé dans son sommeil. Des exclamations jaillissent autour de moi. Ma mère attrape le mode d'emploi ; mon père se saisit délicatement de la sphère moite et embuée, et la dépose sur le bois verni de la table. Délaissant le mini-manuel que je connais quasi par cœur après l'avoir dévoré sur le Net, je fais doucement pivoter l'objet et enclenche deux charnières de plastique. Il y a un petit claquement timide, puis les deux hémisphères se déploient. Le cœur prêt à éclater, je glisse mes doigts à l'intérieur et saisis doucement la petite bête toute chaude.
          Elle est à présent au creux de mes mains. Elle s'étire lascivement, passe sa langue violette sur ses babines, et ouvre les yeux. Mes yeux. Nous échangeons un regard, et j'ai l'impression étrange de me voir dans un drôle de miroir, de me voir déguisée dans un autre corps. Ses yeux sont noisette, pictés d'un vert discret. Si la prunelle n'était pas aussi ronde et large, il s'agirait d'un regard humain. De mon regard. Je la soulève pour la regarder mieux ; tranquille, elle m'observe sans ébaucher un mouvement. Elle est magnifique. Exactement semblable à mes vœux.
          Une corolle de plumes blanches tachetées d'arc-en-ciel se déploie autour de son cou, telle une crinière de griffon. Sa tête est celle d'un lion blanc, un petit lion aux grands yeux et aux longues moustaches. Son corps rond et duveteux est celui d'un oiseau mignon en forme de poire, dont j'ai oublié le nom. Sa queue en éventail fait écho à sa crinière. Elle a de petites pattes agiles, qui s'accrochent à ma peau. Elle me regarde l'observer, indulgente.
          – Coucou, je murmure.
          Elle agite les plumes en réponse, déployant brièvement ses ailes dans une explosion de couleurs.
          – Elle est trop mignonne ! s'extasient mes sœurs à côté de moi.
          – Elle est magnifique, conclut ma mère. Elle te plaît ?
          Je la pose doucement sur la table, et elle hérisse les plumes avant de commencer à explorer ce nouvel environnement.
          – Elle est géniale. Elle est trop bien !
          Mon père se rengorge.
          – Un beau cadeau, hein ?
          – Oh là là, merci beaucoup !
          Une paire de bisous plus tard, me revoilà le nez collé à la table, l'œil fixé sur ma nouvelle amie. Elle est si réelle ! Comme si elle était née dans la nature d'un autre monde que le nôtre, dans le sang et la douleur de sa mère, et non dans les éprouvettes d'un laboratoire. Un pincement de culpabilité me serre le cœur un instant face à cette pensée ; mais il s'efface lorsqu'elle pousse un petit gloussement adorable en découvrant un verre, aussi translucide que sa sphère. Est-elle mieux qu'un véritable animal ? Pire ? Je ne saurais le dire. Mais elle reste un être vivant sensible. Comme les animaux naturels, après tout.
          – C'est un verre, lui apprends-je. Un verre.
          – Un verre, répète-t-elle d'une petite voix – ma voix.
          Ma sœur benjamine pousse un cri de ravissement et tente de se jeter sur la petite bête ; j'enraye de justesse la tentative de kidnapping, formant un rempart de mes bras.
          – Pas touche toi, je gronde .
          – Pas touche, répète la bestiole de sa voix troublante, celle que lui octroie la gorge de perroquet des DNPets.
          Elle croise mon regard et éclate de rire, avant de se carapater à l'autre bout de la table.
          – Hé, reviens Perle ! ronronne ma sœur perfide, prête à refaire une tentative.
          Un éclat d'incompréhension traverse les prunelles rondes ; j'éclaire sa lanterne.
          – Tu t'appelles Perle. C'est ton nom. Ton nom. Regarde, moi c'est Perline. Tu comprends ? Hein ?
          Elle penche la tête à droite, à gauche, et encore à droite. Je l'imite, faisant de nous des miroirs, l'un animal et l'autre humain.
          – Perle, conclut-elle en reprenant son exploration. Perline. Perle et Perline.



A suivre...
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]
La Lapine Cornue

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: Renaissances (le Peuple de l'Aube) [-12]    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyDim 4 Jan 2015 - 12:14


Allez, troisième histoire de ma série de réécritures du mythe d'Adam et Eve ; mais cette fois, ils n'appartiennent pas au même Jardin d'Eden ; c'est elle qui va basculer la première, puis ils vont se rencontrer et ça va barder... :-p
Plus réaliste que les deux premiers volets, cette nouvelle-ci n'est pas plus évidente à relier au mythe originel (à vous de trouver ce qu'est la pomme, qui est le serpent... - bon, Adam et Eve ça devrait aller quand même x))
Une fois n'est pas coutume, je vous la fractionne en deux ou trois parties ; voici la première, elle n'est pas longue. Allez, bonne lecture ! :la:


→ Ici le texte 1 : Celle en qui parle la lumière ; le texte 2 : Bêtes Noires et le texte 4 : Conte du chat, de l'oiseau et de la Reine dragon


Inspiré d'un rêve.


Renaissances
ou
Le peuple de l'Aube




‹‹ Certains spectres sont de chair et d'os. Rejetés par tous, traînant leur péché derrière eux. Leurs souvenirs se délitent petit à petit. Jusqu'à ce qu'il n'en reste plus rien…
Ces spectres-là, mon enfant, ce sont ceux de l'Aube, et c'est pourquoi tu ne dois jamais, jamais tenter de voir le soleil. ››






      Le soleil va se lever.
      Nous nous barricadons déjà dans l'ombre, pour échapper à ses rayons furieux. Nous, peuple de la nuit, peuple du vent et de la mer, peuple du sable et du sel. Peuple des oiseaux dont nous portons la peau et les parures, sans oublier les os.
      Appuyée contre une hutte, je contemple la lueur claire qui teinte l'horizon de bleu. Mon regard dérive sur la mer toute scintillante, ourlée de blanc ; puis sur les membres de la tribu qui se croisent et s'entrecroisent sur la plage, réglant les derniers détails – filets de pêche, collecte des coquillages – avant d'aller se terrer dans leurs huttes pour la journée. Les pans de peau tannée claquent au vent sec de la mer, les plumes décolorées par le sel s'ébouriffent, et les breloques d'os et de bois flotté carillonnent. Et le ballet des oiseaux, les oiseaux qui sont partout, qui vivent à nos côtés.
      Je remets en ordre mes propres pendentifs, effleure les boucles d'oreilles en perles de bois et coquillages, et rajuste les os et rémiges qui composent mes colliers. Os et rémiges d'albatros, mon totem. J'ai amassé ce trésor voici quelques années, lorsque le temps était venu pour moi d'aller marcher dans le cimetière aux oiseaux. C'est une crique non loin du village, dont le sable est couvert d'un tapis d'ossements et de cadavres. Les peaux et les plumes dont nous nous couvrons, ainsi que nos parures d'os, proviennent de cet endroit sacré.
      – Sol ! Te voilà ! m'interpelle soudain une voix essoufflée.
      Deux de mes amis déboulent devant mon nez. Ou plutôt mon bec. Je relève de la main le crâne géant qui me couvre le visage. Ils font de même ; leurs masques d'os et leurs larges becs, gravés d'arabesques, se hérissent sur leur front, mettant leurs visages à découvert. Line et Cormo. La première porte la parure du goéland planeur, le deuxième celle de la mouette géante. Les odeurs fortes de leurs peaux m'étourdissent un instant.
      – Ça fait des heures que je vous attends, les gars, réponds-je.
      – Allez, dépêche, presse mon amie. Tout le monde y est déjà !
      Nous courons ensemble vers la plage, rejoignant la quasi-totalité des jeunes de la tribu, une vingtaine environ. Les adultes se rapprochent au contraire du cercle des huttes. La lumière céleste commence enfin à réchauffer le ciel.
      Comme chaque matin ou presque, nous allons vivre les prémices de l'aube, nous allons défier le soleil, ce prédateur brûlant qui pourrait nous rendre aveugles. Ainsi rassemblés sur la grève, les yeux de plus en plus plissés, les mains levées devant nos visages, nous jouons à qui restera le dernier. Et pathétiquement, le dernier ne reste jamais assez longtemps pour voir le soleil, le vrai soleil, surgir à l'horizon. Aucun membre de notre peuple ne peut le voir ; ses rayons nous tueraient.
      Notre groupe se tient donc face à la mer. Nos plumes et pendentifs claquent au vent, nous ployons sous l'écume glacée qui postillonne à nos visages. La lumière dorée prend une teinte plus appuyée à chaque seconde. Les bras commencent à se lever pour protéger les yeux ; les paupières papillonnent. Je tente de ne pas me recroqueviller sous le poids de la lumière ; mon amie me saisit la main et nous luttons ensemble. Bientôt nous devons fermer les paupières et lentement reculer. Mais alors que le sable crisse sous les pas de nos compagnons qui s'éloignent, Cormo me prend l'autre main et nous murmure :
      – Allez, aujourd'hui on reste. On reste jusqu'au bout !
      Je souris en reculant, jusqu'à ce que les mains de mes deux amis me retiennent. Et que je me retrouve bloquée.
      – Tu… Tu es sérieux ?
      – On peut le faire, me dit-il, sûr de lui. On peut voir le soleil.
      Je secoue la tête, cherche une échappatoire, passe du regard gris de mon ami aux yeux bleus de Line. Insondables et surtout… déterminés.
      – Quoi ? je bredouille. Mais non, on ne peut pas ! Non non non ! C'est tabou ! Vous voulez mourir ou quoi ?
      – Allez quoi, Sol ! C'est possible !
      – On n'en sait rien ! Je ne veux pas devenir aveugle !
      Je lutte pour libérer mes mains et me couvrir les yeux ; même mes paupières ne parviennent plus à stopper la lumière.
      – C'est bien pour ça qu'on est là jour après jour ! C'est ce que tout le monde veut ! renchérit Line. On va le faire !
      – Rester dans l'ombre est juste une tradition débile qu'on nous impose dès la naissance ! On en a déjà parlé, tu étais pourtant d'accord !
      Je n'ai rien à répondre à ça puisque c'est vrai ; mais je ne pouvais deviner que derrière ces mots se profilaient des actes…
      Je cesse de me débattre et prend un ton plaintif. Le souffle précipité par la lumière qui me déchire les yeux à travers les paupières.
      – Je le sens pas, là, les gars. Vraiment pas.
      – T'inquiète, on est là, répond Cormo d'une voix ferme.
      – Regardez ! lance Line dans un cri qui m'écorche le tympan droit.
      Pliés en deux, recroquevillés dans notre propre ombre comme de misérables créatures, nous ouvrons délicatement les paupières. Un trait de feu me brûle la rétine et je pousse un cri.
      – Aaaah ! Ah ! Je vois rien ! Rien du tout !
      – Mais si ! gronde Line. Réessaie plus doucement !
      La voix de Cormo s'enroule à mon oreille avec des accents éblouis.
      – Je le vois ! Je vois le soleil ! Regarde, regarde comme il est beau !
      Piquée au vif par leurs mots, je refais un essai. Le douleur me vrille les yeux et martèle mes tempes ; mais oui, je le vois, je le vois enfin ! Une demie boule de feu qui s'extirpe lentement de la mer, qui se hisse au dessus de la ligne d'horizon, qui embrase tout le ciel, laissant des traînées de braises dans le vent.
      – C'est magnifique !
La douleur s'intensifie, mais je refuse désormais de fermer les yeux et de voiler ce divin spectacle. A cet instant l'ombre n'existe plus, j'ai oublié la nuit et tout ce qui faisait ma vie.
      – Là ! Là, regardez ! s'affole Line. Il est entier !
      Alors la mer, la plage, le monde entier retient son souffle, et la dernière courbe rouge décolle de l'horizon. Et soudain la lumière me transperce jusqu'aux os, deux poignards me crèvent les yeux et forent des tunnels de douleur sous mon crâne. Un concert de hurlements se déclenche dans ma tête ; titubante, je me rends compte qu'en fait ce sont mes cris et ceux de mes amis.

***
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Seule [-12]
Namyon

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: Seule [-12]    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptyLun 22 Déc 2014 - 21:50
note:
 


Tu es forte. Tu ne pleureras pas. Tes amis sont étendus par terre, tachés de leur propre sang mêlé à celui des infectés décimés. Les murs autour de toi sont effondrés, criblés de balles et l'hémoglobine fraîche y coule encore. Il fait terriblement froid, le vent hurle avec ton arme et tes cheveux volent autour de ta tête. Tu as faim, tu as mal, cette nausée te noue les tripes et la gorge mais tu es forte, alors tu continues à te battre et tu t'accroches corps et âme à cet espoir, ce tout petit espoir qui te garde en vie. Ce petit espoir qui prend forme dans celui que se tient derrière toi, tout aussi dévasté, tout aussi frigorifié... et tout aussi effrayé. Mais il est encore là, et il est maintenant la seule chose qui compte pour toi.

Même si d'une manière, il l'a toujours été.

Tes doigts cherchent ta gâchette mais quand ils appuient, rien ne se passe. Tu refuses d'y croire, alors tu essaies de nouveau, encore et encore, et les infectés sont de plus en plus proches alors tu dois te rendre à l'évidence : ton arme est vide. Tu la jettes par terre, le métal claque et tu attrapes le pied de biche attaché à ta ceinture. Tu respires un bon coup et tu penses à lui, tellement fort, parce que en ce moment tu as besoin de tout ton courage. Tu jettes un coup d’œil, peut-être le dernier. Il est là, il est derrière toi, tout va bien. Alors tu te lances dans la bataille corps et âme et tu frappes de toutes tes forces le moindre zombie qui ose s'approcher de toi. Il y en a tellement, cette bataille semble sans issue. Mais tu te bats encore parce que si cet enfer que tu vis t'a appris une chose, c'est bien que l'espoir est un choix et qu'il ne tient qu'à nous de le laisser mourir. Tu frappes, tu coupes, tu brises. Plus rien ne peut t'arrêter, tu es invincible.

Puis soudain tu entends un cri. Beaucoup trop humain pour qu'il te rassure.

Tu jettes un deuxième coup d’œil. Il n'est plus là. Ton cœur rate un battement, tes mains tremblent, tu as tellement peur. Tu continues d'attaquer mais cette fois c'est pour pouvoir te retourner et te frayer un chemin jusqu'à lui. Où est-il? Tes yeux examinent l'endroit en son ensemble, tu ne le vois pas, tu ne le vois plus, tu n'oses pas imaginer le pire et pourtant tu dois t'y résoudre. Lentement, tu regardes vers le bas, vers les corps de tes amis déjà loin, et c'est là que tu le trouves. Étendu par terre, hébété et pantelant.

Non, non, tu ne veux pas y croire, c'est impossible, pas maintenant, tu n'es pas seule, tu n'as jamais été seule, tu ne le seras jamais. Il ne peut pas te laisser seule, pas vrai? Non. Non.

Finalement, tu es à ses côtés. Plus rien autour de toi n'a de valeur parce qu'il est là. Tu te penches, tu le regardes, tu halètes, tu paniques. Tu te remémores ces rudiments de premiers soins que tu as appris et tu prends son pouls. Ton cœur manque un autre battement : il vit. Il vit encore.

-Tom... Eh, Tom...

Un faible murmure s'échappe de ses lèvres et enfin tu respires. Il est vivant et il est encore conscient.

-Je suis là, t'inquiète. La Pyromane va te sauver, hein?

Tu pleures. Tu sens les larmes couler sur tes joues. Chaudes et salées. Tes mains tremblent, ton système fonctionne au ralenti, tes yeux sont brouillés. Tu cherches sa blessure et tu la trouves : son cou est à feu et à sang. Ouvert par un coup de griffe d'infecté. Tu réprimes un soubresaut de dégoût, et tu arraches du tissu sur ta veste pour arrêter ses saignements. Quand tu poses le bandage de fortune sur la plaie, il tressaille.

-Chut, chut... Je sais, ça fait mal, mais c'est ça où je te laisse crever là...

Tu tentes de rire de ta propre blague et puis tu réalises à quel point elle n'est pas drôle. Il ne va pas mourir, pas tant qu'il sera sous ta garde. Jamais.

-Will... murmure-t-il.
-Ouais. Je suis là... Ça va. Ça va.

Tu as cette impression affreuse que tu essaies de te convaincre toi-même. Bien sûr que ça ne va pas : tes amis sont morts, les infectés t'entourent, l'enfer est remonté sur terre. Et celui que tu aimes est étendu par terre, suspendu au bord du gouffre et il chavire, il vacille, il va tomber.

-Ça.. va, répète-t-il, se forçant à ce qui ressemblait à un demi-sourire.

Tu vois ses lèvres tordues, tu ris et tu pleures en même temps. Ça ne va pas, c'est encore plus indéniable pour lui, et pourtant il approuve tes mensonges et garde le sourire, du moins tout ce qu'il en reste. Une de tes larmes tombe sur sa joue. Ses yeux te fixent.

-Will.
-Oui?
-C'est fini.

Tu t'arrêtes brusquement de bouger.

-Comment ça, c'est fini? tu demandes.
-Moi. Tout. C'est fini, articule-t-il entre deux souffles.

Non. Ton menton tremble, tes yeux te piquent, tu ne comprends pas, tu ne veux pas comprendre. Ça ne peut pas se terminer comme ça... Ça ne peut pas se terminer. Tu vas l'aider, l'apporter en lieu sûr, et tu vas le soigner comme tu l'as toujours fait pour les autres. Ça ne peut pas...

-La mort, complète-t-il.
-Arrête de dire des conneries, d'accord? Personne ne meurt aujour...

C'est faux. C'est faux. Ils sont tous étendus sans vie autour de toi. C'est faux, tu mens, c'est horrible. Ils sont morts. Disparus. Ils ne respirent plus. Ils ne sourient plus, ils ne parlent plus, leur bataille est finie, ils sont morts. Ils sont morts aujourd'hui : tu mens.

-Merci.

Vos regards s'enlacent et tu n'oses plus bouger.

-Désolé...
Les larmes coulent encore. Tu lâches sa blessure et tu attrapes sa main. Il sourit, mais son sourire est tellement faible. Il part, tu le sens. La chaleur le quitte, il part loin, il te laisse seule et démunie.

Son souffle se fait plus saccadé. Tu sais qu'il cherche son air avec difficulté. Ces mots te remontent à la gorge, te narguent, dansent sur le bout de ta langue. Tu veux le dire, tu veux lui dire, mais même si tu lui dis il sera trop tard. Ça ne peut pas le ramener. Rien ne va le ramener. Tu pleures.

-Will... Je... Je t'ai-...

Il s'arrête. La vie quitte ses yeux comme elle quitte son corps. Sa main est molle dans la tienne. Plus de chaleur, plus de sourire, plus rien de lui. Plus rien. Rien.

-Moi aussi... bégaies-tu entre tes sanglots.

#signénamyon #drame-tragédie #surnaturel

Correction de Jack Vessalius:
 
Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Ivre de vent [TP]
La Lapine Cornue

Réponses: 10
Vues: 1201

Rechercher dans: Nouvelles   Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySujet: Ivre de vent [TP]    Tag drame-tragédie sur Encre Nocturne EmptySam 6 Déc 2014 - 15:58


Ce texte est le troisième et dernier de ma série de très courtes nouvelles, sur le thème du courage. ^^
Proposé au concours de nouvelles de mon lycée.
Vous avez ici le Texte 1 → le Silence de la révolte et le Texte 2 → Vivre envers et contre tous



Musique associée :


Ivre de vent



Lorsque Dieu voulut le créer, Il dit au Vent du Sud : "Je veux faire une créature comme toi. Prends corps."
Ainsi naquit le mythe du Buveur de vent.





        Je passe d'une jambe sur l'autre. Nerveux.
        Mon cœur tambourine déjà…
        Cela fait si longtemps que j'attends ce moment. Des mois, des années ; des siècles. Et à présent, je me retrouve ici, sur cette piste chaude, emballé par le brouhaha de la foule et suant sous le ciel lourd qui pèse sur nous de tous ses nuages. Jamais je n'aurais imaginé m'y tenir à nouveau…
        L'air crépite d'électricité, alors que tous les coureurs sont encore immobiles. L'échauffement est terminé. Les échos de voix résonnent et s'entrecroisent dans le stade. Dans les tribunes, les regards s'affrontent et les doigts pointent les favoris. Les speakers tentent de se faire entendre, sans succès. Au chaos des tribunes s'oppose la tension attentive qui règne ici-bas. Je retrouve mon vieux réflexe d'analyser mes adversaires ; mes yeux passent et repassent sur les corps fumants à ma gauche, à ma droite. Notant la rage de l'un, le calme de l'autre, soupesant l'aplomb de chacun d'eux. Comme autrefois.
        Nul n'aurait pu me vaincre, avant. Mais aujourd'hui, le doute me ronge les entrailles, gâchant mon bonheur euphorique de me retrouver ici. Sur la piste. J'ai encore du mal à le croire. Je tâte le sol tendre du pied… ou plutôt avec la palme de plastique articulée qui le remplace.
        Les chirurgiens n'ont pas manqué leur affaire. En quelques mois d'opérations, repos, opérations, repos et opérations à nouveau, je suis finalement passé de l'état de loque inhumaine à celui de créature bionique. Défiant les lois de la nature. Mon visage se crispe encore lorsque j'ausculte l'architecture translucide de mes jambes ; mais c'est grâce à elles que je me tiens ici, fier et droit, plein d'aplomb, moi qui ne vit que pour la course.
        Ce n'est pas par bonté que l'on a dépensé des millions pour m'offrir une nouvelle vie. Je ne sais s'ils me croient dupe. Je sais que je suis la poule aux œufs d'or, une mécanique réparée pour l'occasion. Il me faut gagner cette course. Il me faut réussir, si je veux vivre.
        Les médecins l'ont dit : mon corps peut lâcher à tout moment, dans l'effort d'une véritable course, quand le cœur pompe avec désespoir, que les poumons se gonflent à éclater et que les muscles tremblent. D'après les experts, si je tiens bon les premiers mètres, j'ai les trois quarts des chances de terminer la course. Pas de la gagner…
        Au cours de ma convalescence, puis de ma rééducation, j'ai connu deux sortes de gens. Ceux qui pensent que je suis à présent un titan, un cyborg, que sais-je d'autre ; un presque dieu, né de la science, surhumain. Ceux-là hurlent mon numéro dans les tribunes, persuadés que les autres n'ont aucune chance. Les autres me voient comme un bibelot fragile, une poupée rafistolée avec laquelle on veut encore jouer, mais qu'on aurait mieux fait de laisser crever. Ce sont ceux qui rient quand on leur parle de moi. Ceux qui sont venus pour voir ma chute.
        Ces milliers de gens, cette masse anonyme et inhumaine dont les yeux nous transpercent, nous soupèsent, nous évaluent, sont ici pour le spectacle ; pour me voir vaincre ou pour me voir hurler, trébucher et m'écraser dans un fracas de plastique et de métal, titan fauché par la course.
        Je voudrais tant ne pas leur donner satisfaction. Je voudrais tant que ce corps se montre aussi réel, aussi nerveux, aussi puissant que l'autre. Que les trente kilos de titane et d'alliages plastiques ne soient pas si lourds et si artificiels. Le contraste est immense entre la douceur mouvante de mon buste, sensible à l'air, à l'écoute de mes moindres ordres, et l'amas de ferraille bionique qui a remplacé mes jambes. J'ai déjà voulu m'en débarrasser. J'ai déjà voulu me tuer, plutôt que de finir misérable rampant. Plutôt que de finir immobile et non fauché en pleine course comme je l'ai toujours voulu, la poitrine battante, giflé par le vent et ivre de bravos.
        Les speakers ont enfin repris le contrôle sur la foule. Je place soigneusement mes jambes. Comme autrefois. M'arc-boute, répartissant le poids du corps. Comme autrefois. Contracté au maximum, tendu tel un élastique prêt à cingler ce qui le retient. Le regard fixé au sol, comptant les secondes jusqu'à-ce que mes battements de cœur s'y accordent parfaitement. Mon souffle rugit à mes tympans. Je ne regarde pas ceux qui me fixent avidement. Seules comptent les secondes qui s'égrènent dans le silence bruissant du stade…
        Ne tombe pas. Ne tombe pas.
        Et soudain nous fonçons ! Première foulée, longue, puissante, vibrante d'une énergie désespérée. Des images et pensées clignotent devant mes yeux, éclatent comme des bulles de savon, me noient dans une déferlante d'émotions ; ne pas tomber, les jambes pèsent lourd, j'ai mal, ceux qui me fixent, le ciel menaçant roulant ses ombres, le sol tendre sous moi, ne pas tomber, ceux qui me fixent, ne pas tomber, j'ai mal, je sens comme le stade retient son souffle, suspendu à mon pas, à l'engrenage de technologie qui s'actionne sous moi, à ma souffrance avide, au tonnerre de mes foulées, à mon corps nerveux. Tout entier tendu vers une seule idée désormais. Non pas gagner, mais courir. Ne pas tomber. Ne pas mourir.
        Vivre envers et contre tous…
        Et tandis que je dépasse les premiers mètres, tirant mon corps lourd et malhabile, transformant le plomb en or sous l'impulsion de ma volonté, je me retrouve tel que j'étais il y a des années ; et devant mes yeux fous, les souvenirs se superposent à la réalité, et l'euphorie, la puissance d'alors me reviennent au cœur, me poussant en avant. Un éclair zèbre le ciel bas, nous giflant de lumière, mais il ne pleut pas, pas encore, la course est souveraine, il ne pleut pas pendant les courses, jamais. Et j'oublie que je suis dépassé, j'oublie le classement et les numéros qui dansent devant moi, j'oublie que je suis la poule aux œufs d'or et que je ne peux pas perdre. Et je me retrouve comme autrefois, demi-dieu chassant les étoiles filantes, la gorge écorchée par mon souffle, les sabots martelant la piste chaude, les naseaux buvant le vent, la crinière en panache telle un étendard ; transformant ma douleur en une énergie inégalable, tirant sur mes muscles, qu'ils soient naturels ou artificiels.
        J'oublie l'homme rachitique perché sur mon dos, qui pense mener la danse mais qui est en mon pouvoir ; j'oublie que je ne suis ni un dieu ni un animal, j'oublie que je suis le premier cheval bionique de l'histoire.
        Juste ivre de vent.


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