Encre Nocturne
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3 résultats trouvés pour textedeMelati

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Tag textedemelati sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Vois [-15]
Melati

Réponses: 2
Vues: 320

Rechercher dans: Nouvelles   Tag textedemelati sur Encre Nocturne EmptySujet: Vois [-15]    Tag textedemelati sur Encre Nocturne EmptyLun 27 Avr - 15:38
Bon ben je vais commencer par un big warning. xD
Ames sensibles s'abstenir, je suppose. Pour les âmes un peu moins sensibles, préparez-vous à chausser les chaussures d'un dérangé mental ~ psychopathe, vraiment. C'est à propos d'une peur poussée au désespoir.
Disons que j'ai tenté d'imaginer à quel point quelqu'un peut devenir fou. Il faut croire que ce n'étaient pas mes meilleurs jours...
Vous êtes prévenus. x)
(en espérant que ce n'est pas trop indigeste.)














Vois

Le fracas de la porte s’ouvrant résonna dans l’appartement anormalement silencieux. Un affreux miasme de mort régnait dans l’habitat où l’air était d’une lourdeur étouffante. Le policier ne tarda pas à découvrir le corps d’un homme poignardé. Il détourna le regard devant ce spectacle pour le moins macabre, et poussa un long soupir. D’autres policiers entrèrent.
Qui était cet homme ? L’énième victime d’une série de meurtres sans aucune logique. N’y avait-il vraiment aucune logique ? Les enquêteurs en doutaient. Seulement ils n’avaient pas l’ombre d’une piste.
Une Ombre. « Une ombre, peut-être. » Cette citation sans aucun sens avait fait le tour du pays, et éveillait soupçons chez les uns et terreur chez les autres. La personne l’ayant prononcée n’était autre que le seul et l’unique témoin de l’un de ces meurtres. L’assassin aurait dû se trouver devant lui. Mais il ne l’avait pas vu. La blessure avait semblé s’ouvrir d’elle-même, sans apparent facteur extérieur. « Une ombre, peut-être. » était la seule chose qu’il avait aperçue. Le terme avait été généralisé. Les médias allaient sans doute annoncer un nouveau meurtre de l’ « Ombre », le lendemain dans les journaux. Les médias s’en allaient à cœur joie pour harceler les policiers qui n’avaient aucune réponse à fournir. Les voir était hilarant.
Comment décrire, donc, les meurtres parfaits qui avaient eu lieu ? Car personne n’en savait rien. Personne. Alors à quoi bon chercher l’impossible ? C’est de là que vient l’entêtement d’un policier, qui poussé par ses vœux de gloire tente de réparer l’irréparable en vengeant les victimes. Il tente de ramener la justice, mais la vie est et a toujours été injuste. De la meilleure proie, l’Homme est passé au meilleur prédateur, et au conquérant. Est-ce juste ? Celui qui parle mieux obtient plus que celui qui a de meilleurs objectifs. Est-ce, de même, juste ? Non.
Le policier lança furieusement la note sur son bureau ; l’assassin se jouait de lui. Un éclat de terreur se lisait dans ses yeux, bien qu’il semble seul et qu’il n’aie personne à qui cacher ladite terreur. Il regarda autour de lui, semblant chercher cette Ombre furtive. Il grogna quelques mots. Soupira. Il ne semblait y avoir personne. Pourtant, cette note venait d’apparaître sur son bureau, griffonnée à la va-vite. Bureau qu’il n’avait pas quitté. Et toujours personne.
L’homme, lui, ne se doutait de rien. Il ne semblait pas croire à cette légende naissante, au fait qu’une ombre puisse se faufiler dans la foule de policiers pour venir l’assassiner. Les forces de l’ordre n’étaient pas très attentives non plus ; ils avaient bloqué toutes les issues possibles et inimaginables et coupé le bâtiment du reste du monde depuis plusieurs heures. Sans compter les agents postés tous les deux mètres. Ils discutaient nonchalamment entre eux. Peut-être auraient-ils dus faire plus attention.
La dague soigneusement aiguisée glissa facilement, tranchant la peau fine du cou, telle un éclair. Le sang se répandit immédiatement, tandis que l’homme s’effondrait, mort. Un silence pesant s’installa alors que le liquide poisseux répandait lentement une mare d’un rouge lugubre autour du cadavre. Les policiers, tendus à l’extrême, cherchaient l’assassin des yeux. Mais aucun d’eux n’avait vu l’assassin. Il n’y avait personne de suspect autour d’eux. Les policiers étaient seuls dans cette pièce, c’était une évidence. Aucun d’eux n’était aveugle, mais pourtant ils ne virent rien. Leurs yeux glissaient sur l’ombre, sans s’arrêter dessus. Après tout, une ombre, ça n’a rien de suspect.

*************

Un visage d’homme apparut dans le miroir, bientôt déformé par un rictus malsain. Le terme de dérangé mental, ou psychopathe, était probablement le plus approprié. J’étais désespérément fou. Je le savais. Mon reflet était la seule chose qui me disait que je suis là. Que j’existe toujours.
Existais-je dans la peur de l’Ombre qui semblait monter dans la population générale ? Un peu d’attention était-il trop demander ? Une parole, un regard. Un sourire, ou un soupir. Quelque chose.

*************

Le policier avait vu, de ses propres yeux, la blessure s’ouvrir d’elle-même. Il jurait avoir vu l’éclat métallique d’une lame, bien qu’il ne semblait pas vraiment savoir si cette lame était un couteau, ou bien autre chose. Il faisait les cent pas, visiblement remué, stressé, peut-être même profondément choqué. Il avait réussi, dans la matinée, à renvoyer tous les journalistes curieux sans leur en dire un mot. Ce serait un vrai enfer pour la police si la population venait à savoir qu’ils avaient laissé un homme mourir sous leurs yeux. Le policier soupira en s’affalant dans son siège. Il déclara vouloir abandonner l’affaire, affirmant que c’était beaucoup trop pour ses pauvres nerfs qui allaient finir par craquer si cette série de meurtres continuait. Il eut la mauvaise idée de regarder dehors, et je ne pus réprimer un petit gloussement. Il bondit littéralement de son siège, et se précipita vers l’ouverture en verre. Il se tourna vers son collègue, lui hurlant qu’il aurait dû faire partir tous les journalistes. Celui-ci, penaud, sembla aussi surpris que son supérieur de voir autant de journalistes attroupés autour du petit commissariat, et les quelques gardes peiner à les maintenir à l’extérieur. Bien sûr. Il suffisait qu’une information passe au travers des mailles du filtre, et hop ! Le tour était joué. Les journalistes affolés demandaient des détails sur ce meurtre en direct, et les policiers continuaient de nier le fait. Voilà qui devenait intéressant.

*************

Le visage apparut à nouveau dans le miroir. Il n’avait pas changé, et une fois de plus, cela me rassura sur mon existence. Je me plus à tenter d’y voir une différence par rapport au jour précédent, mais une femme ouvrit la porte et entra dans la salle de bains, avant de me voler la place devant le miroir. Elle se regarda un instant, avant de commencer à se déshabiller après avoir fermé la porte à clé. Une fois nue, elle se regarda encore un moment dans le miroir avant d’allumer l’eau de la douche. Cette femme était belle, c’était indéniable. Mais, comme tous les autres, elle ne se doutait de rien. J’eus encore l’urgente nécessité de voir mon reflet dans la glace, avant de sortir dans le salon. Cette femme avait, en un sens, le pouvoir de stopper ma folie. Mais elle avait beau être la seule à posséder ce pouvoir, elle n’était pas plus capable que les autres de l’utiliser. Je restais invisible aux yeux des gens.

*************

La peur grandissait. Telle un monstre assoiffé de pouvoir, elle gagnait tous les foyers, un à un, s’immisçait dans le sommeil des gens, dans leur mode de vie. L’oppression qu’il y avait dans les rues était si épaisse qu’une boule de pâte à modeler remplaçait l’air ambiant. Personne n’y pouvait rien, personne ne savait. Les policiers disaient, que seul un miracle pouvait les sauver de ce psychopathe. Les meurtres continuaient, tels une routine habituelle.
Ce fait m’arracha un sourire narquois.

*************

Il y avait là un grand trou ; un trou creusé pour accueillir un repos éternel. Des gens étaient rassemblés autour, et beaucoup pleuraient. Il y avait là beaucoup de larmes versées. Seulement les larmes n’émeuvent que ceux qui sont disposés à en recevoir le sentiment. D’autres n’en ont plus à verser, et les larmes n’ont pour eux rien de différent d’une autre expression du visage. Il y avait une part de jalousie. Car même ces larmes anodines, et qui pourraient sembler tout à fait normales, étaient versées pour une âme humaine. Pour quelqu’un. De futures tombes ne seraient jamais mouillées par des larmes, mais laissées sèches et pourrissantes au milieu du cimetière.
Y avait-il un sens à ce que je faisais ? Je ne tuais que par pur égoïsme. Les gens avaient enfin une image de moi. L’image de cet assassin invisible et insaisissable. C’était, avais-je pensé, la seule image que je pouvais me forger. C’était, avais-je pensé, mieux que de ne pas exister. Mais existais-je vraiment dans cette image ? Donnait-elle une preuve que j’étais là, vivant et existant ?
D’autres larmes coulèrent sur les terres du cimetière.
Si je disparaissais, maintenant, que diraient les gens de moi ? Ils se souviendraient probablement de l’Ombre. En ayant été l’Ombre, aurais-je eu une existence ? La preuve d’une existence…
D’autres larmes coulèrent sur les terres du cimetière.
Lorsque quelqu’un cesse d’exister, il ne disparaît pas. Il vit dans la mémoire de ceux qui l’ont connu. Le souvenir.
Ces larmes étaient preuves de souvenir. Seules les personnes au seuil de la mort que je leur infligeais moi-même me voyaient. Mais mortes elles-mêmes, le souvenir ne pouvait persister.
A quoi bon ? A quoi bon ?
Tous voulaient ma tête sur un piquet qui circulerait dans le pays. Tous cherchaient à m’avoir, mais j’étais quelque part, introuvable, invincible, invisible. Je voulais devenir quelqu’un. Mais je n’étais devenu qu’une Ombre. Les gens me craignaient. Ce n’était qu’une crainte vague, fondée sur les faits divers débités aux informations et à la radio. Une envie de faire la peau à un inconnu. Cela prendrait tout son sens, si l’on savait que cet inconnu, c’était moi.
Je mourais d’envie de me jeter dans la gueule du loup. De débarquer face aux policiers, avec un grand sourire.
« C’est moi qui les ai tués. »
Seulement, ils ne m’entendraient pas. Ils ne m’entendaient pas. Ils ne me voyaient pas. Comme tous les autres. J’étais invisible, inexistant. Invisible aux yeux des gens. Leur regard glissait, s’écartait de ma personne, comme si je n’étais pas là. Ils étaient juste incapables d’arrêter leur regard sur moi. . J’avais eu ce que je cherchais en tuant. Mais au fond, je n’avais rien eu. Je ne voulais qu’être normal, quelqu’un à qui les gens parlent.
« C’est moi l’assassin. »
Le policier passa à côté de moi, sans me voir. J’avais passé des semaines à les regarder se casser la tête, ces policiers. Des semaines à les voir patauger dans la boue pour tenter de me retrouver. J’étais devenu une légende ; l’ombre tueuse qui se déchaînait sans qu’on puisse l’arrêter, de manière totalement aléatoire. Pas tant que ça.
Mais ce petit jeu avait assez duré. Et toute la gloire ne me reviendrait que lorsque j’arriverai à me faire voir et arrêter par ces policiers. Car alors, je ne serai plus une ombre sur un mur, passant sans que personne ne le remarque. Je me mis dans l’embrasure de la porte pour que le policier n’entre pas dans son bureau. Il passa devant sans se rendre compte qu’il l’avait loupé. Il se stoppa quelques mètres plus loin, avant de faire demi-tour, et de me passer à nouveau. Visiblement étonné, il se stoppa à nouveau, parcourant le couloir plus lentement cette fois. Je me décalai, et il entra, la mine dépitée. Je me plantai devant lui, donnant un grand coup sur son bureau.
« Je suis l’assassin ! »
Il sursauta, et regarda autour de lui. Ses yeux glissèrent à nouveau sur moi, et il retourna à sa tâche. Les documents se mirent à voler dans tous les sens, déchirés, et l’homme prit peur avant de se lever d’un bond de sa chaise. D’une voix apeurée, il demanda qui était là.
« Je les ai tués. »
Il sembla tiquer. Je me plaçai devant la porte, et il se rendit compte que quelque chose clochait. Il fit le tour de la pièce, en passant devant moi.
« Je suis le meurtrier. »
Il ne m’entendit pas non plus. Un sourire machiavélique déforma la face de l’assassin, qui sortit sa dague. Une nouvelle fois, celle-ci glissa facilement sur le cou du policier, qui tomba raide mort, non sans m’apporter mes trois précieuses secondes de satisfaction. Trois secondes durant lesquelles, se déversant de leur sang, les victimes ouvraient enfin les yeux assez grands pour me voir. Puis vint la frustration de l’absence de souvenir.
Son collègue arriva peu après. Il hurla en voyant son supérieur égorgé, et tomba à genoux en voyant l’inscription sanglante sur le mur blanc.
« L’assassin est toujours là. Il n’attend que de se faire attraper. »
Ce qui, en soi, n’avait rien d’ironique.

*************

La femme se tenait debout dans sa cuisine. Il ne faudrait pas oublier que je ne suis pas censé vivre avec elle. Je m’approchai, sans qu’elle puisse se douter de quoi que ce soit. Je la serrai par la taille ; elle se figea. Elle demanda s’il y avait quelqu’un, et que si oui, cette personne devait se montrer et donner son nom. Elle ne se retourna pas pour autant.
« Je suis l’ignoble meurtrier… Et tu as le pouvoir de m’arrêter. »
Elle sembla tiquer. Elle demanda si on se connaissait.
« Oh, oui, on se connaît. Seulement tu ne te souviens sans doute pas de moi. »
Elle ne bougea pas d’un  poil, semblant ne pas remarquer que le criminel dérangé que j’étais était en train de la déshabiller. Elle finit par se rendre compte que quelque chose clochait, et elle se retourna brutalement ; elle m’offrit le regard que j’avais toujours espéré envers tout le monde. Un regard qui voyait. Elle hurla, et m’envoya en arrière. Je tombai, heureux. Ses cris alertèrent ses voisins d’appartement qui accoururent bientôt ; ils ne me virent pas. Mon sourire retomba, se muant en grimace. Ils la pensèrent folle. Je ne pus rien pour elle. Elle s’excusa après de longues minutes. Elle ne me voyait plus.
Je me dirigeai vers la salle de bains, et me postai devant la glace.
Mon reflet avait disparu.

*************

Il n’y avait plus rien. Plus de meurtres, plus de vie, plus d’existence. Qui suis-je ? Pourquoi existé-je ? Que fais-je ?
Je ne savais pas. Je ne savais plus rien. Je n’avais plus de vie, plus d’identité. Avais-je jamais eu une identité ? Avais-je jamais eu une famille ? Personne ne m’a jamais vu. Personne ne m’a jamais vraiment regardé. Personne ne sait que j’existe. Dans quelques minutes, il n’y aura plus rien. Pas même une âme plaintive se questionnant sur son existence. Il ne restera rien, pas une trace de ma personne. J’aurais existé tel un fantôme, invisible dans les écrits de la vie.
Tous ces gens… Ils semblaient si heureux, épanouis, parlant les uns aux autres. Le café était bondé. J’aurais pu prendre ce que je voulais. J’enjambai la rambarde. Personne ne me prêta attention. Un sourire se dessina sur mon visage alors que je faisais dos au vide. Peut-être le seul vrai sourire que j’eus fait dans toute ma vie. Le premier, et le dernier sourire. Le téléphone émit un « bip » sonore lorsque j’appuyai sur le bouton central. Je regardai longuement l’image qui apparaissait sur l’écran. Elle ne montrait qu’une image floue que je n’arrivais pas à reconnaître étant moi. Même cette caméra me disais que je n’existais pas.
Je basculai en arrière.
Je souriais toujours.
Mes larmes s’envolèrent dans le ciel.
Je fermai les yeux. D’ici quelques secondes, tout serait fini.


Qui es-tu ?
Homme invisible, femme invisible
Tombé du haut d’un immeuble
Qui es-tu ?
Une enveloppe apparue
Des affaires retrouvées
Preuves indéniables
D’une existence.
Existence qui t’a échappée
Existence discrète, invisible
Existence invincible.
Qui es-tu ?
Qui as-tu été, toi qui désormais
Repose dans nos mémoires à tous ?
Qui serais-tu devenu
S’il t’avait été accordé le peu que tu espérais ?
Homme invisible, femme invisible
Une ombre, une légende
Toujours.
(:
 
Tag textedemelati sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Mad Soul [TP]
Melati

Réponses: 14
Vues: 352

Rechercher dans: Nouvelles   Tag textedemelati sur Encre Nocturne EmptySujet: Mad Soul [TP]    Tag textedemelati sur Encre Nocturne EmptyMar 21 Avr - 16:09
Bon voilà un autre essai.
C'est très différent de l'autre nouvelle que j'ai posté, avec une écriture que j'aurais qualifié de plutôt compacte. Honnêtement je pourrais le retravailler, le développer mais avant ça je voulais voir ce que ça donne. Enfin bref, assez de blabla, je mets le début ; )












Mad Soul

Le jeune homme déambulait dans les couloirs, les yeux rivés sur une feuille qu’il tenait dans les mains. Il bouscula un groupe de médecins qui déplaçaient un patient et s’excusa platement avant de continuer son chemin, pensant à voix haute.
— Ils ont la vie dure à l’hôpital dis donc… Bon, la prochaine chose à faire c’est… Vérifier si les signes vitaux de la patiente de la chambre 107 sont stables. Je me demande ce qui lui est arrivée… Elle ne m’a pas mis son nom, tiens ? Bon bref.
Il tourna dans un couloir, passant les portes des chambres une à une. 105… 106… Il toqua doucement à la porte avant d’abaisser la poignée de la chambre 107. Il s’avança dans la chambre après avoir refermé la porte derrière lui. En voyant la jeune fille de son âge qui était allongée inconsciente dans ce lit d’hôpital, il se figea un instant.
— Oh…
Ouvrant un rideau afin de faire entrer le soleil matinal dans la chambre, il vérifia tous les appareils branchés à la mystérieuse patiente, et, pris de curiosité, se pencha au-dessus d’elle pour la détailler. Il se remit à lire son papier.
— Qu’est-ce que… Oh, merde, elle est dans le coma.
Il jeta encore un regard à la patiente avant de pester contre son papier qui ne donnait absolument aucune information sur les patients. Il se sentait un peu comme un robot qui vérifiait, changeait sans savoir vraiment pourquoi. Il soupira avant de ressortir de la chambre, se dirigeant vers une autre chambre dans laquelle il devait changer la perfusion du patient.

— Carwyn ! Reviens ici ! Tu es infernal !
— Viens le chercher, si tu y tiens autant !
— Bha garde le, je m’en fous !
Carwyn laissa paraître sa tête dans le cadran de la porte. En voyant que sa sœur avait effectivement abandonné et ne tenait pas tant que ça à récupérer son devoir, il soupira.
— T’es pas drôle.
Louva lui tira la langue et récupéra son devoir, triomphante. D’humeur à embêter ses sœurs, Carwyn ne se laissa pas abattre et se dirigea vers la chambre de son autre sœur. Il ouvrit la porte en se débrouillant pour faire autant de bruit qu’un chat griffes rentrées marchant sur du carrelage. Puis il s’avança jusqu’à sa sœur qui ne risquait pas d’entendre quoi que ce soit, car enfermée dans sa musique. Il finit par lui sauter dessus en hurlant comme un tigre, et le seul réflexe d’Ai fut d’envoyer son frère par terre en le poussant violemment.
— Purée, Carwyn, mais t’es un malade !
— Je t’ai fait peur, avoue !
— J’aurais pu te faire mal, merde !
— Bha je vais bien. Bon d’accord tu m’as planté tes ongles dans le bras, mais bon c’est pas trop grave encore.
— T’es pas possible.
— Je sais.
— Carwyn ! Qu’est-ce que tu fabriques encore à hurler comme ça ?!
Ai ne put s’empêcher de rire en entendant sa mère s’énerver comme ça contre son frère.
— Euh rien !
— Bien arrête de hurler s’il-te-plaît !
— D’accord !
Carwyn lança un regard noir à sa sœur. Celle-ci lui tira la langue, lui répondant que c’était bien fait pour lui. Il lui tira la langue en retour, et très peu décidé à aller travailler lui aussi, retourna dans la chambre de Louva, qui l’entendit arriver de loin.
— Carwyn, tu as pas fini de nous faire chier deux minutes ? Tu as pas des devoirs à faire toi aussi ?
— Bha non, mentit-il.
Louva ne fut absolument pas dupe.
— Va les faire, allez zou !
— Mais…
— Pas de mais ! Imagine la tête de papa si tu ramènes encore une mauvaise note…
Carwyn pâlit.
— Allez, bouge !
Le garçon sortit enfin de la chambre de sa sœur, qui soupira.

En passant la porte de la chambre 107, le jeune homme soupira. Il fourra son papier qui avait souffert au fil des jours dans sa poche, et comme à son habitude depuis un peu plus de deux semaines, il ouvrit le rideau et vérifia tout le matériel bizarre. Puis il s’assit sur la chaise, pensant à nouveau tout haut.
— Je me demande ce qui a pu lui arriver… C’est un vrai mystère cette fille, on ne veut même pas me donner son nom. Ou peut-être que le médecin est juste trop flemmarde pour aller me le chercher. Je n’en sais rien. Mais j’ai un peu pitié d’elle quand même.
La seule info qu’il avait réussi à avoir d’elle était qu’elle avait été transférée dans cet hôpital un an et demi auparavant, et qu’elle était déjà dans le coma à ce moment-là. Il faut croire que personne ne sait depuis combien de temps elle était comme ça, ou quoi ? Il songeait sincèrement à aller fouiller un peu dans les dossiers pour savoir. De tous les patients, c’était la seule dont il n’avait pas réussi à tirer le nom. Bon c’était la seule dans le coma aussi, et la seule de son âge. C’était sans doute pour ça qu’il lui portait un intérêt. Et aussi parce qu’il avait pitié d’elle, étant donné qu’elle ne pouvait pas vraiment profiter de la vie dans cet état-là. C’était son point de vue. Il se releva en soupirant, et marcha jusqu’à la porte, et se stoppa lorsque l’électrocardiogramme changea subitement de rythme. Il s’accéléra légèrement, rompant avec le son régulier. Surpris et ayant peur que son état se dégrade, le stagiaire retourna vers le lit de la patiente. Il fut surpris de la trouver éveillée, ses yeux à demi ouverts encore dans le vague.

— Purée, ça va faire vide, la maison, sans toi.
— Bha, si tu cherches quelqu’un à emmerder, Carwyn, Ai est encore là tu sais !
— Parce que tu crois que ça m’enchante de me dire qu’il va passer les cinq prochaines années à m’emmerder non-stop ?
— Hé, c’est pas gentil ça !
— Allez va, c’est pas comme si je partais à l’autre bout du monde non plus hein. Et puis on part en famille pendant les vacances, tu te souviens ?
— Ouais, c’est vrai ça, renchérit Carwyn, ça va être génial !
— Mais…
— C’est dommage que tu puisses pas venir avec nous, Ai…
— Ce serait la seule chose qui manque…
— Mais t’inquiète pas, on te racontera tout tout tout du début à la fin !
— Je crois que Caru a décidé de te faire un vrai carnet de bord de ce voyage.
— Bha pourquoi pas ?
— Mais dites, c’est quoi cette grosse blague ? Je viens avec vous, quand même !
— Mais oui, bien sûr. T’inquiète pas, on va pas t’abandonner ici.

— Attends-moi cinq secondes, je vais chercher le médecin.
Sans attendre de réponse, le stagiaire sortit de la chambre en trombe et courut jusqu’au bureau du médecin qui était responsable de lui. Il entra après avoir frappé, haletant.
— Doc, doc ! La patiente de la chambre 107 s’est réveillée !
— Quoi, qu’est-ce que tu racontes ?
— La fille dans la chambre 107 ! Elle vient de se réveiller !
— Tu plaisantes j’espère ? Cette fille est un cas désespéré. Je suis désolée. Je ne sais pas pourquoi tu t’intéresses autant à elle mais—
— Non mais je plaisante pas ! Elle s’est réveillée, je vous jure !

— Bon, eh bien Ai… On va partir dans quelques heures. Caru arrive, il est encore à la bourre, comme d’habitude. Les choses ont absolument pas changé, tu sais.
— Ben oui je sais ! Je l’ai vu rassembler ses affaires en vitesse pasqu’il avait pas fini sa valise…
— Ouais, c’est vrai, je suppose que tu sais tout ça, c’est pas la peine que je te raconte tout en détail hein. Bon. Du coup je crois que papa est encore en train de le babysitter pour qu’il se bouge les fesses. Et maman bha… Elle s’est endormie dans la voiture, comme d’hab aussi.
— Ah elle dormait ? J’avais pas remarqué. Bha c’est pas étonnant non plus.
Le silence s’installa pendant quelques minutes.
— Bon, vu l’heure je pense qu’il aura pas le temps de venir jusqu’ici. Donc je vais aller les chercher. Désolée, Ai.
— Mais pourquoi tu t’excuses ?
— Ouais, je sais, c’est un peu con vu comme ça. Mais bon, j’aurais vraiment aimé que tu puisses venir avec nous…
— Louva, cette plaisanterie est démodée, tu me l’as déjà faite. Tiens, qui c’est ?
— Oui, oui, je sais. Bon, on y va.
— J’arrive, attends-moi !

Lorsque la doctoresse passa la porte de la chambre 107, elle se figea littéralement sur place, profondément étonnée. Elle n’avait pas cru un instant que ce fut possible. Elle s’en retourna et sortit précipitamment de la pièce.
— Surveille-la, essaie de voir si sa mémoire est intacte. Je vais chercher son dossier. Bon sang, mais personne n’est jamais venu lui rendre visite !
Le stagiaire tiqua. Il espéra que la jeune fille n’avait pas entendu ce que la doc venait de dire, mais elle semblait ailleurs, comme perdue dans ses pensées. Mais personne n’était jamais venu la voir ? Ça c’était étrange. Surtout quelqu’un dans le coma, une jeune fille comme elle qui n’était pas ou à peine majeure, sa famille proche devait lui rendre visite non ?
Il poussa la chaise près du lit et s’assit dessus, avant de tenter d’attirer l’attention de la jeune fille. Seulement elle semblait complètement ailleurs, et même s’il l’interpellait elle ne semblait pas vouloir répondre.
— Bon alors… Vu que je connais pas ton nom je vais essayer de le deviner… Hm… Tu as une tête à avoir un prénom en « a ». Voyons voir… Elisa ? Maria ? Elsa ? Chelsea ? Aria ? Peut-être pas en « a » alors… Indigo ? Nan c’est pas un prénom ça… Laïla ?
La jeune fille sembla enfin réagir. Elle tourna la tête vers le stagiaire, qui lui était content qu’elle réagisse.
— C’est ça, ton prénom c’est Leïla ?
Elle le regarda un instant, le temps que les mots qu’il venait de prononcer se fassent un chemin jusqu’à elle. En comprenant qu’il tentait de deviner comment elle s’appelait, elle eut un pauvre sourire. Elle secoua la tête.
— C’est pas Leïla ? Hm… Léa ? Mélia ? Non, toujours pas ?
La patiente secoua de nouveau la tête.
— Hm… J’abandonne. Tu peux me dire ton nom ?
Ses yeux semblèrent s’éclairer un peu, et elle ouvrit la bouche. Aucun son n’en sortit. Surprise, elle cligna plusieurs fois des yeux et regarda autour d’elle.
— Ah, mince, bha t’inquiète pas c’est normal, tu viens de te réveiller après tout. Attends.
Il sortit une feuille et un stylo d’un tiroir et posa le tout sur la tablette avant de la déplacer devant elle. Elle sourit en prenant le stylo.

— On est bientôt arrivé ?
— Nan !
— Vous êtes sûrs ?
— Oui !
— Mais—
— Mais Caru, tu peux pas te taire trente secondes ?
— Si je peux.
— On parie ?
— D’accord. Trente secondes, top chrono.
Le silence tomba d’un coup dans la voiture. Le père conduisait et ne prêtait pas attention à ce qu’il se passait dernière, la mère dormait toujours à poings fermés, et les deux sœurs se taisaient avec un grand sourire imprimé sur la face. Carwyn était au milieu et avait les bras croisés d’un air de défi. Au bout de 20 secondes, il éclata de rire, purement et simplement.
— Aha ! Tu vois que t’en es pas capable !
— Mais j’ai tenu trente secondes !
— Non, vingt. Tu sais plus compter ?
— Mais j’ai compté trente crocodiles !
— T’es sur que ce n’étaient pas trente « crocos » ?
— Bha oui je suis sûr !
— Bha si c’était trente crocos. Sinon tu aurais tenu le bon temps.
— Peuh.

Le stagiaire reprit la feuille.
« Ai Enigma. »

— Ai, tu dis ? C’est joli, je n’avais jamais entendu.
« Merci »
La doc rentra alors dans la salle avec un psychologue. Seulement contrairement au stagiaire, le psy n’arriva pas à lui faire sortir un mot, que ce soit par oral ou par écrit. Ai restait délibérément muette et refusait de dire quoi que ce soit à qui que ce soit à par le stagiaire.
Quelques temps après le petit groupe décida de laisser la jeune fille seule un moment. Le psychologue demanda rapidement au stagiaire de poser quelques questions à Ai, qu’il arrive à déterminer si elle va bien mentalement ou pas.
— D’accord, répondit le jeune homme, mais je veux savoir ce qui lui est arrivé avant.
— Son dossier dit qu’elle est tombée d’une falaise en sortie scolaire, quand elle avait sept ans.
— Quand elle avait sept ans ? Et maintenant elle a quel âge ?
— Dix-huit ans, si je sais encore compter.
— Alors elle est restée dans le coma pendant onze ans ?!
— J’en ai bien peur, oui.
Cela amena le jeune homme à vouloir encore plus aider cette fille. Elle n’avait pas eu d’enfance, après tout. Et l’enfance est quand même la période de l’innocence, la belle période de la vie…

— Oh, Louva ! Ça fait longtemps que je ne t’avais pas vue !
— Euh ouais, j’avoue. La dernière fois j’avais quoi, dix ans ?
— Oui ! Et Carwyn était un tout petit monstre haut comme trois pommes ! Attendez, laissez-moi deviner. Louva, maintenant, tu as dix-neuf ans. Je me trompe ?
— Correct.
— Donc Ai en a treize, et Carwyn en a dix.
— Gagné l’ancien !
— Caru ! Tu ne vas quand même pas l’appeler comme ça pendant toute la semaine ?!
— Meuh non, je plaisante.
— D’ailleurs c’est l’anniversaire de Caru demain !
(:
 
Tag textedemelati sur Encre Nocturne 494894ENPlumefinalSujet: Derrière les deux visages [TP] [C]
Melati

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Rechercher dans: Nouvelles   Tag textedemelati sur Encre Nocturne EmptySujet: Derrière les deux visages [TP] [C]    Tag textedemelati sur Encre Nocturne EmptyLun 13 Avr - 17:14
Tout d'abord, quelques petits trucs en préambule.
A la base c'était un essai de style. Finalement le résultat n'était pas aussi terrible que ce à quoi je m'attendais.
Juste un truc. Jean est une fille. C'est comme Jin. Que personne ne soit choqué. :3
Bref je vous laisse découvrir.
Bonne lecture o/







Derrière les deux visages
Le fait d’ouvrir les yeux ne m’apporta rien. L’absence de lumière m’avait beau être oppressante et étonnamment étrange, elle m’était familière. Telle une aveugle, je ne distinguais que la couleur qui n’existe pas.
L’immobilité prolongée avait engourdi le corps que je traînais depuis des années. Pourtant, celui-ci refusa d’esquisser le moindre tremblement à mon commandement. Il me semblait être sous l’eau, où sens sont amoindris, voire complètement inexistants. Je ne voyais pas, ni n’entendais. Il y a longtemps que j’avais arrêté de penser. Penser ne fait que rendre fou. Mais ce néant m’était familier. Ce néant de choses est ma vie.
Un craquement strident vint perturber mon équilibre alors que mes tympans manquèrent la saignée. Une lueur pénétra, finissant d’achever mes yeux habitués à l’infini. Je tentai l’esquive lorsqu’un s’approcha. Il ne fit pas mouche et empoigna ma chevelure. Je ne bronchai pas. Il y a longtemps que le sens de la douleur m’avait abandonnée, et j’aurais aimé qu’aucun de mes sens ne subsiste. Un claquement métallique, la lueur disparut et me revoilà seule dans ma bulle de néant. Depuis combien de temps ai-je été prisonnière de cette couleur ? Depuis toujours, sans aucun doute. Rien dans ma mémoire ne m’indique une vie antérieure. Une vie dans laquelle le néant n’existerait pas.
Je contractai les muscles de mon bras en attendant que le néant me revienne. Je devinais les fins contours de ce que devaient être la fin de mon bras, l’outil humain utilisé pour saisir. Les cinq doigts s’agitèrent doucement avant de disparaître. Je souris. Le néant était mon ami.


La jeune fille grogna lorsque son réveil sonna. Elle se retourna et ne trouvant pas le bouton pour l’éteindre, l’envoya balader au sol. Elle s’assit ensuite sur son lit et retrouva sa mère dans la cuisine. Celle-ci l’accueillit avec un « bonjour ! » enjoué avant de lui poser une assiette pleine de toasts devant le nez. Elle soupira avant d’en manger un. Puis elle se prépara et partit en cours.
« Jean ! »
Elle se retourna et sourit avant de se diriger vers le porteur de la voix qui semblait essoufflé.
Plaisantant sur le fait que son ami était très souvent en retard, ils se dirigèrent à pas lents vers l’établissement. Surprise ! Les cours de l’après-midi avaient tous été supprimés. Mis à part ça, la matinée fut des plus banales et ennuyeuses.

« La vie paraît si banale. Chaque jour passe, l’un après l’autre, sans qu’on ne s’en rende vraiment compte. Le fait est que chacun devrait profiter de chaque moment. Je le sais, et pourtant… Pourtant, je laisse les jours défiler, comme s’ils n’avaient aucune importance. Et ce n’est plus tard, bien plus tard, que l’on regrette le passé.
13.05 »


« Ne dors-tu jamais ? »
Mes lèvres esquissèrent un demi-sourire. Dormir. Le sommeil, censé être reposant, m’emplissait de malheurs. Le sommeil m’obligeait à réfléchir. Le néant ne pouvait s’infiltrer dans l’interstice qui menait au pays des songes. Je pourrais le dire. Les songes m’effraient. Les milliers de possibilités accordées aux fantasmes du sommeil, son côté si aléatoire m’horrifiait. Et le fils du diable, me posait cette question. Question à laquelle je ne répondis. Le fils du diable n’avait en aucun droit de rompre ma tranquillité, et je n’avais aucune obligation de répondre à ses supplices. Le fils du diable était tout, sauf un ami.
« Ah. Si seulement tu pouvais parler. Mieux, si seulement je pouvais lire tes pensées ! »
Mes tympans mugirent de terreur. Les vibrations de sa voix me rendaient démente. Mais les vibrations sont comme de petits parasites contre lesquels rien n’est hermétique. Quoi que tu fasses, ils atteignent toujours leur objectif. Quoi que je fasse, j’aurais aimé que le fils du diable soit réduit au silence.


« Tu es sûre que tu ne veux pas aller avec tes amis ? »
Jean se tenait devant sa mère qui semblait plutôt étonnée. La jeune fille haussa les épaules.
« Je vais aller avec papa. Voir cet événement.
_ Tu es sûre ? Ce n’est pas beau à voir.
_ Eh bha. Papa m’a proposé lui-même de venir, alors. C’est pas tous les jours que je pourrai assister à une enquête. »
La mère de Jean soupira et retourna à ses affaires. La jeune fille sortit rejoindre son père qui se trouvait déjà dans la voiture. Le trajet se fit en silence, et seule la musique à très bas volume de la radio le troublait. Père et fille n’échangèrent mot avant d’arriver devant une petite maison perdue au milieu des bois. L’investigation débuta.

« Parfois, on se lance dans quelque chose, persuadé que c’est ce que nous voulons faire. Parfois, on se dit, tiens, c’est ça que je vais faire maintenant. Et puis finalement on en vient à regretter, tant et si bien qu’on se convainc qu’on a perdu son temps. Mais il n’y a pas de perte de temps. Chaque moment vécu est une expérience dont il faut profiter.
13.05 »


Jean se tenait dans l’encadrement d’une porte du premier étage. L’air mal à l’aise. Son père sondait tous les coins et recoins de la pièce, cherchant le moindre indice. Jean descendit les marches lorsqu’une voix prononça son nom… Lorsque quelqu’un arriva soudainement par-derrière et la bouscula sans aucune tendresse dans la pente. L’adolescente poussa un cri et dévala les escaliers avant de perdre connaissance.

Le mélange aléatoire de couleurs inconnues avait fait place à l’absence d’image. Ce n’était pas le néant de ma bulle, juste une absence de choses. Une oppression remplaçait prudemment le reste. Le pays des songes était le dernier endroit où j’aurais souhaité me retrouver, mais une pointe traversant mon esprit dérangé me donnait l’intuition que quelque chose n’allait pas. Le contraste du rêve était habituellement douloureux, empli d’un tas de choses que ma pauvre tête ne supportait pas, mais les images avaient disparu. Et derrière ce néant artificiel, il y avait quelque chose qui guettait. Quelque chose qui en voulait à mon esprit repu et englouti depuis bien longtemps. Quelque chose qui, je le crains, me procurait un effroi sans nom. Je n’avais plus qu’une chose à faire. Me réveiller, et retrouver mon ami. Mais ce monde est si étrange… Je m’y suis perdue.

« Parfois, le futur fait peur. Il fait si peur que l’on préfèrerait s’enterrer vivant que de le vivre. La peur est une amie, si elle ne te surpasse pas. C’est normal d’avoir peur. Le courage n’est pas une absence de peur, mais une capacité à la contrôler l’effroi qui monte doucement en soi. Tout le monde ne l’a pas, ce courage tant indispensable. Et puis lorsqu’on pense l’avoir trouvé, il va nous quitter, la barrière va céder, et tout va s’écrouler. Pourquoi donc les gens ont-ils peur de l’inconnu ? Pourquoi a-t-on peur ? Car notre petit monde peut s’écrouler d’une minute à l’autre, sans raison, sans prévenir. Parce qu’un rien peut bouleverser quelqu’un. Malgré ça, le temps avance, galopant à sa vitesse, sans jamais ralentir, sans jamais s’arrêter. Alors, quoiqu’il arrive, il faut faire comme lui, et ne jamais s’arrêter.
14.05 »


L’écuelle froide réveilla mes sens. Son contenu acheva de me dégoûter. Ma pensée n’était pas encore assez saugrenue pour apprécier les repas que le fils du diable me fournissait. Pourtant, l’ignoble nourriture rasséréna mon estomac. Le néant m’entoura telle une couverture de laine. Sans savoir ce qu’était la laine, n’ayant jamais eu de tissu sur les épaules. L’oppression de mon dernier passage au pays des songes avait troublé mon âme déjà bien détraquée. Dormir devenait aussi terrible que la peste. Sachant que toute lutte serait vaine, je laissai l’effroi me gagner lentement. Mais le néant me protégeait. Ou plutôt, il aurait dû me protéger. Mais quelque chose avait été modifié. Ce quelque chose, je n’étais pas sûre d’être prête à l’apprécier. D’être prête à l’accepter. Le néant n’était plus ce qu’il avait été. L’ombre consolante du rien, de cette couleur que n’en est pas une. De cette absence de son naissait une chose nouvelle dont je ne voyais la forme. Il aurait fallu que tout reste comme il avait toujours été…

Lorsque Jean ouvrit les yeux, elle se trouvait dans sa chambre. Immédiatement ses parents se précipitèrent à son chevet, lui demandant si elle avait mal quelque part. Elle possédait plusieurs hématomes répartis sur tout son corps, mais rien de grave. Elle semblait se sentir en pleine forme, refusant catégoriquement de se recoucher. Sans demander son reste, elle s’enfuit dans sa chambre et s’enferma dans son lit. Elle avait déjà oublié, apparemment, que quelqu’un l’avait bousculée dans les escaliers et qu’elle avait failli finir à l’hôpital.

« Pour quelle raison cherche-t-on à cacher certaines choses à certaines personnes ? Pour garder une certaine intimité, ou une certaine liberté ? J’ai l’étrange impression que quelque chose vient de céder, l’impression que j’ai accès à quelque chose d’inconnu. L’impression que mon esprit s’est ouvert sur une porte que je ne sais décrire. Comme si quelqu’un espionnait mes gestes et toutes mes pensées… Je me sens si lasse.
14.05 »


C’était toujours là. Cette chose qui se cachait derrière le néant factice de mes songes la fois d’avant. A l’exception qu’il avait franchi la frontière. Le néant m’avait abandonnée, lui qui m’avait toujours aidée. Alors mon esprit avait été modifié. A présent il n’était plus celui que je lui voulais être. Tordu, mais maintenant effrayé. Les mots hasardeux du pays des songes avaient finalement trouvé passage au travers de ma bulle, l’explosant. La peur. Le courage. Le futur. Le temps. Avais-je cet outil appelé courage pour m’aider à ne pas sombrer ? La noirceur de mon âme et son côté nuageux possédait-elle cet atout ? Le questionnement me pesait. Cela m’échappait. Je m’échappais moi-même. Peut-être devrais-je réellement me perdre, pour pouvoir me retrouver.

« Cette porte a été ouverte sur un monde que je ne connais pas. Un monde de terreur et de noirceur que je n’aime pas. Quelque chose qui m’effraie. Je n’ai jamais vraiment rêvé. Ce n’est pas que je ne me souviens pas de mes rêves. Mais chaque nuit je ne vois que du noir. Chaque nuit je me retrouve dans une pièce sans lumière, sans bruit, et je ne peux pas bouger. C’était toujours la même chose. Parfois, un rayon apparaissait et m’aveuglait, suivi d’un bruit terrifiant qui me faisait mal aux oreilles. Mais je n’ai jamais peur. Ou plutôt, je n’avais. Hier, lorsque j’ai perdu connaissance, je me suis retrouvée dans ce même endroit. Il y avait quelqu’un devant moi. Une fille. Je le voyais très mal, complètement floue. Ses yeux étaient fermés. Et dans cette pièce, il y avait un sentiment d’oppression qui me pesait. Et depuis, lorsque je dors, au lieu de me sentir à l’aise et paisible dans cet endroit vide, je suis effrayée et perdue. Quelque chose est louche là-dedans. Il s’est passé quelque chose que j’aimerais comprendre…
15.05 »


Trouvant enfin la porte de sortie, mes yeux s’ouvrirent. Mon âme était si embrouillée, détraquée et effrayée qu’elle faisait tout pour devenir pire qu’elle ne l’est déjà, essayant de faire croire au peu de raison que je possédais que je n’avais jamais franchi la porte des songes. Que quelque part, sans le vouloir, je n’avais fait qu’espionner un individu dans sa vie. J’avais le sentiment que quelque part, quelque chose avait changé, et que derrière ce changement il y avait une opportunité de vivre physiquement. Un piège me permettant d’utiliser mes sens et de laisser derrière le néant traître. La fille de Johannès et moi semblions partager nos expériences.

« Jean, tu n’as pas fini ? Cela fait deux jours que tu restes enfermée dans ta chambre. Je ne t’oblige pas à aller en cours, mais sérieusement, reste pas cloîtrée comme si on t’enfermait. »
Jean ne répondit pas à sa mère. Elle était allongée sur son lit et semblait absente. Elle finit par se lever et s’assit à son bureau. Elle prit un stylo et recommença à écrire. Encore.

« C’est comme si je voyais à travers ses yeux. Cette fille, j’ai l’impression qu’elle existe. Que quelque part dans ce monde, il y a quelqu’un enfermé dans le noir, quelqu’un qui a toujours supporté cette solitude. Peut-être voit-elle ma vie comme je vois la sienne ? Peut-être y a-t-il un moyen de la trouver. Un moyen de la sauver de cet enfermement. Mais qui est-elle ? Où est-elle ? Je ne l’ai vue qu’en rêve… Peut-être que quelque part, je deviens folle.
16.05 »


Peut-être y a-t-il du bien finalement dans la couleur. Peut-être devrais-je sortir de ma bulle inexistante. Peut-être est-ce ma rédemption, ma porte de salut. Quelque part, quelqu’un me connaît. Quelque part…
Immense. Le tout paraît immense. La bulle était fine, mais petite et protectrice. Elle n’y est plus. La froideur des ténèbres me frappa. Je n’y étais plus habituée. C’était la cloche sonnant le nouveau changement. Piochant dans ce que je n’avais que rarement utilisé, je me levai, et patiemment guettai le fils du diable. Une légère vibration perturba l’absence de son, m’informant. Le mur de pierres brûlantes congela mon épiderme, à l’instant précis où le chuintement métallique du battant décimait mes tympans. Le fis du diable, à son habitude, fit trois pas dans le cachot. La surprise du son et de la lumière m’avait laissée affaiblie. Avais-je vraiment à le faire ? Les paupières fermées, le rayonnement lésait toujours mes yeux qui n’y avaient jamais été acclimaté. Mais cette clarté n’avait rien à voir avec le néant. Si depuis peu je le percevais si froid et angoissant, l’éclat était d’une chaleur réconfortante. Je la suivis. J’essayai de voir, mais je ne pouvais. Le rayonnement lumineux semblait trop puissant pour ma rétine.

Jean se leva soudainement de son lit, tout à fait réveillée. Elle se précipita au rez-de-chaussée, et fébrile, se mit à fouiller dans le tiroir à l’entrée. Sa mère l’entendit et la rejoignit, demandant à la jeune fille ce qu’il lui arrivait. Celle-ci ne répondit pas. Clef en main, elle se dirigea vers la porte d’entrée, esquivant sa mère qui essayait par tous les moyens de la retenir. Finalement, elle sortit, suivie de près par sa mère, et se rendit dans la maison d’à-côté.
« Jean ! On n’entre pas chez les gens comme ça ! Même si c’est ton oncle ! »
Elle fit la sourde oreille et entra dans la maison par une fenêtre ouverte.
« L’oncle aurait dû être là… Mais qu’est-ce qu’il fout ? »
Elle fit rapidement le tour de la maison ; il n’y avait personne. Elle regarda la petite clé qu’elle avait prise dans le tiroir avant de se diriger vers une porte sous l’escalier. Le téléphone se mit à sonner, et Jean fit comme si de rien n’était. La clé ouvrit la porte. Une lueur apparut dans ses yeux, mélange de curiosité et d’appréhension. Elle descendit lentement les marches avant d’entendre un bruit. Un bruit de pas. Un pas lent et hésitant. Et puis une tête.
« Oh. My. God. »
Entendant un nouveau son, la fille en face d’elle essaya d’ouvrir les yeux, mais elle les referma aussitôt. Puis elle sembla distraite par quelque chose à sa gauche, que Jean ne pouvait pas voir.
« Le fils du diable est parti en chasse.
_ Quoi ? »
Jean sembla enfin remarquer les bruits de pas précipités et énervés plus loin dans la cave. Elle perçut aussi ceux, tout aussi pressés, de sa mère qui arrivait à l’étage, furieuse. Elle apparût bientôt dans l’encadrement de la porte.
« Ok, Jean, cette fois tu me dois une expl-… »
La mère de Jean ne finit pas sa phrase, et Jean se tourna vers elle. Elle eut un air choqué, fit deux pas en arrière en mettant la main devant la bouche.
« Jean ? Non, attends. Laquelle de vous deux… ? »
Aurais-je oublié de le dire ? Les deux filles se ressemblaient comme deux gouttes d’eau.
C’est à ce moment précis que l’oncle de Jean décida de faire son apparition, attrapant le double de cette dernière. Il la relâcha instantanément en voyant sa sœur et sa nièce dans les escaliers. Il tenta un « qu’est-ce que vous faites là » qui n’alla pas plus loin que le premier mot. Cette fois, la mère de Jean était en colère contre lui.
« Tu gardes une fille dans ta cave ? Une fille qui ressemble trait pour trait à la mienne ? Mais qu’est-ce que tu fabriques ? »
L’oncle ne répondit pas. Il lui envoya un coup de poing dans le ventre et s’enfuit.

« L’enfant qui hantait mes rêves est devenue réalité. Elle se trouvait dans la cave mon oncle, dans la maison voisine. Mon oncle a alors disparu. Lorsque la police est arrivée, il y eut un coup de feu, et ils retrouvèrent l’oncle avec une balle dans la tête. Et la fille…
Je la considère comme une sœur. Depuis toujours, je rêvais d’elle. Apparemment, elle rêvait de moi aussi. Ma mère n’est pas de cet avis…
Nous avons retrouvé un journal de l’oncle. Et découvert la vérité sur celle qui m’appelle « fille de Johannès… »
16.05 »


La stupeur des enfants bleus lorsqu’ils avaient acquis le savoir de ma parole. L’effarement du sage nuage en lisant l’écrit bordeaux. L’ébahissement de la fille de Johannès, devant la réaction de celle de son ancêtre. Tout était fumé, je voyais. Je voyais, mais le lot d’informations par secondes était difficile à supporter. Il y avait beaucoup trop de vibrations. Beaucoup trop d’images. Beaucoup trop de sons inconnus. La fille de Johannès était aigre avec son ancêtre. Le sage nuage devenait orageux. Mon esprit déjà embrouillé ne suivait. Et puis il y eut une autre couleur. Derrière l’aigreur de l’enfant de Johannès, je vis des gouttes tombant doucement sur ses pommettes. Et le sage orageux ne cessait de répéter un son que je ne saisissais pas. Le « kl » du Clerc, Le « o » de l’obscurité et le « ne » négatif. Le clerc obscur semblait négatif avec elle. Le clerc obscur était positif pour la fille de Johannès. Suis-je le clerc obscur ?
Le sage nuage n’est plus sage. Elle vient de frapper la fille de Johannès. Elle l’a emmenée. Ma belle lumière était devenue pouilleuse. Malgré le volume insoutenable, je saisis quelques sons.
« Tu te rends comptes de ce que tu fais là, maman ? Mais est-ce que tu te rends seulement compte ?! Je sais, que c’est interdit, et jusque-là je ne savais rien !! MAIS MALGRÉ TOUT ELLE EST UN ÊTRE VIVANT, UN ÊTRE HUMAIN, ET TU SERAIS PRÊTE A LA TUER ?! »
Le terrible nuage dirigea ses foulées vers ma pauvre existence. De toute évidence je n’étais pas bienvenue en ce monde. Mes pensées se dirigèrent vers mon ancien ami. Le néant de choses allait vite me manquer dans ce monde si normal. L’orage me lançait un regard que je n’appréciais pas. Elle m’attrapa le bras, et j’entendais encore la fille de Johannès hurler. Les enfants bleus n’eurent pas l’air d’apprécier que l’orage noir m’emmène quelque part dans un de ces engins bruyants. Un bruit strident se mit à nos trousses, je couvris mes oreilles. Puis une image surgit, que je ne compris. Ma prochaine vision fut le néant. Je pensais l’avoir fui, mais il était là. Que fut ce sentiment horrible de fourmillement et d’agitation ? Cette atmosphère triste, et ce rouge… Et puis ma vue défaillit. Combien de secondes ai-je passé dans l’inconscience, l’incompréhension et l’ignorance ? Sans doute plusieurs centaines de milliers. Mais lorsque mes yeux s’ouvrirent bien malgré moi, j’aurais souhaité qu’ils restent clos. Le blanc me blessait. Les senteurs m’écœuraient. Mais où étaient le nuage et la fille de Johannès ? Un uniforme blanc s’approcha de ma pauvre personne et s’assit. Quelle était cette auréole de mort ? Elle parla. Beaucoup. Je ne suis pas certaine d’avoir tout interprété, mais la fille de Johannès avait eu un problème. Le nuage avait plu, il avait disparu. Et moi, j’avais dormi. Longtemps.
Je sortis sous les protestations de l’auréole de mort, et commençai à errer. Je devais trouver cet endroit. Le petit hêtre. L’enfant gris le saura.
« Petit hêtre en est le nom. Parle-t-il à votre mémoire ?
_ Hein ? »
Pantois, il l’était. Soupir de misère, innocence. Son regard n’était fou. Le mien l’était.
« Petit hêtre. La place.
_ Hêtre ? Hestra ?
_ Oui, le petit hêtre. Votre conscient en connaîtrait-il la location ?
_ Vous avez une étrange manière d’aborder les choses. Enfin bon. C’est à gauche au bout de la rue.  »
Je suivis la direction de son doigt avec mes yeux. Stupidité ne faisait finalement pas partie de son esprit conscient. Un regard.
« Je vous remercie. Votre esprit est aussi ouvert qu’une porte sur l’autre monde. Adieu. »
Un autre regard. J’enchaînais les pas. De ma hauteur de noix, je distinguais à peine le bout de la chaussée. La fille de Johannès m’espérait. M’attendait-elle vraiment ? Le petit hêtre ne semblait pas si affreux. Peut-être l’était-il. Elle avait perdu son ancêtre. Je dois avouer que j’avais peur de perdre le seul être que je connaisse un tant soit peu. La peur du futur… Je comprenais réellement le sens des phrases que la fille de Johannès avait écrites.

« Bonjour, que puis-je faire pour vous ?
_ Ma personne souhaiterait trouver une connaissance.
_ Hm… Qui donc voulez-vous voir ?
_ La fille de Johannès. »
De la confiture. Son visage ressemblait à cette chose étrange. Il était rouge, mais un petit trait près de son œil indiquait sa bienveillance. Malgré cela, la bienveillante fraise semblait perdue. Ma parole, sans doute.
« La fille de… Vous avez pas un nom de famille ?
_ Proche ? »
Le chasseur. Le bienveillant ami qui vient t’aider, dans ce merveilleux conte qui n’en est pas un. Le chasseur était son nom. La fille de Johannès était un chasseur.
« Le chasseur anglophone.
_ Le chasseur… Ecoutez, je ne suis pas là pour jouer aux devinettes.
_ Alors mon conscient rencontrera le sien. Au revoir. »
La bienveillante fraise esquissa un geste, mais je l’ignorai. Mon inconscient guidera mes pas jusqu’à la fille de Johannès. Une cage d’escalier, des marches à n’en plus finir. J’enchaînais les foulées, rythmées par des coups sourds dans ma poitrine. Mes pas s’arrêtèrent devant un grand panneau orné du nombre 16. Le métal froid contre ma paume fit dresser mes poils. J’entrai.
La fille de Johannès était là, devant ma personne. Mais quelque chose d’exceptionnel était figé dans l’air. Non, l’endroit lui-même semblait pétrifié. Elle était assise, et mon inconscient faisait sonner toutes les cloches afin que je m’en aille. Mon conscient voulait faire de la lumière sur mon cerveau. La fille de Johannès releva le coin de ses lèvres. Ses bras se tendirent, et je m’approchai. La neutralité de son visage. Cette neutralité m’effraya plus que tout. Je m’approchai tout de même. Ses paumes froides entrèrent en contact avec mon visage, et subitement, un éclair illumina les parties sombres de mon esprit. Ses lèvres se murent, elle articula.
« Ensemble… Il fait noir n’est-ce pas ? Cette peur qui nous ronge… Tue-là. Tu le peux n’est-ce pas ? Tu l’as déjà fait. Encore une fois… »
Je pris sa main.
« L’invincibilité possède un prix. Souhaites-tu le payer ?
_ Le double sait mieux que l’original. Je te suis. »
L’eau était claire et limpide, et la fille de Johannès semblait déjà partir lorsque je l’emmenai. Le vert et l’image, et des escaliers. Lentement. Sûrement. La lumière devenait grise. Lentement, sûrement. L’enfant devenait mannequin. Et mon conscient m’échappait. Tout était lié. Nos deux personnes n’étaient séparées. Je m’arrêtai.
« L’existence est une chose. L’abandon en est une autre. Le néant peut être un ami, mais l’ami est celui qui peut nous détruire. La page, je tournerai. Adieu, fille de Johannès. Dans un futur proche, nos âmes se trouveront. »
Je souris. Je pris son épaule, et nous basculâmes. Le néant nous entoura. Mais dans ce néant, je n’étais plus seule.
(:
 


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