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 Le marchand et l'esprit

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Tôle

Tôle

Cancer Messages : 268
Date d'inscription : 12/01/2016

Le marchand et l'esprit Empty
MessageSujet: Le marchand et l'esprit   Le marchand et l'esprit EmptyMar 13 Oct 2020 - 21:09

Coucou ! Avant de commencer l'histoire, je vous joints comme d'habitude la version audio (youtube) de celle-ci :






Les traversées du désert sont très rudes et il est difficile de garder le bon cap pour arriver à destination. Pour Nasser, ces traversées font partie intégrante de sa vie depuis son plus jeune âge. Commerçant nomade de père en fils, son père lui a appris à voyager sur de longues distances, de ville en ville, en prenant soin de ses marchandises et de ses vivres. Nasser a donc marché dans les traces de son père qui lui-même avait marché dans celles de son paternel.
Un jour comme les autres sur le continent Africain, en plein milieu du Sahara, le marchand itinérant fit un arrêt dans une oasis abandonnée et presque asséchée. Pour Nasser, peu importe qu’il y ait de l’eau dans cet oasis, il en avait prévu suffisamment pour son voyage. Par contre, comme il ne pouvait pas emporter d’ombre avec lui, cet endroit était parfait pour lui. Il attacha Kamal, son chameau, à un gros palmier proche de la maigre source d’eau restante de l’oasis. Il en profita pour décharger les sacoches de marchandises de la bête pour la soulager le temps de cette pause bien méritée pour les deux voyageurs du désert. Nasser, quant à lui s’installa à l’ombre d’une vieille maison tout en gardant un œil sur Kamal.
“Alors mon vieux Kamal, on n’est pas bien ici ?”
Le chameau blatéra comme un soupir en réponse à cette question. Nasser esquissa un sourire avant de s’asseoir en s’adossant contre le mur de la maison. Il mangea quelques dattes et but un peu d’eau puis bâilla quelques secondes plus tard.
“Tu vois, Kamal, ton vieux compagnon de route se fatigue de plus en plus vite. Je vais faire une sieste, je compte sur toi pour veiller sur nos marchandises.”
Kamal bâilla à son tour et se coucha lui aussi.
“ Allez, j’ai compris, va. Toi aussi, tu te fais vieux.” Dit-il en souriant une fois de plus.
Il s’écoula une dizaine de minutes quand Nasser sentit le sommeil l’emporter. Soudain, il entendit une voix qui bourdonnait presque au creux de son oreille et qui l’extirpa de son sommeil à peine commencé. Il sursauta, se frotta les yeux, se leva quasiment d’un bond et regarda autour de lui. Il ne vit personne à part Kamal, lui aussi réveillé et regardant en direction d’un vieux puits à delou situé une vingtaine de mètres plus loin.
“T’as vu quelque chose mon grand ?”
La voix se fit entendre encore une fois, plus éloignée que la première fois. Nasser n’en était pas sûr mais il lui semblait qu’il s’agissait d’une voix de femme, des pleurs plus précisément. Il avança lentement vers le puits en continuant à balayer les environs du regard. Plus il approchait du puits, plus les pleurs étaient audibles, mais le vieux marchand ne voyait toujours personne.
“Il… Il y a quelqu’un ? Vous… Vous êtes blessée ? peina-t-il à formuler.
Qui est là ? Vous pouvez m’entendre ? “ Répondit distinctement la voix


Nasser ne put pas répondre quand il vit surgir de derrière le puits une silhouette féminine. En fait, il resta bouche bée tandis que la forme de vie d’un blanc étincelant s’approchait de lui. Le vieux marchand distinguait parfaitement les formes d’une femme mais celle-ci n’avait pas de peau ni même de visage ou de cheveux. Ses cheveux virevoltaient pourtant au gré du faible vent mais ces derniers étaient eux aussi d’un blanc éblouissant.
“Qui… Qui es-tu ?!” Demanda Nasser en tombant en arrière alors qu’il reculait pour ne pas laisser s’approcher le spectre.
Je ne sais pas qui je suis. Je ne sais plus…” Annonça l’esprit avant de se recroqueviller en pleurant


Le marchand se releva avec prudence et secoua la tête en fermant les yeux. Il rouvrit un oeil en espérant se réveiller adossé contre le mur de la maison mais il ne vit que le spectre qui pleurait devant lui, à ses pieds, continuant de sangloter. Il la regarda pendant un instant avant de lui demander :
“ Hé, ça va aller ?”
L’esprit ne répondit pas. Nasser voulu poser une main son épaule pour la rassurer mais il passa au travers de celle-ci. Il retira immédiatement sa main. Pris d’un vent de panique, il voulut partir en courant, mais la détresse de cet esprit empêcha son bon cœur de céder à cette demande. Il s’assit alors près de la figure singulière.
“Tu as l’air perdue. Tu ne te souviens pas de qui tu es ?”
Le spectre arrêta de sangloter et releva la tête. Les contours de son visage pouvait être devinés mais il était impossible de voir ses yeux, sa bouche ou son nez distinctement.
“Non, je ne sais même ce que je fais ici. Je ne sais même pas depuis combien de temps je suis dans cette oasis. J’ai vu beaucoup de monde passer ici pour se reposer et jamais personne ne m’a entendue avant toi.
Tu ne te souviens de rien d’avant ton arrivée ici ? Tu ne te souviens pas de ton prénom ? “


L’esprit ne répondit pas tout de suite. Nasser ne pouvait pas en être sûr mais il se dit que l’esprit devait être en train de réfléchir.
“ Non, je ne me souviens de rien à part de tout ce temps que j’ai passé à errer sans réponse et sans but près de ce vieux puits.
Je suis désolé…


Pourquoi es-tu désolé ?

Je suis désolé que tu souffres. Je pense que personne ne devrait avoir à subir ce sort… Être coincée sur terre, seule, complètement perdue, ça doit être horrible.


C’est vrai que c’est très dur et je donnerais cher pour me souvenir de ma vie passée. En attendant je suis ici, je n’ai pas de vie, pas de souvenir. “
L’esprit mit un petit temps avant de reprendre :
“Mais, toi, tu en as, des souvenirs ?! Et, si tu me racontais ton histoire, tes souvenirs ?
Oh, tu sais, je n’aime pas vraiment parler de moi. Ma vie n’a rien de passionnant et je ne pense pas que cela puisse t'intéresser


S’il te plait, tu es la première personne avec qui je peux discuter depuis peut-être des siècles, ça me ferait plaisir d’entendre l’histoire de quelqu’un. Et, qui sait ? Peut-être que des événements de ta vie me rappelleront des souvenirs de la mienne !


C’est vrai… Bon, exceptionnellement, je vais parler un peu de moi à quelqu’un que je ne connais pas.




Tu es le seul à pouvoir me voir et m’entendre, tu peux être sûr que je n’irai le raconter à personne.” Dit l’esprit sur un ton taquineur


Sur ces paroles, Nasser esquissa un sourire et se dit que cet esprit ne pouvait pas avoir plus raison que cela. Il se racla la gorge et marqua une hésitation avant de raconter son histoire :
“ Je n’ai pas une vie vraiment joyeuse ou passionnante alors, je vais te raconter une période de ma vie où tout allait bien et où j’étais heureux. C’était il y a 30 ans, j’avais 28 ans. Je venais de terminer un long voyage seul à travers le désert pour rejoindre Tombouctou. J’avais prévu d’y rester une petite semaine, le temps de me ressourcer et de refaire le plein de marchandises. Je me suis rendu dans un salon de thé pour m’y reposer et c’est là que je l’ai vue pour la première fois. Elle marchait vers moi d’un pas décidé. Ses longs cheveux noirs dansaient sur ses épaules et ses yeux était d’un bleu si profond. J’aurais pu m’y noyer pendant des heures. Le reste de son visage était si harmonieux… Je ne pouvais pas lui trouver de défaut. Elle m’a regardé droit dans les yeux et s’est arrêtée à mon niveau pour me servir le thé. Elle avait un sourire éclatant. Vraiment, je n’avais jamais vu une femme aussi belle…”
Nasser s’arrêta un instant de parler et semblait perdu dans ses pensées.
“ Et ensuite ? Tu lui as parlé ? Demanda l’esprit, curieux de connaître la suite
Pas vraiment, non. En fait, j’ai à peine réussi à lui dire merci quand elle m’a servi. J’étais comme tétanisé. Mais, je ne pouvais pas me l’enlever de la tête. Au final, je suis resté cinq mois à Tombouctou. J’avais économisé suffisamment pour m’autoriser un long repos. Et, tous les jours, j’allais boire mon thé dans ce salon, juste pour la voir. Petit à petit elle a commencé à me reconnaître et à discuter plus souvent avec moi quand le salon était vide ou peu agité. J’adorais ces après-midi à l’écouter parler d’elle, de ce qu’elle aimait faire en dehors de ses heures de travail. On a beaucoup parlé. Je lui ai raconté comment j’ai grandi et été élevé pour devenir un marchand itinérant. Cette serveuse avait une façon de m’écouter qui me donnait l’impression de vraiment exister. Et je l’écoutais en retour. J’adorais sa voix, son humour et sa joie de vivre. Un jour, je l’ai invitée à venir se promener avec moi dans les rues de Tombouctou pour continuer à discuter. Cela faisait deux mois que l’on se voyait dans le salon de thé, et j’avais envie de passer encore plus de temps à ses côtés. Elle a accepté avec plaisir. Ce jour-là, nous nous sommes embrassés pour la première fois. Je crois que je n’avais jamais été aussi heureux de toute ma vie avant cet instant. On s’est mariés assez rapidement tant on était fous amoureux. Ensuite, elle a décidé de tout laisser tomber pour que l’on soit ensemble. Elle avait toujours rêvé de vivre une vie d’aventure et de voyage. Elle était déjà douée pour la vente et pour servir les clients, je sentais que notre vie allait être merveilleuse. Alors on a voyagé ensemble dans le désert pendant environ quinze ans, de ville en ville pour gagner notre vie. Ce furent les plus belles années de ma vie et… de la sienne aussi je l’espère.”


Le vieux marchand s’arrêta une fois de plus et prit du temps pour boire un peu d’eau.
“ C’est une belle histoire, très touchante… Dit le spectre qui semblait pensif
Merci… Mon histoire te rappelle-t-elle des souvenirs de ta vie passée ?

Je ne suis pas sûr… Mais, oui. Je crois bien que j’étais mariée moi aussi et que j’aimais voyager. Mais… J’y pense, ta femme n’est pas avec toi. Je pensais que vous voyagiez ensemble ?




Non… Elle a malheureusement disparue lors d’un haboob… Cette tempête de sable a duré pendant des heures, je n’ai pourtant lâché sa main que quelques secondes pour réajuster mes vêtements et quand j’ai voulu reprendre sa main, elle n’était plus derrière moi. Je l’ai cherchée pendant des heures. J’ai hurlé son prénom à en perdre la voix… La suite est assez floue. Je me souviens juste être arrivé complètement épuisé dans une petite ville dont j’ai oublié le nom depuis. Ça fait maintenant quinze ans que c’est arrivé, jour pour jour.”


L’esprit ne dit rien et Nasser se prit la tête entre les mains en s’accusant de tous les torts en retenant ses larmes de toutes ses forces.
“ Je suis désolée… Je suis sûre que ta femme savait que tu l’aimais de tout ton coeur et que tu as tout fait pour la retrouver. Comment s’appelait-elle ?”
Le commerçant passa les mains derrière son cou, y décrocha le collier qu’il portait et le tendit à l’esprit. C’était un beau collier doré doté d’un pendentif où il était inscrit “Doulia”.
“Elle portait le même type de collier sauf que sur le sien, il y avait mon prénom. Ainsi, même si l’on devait se perdre dans le désert, ce collier était là pour nous rappeler que l’autre était toujours à nos côtés. Expliqua le vieux marchand qui pleurait.
Nasser ? Est-ce que ton prénom est Nasser ? Demanda l’esprit d’une voix pressée “
Il releva la tête. Son regard montrait toute l’incompréhension du monde réunit en un même endroit. Il ne comprenait pas. Il n’avait pas dit son nom à cet esprit.
“J’ai l’image du prénom Nasser qui me revient. Qu’est-ce que ça veut dire ?”
Nasser ne répondit rien. Il ne savait pas quoi faire. Il avait peur des pensées qui lui venaient à l’esprit. Alors qu’il avait l’impression que son cœur allait s’arrêter, il fit quelque chose sans réfléchir. C’était une action qui lui semblait être une évidence : il plaça le collier autour du cou de l’esprit. Le spectre se mit à briller et éblouir encore plus le marchand. Kamal, lui, blatérait de peur. Après quelques secondes, Nasser rouvrit les yeux et vit une femme se tenant debout face à lui. elle avait de beaux et longs cheveux noirs ainsi que des yeux d’un bleu profond.
“Nasser, mon amour… Merci de m’avoir libérée. Ce collier m’a rendu la mémoire. Je me souviens de tout.
Doulia ? C’est toi ? C’est vraiment toi ?

Oui, c’est moi. Je ne vais plus rester très longtemps ici. Sache que j’ai eu une vie formidable à tes côtés et que tu m’as rendue heureuse pendant toutes ces années. Ce qui m’est arrivé n’est pas de ta faute. Tiens, reprends le collier. Ainsi, je serais toujours avec toi. Je t’aime, Nasser.


L’instant suivant, Doulia passa sa main sur la joue de Nasser avant de disparaître dans un éclat de lumière pure et dans un silence apaisant.
“Au revoir, ma tendre Doulia.”
Nasser rattacha le collier autour de son cou, essuya ses larmes et reprit son voyage le cœur lourd mais apaisé.


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